« La véritable amitié sait être lucide quand il faut, aveugle quand elle doit ». Francis Blanche in Amis pour la vie

En septembre 2007, un ami très proche, avec lequel je partageais beaucoup de secrets depuis la dernière année de faculté, m’invitait à la fête que lui et sa femme organisaient pour leur 10e anniversaire de mariage. Le jour dit, j’oubliais mon carnet de chèque pour garnir l’urne à l’entrée de la maison : par flemme, je ne voulus pas prendre une heure de temps pour retourner chercher chez moi mon obole… Au cours de la soirée, mes amis me confirmaient leur présence à la fête que j’allais donner pour mes quarante ans, en novembre suivant. Empêtré dans ma faute, je n’osai pas leur envoyer mon cadeau par chèque par courrier le lendemain. Je compris l’ampleur de ma défaveur car quinze jours avant la date de ma propre fête, je reçus un courriel m’annonçant leur indisponibilité pour la soirée à cause d’un autre évènement bien plus important. A la lecture des mots, je compris soudain que leur absence n’avait qu’un seul motif : l’oubli du cadeau. Je fus profondément meurtri par ce geste. Je répondis dans la foulée par un mail acide dans lequel je prenais note avec un déplaisir de leur décision. Et notre silence mutuel dura plusieurs mois. Alors que j’avais été très proche d’eux, je fus frappé d’ostracisme. Oublié le généreux tonton Noël avec les trois garnements, oublié le compagnon de chasse, oublié le compagnon d’agapes, oublié l’oublieux. Je passai une soirée, très gêné, à excuser l’absence impromptue du couple auprès des mes autres amis.

Mon ami et moi exerçons le même métier et durant ma maladie, en 2008, un serrurier, qui nous connaissait bien, me demanda de mes nouvelles et des siennes. En veine de confession, je lui racontai alors l’histoire. Quelques semaines plus tard, je reçus une carte de Jérôme prenant de mes nouvelles, récemment informé de ma maladie et me proposant un déjeuner en tête à tête. J’acceptai l’invitation parce que j’avais compris que ce déjeuner rouvrait le banc de l’amitié. Et, petit à petit, nous nous sommes ré-apprivoisés.

Aujourd’hui, je crois qu’une explication de ma part aurait dissipé le malentendu auprès d’eux. Je pense qu’ils ont été vexé par mon absence de cadeau, tellement éloignée de mes habitudes. J’aurai pu refuser de renouer tout lien mais je pense que ma fierté aurait été bien mal placée. J’avais été maladroit et eux aussi (un bon ami m’a dit qu’ils n’auraient pas dû « exiger » mon obole). Nous avions été aveuglés par la colère et par une fierté bien mal placée. D’aucuns me diront que nous n’étions pas, alors, de vrais amis. Ils auraient tort. Je crois simplement que notre proximité s’était brisée sur un nid de poule impromptu sur notre chemin commun, comme un essieu de voiture casse, subitement.

La vie est chaotique, elle est faite de joie et de tristesse. Mais je place le dialogue, maintenant, au dessus de tout. Il m’est arrivé de prononcer des paroles blessantes, de les écrire, d’être la cause de fâcheries parce que mon orgueil avait été piqué au vif, parce que j’étais aveuglé par ma petite personne assez étriquée. J’ai commis des fautes, je le confesse et en demande pardon. Pourtant, je sais que l’amitié est bien trop belle pour qu’un nuage, si gros soit-il, assombrisse le ciel de cette communauté d’esprit.

J’ai, depuis quelques jours, déclenché une catastrophe désolante dont le paroxysme, mercredi, m’a fait mal. J’en suis vraiment désolé et très attristé parce que je me rends compte qu’une brouille violente risque d’atteindre beaucoup de personnes de mon entourage. J’ai été loin, très loin, mon vis-à-vis dirait, sans doute, trop loin. Même si son message public m’a profondément meurtri, j’ai compris, hier soir, que mes mots écrits avaient été très mal ressentis. Pour autant, je ne veux pas perdre, encore, une amitié si joyeuse jusqu’à présent. Je ne veux pas perdre, encore, du temps. Et même si je suis orgueilleux et cassant, je suis aussi, plutôt, gentil. Je connais la souffrance et je m’en passe si je peux.

Je veux te présenter mes excuses si ces mots ou mes attitudes ont choqué, toi qui lit, peut être, ce billet (et je l’espère). Je crois qu’il nous appartient de dépasser l’obstacle ensemble pour retrouver la bonne route, celle de la joie, du rire, de la complicité. Parlons ensemble pour éclaircir le ciel. Je ne veux plus prendre de parapluie pour avancer, je veux seulement que le soleil nous réchauffe. Et que les vents emportent au loin ire et noirceur.



Voià la musique de l’amitié après l’orage…


Mis à jour à 9 h 46…