Dans la 11e case…

Le Père Noël ou plutôt sa légende, enfin non, plus exactement la croyance des enfants dans ce bonhomme ventripotent et généreux. Je me souviens de l’émotion ressentie à Noël lorsque je découvrais, au pied du sapin aux parfums fameux (un épicea aux aiguilles fuyardes dès le lendemain de Noël) les paquets brillants avec leurs rubans tirebouchonnés. J’ai cru au généreux barbu jusqu’à mes 7 ans et je me souviens parfaitement du lieu et de la personne qui m’a révélé la supercherie. C’était un samedi matin, j’allais à l’école avec une voisine, Valérie A. Nous marchions le long du passage qui évitait de faire un grand tour de pâté de maisons pour gagner l’école des garçons Jean Zay, à Villeurbanne. Valérie me dit alors que le Père Noël n’existait pas, que c’était les parents qui déposaient les cadeaux au pied du sapin. Évidemment, pour ne pas paraître naïf aux yeux de ma meilleure amie de l’époque, je lui répondis que je le savais depuis longtemps. Mais au fond de moi, je ne voulais pas la croire. Mon frère aîné ne m’avait jamais rien dit. Dès l’école finie, vers onze heures et demi, je me précipitais à la maison pour demander à ma mère si c’était vrai que le Père Noël n’existait pas. Elle me fit un grand sourire et me dit que je verrais bien à Noël prochain et qu’il fallait que je sois sage. J’avais pas eu de réponse franche et mon frère, de deux ans mon aîné, ne pouvait pas me confirmer que c’était nos parents qui distribuaient les cadeaux parce qu’ils ne les avaient jamais vus. Je passais ainsi quelques semaines à réfléchir à la légende et à ses clichés : nous vivions dans un appartement raccordé au chauffage central de l’immeuble, comment faisait le Père Noël pour passer dans la cheminée puisqu’il n’y avait que des radiateurs en fonte dans l’appartement ? Maman répondait que le bonhomme rouge s’était adapté au monde moderne et qu’il trouvait toujours un moyen d’entrer chez les enfants sages. Je l’imaginais passer alors par les tuyaux du radiateur… À cette époque, je ne connaissais pas l’histoire des gâteaux et du verre de lait laissés au pied du sapin pour la casse-croûte du grand distributeur pourpre pendant sa tournée. Je ne viens pas d’une famille pétrie de traditions au moment des fêtes. Je ne me souviens pas que mon père ou mes grands-parents paternels m’aient jamais raconté les noëls d’autrefois. Ma mère évoque parfois cette fête dans sa famille pauvre : enfant unique adoptée par un charbonnier et une nourrice, elle a grandi à Reuil-Malmaison dans une famille sans éclat. Toutefois, à aucun moment, elle n’a fait état des difficultés financières même si ces dernières l’ont contraintes d’arrêter l’école ver 14ou 15 ans pour travailler. Elle n’a jamais reçu une seule orange le jour de Nöël comme cadeau : ses parents ont toujours fait l’effort de lui offrir un vrai cadeau, des poupées, des livres, etc. Elle n’était pas malheureuse mais je crois qu’elle a toujours mis tout son amour à prépare cette fête.

J’ai parfois le regret de ne pouvoir organiser une très belle fête de Noël : j’imagine la maison plongée dans la lumière tendre des bougies où le sapin éclatant veille sur les cadeaux, des parfums de gâteaux, d’orange, d’épices flottent dans l’air, des chants de Noël s’enchaînent et des rires égrennent les heures qui passent et le bonheur d’être ensemble. Je crois que c’est celà Noël, le bonheur d’être ensemble, même avec peu de mots, même avec peu de cadeaux. Un sourire, un regard, une caresse et voilà, ensemble, tout est possible, même d’être heureux.

Voilà une chanson anglaise emblématique de Noël…



Là, un instant, fermez les yeux, la cheminée est allumée, du pain d’épices est posé sur la table avec un chocolat chaud crémeux et… le reste à vous ;-)