Maman m’a appelé ce soir. Mon père et elle sont descendus voir mon grand-père paternel aujourd’hui dans l’hôpital de Nyons où il git sur son lit, décidé à ne plus se battre davantage. A plus de 92 ans, il a perdu toute volonté de vivre selon les médecins qui ne lui accordent plus que quelques heures, quelques jours…

Je n’ai plus parlé à mon grand-père depuis 2008, en représailles contre lui parce qu’il n’avait jamais pris aucune nouvelle de moi pendant ma dernière maladie. Je n’ai jamais été proche de lui, il m’a toujours regardé différemment des autres petits enfants : mes études longues, mes idées de droite, mon goût pour les recherches généalogiques quand j’étais étudiant semblaient l’agacer. Il m’avait traité de fouille-merde, il ne m’avait pas adressé la parole pendant plus de 6 mois en 1988 au moment des élections.

Il aimait se moquer de Jésus qu’il traitait de “petit baigneur” prêt à sauter… Ma foi le dérangeait aussi je pense.

Il ne comprenait pas, non plus, mes ambitions professionnelles, lui qui avait toujours refusé les promotions jugeant qu’il n’en était pas digne malgré sa famille de quatre enfants à élever.

Très sévère, il ne fallait pas trop parler à table et nous ne devions rien manger entre les repas. Maman ne nous a jamais laissé partir en vacances chez mes grands-parents. 1973, année de la naissance de mon petit frère, fut la seule année où nous passâmes, mon grand frère et moi, une semaine avec eux.

Je crois que nous ne nous sommes jamais compris. Mon grand-père nous quitte et j’ai le cœur serré. Malgré notre brouille, je ressens son agonie comme une plaie profonde. Il va mourir seul, dans une chambre d’hôpital.

Je n’ai pas eu la force de lui demander pardon, de me réconcilier avec lui. Je m’en veux.

Je ne peux plus rien faire. Sauf prier pour qu’il me pardonne et pleurer.

Prier que Dieu l’accueille auprès de lui dans l’espoir de la Résurrection.

Pardonne-moi, Papi.