Pourquoi suis-je encore célibataire ? (alors que je sais cuisiner) - La discussion est ouverte
dimanche 21 octobre 2007 à 22 h 14 - Qui suis-je ? - Lien permanent
Dans le billet précédent, j’ai ouvert une discussion avec une simple phrase « Avec tout cela, nada : le célibat se poursuit !!! » qui a interloqué Océane, ma fidèle lectrice québécoise. Dans les commentaires, un échange s’est amorcé. Tout a commencé hier matin, alors que la librairie BADIANE, la librairie de toutes les cuisines, proposait un cours sur le pain. Las, à la dernière minute, l’intervenante a annulé sans autre forme de procès son passage, laissant neuf spectatrices et un spectateur un peu déçu. Mais c’était sans compter sur les ressources et l’entregent de Catherine Guérin et Marianne Vielleux-Motus, nos hotesses pétillantes : avisant Alex Miles dans la boutique, auteur du livre « Ces hommes qui cuisinent. Le plaisir de partager » - Alex Miles est américain, naturalisé français depuis trois ans, marié à une française, ancien pâtissier propriétaire de plusieurs magasins à New-York, cuisinier, sociologue de l’alimentation et consultant. Il enseigne à l’ESC Dijon, à ENSBANA, à l’université de Bourgogne et dans des écoles d’ingénieurs en agro-alimentaire -, Catherine lui propose de se livrer à une séance de questions-réponses sur la pâtisserie.
Alex Miles commence par expliquer la genèse de son livre dans lequel il présente exclusivement des hommes du monde entier dans leur cuisine : pères de famille, mariés ou célibataires, ces amateurs ont tous en commun le plaisir de faire partager leur passion. L’auteur insiste sur la notion de plaisir de cuisiner qui est attaché à l’homme alors que les femmes cuisinent essentiellemnt par devoir, sous la contrainte sociale des habitudes multi- millénaires de la civilsation humaine. L’homme chasse, la femme prépare le repas. Au cours d’une phrase, je relève que les hommes auraient, souvent, le désir secret de rechercher dans la cuisine de leur moitié la cuisine de Maman. Plus avant dans la discussion, entre deux précisions sur la pâte feuillétées (qui, selon la méthode de notre conférencier compterait bien 1042 plis ou feuilles) et la pâte brisée et les macarons, l’auteur rappelle que la révolution sexuelle de 68 a cassé la transmission de la tradition culinaire mère-fille et que cette absence de connaissances est l’une des explications à l’engouement de la cuisine et des livres de cuisine d’aujourd’hui.Toutefois, je rebondis sur la dichotomie hommes-femmes et m’interroge sur le fait que les femmes, inconsciemment ou non, tendraient à infantiliser l’homme en le maintenant sous une espèce de dépendance alimentaire grâce à leur maîtrise des préparations. Si mon raisonnement est bon, la révolution soixante-huitarde n’aurait servi à rien puisque la répartition des rôles entre les hommes et les femmes se maintiendrait. Bien plus, je lance alors une boutade en avouant que je venais de comprendre pourquoi j’étais encore célibataire malgré mes petits talents de cuisinier. Quelle n’est pas ma surprise lorsque j’entends mes deux voisines de de gauche avouer qu’elles seraient perturbées par un homme sachant cuisiner, qu’elles auraient l’impression d’être dépossédées d’un élément de séduction féminine… Les autres femmes, tout à leur solidarité de corps, opine du chef (certainement plus mollement que d’autres). Le coup est rude ! Les femmes n’aimeraient-elles donc pas les hommes qui seraient leurs égales dans la cuisine ? Jetteraient-elles leur soif d’égalité aux orties dès lors que l’homme montrerait des vélléités de les rejoindre devant les fourneaux ? Le repas aux chandelles préparé par l’amoureux le soir de la Saint-Valentin pour charmer l’autre n’est qu’une mascarade inutile… Ales Miles éclate de rire et finalement acquiesce.
Le débat est ouvert : les talents culinaires de l’un sont-ils un atout ou un handicap dans la séduction de l’autre ? A vos claviers !
Entre deux éclats de rire, Catherine annonce que le samedi 9 février 2008, un cours de cuisine pour les hommes serait organisé avec Alex Miles, juste avant la Saint-Valentin chez BADIANE, la librairie de toutes les cuisines.


Commentaires
Pour répondre à ta question, je ne pense pas que ce soit la cuisine qui importe le plus. Je crois qu'il faudrait savoir ce que tu cherches vraiment...
Oui, j’avoue Fabrice je suis décontenancée par ce que tu nommes simple phrase " Avec tout cela, nada : le célibat se poursuit !" Qui est en fait toute une phrase, et quel pessimisme! tu parles!.
Tu sais, j’ai toujours tout décortiqué dans ma vie. Ce que je lis, ce que je vois, ce que j’entends, parce que je suis de nature curieuse. Bref.
La séduction n’est pas une affaire de mesure, comme si tu mesurais 1 litre de lait ou un 250 mg de farine. La séduction est un comportement, une attitude, une manière d’être à la vie. Tu disais dans ton billet, je cite : "…ces amateurs ont tous un commun le plaisir de faire partager leur passion. " Voilà déjà un pas vers la séduction. Être passionné, parler avec son affect, agir avec sensualité, avec humour, tout cela se mêle et forme un mélange qui donne la séduction. Toute personne normalement constituée sera d’abord attirée par ce charme (faut bien comprendre que je ne parle pas de beauté ou d’apparence physique) c’est bien qu’après que la personne jugera si la personne en face est belle ou non. Et ce comportement est une affaire de confiance en soi.
Ta passion pour l’art culinaire est une liberté intérieure que tu laisses exprimer, une audace d’être toi-même et de pas en avoir peur. Ta passion ne doit entacher aucune culpabilité.
Tu sais séduire c’est exprimer son individualité et sa différence, par conséquent, tu intéresseras seulement celles qui aiment découvrir, qui aiment apprendre et tu risques d’agacer celles qui sont allergiques aux traités encyclopédiques. Je ne sais pas si la séduction s’opère à travers la nourriture. J’ai un peu de mal à y croire en 2007. Toutefois si c’est vraiment ton avis, alors humblement si tu me l'autorises, je te dis te maîtriser ton personnage. Tu sais, une vitrine de nous-même nous est souvent plus facile que révéler notre intimité (cuisine dans ton cas), et laisser autrui accéder à notre personne. Dans la révélation de soi que suppose une relation authentique et approfondie, on est plus dans le jeu social, ou la séduction. Les enjeux augmentent : ce n’est plus plaire que l’on recherche, mais être aimé. Et il est bien douloureux de ne pas être aimé après s’être révélé, que de ne pas séduire après n’avoir finalement donné qu’une partie de soi, la plus externe. Dès que la relation devient plus intime ou à plus gros enjeux, certaines personnes deviennent plus inquiètes, et leur comportement se modifie : elles se recroquevillent, se surveillent, se limitent. Deviennent parfois plaintives suspicieuses (« Est-ce qu'on m'aime vraiment ? »). Elles en arrivent à devenir l'inverse de ce qu'elles pourraient être, si seulement elles avaient la certitude d'être appréciées. Comment se sortir de ce piège me dirais-tu ? Comme toujours, la démarche est double. Primo, vérifier qu'il n'existe pas dans son passé de souffrances ou de limitations encore actives aujourd'hui comme maladresses affectives ou exigences éducatives trop élevées de l'un des parents . Et secundo, agir au présent : prendre le risque de la spontanéité, accepter de montrer ses limites ; ne plus avoir peur de ne rien avoir à dire, de se tromper parfois, de se contredire, d'agacer, de ne pas toujours être drôle ou intéressant. Et voir que malgré cela, on nous aime et on nous apprécie toujours. Je ne t’apprends rien en te disant que la cuisine est un langage, elle est aussi source de langage, alors éviter de se perdre entre les deux extrêmes du laisser-aller ou de la perfection. Surtout ne jamais rester sur un échec n'est-ce pas. C'est en forgeant qu'on devient forgeron comme on dit. Ça m’a fait rigoler quand tu parlais de la Saint-Valentin. Ne me dis pas que tu crois à cette absurdité Fabrice. Pour euphémisme, personnellement, je n'avoue pas être très friande de la St-Valentin. L'expression des sentiments programmée par le calendrier me laisse plutôt indifférente. Dans les meilleurs restaurants à chaque soir de la Saint-Valentin, on voit pléthore de couples simulant le bonheur conjugal qui cache mal l'ennui et les malentendus. Pourquoi faut-il se mettre en scène de la sorte? Pour se rassurer soi-même et son entourage? Que foutaise!
Je crois que Phil partage mon point de vue: à trop chercher l’Amour, on le fait fuir et c’est quelquefois vrai. Notre époque attend tellement de l’amour. Et nous fait tellement croire qu’il est indispensable au bonheur, et doit se trouver tôt dans la vie (premier mythe de la vie moderne). En réalité, il faut en rencontrer, des partenaires potentiels, avant de sentir qu’il s’agit, peut-être, du "bon" ! Et vaincre un second mythe : celui justement de la "bonne personne" jadis, c’était le mythe du Prince Charmant, qui nous fait croire qu’il existe quelque part quelqu’un " fait pour nous ". Mais le partenaire parfait n’existe pas c’est nous qui peu à peu le faisons évoluer et évoluons nous-mêmes pour nous rapprocher d’un idéal de couple et d’amour qui soit vivable au quotidien, et pas seulement « rêvable » si je puis dire, n'est-ce pas Fabrice...La solution n’est pas de se noyer dans son travail ni dans son quotidien. Elle est plutôt dans l’élargissement d’occasions de rencontre, en dehors d’activités et des circuits habituels. Moi je crois qu’agir, vivre, découvrir, cela facilitera l’amour. Aussi, en élargissant les horizons et en améliorant le moral. Et puis si l’amour ne vient pas hein, il arrivera tout de même plein d’autres bonnes choses dans la vie !
Allez merci d'avoir ouvert le débat Fabrice. Au plaisir de te lire encore!
Tout à fait Océane. Je crois que Fabrice ne s'est pas encore posé la question de savoir s'il recherche un amour narcissique ou opposé, c'est-à-dire une personne qui lui ressemble ou une personne avec laquelle il se complète.
En ce qui me concerne, je n'ai pas encore trouvé la réponse, c'est peut-être la même chose pour beaucoup d'autres !
Fabrice nous donnes des bribes de son intrigante personnalité, il aime s'entourer de mystère à l'image de sa fascinante cuisine
Ma chère Océane*, quand je parlais de l'amour narcissique, je pensais à la recherche de son semblable, une personne nous ressemblant; par rapport à l'amour opposé où l'on recherche une personne différente qui nous compléte pour former un tout.
En ce qui me concerne, je n'ai pas encore pu ou su faire ce choix. Et peut-être que Fabrice non plus.
Mais, pour le savoir, il faudrait qu'il nous le dise au lieu de nous laisser écrire et de se contenter de jouer les rois Salomon du net en usant de ses ciseaux ...!
* C'est bien de dialoguer tous (si sympa !) sur ce blog de qualité, mais c'est dommage de ne pas se connaitre. Fabrice pourrait organiser ça non ?
T'entends quoi par cuisiner ? Les escalopes à la crème, ça compte ?
Rod > oui, oui, ça compte, si elles sont préparées avec amour
Tout à fait, j'ai très bien compris ton point de vue Phil. Je ne le contredis pas. Mais dites-moi vous deux, vous ne serez pas un peu exigeants? Pourquoi fais-tu toujours tant de mystères Fabrice, sors de ton mutisme opiniâtre
Regardez-le donc, il répond à Rodolphe, mais pas à Phil et Océane (un peu de provoc' ne fait pas de mal
mdr
Si Fabrice organise une rencontre, ben je serai obligée d'admettre que je serai morte de jalousie et de tristesse, parce que je suis à 6000 km de l'hexagone. Montréal n'est pas la porte à côté.
Est-ce que cet astérisque m'est adressée Phil?
Nous sommes sur la même longueur d'onde Océane...!
Océane > rassure toi, je répondrai bientot...
Les FRAISES à la crème, le dessert préféré du grand Céline !!!
Et bien, je reste ébahi par ce que je viens de lire. Ebahi et interloqué devant les développements fascinants d'Océane qui semble avoir pris beaucoup de temps à observer les hommes et mon blogue. Je me rends compte que mes billets, dont je choisis les mots pour mettre en scène une vie finalement banale, conduisent parfois les lecteurs sur des pistes non balisées de mon univers.

Je ne cherche pas l'Amour lorsque j'ouvre ma table, je veux simplement saisir un peu d'humanité à travers le plaisir d'une bouchée offerte. Rattacher les sentiments à la cuisine est osé, certes. Cependant, je ne réduis pas la séduction à un coup de fourchette bien appliqué ou à une déglutition gourmande. Ma solitude n'est pas comestible, elle n'est pas un plat que je mange à toutes les sauces, elle n'est pas un trouble alimentaire dont je ne saurais me défaire. Elle n'est pas inéluctable, je le sais, elle est un état que je connais depuis si longtemps que j'ai parfois du mal à trouver la volonté de m'en extirper. Pourtant, je ne pense pas me complaire (sauf pour forcer, par jeu, le trait et provoquer la sympathie de mon lectorat) dans les déplorations devant mon célibat ou prendre le deuil de mes espérances amoureuses à l'âge où les canons ecclésiastiques me tirent vers la résignation ascétique...
Mes billets sont forcément réducteurs : d'une part, parce que je ne veux pas tout dire, d'autre part, parce que je suis quelqu'un de réservé sentimentalement. Je me suis aperçu du pouvoir dévastateur de certains mots dont la prononciation au mauvais moment cause un effet contraire à celui espéré : au fil d'aveux qui tiennent plus de la gaffe que de la sincérité, j'ai compris que dire ne veut pas dire ressentir. Toutefois, je suis profondément optimiste et des faits m'ont prouvé que j'étais capable de dépasser certaines barrières pour construire quelque chose avec quelqu'un. Pour diverses raisons, je n'ai pas encore rencontré ma moitié. Je sais que j'ai laissé (très récemment même) passer certaines occasions, par ignorance ou par peur inconsciente mais je reste persuadé que rien n'est joué pour moi...
Bon appétit !
Bonjour Fabrice,
Tu es tombé des nues par mes commentaires précédents!?. Pourtant, ce ne sont pas des jugements interlocutoires. Je suis sincèrement navrée alors si je t'ai étonné au plus au point. Je ferai court la prochaine fois. Je crois que communiquer c'est exprimer et recevoir pour établir une relation, et je pense c'est ce que tu fais à travers ton weblog: tu acceptes qu'autrui entre dans ton intimité . Ça fait 36 ans que je pratique l'écoute miroir aves mes patients; celle qui permet de vider les trop-pleins d'amertume, de souffrances et de regrets. Je ne donne pas de solution ou d'explication, mais je chemine en compagnie afin qu'ils trouvent par eux-mêmes leur chemin. Voltaire a dit : " Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme des ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément que cela existe " alors bravo pour ton optimisme. Bonne continuation et mes excuses encore.
Océane > ne fait surtout pas plus court, j'apprécie tant tes commentaires... A travers chaque phrase se dessine une amie. Je goûte fort l'intérêt que tu me portes et ta présence fidèle, ainsi que celle d'autres lecteurs et amis, justifie à elle seule mes billets. Tu as une analyse dérangeante pour mes certitudes et souvent tes propos m'ont bousculé, dans le bon sens du terme.
Et bien, je ne ferai qu'un petit commentaire tout simple : c'est idiot, toutes ces solitudes qui ne se rencontrent pas. C'est peut-être un syndrome parisien, ou citadin, mais le plus difficile, avant même de songer à accorder deux personnalités, c'est de se rencontrer...
... vraiment pas brillant ce commentaire, par rapport aux considérations développées ci-dessus... désolée
Fabrice, je te trouve un tantinet de mauvaise foi en refusant de voir la vérité. Océane (quel beau nom !) a assez raison je crois.
Phil > je ne vois aucune mauvaise foi dans mes propos. Simplement, je suis épaté par l'analyse d'Océane...
Bonsoir Phil,
Merci!. Avant je le trouvais très nul mon prénom, mais plus maintenant. Merci encore.
Heu