Il est 8 heures 20, nouvelle heure, la ville est plongée dans une brume automnale annonciatrice la la Toussaint. Lyon n’est plus Myrelingues la Brumeuse depuis bien longtemps, depuis l’assèchement des zones humides à l’entour, après guerre : rares sont les jours où le brouillard replie les quartiers sur les rues humides où les façades des immeubles, abolies de toute perspective, ne se découvrent qu’au fil des pas. Seules les collines sont enchâssées dans des voiles évanescents. Fourvière est retournée au Ciel, la basilique est redevenu le Trône divin. Elle est cachée comme Dieu dans le Saint-Sacrement.
J’aime ce dimanche de retour à l’heure d’hiver, les heures alanguies s’offrent à moi : je me suis réveillé à la même heure que d’habitude pour un dimanche, vers 7 heures 30 ancienne heure : le journal de 6 heures 3O vient juste de commencer sur RTL et j’écoute les premiers titres emmitouflé dans le drap : il fait presque frais ce matin dans l’appartement. J’ai toute le temps d’une très longue journée devant moi.
Rien de particulier n’est prévu, hormis le déjeuner dominical familial. J’inviterai mes parents dimanche prochain. Aujourd’hui, Quelques tâches ménagères à assumer, notamment le rangement d’un grand placard en coin dans la cuisine : je peste de devoir toujours tout remuer pour retrouver une casserole ou un moule. Il faudrait aussi que je pense à ranger les livres qui s’entassent dans l’attente de l’achat de nouvelles bibliothèques suédoises. Encore quelques rayons et le souvenir de la chape blanchâtre aura disparu.

Si je ressortais à l’instant, je découvrirais la place Bellecour exploser sous le soleil, défoncée par les travaux de sa chaussée nord : le sol éventré laisse apparaître la terre sombre et grasse d’humidité. Un tas de grosses racines rappellent que naguère, pendant plus de cent cinquante ans, des platanes ont rythmé les promenades avant de céder, rongés par la maladie, sous les assauts des élagueurs. Bientôt, des chênes chevelus effaceront leur souvenirs. Les enfants des autres verront leur ramure former une nouvelle fois l’ombre nécessaire pour supporter le soleil d’été. Mes enfants ne verront rien, ils n’existeront jamais ailleurs que dans mon âme.
La Toussaint approche, le froid est annoncé pour la semaine prochaine : il faudra se blottir au fond d’un canapé, bien au chaud, avec… Avec qui ? Toute la question est là. Encore un peu plus de soleil dans la cour de l’immeuble : la façade au grandes fenêtres en face de mon appartement blanchit violemment dans la lumière. Le temps est venu de changer, le temps est venu de reprendre l’initiative,le temps est venu de décider, décider d’assumer la vie, décider de reprendre le chemin de l’autre. Je réunis les conditions nécessaires à la prise d’une décision professionnelle dans les mois qui viennent. Pour le reste, pour l’essentiel en fait, j’ai décidé de ne plus refuser les occasions que je rencontrerai sur ma route. Alors il faut que je reprenne ma marche pour que ces occasions soient nombreuses et que je puise choisir. Ou que le destin choisisse pour moi. mon uméro de mobile et mon adresse électronique sont prêts.
Olivier m’a donné une idée : en fin de semaine prochaine, entre deux dégustation au Salon des vins des vignerons indépendants — qui est libre jeudi soir pour une première visite ?
— je me promènerai au Cimetière de Loyasse, entres les tombes fleuries par le Jour des Morts. Quelques photos sans doute…
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