C'est la rentrée des classes !
lundi 5 septembre 2011 à 20 h 00 - Qui suis-je ? - Lien permanent
Pour mon ami Philippe
Aujourd’hui, toutes les écoles rouvrent leurs portes.
Je me souviens qu’à chaque rentrée, Maman nous accompagnait mon frère et moi et je serrais fort sa main en essayant de ne pas pleurer. Je me souviens qu’au CP, Madame ROUCHON m’avait accueilli en me lançant un « Est-ce qu’il va falloir que je t’attache comme ton frère ? ». Et oui, j’ai eu la chance d’avoir un frère plus âgé de trente deux mois un peu turbulent… Je retrouvais chaque année mes amis, rencontrés dès la maternelle, dont Philippe, un garçon sympathique avec son accent du midi. Dans les années 70, le port de la blouse était encore obligatoire en classe ce qui donnait, sur les photos, un patchwork de couleurs psychédéliques. Je me souviens de mon premier cartable, café et écru mais si petit que je ne pouvais pas rentrer un classeur dedans. Merci Papa ! Je me souviens de l’ardoise et du porte-mine, de la petite éponge pour effacer ce que l’on écrivait à la craie et qui finissait par sentir le moisi au bout de quelques temps… J’écrivais avec un stylo Bic® orange, jamais avec un Bic® transparent, qui était interdit par les maîtresses parce que la pointe était trop épaisse ! Et toujours en bleu, rouge ou vert, jamais en noir. La colle s’appelait Cléopâtre® et sentait bon l’amande : elle était dans un petit pot, bien blanche, avec une petite pelle pour l’étaler sur le papier. Elle collait mal, elle faisait des petits tas et le papier gondolait… Mais elle sentait si bon. Et tout le monde la goûtait : j’ai découvert qu’elle ne contenait que des produits naturels et que son ingestion était sans danger. Maman refusait de m’acheter un Bic® 4 couleurs : elle justifiait son refus par le fait que le bleu serait épuisé avant les autres couleurs et que c’était donc du gâchis. En contrepartie, elle m’avait acheté un porte-mine Criterium® , il était plus lourd et plus sombre que la version actuelle. Je me souviens que régulièrement, en fin de journée, au CP et au CE1, nous écoutions des émissions de chants à la radio, sur le service public j’imagine : c’était, comment dirais-je, fort ennuyeux. Jusqu’à ma dernière année de fac, j’ai toujours eu une boule au creux de l’estomac le jour de la rentrée. J’étais assez bon élève, mes résultats ne provoquaient pas d’inquitéude, j’aimais apprendre, surtout l’histoire et le français. Je n’ai pas une vraiment la nostalgie de cette époque mais une petite tendresse pour le gamin sage que j’étais. Car derrière lui, un autre garçon tentait de prendre sa place…
Je rêvais de rois et de reines, de châteaux, de nature, d’un jardin, d’aventures comme celles que vivaient le Club des Cinq d’Enid Blyton et Les Sux Compagnons de Paul-Jacques Bonzon, je voulais devenir vétérinaire ou maître d’école, j’étais déjà gourmand (Maman se souvient de moi toujours attentif à ses préparations de desserts ou planté sur une chaise avec un livre devant la porte du four dans lequel cuisait un gâteau), je rêvais d’un chien, je rêvais de ne plus aller en camping, sous cette tente si peu intime (la corvée de vaisselle en commun, la course vers les toilettes avec le rouleau de papier à la main que je cherchais à dissimuler, les douches alignées les unes à côté des autres desquelles sortaient des grosses allemandes toutes nues…), je rêvais d’être, évidemment (et c’est horrible), un enfant adopté… Derrière mon visage souriant, mes cheveux blonds, mes tâches de rousseur, je n’étais pas Fabrice mais un autre. Toute ma vie future se mettait en place, imperceptiblement…



J’ai annoncé, en exergue, que je dédicaçais ce billet à mon ami Philippe. Il a été mon plus grand ami entre la maternelle et la fin de l’école primaire. Son départ de Lyon, à la fin de la classe de CM2 a été une grande déchirure. Quelques rares communication téléphoniques (le téléphone coûtait si cher à l’époque), dans les semaines qui ont suivi, n’ont pas comblé le grande vide qu’il avait laissé dans mon cœur. J’étais proche de lui, nous nous chamaillions, bien sûr, comme tous les gamins de notre âge, je l’enviais un peu parce qu’il jouait d’un instrument de musique (une espèce de flûte avec un clavier de piano enfin quelque chose d’approchant), qu’il avait une maison de campagne au bord de la Méditerranée, à Sète (un jour il avait même apporté en classe un crabe vert vivant, comme ceux que je découvrais sous les rochers de l’Océan atlantique, pendant mes vacances d’été). Et le silence a remplacé nos conversations. Un silence de trente ans aussi lourd qu’une pierre tombale jetée sur notre amitié, sur notre fraternité. Un jour, un message sur un site d’anciens camarades de classe. Puis une voix au téléphone : je vis seul avec un chat et moi seul avec un chien. Et le temps de nos retrouvailles advint. En quelques mots, en quelques regards, trente années de silence furent abolies : nous nous retrouvâmes comme au dernier jour de juin 1978, complices et frères dans l’âme. Il n’est pas une semaine sans que nous nous parlions au téléphone pour nous raconter nos vies, nos joies, nos peines, pour nous encourager, pour nous soutenir, pour nous aimer de cette affection naturelle et douce parce que nous sommesn définitivement des amis. Il est souvent dans mes pensées (notamment quand je cuisine) car nous ne nous voyons qu’une fois par an en général. Mais je sais qu’il est là, tout près de moi. Comme je suis auprès de lui. Nous prions l’un pour l’autre, régulièrement. Et je suis heureux de l’avoir pour ami, pour frère.
Qu’aurions nous fait sans ces trente années d’absence ? Beaucoup de choses, sans doute… mais je n’ai pas envie de me lancer dans une uchronie indicible dont le commencerait serait : en septembre 1978, Philippe et Fabrice entrèrent au collège…

Commentaires
C’est gentil, mon petit ! Je me souviens très bien de la colle, ça me fait plaisir de la revoir.
La vie à ce moment là a été la plus agréable avant l’entrée au coollège et au lycée, période où j’étais mal dans ma peau. J’en ai aussi souvent la nostalgie, comme du passé en général.
Lors de mes séjours récents à Lyon, j’ai pu me remettre en mémoire quelques souvenirs, mais pas tous…Dommage.
Mais ils restent en moi.
Manquent les deux cercles autour des visages pour identification!
Il suffit de cliquer sur une photo et de chercher un point bleu…
Le site de référence sur Paul-Jacques Bonzon s’agrandit et change d’adresse:
http://serge.passions.perso.sfr.fr/…