Un ami facétieux, m’a enjoint, dans un sms gentiment comminatoire, de plancher sur mon blogue sur l’un des sujets du bac philo de ce jour : « Est-il absurde de désirer l’impossible ? »

Nonobstant l’affection que je lui porte, je suis au regret de lui répondre, sur un ton totalement réprobateur : « heu, tu te touches la nuit ou quoi ? » Pardonnez ce langage de charretier si imagé qui, pourtant, dit bien ce qu’il veut dire : je suis nul en philo mais d’une nullité crasse et constante. Il y a 24 ans de cela, l’année du bac, jamais ma moyenne en la matière n’a dépassé le 9/20. Cette note m’a poursuivi jusqu’à l’examen puisque j’ai été récompensé par un joli 9 aussi ce jour là.

Toutefois, je ne me sens pas de décevoir l’attente de ce farceur et je m’empresse de lui livrer quelques éléments de réflexion. En effet, prenant prétexte d’une journée psychologiquement chargée, mon esprit fébrile a battu plusieurs fois la campagne et s’est échappé des dossiers pour tenter de retrouver la petite Sophie et Jostein Gaarder. Fichtre, ces deux là ont couru si vite devant moi que je n’ai pas réussi à les rattraper. Il n’était pas dit que je défaillirais devant le défi (au risque, pour le demandeur, de bientôt souffrir atrocement dans une vengeance subtile) et je me suis creusé la tête pour le satisfaire…

Après l’invocation rituelle des mânes de Platon et de Pierre Dac (devinez lequel des deux je préfère), je peux, sans rougir, répondre que la problématique qui se dégage est la suivante : est-il rationnel de désirer l’impossible (conforme aux exigences de la raison et à nos intérêts) ? Est-ce raisonnable au regard de la dualité de l’Homme : être de raison et être de désir ?

Il serait malheureux de tomber dans la facilité en s’affranchissant de la définition du désir en le distinguant du besoin et de la volonté raisonnable, de la définition de l’impossible qui peut être l’interdit, mais aussi le contradictoire, l’illimité (désirs ni naturels, ni nécessaires, d’Epicure), ou le simplement non encore réalisable de fait. Vous me suivez  ? Un peu perdus ?

Je ne saurais trop vous recommander, pour saisir tout le sel de cette réflexion et retrouver le chemin de la petite Sophie, de vous référer à nos illustres aînés que sont Platon (hic, ta mère) et son désir comme manque, Hegel (pas trop fort, je ne suis pas sourd) et la passion et ses vertus, Descartes (toujours disponible pour s’amuser, oui vous le savez, il est toujours prêt, Descartes, à jouer) et son fameux “Il vaut mieux changer ses désirs que l’ordre du monde”, Epicure (que j’ai beaucoup fréquenté l’an dernier en classe de chimio) et les stoïciens (à sa mèmère).

Je ne veux pas être le seul à faire carburer mes neurones. Aussi me contenterais-je de vous indiquer quelques pistes avec un imité de la très sainte trilogie dialectique thèse/antithèse/synthèse - amen…

I. Oui, (il est absurde de désirer l’impossible) au sens de mauvais calcul, d’illogique, d’irrationnel, le but apparent du désir étant le plaisir et de parvenir à la satisfaction.

A. L’impossible, c’est ce qui n’est pas accessible dans le réel ou ce qui est contradictoire en soi. Ex : immortalité pour des êtres mortels, don d’ubiquité pour des êtres finis. Dès lors désirer l’impossible c’est la garantie de ne pas obtenir l’objet du désir. Donc souffrance garantie auquel on ne peut aspirer en tant qu’être de désir, être sensible.

B. On ne peut s’investir dans un projet que l’on sait irréalisable : dépense stérile d’énergie et limite de l’imaginaire. On ne peut désirer l’impossible si on le sait vraiment impossible. Le propre du désir, c’est qu’il se représente son objet comme possible. Reconnaître que la chose est impossible, c’est donc ne pas pouvoir la désirer.

C. Ce serait donc un comportement irrationnel. Or si l’homme est un être de désir, il est aussi un être de raison. Donc, il faudrait s’en tenir au possible !

II. Mais ne serait-il pas déraisonnable de s’en tenir au possible ? Non, il n’est pas absurde ( au sens de déraisonnable) de désirer l’impossible.

A. Contrairement à ce que soutiennent Descartes, les sagesses antiques (épicuriens et stoïciens) qui invitent à ne désirer que le possible, on peut considérer que s’en tenir aux désirs du possible est une approche bien médiocre du désir. Réduire le désir à une volonté raisonnable ou aux besoins, ce n’est plus vraiment être dans le désir ;

B. Le désir est un « moteur » : ne désirer que le possible, c’est se contenter de ce qui est : Désir, pouvoir de transformer, de tendre vers une perfection. Chez l’homme l’utopie est nécessaire, sans elle pas de progrès dans l’histoire et ailleurs.

C. ne désirer que le possible, c’est être garanti de parvenir à satisfaction et donc arriver vite à bout du désir. Or on peut penser que le plaisir est dans le désir donc ne désirer que le possible, c’est se condamner à l’ennui, à la souffrance paradoxalement. A vouloir y échapper, on la crée.

III. Si tout désir est désir de l’impossible, il est vraiment absurde de renoncer au désir de l’impossible !

A. Le sujet présuppose que l’on puisse désirer autre chose que l’impossible. Or l’objet du désir peut être considéré comme étant l’impossible : Obtenir une reconnaissance (Hegel), retrouver la plénitude perdue ( mythe de l’androgyne), la quête d’absolu, accéder au bonheur, ce qui est recherché à travers tous les désirs : le bonheur inaccessible (Freud, Platon)

B. Le sujet présuppose que l’on peut bien cerner la différence entre possible et impossible. Le désir repousse les limites du possible.

C. C’est donc peut être absurde de désirer l’impossible, mais c’est le lot de l’homme déchiré entre désir et raison et le désir peut être au service de la raison (Exemple désir de vérité à l’origine des sciences de la philosophie etc….), au service de la transformation de ce qui est, de l’histoire, des progrès de la science et de la technique.


Il faut bien conclure (surtout si l’on pense avoir une ouverture) : ce qui serait donc absurde, ce serait donc ne pas désirer l’impossible, car ce serait alors ne plus désirer du tout. Quod erat demonstrandum ! (oui, on a ses humanités ou pas).

Je voudrais remercier mes parents, mes frères, mes amis, la concierge dans l’escalier, mon chien qui me supporte, leur soutien a été incommensurable pour la rédaction de ce billet.

J’ai gardé le meilleur pour la fin et ma reconnaissance éperdue se tourne vers Caroline Sarroul, professeur de philo à Montélimar qui a mis en ligne sur le site le web pédagogique cette proposition gratuite de correction d’un sujet de philo du bac 1989.

Alors, Marc, heureux ?

Bon très de balivernes, je pense, fondamentalement, que ne pas désirer l’impossible c’est s’exposer à l’immobilité. Et puis, comment affirmer que l’impossible ne deviendra pas possible au fil de la conquête ? Un verre de Chablis pour faire passer ces pensées ? Restons simple, appellez-moi Sicambre ;-)



Mise à jour du vendredi 19 juin 2009 : La dissert’ de philo de Jean d’Ormesson - Un moment de pur plaisir…



« C’est tout le problème de l’utopie. Et sans utopie, nous entrons dans la barbarie. Il faut toujours souhaiter, espérer, réclamer l’impossible. »

Ma vie est pleine d’utopies, des petits univers que mon cœur et mon âme construisent sans relâche souvent aux dépens de ma raison. Et si… et si je n’avais pas pris cette décision, et si je n’avais pas eu ces sentiments, qui serais-je aujourd’hui ? Voilà les uchronies qui chamboulent mes nuits, font battre mon cœur et tressaillir mon âme… Je souhaite, j’espère, je réclame l’impossible. Parce que je sais que c’est possible. Même si je suis seul à le savoir, même si ce n’est pas partagé. Parce que certains sentiments sont impossibles à dompter, parce qu’ils s’imposent comme une telle évidence que l’on se demande pourquoi on ne les a pas ressentis auparavant… Je n’aime pas sur commande, sur conseil, sur avis. J’aime par élan, par nature, simplement, sans plus me demander comment. Je sais pourquoi j’aime. Une utopie sentimentale… elle est bien accrochée, elle a trouvé un port d’attache, tout mon être. Elle est devenue « topie ». Elle existe. Quoi que l’on dise. Et demain ? Je ne sais pas. Qui peut savoir ?