Avant hier, sur une radio,
Blues trottoir... Sur une radio,
Les états d'âme Eric... Il faut avoir vingt ans au moins pour s'en souvenir. Aujourd'hui, Il pleut encore, le ciel gris n'en finit pas de pleurer. Deux images ce soir au journal télévisé : l'enterrement des enfants morts dans l'accident de car cette semaine, l'enterrement d'Yves Saint-Laurent. Je pleure aussi. J'ai eu tout l'après-midi des nausées : je me suis gavé de rondelles de saucisson pour remplir un estomac qui ne demandait qu'à se vider. Je suis las. Je recherche le poème entendu la semaine dernière dans
Quatre mariages et un enterrement. Je le trouve
ICI :
Wystan
Hugh Auden(1907-1973)
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Funeral Blues
Stop all the clocks, cut
off the telephone,
Prevent from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.
Let aeroplanes circle moaning overhead
Sribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white
necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.
He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song ;
I thought that love would last for ever : I was
wrong.
The stars are not wanted now ; put out every
one ;
Pack up the moon and dismantle the sun ;
Pour away the ocean and sweep up the wood ;
For nothing now can ever come to any good.
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Blues funèbre
Arrêtez toutes les
pendules, coupez le téléphone,
Avec un os à moelle empêchez le chien d'aboyer,
Faites taire les pianos et au son du tambour voilé
Sortez le cercueil, laissez passer le cortège funèbre.
Que les avions vrombissent au-dessus de nos têtes,
Inscrivent dans le ciel la nouvelle : Il Est Mort,
Mettez des noeuds de crêpe au cou
blanc des pigeons des places,
Que les agents de police portent des gants de coton noir.
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail et mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma conversation, ma chanson,
Je pensais que cet amour-là allait durer toujours :
j'avais tort.
Les étoiles sont de trop désormais ; ôtez-les
toutes ;
Remballez la lune et démantelez le soleil ;
Videz l'océan et balayez la forêt ;
Car plus rien maintenant ne peut arriver d'heureux.
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April 1936
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Traduction de
Danièle Robert.
(Liralombre n°9, p. 17.)
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Je me vautre dans le cafard ce soir. Qui pourra prononcer ces mots, un jour, à mon enterrement ?
J'en ai assez d'être seul pour affronter la maladie : ma famille est là, mes amis m'appellent mais la maison est vide. Je serre mon chien dans mes bras : j'imagine qu'il est heureux avec moi. Mais il n'est qu'un chien, malgré toute sa bonne humeur.
J'aurais tant besoin de me blottir dans les bras de quelqu'un, j'aurais tant envie que quelqu'un me dise :
pose ton fardeau, je suis là, je vais t'aider.
J'aurais tant besoin de faire retomber mon masque lisse, celui du sourire et de la bonne humeur que j'arbore au bureau et au téléphone. Mon teint blafard, fatigué, ne trompe pas toujours ceux que je croise et qui vont au-delà de mes mots anodins.
J'aurais tant besoin de ne plus décider seul, j'aurais tant besoin que l'on décide pour moi des choses aussi insignifiantes de la vie quotidienne comme les repas, le ménage.
J'ai envie de me laisser aller quelques instants... Ne plus être seul... dans la maladie mais surtout dans la vie.