Paris - I
vendredi 13 mars 2009 à 10 h 32 - Paris... - Lien permanent
J’ai oublié mes mouchoirs. Tous mes mouchoirs, soigneusement repassés et pliés sont restés dans le dressing. Voilà une chose de faite : oublier quelque chose le jour du départ. J’ai passé mes dernières heures de temps libre à nettoyer l’appartement pour permettre à mon frère d’entrer dans un endroit sans trop de poussière, avec un réfrigérateur garni, des paquets de gâteaux dans les placards : il devrait pouvoir jouer son rôle de garde-chien dans d’excellentes conditions. Bien que je me sois levé à 5 heures du matin (la peur de ne pas me réveiller m’a fait avancer l’heure du lever - mais inutilement puisque j’étais éveillé avant le radio-réveil), j’ai dû courir pour me préparer. Dieu qu’il est difficile de caser une bouteille de champagne, une bouteille de Muscat-de-Rivesaltes, un coffret de chocolats, deux bocaux de foie gras maison dans un sac à dos ! Je suis harnaché comme si je partais dans une expédition en pays inconnu. C’est vrai que la capitale de la France manque de tout : vins, chocolat, foie gras… Et puis c’est tellement plus drôle de ahaner comme une bête de somme crevée sous le joug lorsque je me rends compte que je n’ai qu’un quart d’heure pour gagner ma place de TGV. Je ne peux pas courir sur la place Bellecour, je traîne ma valise, je maudis les gens qui ne se poussent pas sur mon passage dans les couloirs du métro, je peste contre l’heure qui passe, j’enrage contre ma procrastination éternelle (avais-je vraiment besoin d’attendre le dernier moment, c’est à dire 6 heures du matin pour passer l’aspirateur sur la mezzanine ?), je maudis mes descendants jusqu’à la quarantième génération (remarquez que, de ce côté-là, je ne prends pas de risque) et je remonte finalement les deux rames de TGV pour trouver ma place dans le dernier wagon, en queue de convoi. Nous ne sommes que deux au départ de Perrache.
Je me penche à la porte pour entendre les annonces habituelles. Je ne me lasse pas de la voix suave de la speakerine qui charme tous les voyageurs (au moins moi) : sa voix annonce l’aventure du voyage en train. Je sais que je me suis épanché à deux reprises au moins sur mon goût pour ce mode de transport. J’aime le train parce qu’il pénètre loin l’intimité des mondes qu’il traverse en se fondant dans les paysages éventrés par ses rails d’acier. Je ressens la même attirance pour les voyages en bateau, rêvant de naviguer, un jour à bord d’un vieux gréement, le Belem par exemple. L’avion m’apparaît trop en dehors du monde pour m’intéresser vraiment.
Qui m’accompagnera pendant les deux heures ? J’ai chargé sur mon mobile une vingtaine de cd : je parcours la liste, tous m’appellent, tiens, The Communards. Pour chanter à tue-tête dans la voiture de première classe “Don’t leave me this way” (dans tes rêves mon vieux !), pour cette voix extraordinaire… Je n’entends plus que les bribes de conversation de mes voisins de voiture. Nous ne sommes que dix dans ce compartiment, presque tout le monde devant son portable. Pourquoi n’ai-je pas pris un dvd ? Parce que je n’ai pas acheté de casque pour écouter le son ? Parce que je n’ai pas pris le temps des trois mois qui ont précédé mon départ depuis l’achat de mon billet pour acheter un casque. Maudite procrastination qui me paralyse parfois.
Je suis parti hier du bureau en sachant pertinemment que certains dossiers auraient mérité un peu plus d’attention de ma part. J’ai bâclé mon départ parce que j’en avais assez. La lassitude m’a gagné depuis quelques temps et ce voyage à Paris est la coupure salvatrice dont j’avais besoin. Je veux vivre ma vie.
Curieusement, ce matin, alors que mon chien me suivanit partout dans l’appartement dans l’espoir de prendre l’un de mes gestes pour un prétexte de jeu, j’ai ressenti une affection profonde pour cet être de poil si différent de moi : j’aime ses grands yeux marrons qui me regardent avec attention lorsque je parle. Au bout de trois ans de conhabitation, je sais que je me suis attaché à lui. Malgré ses défauts, malgré les contraintes que sa possession engendre (le faire garder en mon absence n’est pas la moindre), il n’a pas restreint mon univers, au contraire : j’ai rencontré des amis.
Une sensation curieuse m’a envahit tout à l’heure alors que fermais la valise : la dernière fois que j’ai quitté mon appartement pour une semaine c’était en mars dernier, le lendemain de l’anniversaire de ma filleule, pour entrer à l’hôpital en vue d’une biopsie de la grosseur sous le côté droit de la mâchoire. C’était une valise pour plus de six mois de souffrance, de fatigue, de lutte. Mes cheveux ont repoussé plus drus et viogoureux qu’avant, plus sombres aussi. Si leur nouvelle teinte pouvait être la seule ombre de ma vie à venir.
Encore une heure de voyage. Pourquoi le wifi n’est-il pas disponible dans les trains ? 

Commentaires
Merci pour le chocolat
Et pour le reste !
Bon séjour dans la capitale.
T’as oublié les boutons de manchettes aussi !
Merci pour le repas c’était super !
Je l’impression de me lire…J’espère que tu vas suivre mes conseils à Paris !
Dire qu’il y a encore des gens qui repassent des mouchoirs… Chapeau!
Oui l’histoire de la wifi dans les trains ça c’est archinul : un honnête routeur fait quand même 256 clients, mettons 200, je ne vois guère ce qui empêche d’installer non pas la wifi, d’ailleurs, mais une RJ45 à chaque place.
Il y en a en bout de wagon, c’est parfaitement insuffisant, à mon avis c’est encore une sombre histoire de marketing.