Apartés uchroniques

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 5 juin 2008

Blues trottoir...

Avant hier, sur une radio, Blues trottoir... Sur une radio, Les états d'âme Eric... Il faut avoir vingt ans au moins pour s'en souvenir. Aujourd'hui, Il pleut encore, le ciel gris n'en finit pas de pleurer. Deux images ce soir au journal télévisé : l'enterrement des enfants morts dans l'accident de car cette semaine, l'enterrement d'Yves Saint-Laurent. Je pleure aussi. J'ai eu tout l'après-midi des nausées : je me suis gavé de rondelles de saucisson pour remplir un estomac qui ne demandait qu'à se vider. Je suis las. Je recherche le poème entendu la semaine dernière dans Quatre mariages et un enterrement. Je le trouve ICI :

Wystan Hugh Auden(1907-1973)

Funeral Blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Sribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song ;
I thought that love would last for ever : I was wrong.

The stars are not wanted now ; put out every one ;
Pack up the moon and dismantle the sun ;
Pour away the ocean and sweep up the wood ;
For nothing now can ever come to any good.

Blues funèbre

Arrêtez toutes les pendules, coupez le téléphone,
Avec un os à moelle empêchez le chien d'aboyer,
Faites taire les pianos et au son du tambour voilé
Sortez le cercueil, laissez passer le cortège funèbre.

Que les avions vrombissent au-dessus de nos têtes,
Inscrivent dans le ciel la nouvelle : Il Est Mort,
Mettez des noeuds de crêpe au cou blanc des pigeons des places,
Que les agents de police portent des gants de coton noir.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail et mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma conversation, ma chanson,
Je pensais que cet amour-là allait durer toujours : j'avais tort.

Les étoiles sont de trop désormais ; ôtez-les toutes ;
Remballez la lune et démantelez le soleil ;
Videz l'océan et balayez la forêt ;
Car plus rien maintenant ne peut arriver d'heureux.

April 1936

Traduction de Danièle Robert.
(Liralombre n°9, p. 17.)

Je me vautre dans le cafard ce soir. Qui pourra prononcer ces mots, un jour, à mon enterrement ?

J'en ai assez d'être seul pour affronter la maladie : ma famille est là, mes amis m'appellent mais la maison est vide. Je serre mon chien dans mes bras : j'imagine qu'il est heureux avec moi. Mais il n'est qu'un chien, malgré toute sa bonne humeur.

J'aurais tant besoin de me blottir dans les bras de quelqu'un, j'aurais tant envie que quelqu'un me dise : pose ton fardeau, je suis là, je vais t'aider.

J'aurais tant besoin de faire retomber mon masque lisse, celui du sourire et de la bonne humeur que j'arbore au bureau et au téléphone. Mon teint blafard, fatigué, ne trompe pas toujours ceux que je croise et qui vont au-delà de mes mots anodins.

J'aurais tant besoin de ne plus décider seul, j'aurais tant besoin que l'on décide pour moi des choses aussi insignifiantes de la vie quotidienne  comme les repas, le ménage.

J'ai envie de me laisser aller quelques instants... Ne plus être seul... dans la maladie mais surtout dans la vie.

samedi 19 avril 2008

La blogosphère gagne un nouveau blogueur...

Philippe, Philou, Phil, bref, mon ami depuis plus de trente sept ans (relire ici nos retrouvailles virtuelles) si loin, perdu dans Toulouse et pourtant si proche, s'est enfin laissé persuadé d'ouvrir son blogue ! Le nom de domaine retenu, j'ai mis en place la structure de son webcarnet pour lui offrir l'espace de liberté dont il avait besoin.

Le coq du Causse est ouvert depuis peu. Je vous laisse le soin de découvrir son monde à travers ses premiers billets. Je veux seulement vous dire que pendant notre enfance, jusqu'au CM2, nous avons été les plus proches amis et que son départ pour Sète a été, pour nous deux, une vraie déchirure. Sans nouvelle pendant presque trente ans, nous avons rapidement retrouvé notre complicité d'antan, nos chamailleries, nos fous rires. Un seul bémol pourtant : il est un thuriféraire de Napoléon l'usurpateur... Nul n'est parfait ;-)

lundi 21 janvier 2008

Senghor, Bruel, amitié, espoir, bintje, tutti quanti

J'ai posé il y a quelques semaines le recueil des poèmes de Senghor : après avoir lu les vers puissants et humains du poète, j'ai compris que j'étais arrivé au terme de mon vagabondage dans cette terre d'Afrique qui me semblait autrefois terriblement étrangère. Au fil des nuits de lecture, j'ai humé les odeurs épicées qui s'échappaient des mots sombres couchés sur le papier éclatant et je me suis laissé ennivré par la découverte de cet ailleurs inconnu et attirant. J'ai cru déceler dans le parfum doux que mes narines trouvaient entre les pages les fragrances de ce sentiment si rarement  familier pour moi que les doigts d'une seule  main se souviennent de chaque instant où mon coeur fut étreint. J'ai pensé que j'avais enfin dans ma bouche le goût de ce fruit extraordinaire à la recherche duquel tout mon être était tendu davantage depuis cette nuit fameuse de novembre où je croisai dans mes errances interlopes la sensation inconnue d'exister dans un regard sombre. L'indicible trouvait un nom et je laissai mon esprit s'ouvrir aux plus beaux rêves.  De ces rêves délicieusement improbables, je n'ai pu garder que l'éternité précieuse arrachée aux quelques instants, quelques heures, quelques nuits partagés avec l'incroyable.  Mais quelle éternité !  Les jours ont passé, la solitude a emporté la victoire et regagné sa place. Pourtant, quelques phrases prononcées, quelques mots lus agitent depuis peu en moi des souvenirs troublants et calment ma compagne triomphante. L'espoir vit en moi, profondément...

Il y a dix jours, des noms ont surgi d'un passé vieux de près de trente ans que mon si cher ami Philippe avait commencé à déchirer avec son sourire et son accent dans cette belle journée de juillet dernier. Bruel et sa chanson Place des Grands Hommes, comme dans un film, envahit mon silence. On ne s'était pas dit rendez-vous dans dix ans mais trente ans après, je vois se dessiner des sourires et peut être...

La semaine dernière, j'ai appelé deux amis : l'un pour lui dire que je le soutenais et que je pensais à lui, et l'autre pour lui dire que je pensais à lui et que je le soutenais. Je leur ai dit la même chose, avec des mots différents. Parce que c'étaient eux...

Espoir, cinq lettres, vivre, cinq lettres, aimer, cinq lettres. Je veux toujours compter cinq par cinq...

Dimanche, au marché du quai Saint-Antoine, j'ai enfin trouvé des pommes de terre bintje, rescapées terreuses de l'envahissante monalisa sucrée : en Afrique, on mange des patates douces, non ?

Tutti quanti ? et caetera...