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Tag - Théâtre des Célestins 2006-2007

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samedi 23 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Mémoires d'un tricheur » de Sacha GUITRY le samedi 9 juin 2007

Avec Francis Huster, Yves le Moign’

Décor : Nicolas Sire - Lumières : Laurent Castaingt - Costumes : Pascale Bordet - Illustration sonore : Francine Ferrer

Production : Atelier Théâtre Actuel

Les meilleures choses ont une fin. Mais quelle fin ! Le brigadier retentit soudain dans la salle, douze coups puis trois coups. Je les attendais depuis si longtemps ces trois coups. Pourquoi les trois coups ont ils été supprimés aux Célestins ??? La scène présente un le coin bar d’un restaurant :un comptoir à droite, deux fauteuils à gauche, une table basse entre eux, une fenêtre… Le rouge est de mise. Que disent les Célestins pour présenter la pièce ? « Dans un restaurant des années 30, un homme raconte sa vie au barman. Son histoire commence par le vol de huit sous dans la caisse de l’épicerie familiale. À cause de ce vol, il est privé de champignons. À cause de ces champignons, il devient orphelin. Fuyant la famille où on l’a placé, il devient groom dans un grand hôtel, puis croupier à Monaco. Son goût pour les femmes et l’argent, sa verve et son culot, son absence de scrupule et sa chance insolente feront de lui un tricheur et un conteur fabuleux ».

Et Francis Huster déboule sur scène, étincelant de talent. Guitry dans sa verve splendide, acérée, drôle donne à Francis Huster un rôle extraordinaire qui lui permet d’offrir au public sous le charme le phrasé si particulier du maître. Yves le Moign’ est aussi génial en serveur rêveur. J’ai ri, franchement, librement, sincèrement. Cette pièce m’a réjoui et m’a fait oublier les errements de la saison écoulée, les mises en scènes obscures, les textes abscons, l’ennui immense qui a pu me saisir parfois. J’ai ri, j’ai été heureux en écoutant Guitry. C’est le plus important. Merci les Célestins et à la rentrée…

Extraits du spectacle

jeudi 21 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Caligula » de Albert CAMUS le samedi 12 mai 2007

Avec :
Charles Berling – Caligula
Gauthier Baillot – Helicon
Vincent Byrd le Sage - L’intendant
Madi Dermé – Le garde
Jean-Charles Fontana – Octavius
Barbara Jacuaniello – La femme de Mucius
Aristide Legrand – Mercia
Eric Prat - Lepidus
Jo Prestia – Mucius
Frédéric Quiring - Cherea
Attila Toth / Andy Gillet – Scipion (en alternance)
Afra Val d’Or - Caesonia

Collaboration artistique : Florence Bosson - Décor : Christian Fenouillat - Costumes : Sylvie Skinazi et Laure Jéger - Lumières : Marie Nicolas - Son : Yohan Progler - Musique : Julien Civange, Siliwood Music

Production : TProduction : Théâtre de l’Atelier

Avant-dernière pièce de la saison : je grimpe les marches de pierre du théâtre pour prendre la même place, au milieu du rang J et m’enfoncer dans le fauteuil. Un décore de cabaret, un piano à gauche, le comptoir du bar à droite. Au centre, la table d’un banquet, des guirlandes électriques, un désordre de fin de service, de fin de fête, un couple danse, quelqu’un joue du piano. Ils attendent. Le rideau n’est toujours pas baissé. Une fin de vie pour un empire romain proche de la chute. Les lumières de la salle disparaissent, les comédiens s’agitent, la fin commence.

Les Célestins racontent la pièce ainsi : « La cour n’en peut plus d’attendre un empereur qui s’est enfui sans laisser de traces depuis la mort de sa bien aimée soeur Drusilla. Caligula revient bientôt, transfiguré. S’il n’a pas trouvé la paix dans le deuil de celle qu’il a follement aimée, c’est empli, obsédé d’impossible qu’il fait son grand retour à la cour. Les sénateurs comprennent mal ses dires ; car Caligula semble fou, incapable désormais de gouverner. Son discours à première vue incohérent ne l’est que trop et les sénateurs autant que le spectateur s’en rendent bientôt compte. Caligula estime que le monde tel qu’il va n’est pas satisfaisant. Il lui faut l’impossible. C’est dans ce but qu’il demande à l’un de ses conseillers la lune « parce que c’est la seule chose qu’il na pas » il se prête alors à l’exercice d’une liberté sans bornes, faisant régner terreur, crime et absurdité sur le royaume. Cette liberté est d’autant plus effrayante qu’elle est d’une logique implacable : Caligula pervertit systématiquement toutes les valeurs estimables. Au fil de la pièce, Caligula comprend que cette liberté et cette logique ne le mènent à rien. Commence alors le combat d’un être qui n’a sa dimension ni dans le monde des hommes ni au delà. »

Disons-le tout de suite : je n’ai pas aimé la mise en scène de Berling. Il a pris le parti du kitsch (la scène où il apparaît en tutu rose est abominable et ennuyeuse) et se perd dans sa recherche des images de la décadence. Je conviens que c’est un bon comédien qui apporte la limpidité de sa diction pour servir le texte et sa jeunesse (sa presque jeunesse) pour camper une folie totale et malheureuse. Malgré cela, je n’ai pas aimé l’habillage qu’il a fait du texte. Un clien d’oeil à Afra Vald’Or qui a joué la femme d’avant dans la première pièce de la saison… Bilan mitigé. Vivement Guitry et Huster.


Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Interview de Charles Berling et extraits du spectacle




Pièce suivante : « Mémoires d’un tricheur» de Sacha GUITRY le samedi 9 juin 2007

vendredi 15 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « A.D.A l'argent des autres » de Jerry STERNER

Avec :
Avec Daniel Benoin, Caroline Tresca, Simon Eine Marc Olinger, Claudine Pelletier
Metteur en scène Mise en scène : Daniel Benoin
Décor : Jean-Pierre Laporte
Costumes : Nathalie Bérard
Lumière : Daniel Benoin
Vidéo : Benoit Galéra et Jean-Pierre Laporte
Assistante à la mise en scène : Emmanuelle Duverger

Production : Théâtre National de Nice – Les Théâtre de la Ville de Luxembourg

ADA, ADA, ADA DA ? Il s’agissait de ne pas louper cette pièce qui n’offrait que 5 représentations. Damnation, le même jour, les aventures d’Alice étaient racontées dans la salle Célestin. Enfer et boule de gomme : je m’étais emmêlé dans mes réservations en cumulant deux pièces pour le même soir. Bon, malgré des efforts, n’étant jamais parvenu à totalement intégrer les règles de la bilocation, je renonçai à la petite Alice et j’offris la place à mon amie Patricia. Pour une fois, j’arrivai suffisamment tôt pour goûter, confortablement enfoncé dans le fauteuil rouge moëlleux, à la délicieuse sonnerie qui bat le rappel des retardataires : je repérai trois hommes élancés dans la trentaine, costumés de gris et cravatés accompagnés d’une jeune femme dynamiquement grise. Sur la scène, un écran blanc sur lequel défilaient des passants. Un gros bonhomme entra et présenta l’histoire qu’il nous était donné de voir ce soir…Un grand bureau gris, une fenêtre sale, une banlieue triste de Rhodes Island… Laissons la place aux Célestins pour l’histoire : « À Wall Street, Larry est connu comme le loup blanc… On l’appelle le liquidateur. Dénicher une entreprise qui rapportera plus d’argent morte que vivante. En prendre le contrôle. La liquider… Et s’il rencontre une résistance, la guerre est ouverte.
Le jargon financier et l’atmosphère ambiante nous plongent vite dans les dessous de Wall Street. L’affrontement commence sans merci, mais sans caricature, entre deux visions économiques. D’une part, la victime des manigances de Larry est un chef d’entreprise vieillissant dont la droiture morale et sociale est battue en brèche par l’air du temps.
Le charisme du comédien Simon Eine lui donne toute sa dignité malmenée. D’autre part, l’avidité sans limite d’un prédateur cynique, que joue Daniel Benoin, déroutant en salaud sûr de lui. Entre eux, Caroline Tresca perd toutes ses certitudes en avocate dévoyée, se croyant dame quand elle n’est que pion.
Le réalisme implacable de cette représentation du monde financier a des allures de film américain. Mais le théâtre ajoute la proximité de l’intrigue qui flambe devant nous. Sous les enjeux financiers transparaissent les drames intimes et plus encore la survivance de valeurs et d’illusions.
»

J’ai retenu le silence profond de la salle lors de l’assemblée générale qui vit le triomphe de l’immonde représentant des actionnaires assoifés de profit emporter le bon vieux directeur d’usine sincèrement préoccupé par le sort de ses employés (la mise en scène avait placé une caméra au fond du décor et l’orchestre du théâtre, dont l’image était projetée sur un grand écran, jouait le rôle de l’assemblée des actionnaires : je me suis vu pile poil au milieu de l’écran !!! Je suis presque passé à la télé… 2 secondes de gloire devant une salle de plusieurs centaines de personnes - elle est belle ma vie, non ?). Il ne pouvait y avoir d’autre fin que cette double mort, les actionnaires ne pouvaient que préférer leur argent à la vie des travailleurs. Cette pièce a résonné curieusement parce que la campagne présidentielle battait son plein. J’ai apprécié le jeu très humain de Simon Eine, ses emportements montraient la douleur et l’incomprégension d’un homme inadapté à l’évolution du monde économique. Je suis plus réservé pour Caroline Tresca qui, buttant sur quelques mots, m’a paru surjouer son personnage. Je n’ai pas pu départager le ton de Daniel Benoin, le liquidateur : entre cynisme et ennui ? Globalement, la pièce a été une heureuse surprise, un bon moment avec des répliques ciselées et la démonstration que face à l’argent, peu de choses résistent, et rarement l’humanité…

En sortant de la salle, je retrouvai les hommes et la femme en gris : ils accompagnaient le minsitre de la justice en sursis, Pascal Clément, encore en fonction pendant quelques heures… J’ai une vie passionnante !

Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Extraits du spectacle




Pièce suivante : « Caligula » de Albert CAMUS le samedi 12 mai 2007

vendredi 18 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Semianyki » du TEATR LICEDEI

Avec :
Olga Eliseeva : La mère
Alexander Gusarov : Le père
Marina Makhaeva : L’aînée des filles
Kasyan Ryvkin : Le fils aîné
Elena Sadkova : Le bébé
Yulia Sergeeva La cadette

Directeurs de l’académie de clown : Anna ORLOVA, Anvar LIBABOV
Scénariste, décorateur et metteur en scène : Boris PETRUSHANSKY
Directeur artistique de la troupe et doyen de l’académie de clown : Victor SOLOVIEV
Producteur et administrateur de la compagnie : Valery MINEEV
Traducteur et accompagnateur : Georges ANDGOULADZE
Découvreur de talent André GINTZBURGER
Sans oublier :
Régie plateau et effets spéciaux : Ravil BAYGELDINOV
Régie lumières : Valery BRUSILOVSKIY
Régie son : Sergey IVANOV
Régie plateau : Nikolay ORLOV
Costumes : Anna MAMONTOVA

Une amie m’avait dit que je serais étonné par ce spectacle, que mon âme d’enfant me ferait apprécier la pièce : je la pressais de questions, en vain. Toujours la même place centrale de la rangée J : la salle est pleine. La scène est cachée derrière une grande toile blanche. La sonnerie retentit, le message annonçant la pièce fait presque taire les conversations puis, quelques instants plus tard, une femme apparaît, enceinte jusqu’aux oreilles et tire sur la toile. Je découvre un véritable capharnaüm, du linge pendu, une table, un vieux piano, des poupées suspendues, en fait l’intérieur d’une habitation kitsch version Emmaüs avant retapage des objets. C’est la mère de la famille déjantée qui va envahir la scène et la salle : père et mère et quatre enfants dont un bébé en couche. La folie débarque sur les planches et va emporter les spectateurs qui deviendront eux-même comédiens. La salle est la scène, la scène est la salle.

Voilà ce que disent les Célestins pour résumer la pièce : « Le père alcoolique, colérique, torturé par ses enfants menace de quitter le foyer ; la mère, énorme, maquillée comme un pot de peinture, tient la maisonnée et menace d’accoucher. Les garnements tortionnaires sont irrécupérables : l’aîné hirsute est un demi-dieu de la mécanique abracadabrante, de la formule mathématique crayonnée un peu partout sur des tableaux qu’il s’invente, des symphonies fantômes qu’il fait jouer sur des harmonicas imaginaires. Les deux cadettes sont folles, tout simplement. Quant au bébé, il tire derrière lui tout ce qu’il peut trouver, surtout un cheval qui pète en rythme et chie des balles de ping-pong ».

Comment parler d’une pièce où tout semble partir dans tous les coins, sans ordre apparent et sans aucune parole ? Le troupe du Théâtre Licedei est une troupe de clowns russes et son jeu me rappelle ces numéros que l’on voyait du temps de l’Ortf de mon enfance, provenant des pays de l’Est. Je n’ai jamais ri devant les grimaces des clowns. Mais là, ce fut différent parce que soufflaient des vents de folie et de poésie sur cette caricature du quotidien d’une famille russe. J’ai aimé rire avec la salle, j’ai aimé la prise à partie des spectateurs, j’ai aimé la connivence qui s’est rapidement établie entre la scène et la salle. J’ai particulièrement apprécié un moment de pure beauté pour moi. J’ai été emporté dans la bousculade générale, par l’énergie du jeu et la mélancolie finale. Un très beau spectacle, un très beau moment, une parcelle précieuse de bonheur…

« Riez, s’il vous plaît, riez, nous attendons vos rires… Mais aussi, de vous, spectateurs d’un pays qui n’est pas le nôtre, peut-être quelque chose de plus… ? D’avance merci ! » - Collectif Licedei

Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Extraits du spectacle


Pièce suivante : « A.D.A l’argent des autres » de Jerry STERNER, le samedi 12 mai 2007

mercredi 16 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Du malheur d'avoir de l'esprit » de Alexandre GRIBOÏEDOV

Avec :
Philippe Torreton : Tchatski
Roland Bertin : Famoussov
Jean-Paul Farré : Répétilov
Ninon Brétécher : Sofia
Chloé Réjon : Liza
Louis-Do de Lencquesaing : Moltchaline
François Cottrelle : Skalozoub
Jean-Marc Roulot Platon : Mikhaïlovitch
Emilie Lafarge Natalia : Dimitrievna
Martine Bertrand : La vieille Khliostova
Suzy Rambaud : La princesse
Jean-Marie Frin : Zagoretski
Louis Merino : Un domestique
Catherine Herold : La comtesse Khrioumina
Jézabel d’Alexis : La petite fi lle de la comtesse
Véronique Dossetto : Une domestique
Dominique Pacitti : Une domestique
Stéphane Bientz : Un domestique
Jacques Dupont : Le prince Tougooukhovski
Marie-Thérèse Boiton Rivoli : Une invitée
Monique Murawsky : Une invitée
Pêche : Une invitée
Michel Barsky : Un invité
Guy Faucher : Un invité
Léon Kolasa : Un invité

Metteur en scène : Jean-Louis Benoit - Assistante à la mise en scène : Raphaëlle Spencer - Traduction : André Markowicz - Lumière : Joël Hourbeigt - Lumière : Joël Hourbeigt - Dramaturgie : Arielle Meyer MacLeod - Costumes : Marie Sartoux, Alain Chambon - Son : Jérémie Tison - Décor : Alain Chambon - Perruques et maquillages : Cécile Kretschmar - Stagiaire à la mise en scène : Kéti Irubetagoyena

Production : Théâtre National de Marseille La Criée en coproduction avec le Théâtre National de Chaillot

La saison touche à sa fin et bientôt, je ferai le bilan des 15 pièces vues. Pour l’heure, il me rattraper le retard dans mes relations des pièces vues. C’était le 21 avril 2007. J’avais noté la présence de Philippe Torreton et mes préjugés m’avait miné le moral : je n’apprécie pas particulièrement le comédien, notamment après l’avoir vu dans le cours de l’automne 2005 dans le rôle-titre de Richard III. J’avais alors détesté le jeu maniéré et la transformation du roi fou en une folle aigrie et désespérée. Je dis bien folle parce que j’avais regretté ses mimiques appuyées et son habitude agaçante de n’agiter qu’une main lorsqu’il est en colère tout engardant l’autre le long du corps. Voulez-vous un dessin ? Partant, j’allais à reculons au théâtre ce soir là. Toujours aussi bien placé, au milieu du rang J, j’eus le loisir d’admirer le décor sobre mais grandiose, faute de rideau : des lambris de bois clair figuraient la richesse d’une demeure princière russe du début du XIXe siècle. Une table, des fauteuils, une horloge complétaient, entre autres, le décor. La lumière s’allumat sur une jeune femme endormie sur la table.

Je laisse la parole aux Célestins pour le résumé de la pièce : « Un matin, Tchatski revient à Moscou après une absence de trois ans, brûlant de retrouver une amie d’enfance, Sofia, fille d’un haut fonctionnaire, Famoussov. On l’accueille froidement. Avec l’impatience – et la naïveté - des amoureux, il doute encore de son malheur et veut aussitôt savoir la vérité : Sofia aime-t-elle un rival ? Serait-ce Skalozoub, cet offi cier bête et avantageux ? Ce ne peut être Moltchaline, ce petit intrigant silencieux et servile ! Pourtant, le spectateur le sait, c’est Moltchaline qui est aimé : Sofi a, blessée par le départ de Tchatski a paré son nouvel amour de vertus imaginaires, et il joue docilement son rôle d’amoureux respectueux, tout en lutinant la servante Liza. Le soir, lors d’un bal chez Famoussov, Tchatski retrouve le tout-Moscou : vieilles dames tyranniques, parasites, tricheurs, filles à marier stupides, maris abrutis. Plaisantant Moltchaline, il provoque la contre-attaque de Sofia qui ne dément pas un bruit absurde : Tchatski serait devenu fou ! Après la réception, voulant à tout prix résoudre l’énigme, Tchaski se cache derrière un pilier et entend des propos sur sa « folie » qui mettent le comble à son exaspération. Mais voici le coup de grâce : une déclaration à Liza de Moltchaline, que surprend aussi Sofia. Tchatski laisse là Sofi a en larmes, et avec elle Moscou, allant « chercher par le monde un refuge pour le sentiment offensé ». « Ma voiture ! Ma voiture ! » seront les derniers mots du voyageur condamné à l’errance ».

Epoustouflant ! J’ai particulièrement apprécié cette pièce. Je ne reviens pas sur le décor sobre et efficace mais sur le jeu de Torreton. Il m’a étonné et charmé. Je laisse de côté sa habitude décrite plus haut pour reconnaître la qualité de ce comédien. Il a campé un Tchatski à l’esprit fort qui est consterné par la l’étroitesse de réflexion de ses contemporains et qui, blessé, trahi par l’amour et rejeté, cache sous la colère et les emportements (une saine colère ? - sic) son amertume et son effroi de l’humanité finalement peu louable. Si le personnage est insupportable parce qu’il nous renvoie à nos propres faiblesses, Torreton livre un homme d’esprit précis, incisif, à la diction claire et précise. Sofia est le contrepoids humble au brillant rôle. Mais la présence de Torreton est telle que je pouvais détacher mon regard de l’homme, fasciné par sa maîtrise. Chapeau à Torreton, pour une fois !

La traduction de André Markowicz restituait la versification d’origine et nous avons pu vraiment apprécier la musicalité du texte.

Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Interview de Philippe Torreton


Au fait, le week-end me combla tout à fait en offrant un dimanche au parfum de victoire prophétique ;-)

Pièce suivante : « Semianyki », par le Teatr Licedei, le samedi 5 mai 2007

lundi 14 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Hedda Gabler » de Enrik IBSEN

Avec :
Lars Eidinger : Jørgen Tesman, enseignant en histoire culturelle
Katharina Schüttler : Hedda Tesman, sa femme
Lore Stefanek : Mademoiselle Juliane Tesman, sa tante
Annedore Bauer : Madame Elvsted
Jörg Hartmann : Monsieur Brack
Kay Bartholomäus Schulze : Eilert Løvborg

Scénographie : Jan Pappelbaum - Dramaturgie : Marius von Mayenburg - Costumes : Nina Wetzel - Lumières : Erich Schneider - Vidéo : Sébastien Dupouey - Musique : Malte Beckenbach

Production : Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin

Hedda Gabler ! Hedda Gabler ! Un ami m’avait dit le plus grand bien de cette pièce d’Ibsen. Je l’ai cru sur parole car cet ami a souvent eu des avis éclairés. Mais une petite prévention s’insinuait petit à petit au fur et à mesure que la date de la réprésentation approchait : le metteur en scène, Thomas Ostermeier est allemand, les comédiens sont allemands, la pièce est jouée en allemand avec surtitres en français. Une pièce d’un écrivain norvégien jouée en allemand dans un théâtre français. Je confesse humblement ne pas être un inconditionnel des versions originales : je ne sais pas apprécier à sa juste valeur un dialogue sous-titré dans une autre langue que la mienne. Faute de connaissance linguistique, faute de curioisté, certains diront faute d’intelligence…

Résumé de la pièce (copié-collé du dossier de presse téléchargeable ci-dessous) : « Hedda Gabler, fille d’un général prestigieux, vient de se marier à l’ambitieux historien Tesman, qui convoite un poste de professeur à l’université. Sûr de cette promotion, il a souscrit un emprunt pour acheter une villa digne des prétentions de son épouse. Son rival Løvborg, plus séduisant et plus doué, a vu autrefois ses avances repoussées par Hedda. Ce brillant esprit qui s’abrutissait dans des clubs malfamés, n’offrait pour elle aucune perspective de sécurité fi nancière et sociale. Revenue dégrisée de sa lune de miel, Hedda apprend aujourd’hui que Løvborg a abandonné sa vie de Bohême. Il a écrit un ouvrage scientifi que qui fait sensation et dont l’écho retentissant met en péril l’attribution du poste de professeur à Tesman. Hedda craint de voir ses projets d’avenir anéantis et sombre dans une folie meurtrière ».

Très bien placé, j’arrive à l’heure, vaguement inquiet… Pas de rideau baissé, la scène présente un appartement avec deux canapés disposés en angle et une baie vitrée. Les canapés sont sympathiques, ils me rappellent ceux de la marque BO Concept. La pièce a été écrite à la fin du XIXe mais le parti pris du metteur en scène est de la rendre actuelle (éternelle discussion déjà abordée dans un précédent billet). Pourquoi pas ? Quelques spectateurs râlent en découvrant les trois écrans pour les surtitres : deux en hauteur et un au raz de la scène. Assis au milieu du rang J, je vais devoir lever sans cesse les yeux. Et je n’ai pas pris mes lunettes : mes lentilles vont me gêner toute la soirée. La pièce commence. Hedda Gabler n’a pas de poitrine du tout. Je ne suis pas obsédé par la poitrine féminine mais bon… Et mes yeux jonglent entre la scène et les surtitres. Et je ne comprends rien à l’allemand. J’essaye de me souvenir de la pièce dont j’ai fini la lecture quelques heures auparavant. Vainement, je guette les scènes confusément embourbé dans les dialogues gutturaux qui me sont étrangers. Une femme, derrière moi éclate régulièrement de rire. Elle doit comprendre la langue de Goethe ou elle a fumé avant d’entrer. Je ne ris pas. Et la pièce dure et mes yeux piquent et je somnole quelques instants et la carcasse du fauteuil me rentre désagréablement dans le fondemement. Je n’en peux plus, j’abandonne une demi-heure avant la fin, je me lève et quitte la salle en remontant la rangée. Dehors, l’air est frais. J’aspire une grande bouffée salvatrice.

Je décide de boire une bière dans un bar de la rue des quatre-chapeaux. Seul assis sur un haut tabouret. Je m’en moque.

Encore une pièce de cette saison dans laquelle une femme se sent frustrée lorsque ses desseins ne se réalisent pas et qu’elle sent la domination qu’elle veut exercer sur son entourage lui échapper totalement. Curieusement, elle aussi se réfugie dans le sang pour régler ses problèmes… Pourquoi toutes les femmes du théâtre ne sont-elles pas comme Antigone : « Je ne suis pas née pour partager la haine, je suis née pour partager l’amour ». Hedda me parait dérisoirement une enfant qui refuse de reconnaître que les autrespeuvent vivre sans elle. Elle n’accepte pas de ne pas être le centre du monde, elle n’accepte pas d’avoir fait le choix de la fortune contre le choix du coeur, elle n’accepte pas son erreur de jugement et préfère tout effacer par la mort. Je n’ai trouvé aucun humour dans la pièce, rien qui prête à rire : tout est tragique, de la volonté de l’héroïne qui veut avoir le pouvoir sur une vie humaine à son refus du scandale lorsqu’elle, dit, par anticipation d’un écho terrible à la dernière phrase de la pièce, « des choses pareilles, on ne fait pas ça ici » en parlant d’un sucide au pistolet. Tout est tragique dans cette obstination à ne pas être la femme de son mari mais la fille de son père, qui joue avec les révolvers qu’il lui a légués. Tout est tragique dans son refus de la féminité, de la séduction qu’elle inspire au conseiller Brack et sur laquelle il va tenter de prendre le contrôle de sa vie. Tout est tragique dans le désamour qu’elle porte finalement à Tessman, son mari, terne professeur en train de rater sa carrière. Cette pièce est tragique. Pourquoi alors cette spectatrice a-t-elle ri si souvent ? Ses rires m’ont déstabilisé : n’aurais-je pas compris la pièce ? « Mais miséricorde… on ne fait pas des choses pareilles ». Rideau !


Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Extraits du spectacle


. Pièce suivante : « Du malheur d’avoir de l’esprit », de Alexandre Griboïedov, le samedi 21 avril 2007

Mise à jour du 16 mai 2007,à la suite du commentaire de Sin : Après y avoir réfléchi cette nuit, je reconnais que la comédienne qui a joué Hedda était très bonne, balançant entre femme-enfant et manipulatrice. J’ai aussi apprécié Løvborg, déterminé puis ensuite perdu.
Que penser en revanche du parti pris de transférer cette critique de la bourgeoisie norvégienne de la fin du XIXe siècle, avec les costumes rigides, reflets de la caste qui les arbore, dans un présent aux formes incertaines et, partant, assez fade car trop passe-partout ? Je me demande si la charge dramatique n’a pas été affaiblie.

samedi 31 mars 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Méphisto rien qu'un acteur » de Mathieu BERTHOLET

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Juan Bilbeny, Felipe Castro, Jeanne De Mont, David Gobet, Christophe Grégoire, Stéphanie Leclercq, Jacques Michel, François Nadin, Yvette Théraulaz et Graziella Torrigiani

Collaboration artistique : Arielle Meyer MacLeod - Scénographie : Anna Popek - Costumes : Paola Mulone - Lumières : Rinaldo Del Boca - Musique : Michel Wintsch - Chorégraphie : Tane Soutter

Production : La Comédie de Genève - Spectacle présenté dans le cadre de La belle voisine - Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture

Il y a quelques semaines, j’avais vu « Les Damnés  » de Luchino Visconti (1969), cette chronique horrible d’une riche famille qui se perd dans le nazisme après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933. J’avais été marqué par la fascination qu’exerçèrent l’idéologie et le régime nazis sur les classes privilégiées et par le jeu troublant d’Helmut Berger. J’avais donc pris soin de lire le dossier de présentation de la pièce et avais retenu les astuces de la mise en scène qui titillaient mon impatience.

Un grand cube subdivisés en quatre cubes, est planté sur la scène. Deux escaliers se croisent au fond. Tout au long de la pièce, les comédiens vont jouer dans chacun des quatre cubes. Gründgens, comédien qui excelle dans le rôle de Méphisto, se rallie au nazisme pour sauver sa carrière tandis que Erika et Klaus Mann, les enfants de Thomas Mann, ses anciens compagnons, choisissent la voie de l’exil au moment de la montée en puissance du pouvoir hitlérien. Chacun de leur côté, ils éprouveront la douleur de l’abandon l’un en se faisant le complice de la barbarie nazie, les deux autres en luttant contre la solitude de l’exil. A la fin de la guerre, rien ne sera comme avant.

L’idée des cubes étaient bonne : l’idée de dédoubler les cubes était encore meilleure. L’idée de jouer toute la pièce en circonscrivant les scènes dans l’espace cubique était finalement, mon goût, trop réductrice des mouvements. Cette mise en scène (en espace, pour faire hype) m’a lassé pour finalement me détourner de l’histoire. Je n’ai pas retiré le plaisir que j’escomptais car il fallait sans cesse que je passe d’un cube à l’autre pour suivre les scènes qui s’enchaînaient. Le jeu des acteurs m’a paru bon mais j’ai retenu la prestation de Christophe Grégoire. Le bilan est mitigé au point que je n’ai applaudi que quelques instants. Il n’y eut aucun rappel, la salle était à moitié vide. C’est la dure condition du comédien qui doit jouer devant une salle à peine remplie à moitié.



Le dossier de presse

Extraits du spectacle


Vous pourrez voir la mise en scène à la puissance cube.

Pièce suivante : « Hedda Gabler », de Mathieu Bertholet, le samedi 31 mars 2007, à 20 heures, place J-1 ;-)

samedi 17 mars 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Les Barbares » de Maxime GORKY

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Gaëlle Camus, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Gilles Defacque, Alain D’Haeyer, Pascal Dickens, Frédérique Duchêne, David Fauvel, Christophe Grégoire, Stéphane Jais, Eric Lacascade, Christelle Legroux, Daria Lippi, Millaray Lobos, Grégori Miege, Arzela Prunennec, Maud Rayer, Virginie Vaillant

Dramaturgie : Vladimir Petkov - Scénographie : Philippe Marioge - Costumes : Marguerite Bordat - Lumières : Philippe Berthomé - Son : Frédéric Deslias

Production : Centre Dramatique National de Normandie, Comédie de Caen
Coproduction : Festival d’Avignon - Festival Automne en Normandie - Célestins, Théâtre de Lyon
Avec le soutien du Conseil Régional de Basse-Normandie et du Conseil Général du Calvados - Avec la complicité du Prato, Théâtre International de Quartier-Lille et la Compagnie Lacascade

Gorky, Gorky… le nom d’un parc de Moscou, le nom d’un film que je ne connais pas. Mais aussi le nom de l’auteur de la pièce que je devais voir ce samedi 3 mars aux Célestins. Hop, quelques recherches sur Google, pour rafistoler la couche de vernis culturel que je m’efforce de maintenir avenante et me voila avec le livre « Les Barbares » entre les mains (traduction d’André Markowicz). Bon, une vingtaine de personnages, un environnement politique dont je ne raffole pas et cette habitude des russes d’interpeler l’autre par ses deux prénoms, habitude drôle mais éprouvante (le premier qui m’appelle Fabrice Sylvain je l’abandonne dans une steppe d’Asie avec Borodine) et me voilà plongé dans le réalisme social d’avant la grande révolution prolétarienne. Cela promettait pour la pièce…

Aucun retard ce soir là… Une place centrale - merci la jolie et souriante vendeuse des Célestins pour m’avoir si bien placé cette année - je suis partant pour le même placement pour la prochaine saison ;-) et je regarde la scène : une palissade de bois, quelques vagues bicoques, une caisse en bois de bière, un pauvre hère qui chante des chansons américaines en s’accompagnant d’une guitare (une balalaïka me soufflerait Lara et Jivago mais je n’en suis pas certain). 1905 : des ingénieurs du chemin de fer envahissent la vie tranquille d’une petit village perdu au fond d’une Russie encore tsariste, avec ses notables, ses rebelles, ses silences, ses désires inavoués et surtout la volonté farouche de survivre. Au final, les plus perturbés ne seront pas les moujiks mais bien les ingénieurs. Raconter la pièce est impossible mais vomir le spectacle ne nécessite aucun effort.

Dieu que deux heures vingt sont longues dans un fauteuil qui finit par s’ennuyer autant que moi en me rappelant à son bon souvenir avec ses montants en bois qui me rentrent dans le fondement sans vergogne ! J’ai vu des comédiens éructer, jouer des porcs, exposer un torse hirsute ou une poitrine galbée et sensuelle, j’ai regardé une pastèque voler et éclater au sol (curieusement, j’en viens à m’interroger sur la propagation des odeurs depuis la scène car très vite j’ai senti la fraîcheur de la chair rouge titiller mes papilles), des crachats arroser le premier rang et subi tout le reste à l’envi dans le registre de la bêtise. J’avais pris le soin de terminer le livre avant la pièce et de suivre rapidement avec le texte sur les genoux et là, enfer et damnation, j’ai constaté que le metteur en scène avait procédé à des coupes franches dans le texte. Voilà M. Lacascade qui considère que sa mise en scène vaut largement le texte d’un écrivaillon pro révolutionnaire et qui décide de s’affranchir du texte pour mieux servir sa seule gloire. Pourquoi ne pas avoir inscrit sur l’affiche « Les Barbares » vaguement inspiré de Maxime GORKY et modestement réécrit par ERIC LACASCADE ? Non, vraiment, cette pièce fut une épreuve ennuyeuse : la mise en scène met en pièce le livre et rend incompréhensible le propos de Gorky. Pourquoi avoir montré certains villageois comme des gorets immondes et vicieux ? Pourquoi avoir précipité tant de confusion sur scène ? Les comédiens dégueulent leur texte, je ne sais pas qui répond à qui, tout est embrouillé, je suis vite perdu. Quelques rares images touchantes surnagent difficilement dans cette soupe écoeurante. Je n’ai pas applaudi, je n’ai pas été le seul d’ailleurs, aucun rappel n’a salué la pièce. Aucun désir suscité, Claudia, que de l’ennui… Si, un seul désir, celui de partir et d’oublier très vite.

En cherchant sur internet, un petit article sur la pièce présentée à Avignon en 2006 : Exorde Il faut bien rire un peu.

Le dossier de presse  ? Rions encore…

Extraits du spectacle

Prochaine pièce : « Méphisto rien qu’un acteur », de Mathieu Bertholet, le samedi 17 février 2007, à 20 heures, place J-3 ;-)

lundi 19 février 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Love letters » de Albert Ramsdell Gurney

Heureusement que mon abonnement au théâtre est là pour m’extirper de la mélancolie dans laquelle je me vautre depuis quelques jours… Huit heures moins le quart, la pluie a cessé en fin d’après-midi mais les pavés sont encore humides tandis que je presse le pas. Le manteau déposé, je m’assois au milieu du rang J, place 3. J’enlève ma veste jette quelques regards sur mes deux voisines, tentant de surprendre leurs conversations avec leurs conjoints respectifs.

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Anouk Aimé : Alexa
Jacques Weber : Thomas

Production : Théâtre de la Madeleine, Théâtre de la Porte Saint Martin

La scène est noire. Une grande table, un fauteuil à gauche, une chaise à accoudoirs à droite, un verre d’eau et une pile de feuilles devant chacune d’elle, à gauche, un lustre à pampilles, le décor est sobre. Le rideau du fond de scène livre le passage à Alexa et à Thomas. Je ne sais plus, à l’instant où j’écris ce billet, qui commence à lire une lettre. Alexa et Thomas sont deux enfants, dans la même école, deux camarades de jeu insouciants dans ces années trente que l’on dit folles. Des mots d’enfants pour jouer à dire l’amour. Et les enfants deviennent adolescents, partent étudier et creuser le sillon de leur vie personnelle. Alexa, bohème, plonge dans la peinture. Thomas excelle au barreau, réussit son mariage et se fait élire sénateur au milieu de sa famille forcément aimante et solide. Leur correspondance est rythmée par les vœux de bonne année si formels de Thomas, par la solitude d’Alexa dans sa lutte contre l’alcool. Derrière des mots banals mis bout à bout, quelques aveux timidement cachés dans des phrases de circonstances s’échappent de leur vie respective pour enfin joindre leurs âmes. Leur amour éclate entre deux silences, un amour si fort que Thomas finira par confesser qu’il est unique. Mais le carcan de la société puritaine retient ses élans tandis qu’Alexa comprend qu’elle ne peut plus vivre sans lui. Elle ne veut plus vivre, tout simplement.

La salle a ri, la salle a applaudi, j’ai ri, j’ai applaudi (après avoir piqué du nez plusieurs fois). Anouk Aimé (je n’avais pas relevé son âge avant de lire le programme…) est très convaincante dans ce rôle de femme perdue qui n’a pour seul repère que son amour d’enfance. S’il est vrai qu’elle nous renvoie toujours l’image de la femme amoureuse de Lelouch, une éternité nostalgique qui nous réchauffe le cœur, Anouk Aimé tend à donner de l’épaisseur et de la chair à un texte qui, somme toute, lu sans elle, pourrait être presque banal. Jacques Weber est un peu plus en retrait, semblant parfois plus lire son texte que le vivre (tiens, une question me taraude l’esprit : les comédiens prenant une lettre l’une après l’autre, le texte était-il écrit sur chaque page ?) et son détachement déséquilibrait, à mon goût, le jeu. Anouk Aimé a joué cette pièce avec Philippe Noiret et Jean-Louis Trintignant : comment étaient-ils ?

Une belle soirée mais je finis par me demander, après cette nouvelle pièce qui succède aux autres, cette saison, si les femmes ne peuvent aimer qu’une seule fois…

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Prochaine pièce : « Les barbares », de Maxime Gorki, le samedi 3 mars 2007, à 20 heures, place J-2 ;-)

samedi 27 janvier 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « La version de Brownings » de Terence Rattigan

Collaboration artistique : Laurent Caillon - Assistante à la mise en scène : Dyssia Loubatière - Scénographie : Jean Haas assisté de Julien Tesseraud - Lumières : Dominique Fortin - Costumes : Cidália Da Costa assistée de Anne Yarmola et Hafid Bachiri - Maquillages : Laurence Otteny assitée de Marie-laure Texier - Construction décor : Atelier François Devineau

Avec :
Sébastien Accart : Taplow
David Assaraf : Peter Gilbert
Sylvie Debrun : Millie Crocker-Harris
Claude Lévêque : le directeur
Alain Libolt : Andrew Crocker-Harris
Adeline Moreau : Mme Gilbert
Vincent Winterhalter : Frank Hunter

Production : Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers et Scène Indépendante Contemporaine.
Le texte de la pièce est publié aux Éditions Les Solitaires Intempestifs. La pièce The Browning Version de Terence Rattigan est représentée par l’agence Drama-Suzanne Sarquier (dramaparis@dramaparis.com) en accord avec l’agence ABR à Londres.

Ce spectacle a reçu deux Molières en 2005 : celui de la meilleure mise en scène et celui de la meilleure adaptation d’une pièce étrangère

Hors de question d’être en retard ce soir. Il fallait que j’arrive suffisamment tôt pour gagner ma place (au centre de la rangée) sans perturber les spectateurs arrivés à l’heure. Une fois le chien dégonflé et rangé dans un placard après sa promenade d’après vêpres, je gagnai en hâte le théâtre. Passant devant les cuisines de la brasserie Francotte (l’ancien restaurant de Christian Bourrillot), je humai un fumet dont le souvenir me tracassa l’estomac durant toute la soirée. Las, le soin que je pris à presque courir dans les rues ne me permit que d’être accueilli dans l’atrium par la sonnerie appelant les spectateurs à rejoindre leur fauteuil. Et voilà que je dûs enjamber les pieds de mes futurs voisins de rangée en ânonnant pardons et excuses et tentant d’ôter ma veste discrètement en prévision de la chaleur certaine de la soirée. Un léger sursis m’autorisa à savourer les décors de la salle (dont je finirai par pouvoir réciter le détail par coeur) en écoutant la mâle annonce des dernières consignes. Une femme occupait la loge de gauche, en surplomb de la scène. Quelle vue peut-on avoir de cette place. Pendant quelques instants, mon esprit vagabonda entre des rêves phantasmagoriques, des désires tus et des uchronies qui bousculèrent ma réalit si tangiblement monotone.

Ce soir-là, le rideau de scène se releva et je découvris les bancs disposés en gradins et la chaire vide du professeur qui les sommait. A gauche, un tableau noir présentant en grec l’Odyssée. Au premier rang, Tuplow, blond lunetteux, s’applique à sa version. Le professeur Hunter, vétu de sa robe, entre. En cette fin d’année scolaire, dans une high school anglaise des années cinquante, un étudiant attend son professeur pour rattraper un cours, indispensable à son passage en classe supérieure. Surpris par la présence du jeune homme blond, Hunter engage une conversation qui tourne bientôt autour du redouté Crocker-Harris, le Croco pour les étudiants. Millie, sa femme apparaît et éloigne Tuplow en l’envoyant chercher le médicament indispensable à son cardiaque de mari. Seule avec Hunter, elle se jette dans les bras de son amant avant que Crocker-Harris n’entre aussi. Et la pièce prend son rythme : un professeur, convalescent après un accident cardiaque, est contraint à partir pour une autre école après dix huit années de service seulement préoccupé par la hauteur de sa tâche et la passion de l’enseignement. Hiératique, rigide, ses phrases tombent sèches et coupantes en taillant le portrait d’un professeur rigoureux craint par ses élèves. Mais les évènements vont mettre à mal cette forteresse manifestement inexpugnable : l’amant qui renonce à prendre sa place, le successeur impatient mais totalement inexpérimenté, le refus incompréhensible d’une pension par l’administration et l’étudiant qui offre une traduction d’Agamemnon d’Eschyle dans la version de Browning et fait exploser au visage du vieux professeur une jeunesse désespérément perdue. Jusqu’à la demande du directeur de priver Crocker-Harris de l’honneur qui lui revient en qualité de doyen de prononcer le dernier discours lors de la fête de fin d’année. Toute sa vie s’abime dans un gouffre sans fond et les sanglots qui secouent le vieil homme sont l’aveu terrible de son impuissance devant sa vie d’échecs. Au bord de l’infarctus, Crocker-Harris trouve dans la simplicité du cadeau de Tuplow la raison de se battre et de reprendre en main son destin en envoyant promener sa femme infidèle et le directeur indélicat.

Voilà une très belle pièce dans laquelle l’auteur montre le cheminement d’un homme qui affronte l’inquisition de sa conscience à la lumière des années de dureté et de détestation qu’il a inspiré. L’introspection qu’il subit lui ouvre les yeux sur l’amour de son métier, l’affection qu’il porte à ses élèves, acceptant au fil de jeux de mots lancés comme autant de sourires dissimulés qu’ils le brocardent et partant, découvrent son humanité. Voilà une trèsbelle pièce, jouée avec beaucoup de justesse.

Alain Libolt transforme magistralement un Crocker-Harris sévère et distant en un homme passionné et aimant son métier et les autres. J’ai apprécié le jeu de Sylvie Debrun lorsque Millie Crocker-Harris voit son amant la quitter et son mari s’éloigner, las de dissimuler cette liaison qu’il connaissait depuis si longtemps. Son désarroi est touchant. J’ai trouvé Vincent Winterhalter un peu en retrait dans son rôle de Frank Hunter. Sébastien Accart, déjà vu dans « la femme d ‘avant » donne un Taplow à la diction hachée et trop régressive qui tire ses répliques vers un côté enfantin agaçant (d’autant plus que je me souvenais de sa prestation dans la pièce précédente et notamment l’une de ses scènes très sensuelle).

Le public a partagé mon enthousiasme, les comédiens ont été bissés plusieurs fois par des applaudissements nourris et chaleureux. Dans les escaliers, j’ai entendu la satisfaction des autres spectateurs notamment lorsqu’une femme dit à son amie qu’il s’agissait, pour le moment, de la meilleure pièce de la saison.

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Extraits du spectacle

Prochaine pièce : « Love letters », de Albert Ramsdell Gurney, le samedi 10 février 2007, à 20 heures, place J-3 ;-)

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