Apartés uchroniques

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dimanche 10 janvier 2010

Ma Normandie dans l'assiette... des joues de porc au cidre

Prenez des joues de porc, du cidre et des pommes et hop, vous voilà en Normandie… Bon, certains objecteront qu’il suffit de prendre le train à la gare de la Part-Dieu jusqu’à Nogent-le-Rotrou pour se retrouver au cœur du Perche. Mais quand vous êtes à Lyon, place Bellecour, comment faire pour rêver à la terre de ses aïeux ? Et bien, Prenez des joues de porc, du cidre et des pommes et hop, vous voilà en Normandie. Remarquez, cela marche aussi si vous rêvez de la Bretagne.

Je ne reprendrai pas mon petit laïus sur l’intérêt de la joue de porc, vous pouvez le retrouver ICI. Considérez simplement un dimanche enneigé, un marché aux étals clairsemés et un congélateur recelant quelques trésors comme des joues de porc achetées chez TROUILLET-FABREJON en novembre. Il était temps de les cuisiner d’une manière si simple qu’il serait presque indécent que vous ne pratiquiez pas, au plus vite, cette recette où la simplicité le dispute aux saveurs…


Joue de porc au cidre

Pour 4 personnes

Préparation : 20 min - Cuisson : 45 min ou 1 h 30

Ingrédients : 1 kg de joues de porc, 1 bouteille de cidre brut, trois échalotes, 1 pomme fruit acide, sel et poivre du moulin


Couper les joues de porc en morceaux et les faire dorer dans un peu de matière grasse (graisse de canard ou mélange beurre + huile).

Éplucher les échalotes et les couper en deux, éplucher la pomme, l’évider et la couper en quatre, ajouter le tout aux morceaux de joues de porc. Mouiller avec la bouteille de cidre, saler et poivrer. Cuire 45 minutes à l’autocuiseur à compter du sifflement ou 1 h 30 à feu modéré (petits bouillons).

La viande doit être très tendre. Réserver les morceaux. Mixer le jus, les échalotes et les quartiers de pomme pour obtenir une sauce émulsionnée et liée. Rectifier l’assaisonnement. Réchauffer la viande dans la sauce.

Servir aussitôt accompagné de riz pilaf et arrosé d’un bon cidre brut IGP !

Vous pouvez, juste après avoir fait dorer la viande, arroser les morceaux d’un verre de calvados et faire flamber.

Mixer la pomme et les échalotes donne du corps à la sauce et évite l’emploi de farine ou de crème fraîche. Voilà une méthode agréable que m’avait soufflé mon ami Marc à propos du bœuf bourguignon…

jeudi 27 août 2009

Petite séance d'autosatisfaction...

En examinant les statistiques de fréquentation de mon blog depuis mai 2008, date à laquelle j’ai installé Google Analytics, j’ai constaté que les mots clés les plus utilisés pour aboutir au site étaient, outre « apartes » et « apartes uchroniques », « poulet à la crème aux morilles » et « poulet aux morilles à la crème » !

Vérification faite aussitôt sur Google : 1ère place sur un total d’environ 52 100 résultats ICI pour l’une et 1ère place sur un total d’environ 54 000 résultats ICI.

Ma recette a une audience planétaire au zénith !

Voilà, c’est tout. Je reste humble devant ce triomphe extraordinaire ! Je vous laisse, Alain Ducasse cherche à me joindre pour me proposer d’écrire un livre…

jeudi 30 avril 2009

Un vrai huilier de la Drôme dans la Presqu'île...

Huilerie RICHARD
La Drôme descend de ses collines pour le plus grand plaisir des gourmets de la Presqu’île : l’Huilerie RICHARD, déjà présente sur le boulevard de la Croix-Rousse, a ouvert un nouveau magasin place Bellecour, au numéro 37 (plus exactement rue Colonel Chambonnet), depuis la mi-avril. Patrick Richard, est la cinquième génération de moulinier drômois. Parler avec lui de son métier permet de découvrir un homme passionné par ses olives, par ses huiles, par son histoire. Avec une faconde joyeuse et entrainante, un dimanche matin, il m’a fait découvrir quatre huiles goûteuses : j’ai apprécié la numéro 2, l’huile d’olive AOC de Nyons, avec une note finale et profonde d’artichaut donnée par l’olive tanche


et la numéro 3, composée d’olives du bassin méditerranéen, dont le subtil mélange donne une huile puissante, au goût affirmé d’olives noirs, riche et profond (cette huile est utilisée par Anne-Sophie Pic…).


La numéro 1 est une huile labellisée bio, au parfum d’herbes et de feuilles discret.

Huilerie RICHARD
Je ne peux passer sous silence la dernière petite cuillère, la gourmandise en robe dorée : l’huile de noisette, qui donne l’impression de croquer une poignée de noisettes parfumées. J’imagine une salade de mâche avec quelques tranches de betteraves et un filet de cette huile…


Patrick Richard a tenu à me faire découvrir la confiture d’olives noires au gingembre : un confit d’olives doux, finalement pas très sucré, qui conserve l’amertume du fruit mais est réveillé par le piquant et la fraîcheur du gingembre. Une très  belle découverte qui fait des merveilles avec un fromage de chèvre frais…


La boutique regorge de produits divers et savoureux. Poussez la porte du magasin, vous ne le regretterez pas…

jeudi 23 avril 2009

Mets de l'huile...

Mets de l’huile petit homme dans la vie, il faut que ça glisse
De l’huile petit homme, écoute, écoute
Mets de l’huile petit homme dans la vie, il faut que ça glisse
De l’huile petit homme, écoute, écoute plutôt Regg’lyss



Je sais aussi faire d’jeuns !

Tout ça pour annoncer le prochain billet (si, si - impératrice — oui, je sais, je l’ai déjà faite mais tant pis, pas d’autre idée en ce moment —, ce prochain billet va bien arriver, vous ne rêvez pas même si personne, par pudeur sans doute, n’a osé me demander pourquoi j’étais silencieux depuis Pâques) qui présentera une huilerie et son nouveau magasin à Lyon. Amateur d’huile d’olive, préparez-vous !

jeudi 4 décembre 2008

Un calendrier de l'Avent - 5e jour

Dans la 5e case, un péché…

La gourmandise me saisit souvent et me laisse, parfois, bien penaud. L’Église catholique la place au  rang des péchés capitaux mais il semble que le mot français ne traduise pas toute à fait l’excès qui fait basculer l’homme d’amateur de bonne chère à glouton insatiable. La période des fêtes de fin d’année est une période bien tragique pour le gourmand qui, à chaque bouchée supplémentaire, se rapproche des flammes de l’enfer. C’est une lutte incessante où un petit Saint-Georges s’agite au tréfonds de mon estomac pour terrasser l’appétit démoniaque qui m’habite. Et ne nos inducas in tentationem sed libera nos a malo. Le combat d’une vie. Mais qu’il est bon de succomber ! Dieu me  pardonnera (enfin je l’espère).

Bon, Noël est la fête de la joie alors hop, une petite virée dans le monde merveilleux des gâteaux, les bredele alsaciens, des gâteaux secs de Noêls aux noms souvent imprononçables pour le germaniste à la petite semaine que je suis depuis mes années lycée : butterbredele, kipferl, kleinbrötchen, schwowebredele, etc (une litanie sucrée ICI et quelques recettes par exemple.
En attendant des recettes, laissons nous aller avec Doris Day…

mardi 28 octobre 2008

Un bœuf à la bourguignonne...

En parcourant les billets de mon blogue pour ajouter des tags, je me suis souvenu qu’à la dernière Toussaint, je recevais mes parents et mon frère. Dimanche dernier, je leur ai proposé un déjeuner pour cette fin de semaine en leur demandant de choisir le menu. Aussitôt, mon père a réclamé un bœuf bourguignon. Dilemmes : quelle entrée ? quel dessert ? J’avoue ne pas avoir encore d’idée… Je pensais que le bœuf bourguignon n’avait pas de secret pour moi : j’étais bien présomptueux puisque, en cherchant une recette, j’ai parcouru ma bibliothèque culinaire, feuilletant une quinzaine de livres parmi plus d’une centaine possédés sur la gastronomie et le vin et j’ai trouvé presque autant de versions. Voilà le petit historique que j’ai pu retracer pour le XXe siècle.

J’ai appris, au fil de la lecture, qu’autrefois les cuisiniers parlaient de pièce de bœuf à la bourguignonne : un morceau pris dans la pointe de culotte (ou du tende de tranche) était lardé de lardons gras et mariné dans du vin rouge, du cognac et des aromates avant d’être cuit et servi avec une garniture à la bourguignonne (lardons, champignons et oignons grelots). Au cours du siècle dernier, cette préparation a laissé le pas au bœuf bourguignon que nous  connaissons aujourd’hui.

Le guide culinaire d'Auguste EscoffierLe grand Auguste Escoffier, dans son guide culinaire édité en 1902, ne connait que ce premier apprêt du bœuf. Ses lardons sont marinés préalablement au cognac et la cuisson se fait dans du vin complété par du jus de veau et de la sauce Espagnole, une panacée, la sauce « mère » de la haute gastronomie tombée en désuétude depuis l’apparition de la nouvelle cuisine. La cuisson se fait au four. Fidèle à ses idées, aucune farine ne lie la sauce.

Le guide culinaire, Auguste ESCOFFIER - Éditeur Flammarion - Première édition en 1902 - Mon exemplaire : 4e édition de 1921 



Madame E. SAINT-ANGE, dans son livre célébrant la bonne cuisine, distingue bien les deux préparations, d’une part la pièce de bœuf à la bourguignonne et d’autre part le bœuf à la bourguignonne façon civet. Elle précise que ce plat n’est pas issu de la cuisine régionale mais de la cuisine moderne. Sous la forme d’une pièce entière, elle ajoute qu’il peut être servi dans un petit dîner, coupé en tranche. Quel que soit le choix de l’apprêt, il convient de prendre suffisamment de viande pour faire deux repas, le plat se réchauffant aisément. Elle poursuit en justifiant l’emploi du jus de veau pour la cuisson de la pièce, de loin préférable au bouillon de bœuf, d’une saveur trop proche. Le jus de veau léger contient des « principes gélatineux » qui donnent une sauce « plus luisante, plus gommeuse». Ses lardons sont aussi marinés dans le cognac. Il est à noter que la liaison de la sauce se fait avec un roux (30 grammes de farine).

Selon elle, la préparation en civet (la viande est coupé en morceaux) a l’avantage de ne salir qu’une seule casserole. La liaison se fait aussi avec de la farine, saupoudrée sur les morceaux de viande.

                                              
La bonne cuisine de Madame E. SAINT-ANGE - Éditeur Larousse - Première édition en 1927 - Mon exemplaire : 1927

L'art culinaire moderne de Henri-Paul PellapratEn 1935 paraît L’Art culinaire moderne, d’Henri-Paul PELLAPRAT, ouvrage de référence qui sera qualifié, dans une réédition de « Pellaprat du XXe siècle ». Le grand cuisinier reprend la recette de son maître ESCOFFIER sans toutefois le jus de veau. Après une heure trente de cuisson au four, la pièce est transférée dans une casserole avec le fond de cuisson mis à réduire.

L’art culinaire moderne, Henri-Paul PELLAPRAT - Éditeur René Kramer Lugano - Première édition en 1935 - Mon exemplaire : édition de 1972 imprimée en 1977




Le Larousse gastronomique est édité pour la première fois en 1938 sous la direction de Prosper MONTAGNÉ et là encore on ne parle, dans un petit article très succinct, que d’une pièce de bœuf cuite au four et terminée en casserole.

Larousse gastronomique, ouvrage collectif - Éditeur Larousse - Première édition en 1938 - Mes exemplaires : première édition de 1938 et 4e édition de 1984 






En 1941, les restrictions de la seconde guerre mondiale n’empêche pas, malgré le manque certain de viande, Ali BABALI, dans son petit opuscule Cuisine du dimanche, de discourir des origines sociales de la pièce de bœuf à la bourguignonne et du bœuf bourguignon, discussion essentielle qu’avait effleuré Madame E. SAINT-ANGE conseillant la pièce de  bœuf pour un petit dîner. On imagine que des hôtes de marque ne sauraient se satisfaire de viande braisée. L’auteur suisse donne une origine parisienne et populaire au bourguignon, une sorte de ragoût servi à des chauffeurs de taxis sur le zinc, entre deux parties de zanzi. A l’opposé, il relève la distinction du bœuf à la bourguignonne, une pièce de culotte lardé de lardons poudrés d’épices, de persil haché et marinés dans le cognac.Le moelleux de la sauce est fourni par un pied de veau désossé et blanchi. Contrairement à Madame SAINT-ANGE, Ali  BABALI utilise du bouillon pour le mouillement. Enfin, un peu de coulis de tomate donnera de la consistance à la sauce et non de la farine.

                                             
Cuisine du dimanche, Ali BABALI - Éditeur Les Recettes de Radio-Genève - Édité en 1940

Je reviendrai, dans un prochain billet, sur la cuisine en temps de guerre par l’intermédiaire de deux ouvrages que je possède, celui-ci et un autre livre qui contient aussi quelques conseils de vie pratique pour les périodes de privation… La crise actuelle nous contraindra-t-elle à de si douloureuses extrémités ?

La paix revenue, L’art culinaire français, imprimé en 1950, réunit plusieurs grands noms de la cuisine pour un ouvrage collectif resté une grande référence. Cette fois-ci, le bœuf à la bourguignonne est bien coupé en morceau. Exit la pièce entière, bonjour le ragoût (aux morceaux plus petits qu’une daube, soit dit en passant) ! En passant, une petite remarque économique qui pousse Henri-Paul PELLAPRAT à préconiser l’huile au lieu du beurre pour faire rissoler les morceaux. Une cuillère de farine assurera une bonne liaison à la sauce (alors que dans son ouvrage personnel, cité ci-dessus, la farine ne fait pas partie des ingrédients).

L’art culinaire français, ouvrage collectif - Éditeur Flammarion - Première édition en 1950 - Mon exemplaire : 2e édition de 1959, imprimé en 1973

Je ne peux passer à l’ouvrage suivant sans évoquer une autre version assez curieuse, donnée dans le même ouvrage par les SANS-FILISTES GASTRONOMES et tirée des Belles recettes des provinces françaises, ouvrage paru en 1929 : le boeuf est coupé en gros morceaux et placé dans une cocotte avec force ail, oignons, échalotes et champignons en alternant les couches. Le mouillement est constitué uniquement de fine champagne et de madère et la cocotte lutée pour passer au four pendant six heures…

L’art culinaire français, ouvrage collectif - Éditeur Flammarion - Première édition en 1950 - Mon exemplaire : 2e édition de 1959, imprimé en 1973


Il n’est pas de bons plats sans bons vins pour le Prince élu des gastronomes : CURNONSKY dirige la rédaction d’un ouvrage en 1950 détaillant des recettes et les vins associés. Et évidemment le bœuf à la bourguignonne, célébrant l’heureux hyménée de la bête et du vin, n’est pas oublié. Curieusement, en propos liminaire, l’article précise que la vraie recette est celle de la daube mais qu’une grosse pièce peut être préparée de même. Serait-ce la fréquentation des auberges avec son complice Marcel ROUFF pour son formidable La france gastronomique - Guide des merveilles culinaires et des bonnes auberges françaises qui égare ainsi le prince ? Là encore, la pièce de viande est lardée avant d’être marinée dans le cognac et le vin. La sauce est liée avec de la farine et l’ensemble mis à cuire au four pendant au moins trois heures.

Bons plats, bons vins, ouvrage collectif, sous la direction de CURNONSKY - Éditeur Maurice Ponsot - Édité en 1950 - Mon exemplaire : première édition



En 1946, le prolixe CURNONSKY avait salué la fin de la guerre en créant une revue illustre, paraissant encore aujourd’hui, Cuisine et Vins de France. Fort du succès du mensuel, bientôt un ouvrage collectif éponyme est lancé, en 1953 sous sa direction. Dédicacé à un Conseiller inconnu, la recette est simplifiée : aucune marinade n’attendrit les morceaux de collier de bœuf avant leur cuisson et la cuisson se fait dans un mélange à parts égales de vin rouge et d’au. Aucun bouillon ne vient relever la sapidité du mouillement…Assurément, le Conseiller était fort peu prodigue. Qui a dit avare ? Rendons à CURNONSKY le bénéfice de la mise nen valeur du produit, ici, du collier de bœuf.

Cuisine et vins de France, ouvrage collectif, sous la direction de CURNONSKY - Éditeur Larousse - Première édition en 195 -  Mon exemplaire : première édition

Connaissez-vous Valentine de BRUGUIERE ? Non, moi non plus et même Google ne sait rien sur elle. Je peux simplement vous révéler qu’elle a écrit dans un ouvrage collectif, une encyclopédie de la grande et petite cuisine sortie en 1959. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est elle qui a rédigé la recette du bœuf à la bourguignonne : ni plus ni moins un bœuf bourguignon, aux morceaux coupés cuits avec du lard dans du bouillon et un verre de vin. Un verre seulement… La parcimonie me laisse doucement rêver : peut-être s’agissait-il de combattre le fléau de l’alcoolisme ? Son mari devait être un pilier de bar, certainement aviné à chaque retour chez lui. Une recette légère, très légère.

L’encyclopédie de la grande et de la petite cuisine, ouvrage collectif - Éditeur Bibliothèque Pratique du Club de la Femme - Édité en 1959 - Mon exemplaire : première édition




Si je vous dit Catherine LANGEAIS, Raymond OLIVER, vous me répondez… Art et magie de la cuisine et vous aurez gagné le gros lot ! 1953, la télévision encore jeune demande au chef du Grand Véfour de présenter une émission de cuisine : Raymond OLIVER tyrannise Catherine LANGEAIS et sa choucroute blonde qui toutefois, ne s’en laisse pas compter par ce hâbleur magistral qui met en scène ses recettes comme de vraies pièces de théâtre. J’ai eu l’occasion de revoir sur une chaîne de cuisine plusieurs émissions et je ne me suis pas lassé de contempler le spectacle… Je regrette de ne pas avoir déclenché l’enregistrement. Quoique, sur le site de l’INA, six vidéos sont disponibles : les alouettes sans têtes, la fricassée de volaille froide, le pâté Bourbonnais, les salades, artichauts et asperges, les oranges surprises.  Bon, je m’égare, j’entends le bœuf hoqueter, saoul de toute la marinade qu’il a ingurgité en attendant que je termine mes digression historico-culino-télévisuelle. Raymond OLIVER a quitté la culotte pour l’aiguillette dont il fait mariner les morceaux douze heures durant dans un verre de vin seulement… Le mouillement comprend, l’honneur est sauf, une bouteille de vin (moins un verre, bien sûr). Et la liaison est toujours à la farine. ESCOFFIER, au secours !

La cuisine, Raymond OLIVER - Éditeur Bordas - Édité en 1967 - Mon exemplaire : première édition

L’Ordre du Clou, la science clavologique, ça vous tente ? Quel rapport avec notre recette ? Souvenez-vous, quelques lignes plus haut,1940, Ali BABALI, qui attribuait la paternité du bœuf bourguignon aux cafés parisiens : du zinc de la capitale aux bouchons lyonnais, il n’y a qu’un TGV, ou presque, puisque ce train n’existait pas en 1972, année de la première parution de la cuisine lyonnaise de Félix BENOIT, l’humoriste illustre, grand chancelier de l’Ordre du clou, recteur de l’Institut des sciences clavologiques. Le Lyonnais et la Bourgogne sont étroitement liés par le vin, le vignoble beaujolais commençant  là où finit le vignoble bourguignon, comme le montre le cépage gamay commun aux vins issus de ces deux régions. Un recueil des recettes lyonnaises ne pouvait faire l’impasse sur ce plat roboratif, notamment celui servi au Café des Fédérations, par le regretté Roland FULCHIRON. Quoique, Félix BENOIT, dans la première édition, ne mentionnait pas ce plat qui n’est apparu que dans la seconde édition… Et je suis déçu :aucune marinade, encore une fois. Mince, les clients du café le Mal assis doivent se retourner dans leurs tombes. Allez, manifestons pour la marinade de la viande dans le vin rouge avant cuisson. Non mais, nous priver du plaisir de déguster une viande goûteuse, attendrie par le jus de la treille, c’est crime de lèse-gourmandise. Vous noterez au passage que la farine singe toujours la viande.

La cuisine lyonnaise, Félix BENOIT - Éditeur Solar - Première édition en 1972 - Mes exemplaires : édition de 1975 et seconde édition de 1987












La cuisine du marché de Paul Bocuse« La « Nouvelle Cuisine », au fond, c’est la vraie cuisine » dixit Paul BOCUSE dans la préface de la bible La cuisine du marché sortie en 1975. Si les excès de cette cuisine minimaliste qui avait voué aux Gémonies, sous l’impulsion des critiques GAULT et MILLAU, faiseurs de chefs dans leur guide, les sauces lourdes, la crème fraîche et le beurre, les cuissons longues, bref tout ce qui faisait l’âme et l’honneur de plusieurs siècles de gastronomie française, ont presque disparu aujourd’hui (remplacés par les vents de l’imposture de la cuisine moléculaire), la statue du Commandeur de Collonges-au-Mont-d’Or domine toujours la cuisine du XXe siècle, hiératique et souriant. Il a incarné la nouvelle cuisine avec ses amis avant qu’elle soit dévoyée : son livre est le manifeste du retour à la valeur essentielle qu’est le produit. Et sa recette nous tire vers le passé, elle est éblouissante de classicisme et finalement de simplicité : en elle résonne les bruits des casseroles du Ritz de Londres, où brilla ESCOFFIER, en elle brillent les mânes de PELLAPRAT… Elle est. Et c’est tout. Soudain, je me souviens de ce dimanche matin, il y a quelques semaines, place Antonin Poncet, un matin d’été, trois chaises devant la terrasse de la brasserie le Sud et face à moi, Monsieur Paul BOCUSE, prenant un café avec deux des cuisiniers, chez lui, comme avec des amis. Je n’ai pas osé lui demandé l’autorisation de le photographier mais je lui ai sourit… J’ai aimé cette rencontre fortuite, un moment rare parce que réservé à quatre personnes seulement (il était assez facile de croiser, naguère, le grand cuisinier dans les allées des Halles de Lyon, sur le quai Saint-Antoine, il se fait rare maintenant…).  La recette de la daube du maître Philéas Gilbert que l’on aperçoit en bas de la photo est très proche de celle du bœuf bourguignon.

La cuisine du marché, Paul BOCUSE - Éditeur FLAMMARION - Première édition en 1976 - Mon exemplaire : nouvelle édition en 1998

Les secrets de la Mère BRAZIERLe col de la Luère, la rue Royale dans le premier arrondissement de Lyon sont deux lieux mythiques de la gastronomie lyonnaise et osons le dire et l’écrire, de la gastronomie mondiale : Eugénie BRAZIER, avec les trois étoiles qu’elle reçu pour ses deux restaurant, est l’une de ces mères admirables que Lyon connut autrefois. Élève de la mère Fillioud, elle forma le jeune Paul BOCUSE, monté  à vélo de Collonges au col de la Luère avant qu’il passe chez Fernand POINT à Vienne. La mère BRAZIER, disparue en 1977; était connue pour son franc-parler et ses spécialités : poularde de Bresse demi-deuil, fonds d’artichauts au foie gras, gratin de macaronis… Sa petite-fille Jacotte cède le restaurant historique en 2004 qui périclite rapidement. Heureusement, le chef étoilé Mathieu VIANNEY vient de le reprendre et de rouvrir dans un cadre restauré, avec toutes les faïences d’origine restaurées. Les étoiles de la mère BRAZIER luisent à jamais dans les cieux des gourmands qui font une sieste après un bon repas… Revenons à nos moutons ou mieux à notre bœuf, en fait, à la recette proposée par la grande cuisinière dans son livre de secrets presque posthumes sorti l’année de sa disparition. La liste des ingrédients est assez laconique : elle ne mentionne presque pas de quantité, comme dans beaucoup des recettes du recueil, à l’instar des livres de cuisine d’autrefois. La  viande n’est pas marinée mais le vin mouille à hauteur les morceaux… Il est utilisé à l’envi, ceci rattrape cela.

Les secrets de la mère Brazier, Roger MOREAU - Éditeur Solar - Première édition en 1977 - Mon exemplaire : 2 édition en 1992

meilleur1.jpgJoël ROBUCHON, cuisinier du siècle, a toujours à cœur de défendre le patrimoine culinaire : non seulement en ouvrant des yeux biens ronds dans ses émissions de télévision pour nous faire croire qu’une crème de chou-fleur cuisinée par Jacques THORAL vaut tous les caviars du monde mais aussi au travers de sa série Le meilleur et le plus simple, de la  France, de la pomme de terre (dans celui-ci, la recette de la purée mythique universellement appréciée) etc. Et dans l’opuscule consacré à la France, il propose la recette moderne du bourguignon en rappelant au préalable la recette de la pièce de boeuf. J’aime le déroulement net, didactique des opérations. Lire les consignes donne l’impression que ROBUCHON parle. Il faut relever la défense de la liaison à la farine qui, selon lui, après sa condamnation par la nouvelle cuisine et la diététique malgré des siècles de pratique heureuse, ne mérite ni l’honneur dont on l’a parée autrefois ni l’indignité dont on l’accable présentement. Il fait un sort aux liaisons à base de purée de carotte qui donne un goût différent à la sauce et ne voit pas mieux que la farine pour les coqs au vin, les civets, les bourguignons, etc. Et son bourguignon n’a pas de marinade non plus.


meilleur2.jpg                       meilleur3.jpg 
Le meilleur et le plus simple de la France
, Joël ROBUCHON et Christian MILLAU - Éditeur Robert Laffont - Première édition en 1996 - Mon exemplaire : éditon Le Livre de Poche de 1998


Le regretté Bernard LOISEAU n’avait pas la même conception de la cohérence d’une sauce au vin : dans son livre de cuisine en famille, il propose d’abandonner la farine au profit des carottes et des oignons mixés ensemble. J’ai essayé cette version une fois : je n’ai pas apprécié les parfums supplémentaires apportés. Je reste persuadé que la farine, emplyée à juste dose, avec parcimonie et efficacité, est incomparable pour donner du velouté et de l’épaisseur à une sauce, au vin ou non. Et la quantité limité mise en oeuvre ne fait pas courir de grands risques diététiques. Heureusement, le boeuf de LOISEAU marine longuement. L’honneur est sauf. Enfin pour moi.

                        
Cuisine en famille
, Bernard LOISEAU - Éditeur Albin Michel - Première édition en 1997


Larousse de la cuisine des terroirsDans la tradition des ses dictionnaires et encyclopédies, la maison Larousse a élaboré en 2000 un Larousse de la cuisine des terroirs contenant, bien sûr, la recette convoitée. Une recette classique, orthodoxe, proche de celle que je vais choisir. Farine et marinade sont utilisées. Le bonheur est à portée de fourchette !

La cuisine des terroirs, ouvrage collectif - Éditeur Larousse - Première édition en 2000









Nous sommes passés par le Grand Vérfour précédemment avec Raymond OLIVER qui posséda le restaurant de 1948 à 1983, date de sa vente à la famille Taittinger : retournons-y pour retrouver des étoiles, deux seulement depuis cette année et le bouillant Guy MARTIN, chef actuel. Il se soucie de la couleur de la sauce en préconisant de faire un caramel avec pour foncer la teinte violacée du vin. Le concentré de tomate peut aussi renforcer le résultat. La marinade et la farine sont de rigueur.














Toute la cuisine, Guy MARTIN - Éditeur Seuil - Première édition en 2003


Bilan de ces dix-sept recettes : la marinade n’est pas universelle, il semble que les cuisiniers n’ont rien trouvé de mieux pour lier la sauce et la cuisson au four est une alternative intéressant, même pour une viande coupée en morceaux (j’avais testé avec succès une telle cuisson pour un coq au vin). Mais je ne retiens aucune de ces recettes : je vais faire confiance à L’inventaire du patrimoine culinaire de la France consacré à la Bourgogne, la référence pour les plats régionaux. Je mettrai en ligne la recette dans les jours à venir. ;-)

Sur le blog de Pascale WEEKS, C’est moi qui l’ai fait, voilà une version filmée (sans marinade mais avec liaison à la farine et légumes mixés avec la sauce).

mardi 26 août 2008

Yo no hablo español pero me gusta el gazpacho

Franchement, l'outil de traduction de Google est génial : on a l'impression de comprendre toutes les langues... Bon, le français obtenu est souvent du langage petit-personne de sexe mâle de couleur venant d'Afrique (pour parler politiquement correct) mais c'est un véritable jeu de rétablir le sens de la phrase. Voilà donc que je parle un peu l'espagnol alors que j'ai toujours été nul en allemand (première langue au collège), passable en anglais (vous ne m'avez jamais entendu le parler). 

Et ce gaspacho ? Il arrive...

Je pense que vous avez remarqué que nous étions en été. Enfin, c'est ce qui est marqué sur le calendrier parce que si l'on s'en tient au ciel, je crois qu'il ne sait pas lire. Qui dit été, dit tomate, pomme d'or ou pomme d'amour, appelez-le comme vous le voulez, ce beau fruit rouge qui vient en deuxième position derrière la pomme de terre dans la consommation légumière française. De la même famille que la cruelle belladone, elle peut être aussi délicieuse qu'insipide selon ses origines. J'avais évoqué dans un précédent billet toute l'émotion ressentie à la dégustation d'une simple tomate-mozzarelle et je voudrais insister une nouvelle fois sur l'importance de respecter les saisons pour consommer les fruits et légumes d'une manière générale, les tomates particulièrement. Autrement dit, les tomates mûrissent entre juin et octobre : en dehors de ces cinq mois, point de salut ! Je crie haro sur les tomates hors sol, gavées de produits chimiques et qui finissent par rougir non pas caressées par les rayons chaleureux du soleil mais de honte devant les succédanés de légumes qu'elles sont devenues. Désertez les étals frigorifiés des supermarchés qui ne proposent que des fruits calibrés, dures et sans saveur pour déambuler gaiement sur les marchés où vous repèrerez facilement les bonnes tomates : irrégulières, parfois avec un petit défaut, elles offrent leurs flancs rebondis à votre concupiscence gourmande. Elles frétilleraient presque de savoir le plaisir qu'elles vont vous procurer. Regardez le vendeur, regardez ses mains terreuses et crevassées : elles ont retourné la terre dans lesquels les plants alanguis de tomates ont fait leur lit de délices. Acheter des bonnes tomates en pleine période de production est facile... Donnez-vous la peine de retrouver les cœurs-de-bœufs, les tomates-steak, les cornues-des-Andes, les tomates noires de Crimée ou la simple tomate de jardin, humble mais mutine sous sa peau rouge flamboyant.

Une autre possibilité est offerte aux lyonnais : promenez-vous place Bellecour, entre les tilleuls du mail du sud et regardez au pied des arbres... Vous pourrez trouvez non seulement des campanules bleues (notez le morceau de cellophane d'un paquet de cigarette, du pur jus de Bellecour)

Campanule de la Place Bellecour- Lyon
mais aussi des tomates. Elles ne sont pas encore mûres à ce jour et je ne connais pas la variété. J'avais déja remarqué la présence d'oignons au même endroit : je pense qu'il s'agit là de plants nés à la suite de semis involontaires de lyonnais ou de touristes assez sales qui confondent sol de la place et poubelle. 



Revenons à nos tomates : certains producteurs ont décidé de remettre au goût du jour les variétés de tomates anciennes. Sur le marché du quai Saint-Antoine, face au chevet de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, le GAEC DES DEUX CHEMINS, producteur à LIMAS propose ainsi cette année des tomates cornues-des-Andes, des tomates steak et des tomates vertes zébrées en plus des vraies tomates du jardin. Si ces dernières sont affichées au prix de 1,60 € le kilo, les variétés anciennes sus-citées sont proposées à 3,20 €. Le double ? Oui, avec le double de plaisir au moins : la chair est dense, les pépins sont rares et deux tomates vous font un kilo. Un inconvénient ? La fragilité de la peau qui nécessite de la manipuler avec précaution.

Des tomates-steack
Cette fragilité, l'irrégularité de son calibre et les marques brunes sont les causes de l'abandon des industriels de cette variété. Difficilement transportables, de conservation délicate, avec un rendement faible, les variétés anciennes ne passent pas sous les fourches caudines du profit industriel à grande échelle.

Ne passaient pas, devrais-je dire, puisque depuis peu, un grand industriel du légume, SAVÉOL, a recréé des tomates de type ancien. Re-créé est le bon terme : ils a ré-inventé la tomate cœur-de-bœuf et déversé sa production à grande échelle dans les cagettes des hypers, des supers et des marchés... Aucun risque pour qu'en les déversant, SAVÉOL ait abîmé ses belles tomates : leur peau est si épaisse qu'il faut appuyer sur le couteau pour la couper. Elle est belle, assez charnue mais n'a aucun goût... Et son prix ! 3,90 € le kilo...

Les coeurs-de-boeuf de Saveol - beurk...
À ce prix, je vous rappelle que vous pouvez avoir près de 2,5 kilos de tomates du jardin, plus parfumées et moins trafiquées !

Et le gaspacho ? Oui, il arrive...

Dans le numéro 24 des mois d'août & septembre 2008 du bimestriel de cuisine RÉGAL, deux articles sont consacrés à la tomate : l'un présente des variétés anciennes, l'autre fait un comparatif entre différents gaspacho du commerce (vous voyez, il arrive).

La tomate, solanum lycopersicum, contient beaucoup d'eau (95 % environ), des nutriments notamment du potassium, de la vitamine C, un antioxydant appelé lycopène (pigment rouge de type caroténoïde, intéressant dans la prévention de certains cancers, activateur de la montée de mélanine et activateur de l'hydratation de la peau — à noter que les préparations à base de tomates cuites et les tomates séchées présentent une concentration plus forte de lycopène), des fibres (1,2 g) et  très peu de calories (environ 20 kcal pour 100 g).

Pour en savoir plus sur les variétés de tomates anciennes : Tomodori et Echanges-tomates, un site d'échanges de graines. Pourquoi n'ai-je pas de jardin ? En passant, mon oncle du Gard m'a dit vendredi dernier que ses plants de tomates-steak n'avaient pas donné grand chose cette année...

S'agissant du gaspacho (on touche au but), le comparatif porte sur 7 produits : les  notes vont de 6/20 à 13/20... Pas terrible, non ? Bon, la décision est prise, je fais mon gaspacho moi-même. AAAAAAAAh, s'écrie la foule haletante. Enfin la recette !

Au fait,savez-vous d'où vient le gaspacho ? C'est un plat de muletiers espagnols qui voyageaient avec peu de choses dans leur besace, un plat d'argile, de l'huile d'olive, quelques tomates, des gousses d'ail séchées, des concombres, une miche de pain rassis, bref, pas de quoi faire un festin au bord du chemin. Le muletier n'était pas riche, il se contentait de peu avec l'aide du soleil : à l'heure du repas, il écrasait le tout et arrosait d'une bonne giclée d'huile d'olive avant d'envelopper l'ensemble dans un linge humide et de l'exposer au soleil. Une fois sec, il était temps de manger...  J'ai longtemps cherché une mule mais celles trouvées (non, je ne donnerais pas de nom) ne valaient rien. En revanche, j'ai un blender jaune (c'est beau, le modernisme — la couleur n'a pas d'importance) et il tourne bien.

Avec mon blender, je n'étais, toutefois, pas rendu, comme on dit par chez nous, dans les traboules : quelle recette utiliser ? Deux écoles s'affrontent : avec et sans pain. Par opportunité (j'ai rarement du pain rassis à la maison), j'ai retenu la version sans pain. Notamment parce que j'ai choisi des tomates-steak charnues qui rendront peu d'eau et donc n'appelleront pas de pain pour l'éponger. Les proportions ? Au pifomètre, ou presque : chaque gaspacho est unique !

Gaspacho

Pour 8 personnes (ou 4 à 5 gourmands) - Préparation : 20 min

Ingrédients : 1 kg de tomates (soit deux tomates steak), 200 g d'oignons blancs nouveaux (soit 2 à 3 oignons), 200 g de poivron rouge (soit 1 poivron), 200 g de concombre pelé et épépiné (soit environ 1 concombre moyen), 2 gousses d'ail, 20 cl d'huile d'olive, 10 cl de vinaigre de xérès, sel et poivre du moulin

Monder (éplucher) les tomates et épépiner les. Mixer tous les légumes avec l'ail, l'huile d'olive et le vinaigre. Rectifier l'assaisonnement. Réserver au frais. Détendre, en tant que de besoin, ou non, avec de l'eau glacée en fonction de la consistance souhaitée (ou ajouter des glaçons avant de mixer). Voilà, c'est prêt ! Trois minutes hors épluchage... Présenter avec des ramequins garnis de cubes de pains grillés (je les faits revenir dans de l'huile d'olive ou dans de la graisse de canard), de dés de poivrons verts, jaunes ou oranges, d'œufs durs hachés, de dés de tomates crues, de dés de concombres, d'herbes hachées (ciboulette, etc.). Chaque convive ajoutera ce qu'il veut dans son gaspacho.

Si vous souhaitez essayer la recette avec du pain : ajouter aux légumes avant mixage la mie de deux tranches de pain de campagne sans la croûte préalablement trempée dans l'eau, voire, dans du bouillon de volaille froid.

Personnalisation de la recette : j'ajoute une cuillère à café de purée de piment pour réveiller les saveurs — je n'épluche pas les tomates, surtout quand j'utilise des variétés anciennes à la peau très fine, le puissance du mixer fait disparaître toutes les peaux — je n'épluche pas non plus le poivron — je laisse tomber, au dernier moment, dans l'assiette, quelques gouttes de vinaigre balsamique. La recette fonctionne aussi avec un mixer plongeant.

J'envisage de faire une provision de tomate steak pour l'hiver : mixées toutes seules, je le congèlerai pour retrouver mon gaspacho pendant les longues soirées sombres...

¡ Mi gazpacho es realmente delicioso, Ferrán Adriàn tiene preocupaciones ser !

dimanche 17 août 2008

Miscellannées silencieuses

Le silence a envahi ce blogue depuis quelques semaines, faute de courage pour publier de nouveaux billets malgré des demandes insistantes de la part de certains lecteurs.

Évacuons tout de suite la question de la maladie et de mes rendez-vous avec Dalila : la dernière séance de chimio a eu lieu le 31 juillet et je goûte un répit certain depuis cette date avant de retrouver l'hôpital pour la radio-thérapie à partir du 25 août. Je me porte, présentement, aussi bien que possible... Les effets secondaires tendent à s'estomper pour, peut être,me laisser entrevoir une semaine de vie normale.

La dernière porte des fortifications lyonnaises - La Croix-Rousse - Lyon, France
La dernière porte des fortifications lyonnaises - La Croix-Rousse - Lyon...

J'ai parfois le sentiment d'être cette porte, comme le vestige d'un passé caché derrière des façades sans grâce. Qui se souvient d'elle ? Qui se souvient de son passé ? Qui se souviendra de moi ?

Dans cinq jours, une nouvelle année tournera. Quarante-et-une année depuis ce 22 août 1967. Mon Dieu, faites que je vive encore au moins quarante-et-une année...

J'entame ma dernière semaine de vacances demain : faute d'avoir quitté Lyon, trop fatigué, je ne vois malgré tout pas le temps passer. Cinéma, ballades citadines, je profite de mon temps libre pour visiter différents libraires anciens à la recherche d'ouvrages indisponibles : les trois concernent l'histoire de la cuisine lyonnaise et notamment, pour l'un d'eux, les décors des bars et brasseries. Je suis fasciné par le Lyon d'autrefois et je scrute avec attention tous les anciens clichés de la ville, notamment ceux antérieurs aux grands travaux de Vaïsse, commencés à partir de 1856. J'ai failli acheter l'ouvrage "Lyon vandalisée" de Bernard Schreier et Claudde Tamet de Bayle : une présentation des tous les bâtiments détruits à Lyon, notamment à la Révolution puis au cours des travaux du préfet Vaïsse ou sous la magistrature destructrice de Pradel, entre 1957 et 1976...


Pont de Pierre, circa 1840 - Lyon - Cliché des Archives municipales de Lyon

Pont de Pierre, circa 1845 - Lyon - Cliché des Archives municipales de Lyon
Le Pont de Pierre, avant sa destrcution en 1847 et son remplacement par le Pont de Nemours ou Pont du Change - Clichés des Archives municipales de Lyon

Commanderie Saint-Georges, circa 1850 - Lyon - Cliché des Archives municipales de LyonLa Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem et de l’ordre de Malte avant son incendie et sa démolition en 1854 - Cliché des Archives municipales de Lyon

J'en reparlerai sans doute...

J'ai passé une très agréable soirée mercredi dernier avec un blogueur lyonnais : nous avons devisé gaiement entre deux bouchées avant une promenade nocturne très bavarde  (nota : la lueur flamboyante entrevue à l'horizon était bien due à la raffinerie de Feyzin - un dysfonctionnement passager de la torchère selon un écho du Progrès lu vendredi).

Lyon est une belle ville, au mois d'août aussi... Combien de fois ai-je entendu cela ? Je veux bien être d'accord avec toutefois un grand bémol : où acheter son pain ? En plein cœur de la cité, aucune boulangerie proche de la place Bellecour n'est ouverte pendant ces jours (prétendument cette année encore) estivaux ! Ne voulant pas non plus passer mon temps à arpenter le trottoir pour trouver un quignon à grignoter, j'ai, pour mettre fin à plusieurs jours sans pain, décidé de me remettre à faire du pain à la main, comme naguère. En effet, il y a environ une dizaine d'années, j'avais pris l'habitude de faire du pain régulièrement, le dimanche matin. Je me levais tôt, vers six heures trente et plongeais très vite les mains dans la farine pour pétrir un pâton moelleux. La petite messe de huit heures trente permettait au pain de reposer et j'enfournais le pain sur des briques réfractaires en fin de mâtinée. La boulangerie est un vrai métier et des pains ratés, à la mie trop dense, m'ont très souvent montré les limites de mes capacités. Or, un soir, en visitant sur des blogues culinaires, j'ai découvert le pain sans pétrissage ! Je m'interrogeais depuis un certain temps sur l'intérêt pour le célibataire que je suis d'une machine à pain (intérêt aussi limité que la place dans ma cuisine) quand cette trouvaille m'a interloqué. Après avoir regardé un reportage de Radio-Canada sur la manière de faire du pain sans le pétrir, je me suis lancé dans cette nouvelle aventure de panification. Résultat : convaincu ! Une recette simple, rapide et épatante.

La recette est en ligne. Dans les jours qui viennent, dès que j'aurais trouvé un cube de levure de boulanger fraîche, une nouvelle fournée ;-)

vendredi 28 mars 2008

Au revoir Abel...

Ce n'est qu'un au revoir...

jeudi 20 décembre 2007

Sainte Lucie, une lumière pour annoncer Noël...

Je ne veux pas me replonger  dans les entrailles de ce blogue pour chercher les billets dans lesquels je parle de Noël et de mon regret de ne pas avoir d'enfant. Je ne veux pas relire sous le clavier des commentaires me disant que rien n'est impossible. C'est un fait, inéluctable, irréfragable, terrible en cette période de fêtes et de naissance divine. C'est ainsi et je ne suis pas malheureux, pas en colère, pas désespéré. J'ai simplement une certaine nostalgie teintée de regrets...

Cette année, le mois de décembre aura été marqué par les rêves de l'enfant que j'ai été, par les rêves des enfants que je n'ai pas. Une uchronie douce m'emporte dans une contemplation admirative de quelques moments d'éternité.

Le 8 décembre, les lumignons placés sur les fenêtres ont illuminés mon âme, me faisant souvenir des sensations qui m'étreignaient lorsque j'étais  un gone : chaque bougie allumée avec Maman sur le rebord du balcon était une main tendue vers Noël. Ce jour voyait le sapin prendre place dans la salle à manger, un épicéa fringuant d'odeur et de guirlandes clinquantes. En 2007, j'ai allumé les 110 bougies décorant mon bureau avant les 12 lumignons de mes fenêtres. Je me suis assis dans le canapé, j'ai contemplé la lumière tremblotante à travers les verres colorés, me promettant de sortir pour goûter encore et toujours les visions féériques de ma ville en fête sur le chemin de l'église Saint-Nizier à la recherche d'un moment de prière et de remerciement à Notre-Dame-de-Fourvière. Ave Maria gratia plena... Merci Marie. Las, je me suis endormi, je ne me suis pas réveillé. J'ai simplement rêvé un 8 décembre, comme un enfant solitaire mais heureux.

Le 9 décembre, j'ai gagné le théâtre des Célestins pour écouter "Pierre et le Loup", de Sergueï Prokofiev. J'avais un disque (ou appartenait-il à mon frère ?) de cette histoire étant enfant et je ne me lassais pas de le passer lorsque je m'ennuyais. Si les notes domincales firent résonner des souvenirs dans mon âme enfoncée dans un fauteuil rouge, je fus surpris de constater que j'avais oublié une grande partie de l'histoire. J'étais un enfant sans mémoire, émerveillé par l'orgue de Barbarie (j'aimerais en posséder un), par le basson et par le petit garçon à côté de moi, qui, debout sur les genoux de sa maman, applaudissait à tout rompre la fin du spectacle en criant bravo ! bravo ! bravo ! Il avait 4 ans sans doute, guère plus, j'ai 40 ans, sans aucun doute, guère plus.

Le 13 décembre, à la librairie Badiane, Sainte Lucie m'a charmé. Je connaissais vaguement cette fête avant que de la vivre en compagnie de cuisinières suédoises et d'une chorale illuminée. J'ai découvert les  nrioches au safran, à la cannelle, le  glögg (vin chaud aux épices) aux amandes et aux raisins secs, les gâteaux aux épices, les parfums, les rires, la chaleur d'une fête passée en compagnie de suédois dans une librairie devenue un univers extraordinaire de plaisirs gustatifs et de joie au fil des mois : quelle plus belle annonce de la merveilleuse naissance divine que cette fête du partage et de l'amitié ? Merci à Marianne, Catherine, Åsa et Birgitta d'avoir émerveillé mes yeux de vieil enfant.


Le 14 décembre, Guignol m'a rattrapé dans la salle Célestine du théâtre des Célestins. Si le bicentennaire de sa naissance sous les mains habiles de Laurent Mourguet sera fêté en 2008, le spectacle donné à une majorité d'adultes, de grands enfants qui se sont esclaffés avec moi aux embiernes (les emmerdes lyonnais) d'un Guignol à l'accent lyonnais de bon aloi m'a fait mémoire du petit castelet vert du parc de la Têt d'Or devant lequel j'entrainais ma mère et mon frère lors de nos promenades du mercredi dans le zoo. J'ai ri et j'ai applaudi la grivoiserie de deux saynètes du début du XXe siècle et j'ai compatis à la soif du soulard Gnafron supplicié par un cousin, généreux Tantale, qui lui laissait en héritage une belle somme à la condition qu'il ne touchât pas à la bouteille de beaujolais placée sur la table pendant douze heures. J'ai, enfin, chanté joyeusement avec toute la salle à la gloire des glouglous de notre troisième fleuve...

En sortant, je me suis engouffré au cinéma Pathé pour voir (sans m'endormir, malgré l'heure tardive)  le film "A la croisée des mondes, la boussole d'or" tiré du livre éponyme de Philip Pullman : si Olivier a été déçu, j'ai regardé les images avec mes yeux intacts d'enfant pour mieux jouir des paysages enneigés et des vues d'un Londre onirique dont les silouhettes des façades m'ont fait penser aux cités obscures de Schuiten et Peters, ce monde extraordinaire d'Urbicande couché sur le papier des albums de bande dessinée (à découvrir sans tarder si vous ne connaissez pas). J'ai aimé les aventures de Lyra et je rêve depuis d'un daemon :  je choisis un oiseau coloré, un ara bleu par exemple...

Voilà des moments épars d'une vie, des plaisirs arrachés à la fatigue d'un emploi du temps professionnel harassant et aux bras vigoureux d'un Morphée omniprésent, omnipotent qui me visite si précocement le soir que j'en oublie, dans une léthargie profonde, un engagement annoncé dans un billet précédent. Pardon.

Encore quelques jours avant Noël, la crèche est en place, le sapin aussi, éclairé de guirlandes électriques mais sans aucune boule faute de courage. Un déjeuner de fête à préparer pour le 25 décembre, des cadeaux à acheter, une dernière journée de travail à assumer, une décision prise et un courriel envoyé que je regrette déjà (je suis un peu trop orgueilleux parfois, comment vais-je contrecarrer ma bêtise électronique de la nuit ?), tous ces petits riens à travers lesquels je me sens vivre, voire revivre.

P.S. Je crains d'avoir oublié d'écrire au Père Noël...

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