J'ai posé il y a quelques semaines le recueil des poèmes de Senghor : après avoir lu les vers puissants et humains du poète, j'ai compris que j'étais arrivé au terme de mon vagabondage dans cette terre d'Afrique qui me semblait autrefois terriblement étrangère. Au fil des nuits de lecture, j'ai humé les odeurs épicées qui s'échappaient des mots sombres couchés sur le papier éclatant et je me suis laissé ennivré par la découverte de cet ailleurs inconnu et attirant. J'ai cru déceler dans le parfum doux que mes narines trouvaient entre les pages les fragrances de ce sentiment si rarement  familier pour moi que les doigts d'une seule  main se souviennent de chaque instant où mon coeur fut étreint. J'ai pensé que j'avais enfin dans ma bouche le goût de ce fruit extraordinaire à la recherche duquel tout mon être était tendu davantage depuis cette nuit fameuse de novembre où je croisai dans mes errances interlopes la sensation inconnue d'exister dans un regard sombre. L'indicible trouvait un nom et je laissai mon esprit s'ouvrir aux plus beaux rêves.  De ces rêves délicieusement improbables, je n'ai pu garder que l'éternité précieuse arrachée aux quelques instants, quelques heures, quelques nuits partagés avec l'incroyable.  Mais quelle éternité !  Les jours ont passé, la solitude a emporté la victoire et regagné sa place. Pourtant, quelques phrases prononcées, quelques mots lus agitent depuis peu en moi des souvenirs troublants et calment ma compagne triomphante. L'espoir vit en moi, profondément...

Il y a dix jours, des noms ont surgi d'un passé vieux de près de trente ans que mon si cher ami Philippe avait commencé à déchirer avec son sourire et son accent dans cette belle journée de juillet dernier. Bruel et sa chanson Place des Grands Hommes, comme dans un film, envahit mon silence. On ne s'était pas dit rendez-vous dans dix ans mais trente ans après, je vois se dessiner des sourires et peut être...

La semaine dernière, j'ai appelé deux amis : l'un pour lui dire que je le soutenais et que je pensais à lui, et l'autre pour lui dire que je pensais à lui et que je le soutenais. Je leur ai dit la même chose, avec des mots différents. Parce que c'étaient eux...

Espoir, cinq lettres, vivre, cinq lettres, aimer, cinq lettres. Je veux toujours compter cinq par cinq...

Dimanche, au marché du quai Saint-Antoine, j'ai enfin trouvé des pommes de terre bintje, rescapées terreuses de l'envahissante monalisa sucrée : en Afrique, on mange des patates douces, non ?

Tutti quanti ? et caetera...