Un courriel est arrivé, aujourd’hui, en provenance du site « Copains d’avant » pour présenter un message automatique d’une ancienne camarade d’école primaire, Valérie V. C’était l’une des deux garces qui passaient les récréations à me tirer les cheveux en me menaçant de révéler aux maîtresses que c’est moi qui les brutalisaient. Elle et sa copine Carole J., je les ai détestées pendant les 5 années de l’école élémentaire. Je ravalais mes larmes pour ne pas leur accorder le plaisir de se moquer de moi à ces petites salopes qui avaient trouvé un souffre-douleur trop timide pour se plaindre. Je n’ai jamais avoué ces moments que je ressentais comme cruels et injustes, à personne. Pendant plus de 35 ans, j’ai gardé cela au fond de moi.

Avec ce message, nous touchons aux limites de la nostalgie et des retrouvailles des anciennes connaissances… Hormis Philippe, parce qu’entre nous il y a plus de que de l’amitié, il y a, à n’en pas douter, une grande affection (qui justifie, à elle seule, nos chamailleries), je ne veux pas renouer avec les fantômes de ma jeunesse. Le passé est enterré. Je me fous totalement de ce que sont devenus ces inconnus autrefois si proches. Le destin nous a séparé, j’ai fait ma vie, ils n’ont plus aucune place. Il ne servirait à rien de les revoir, je n’aurais rien à leur dire : comment faire pour raconter trente années de ma vie ? Je n’ai pas aimé ma jeunesse, je n’étais pas à l’aise, pour beaucoup de raison, surtout parce que j’étais observé, jugé et limité dans mes mouvements.

J’ai découvert la vie à 17 ans puis à 25 ans, en prenant un appartement et enfin, je devrais dire surtout, à 40 ans, à trois exceptions près - Françoise et Éric (et leurs trois magnifiques enfants), Jérôme et Franck. Mes cercles d’amis actuels me conviennent et me suffisent, je n’ai plus de place pour mon passé atone et insipide. Je ne suis pas un ami parfait : mes silences ne sont pas de l’indifférence mais de la timidité (je dérange une famille en appelant, je dérange un couple en appelant, je dérange un célibataire évidemment bien occupé en appelant) et l’absence d’envie de dégueuler mes cafards réguliers sur les épaules compatissantes (forcément compatissantes puisque ce sont mes amis).

Certains peuvent croire que je fonctionne à la méthode Coué lorsque j’affiche sur Facebook une icône de moral « bonne humeur ». peut être que oui, peut être que non (un petit clin d’œil à SIn alias Stéphane). Sûrement non, parce que c’est mon optimisme qui m’a permis de poursuivre ma route, malgré des ennuis de santé suffisamment graves pour que j’envisage un suicide, accablé par le découragement. Sûrement oui, parce que je me dis que c’est un bon moyen de conjurer la mélancolie qui si souvent me visite (et il n’y a bien qu’elle qui m’accompagne aussi fréquemment, hélas). Pourtant, chaque jour, quand j’ouvre les yeux, je remercie, ab imo pectore, pour cette journée supplémentaire à vivre et chaque soir, je remercie encore pour la journée vécue. Bien sûr, je ne peux faire l’impasse sur les peines et les pleurs mais les joies et les rires sont aussi présents. Je vis le moment présent, j’ai quelques rêves d’avenir mais c’est tout. Mon passé n’a plus aucun intérêt, j’en ai tiré toute l’expérience possible, comme une sunstantifique moelle amère et douloureuse. Je garde ma nostalgie pour des périodes bien plus anciennes (Vive le Roi ! un clin d’œil à Rod alias Alain) et forcément plus intéressantes.

Que foutent le camp tous ces camarades d’école, de collège ou de lycée, qu’ils rejoignent les limbes de ma mémoire. Vous ne m’intéressez plus. Sauf toi, Cécile, toi Bénédicte… Les exceptions qui confirment la règle. Philippe, je t’embrasse affectueusement, ma vieille baderne.

J’ai simplement besoin de vous, mes amis présents, vous pour qui le décompte desquels les doigts de mes deux mains ne suffisent plus. Vous m’apportez tant de bonheur en acceptant de me faire une petite place… Si vous saviez… Comment vous remerciez ?

Un ami, Marc, avec qui je bavardais récemment, m’a conseillé de relire « Le Petit Prince », notamment le passage du renard. J’ai acheté hier le livre. Juste à côté de chez moi, la statue de Saint Exupéry et du Petit Prince, figés dans ce bronze qui éclate d’or dans le soleil du soir, me regarde passer tous les jours. Je voudrais te dédicacer ce billet toi, à qui j’ai révélé ce blogue récemment, farouche et solitaire. Je ne suis pas le Petit Prince, tu n’es pas le renard. Ou l’inverse. Mais il faut savoir s’apprivoiser, peut être autour d’un verre de Chablis…