Avec :
Avec Daniel Benoin, Caroline Tresca, Simon Eine Marc Olinger, Claudine Pelletier
Metteur en scène Mise en scène : Daniel Benoin
Décor : Jean-Pierre Laporte
Costumes : Nathalie Bérard
Lumière : Daniel Benoin
Vidéo : Benoit Galéra et Jean-Pierre Laporte
Assistante à la mise en scène : Emmanuelle Duverger

Production : Théâtre National de Nice – Les Théâtre de la Ville de Luxembourg

ADA, ADA, ADA DA ? Il s’agissait de ne pas louper cette pièce qui n’offrait que 5 représentations. Damnation, le même jour, les aventures d’Alice étaient racontées dans la salle Célestin. Enfer et boule de gomme : je m’étais emmêlé dans mes réservations en cumulant deux pièces pour le même soir. Bon, malgré des efforts, n’étant jamais parvenu à totalement intégrer les règles de la bilocation, je renonçai à la petite Alice et j’offris la place à mon amie Patricia. Pour une fois, j’arrivai suffisamment tôt pour goûter, confortablement enfoncé dans le fauteuil rouge moëlleux, à la délicieuse sonnerie qui bat le rappel des retardataires : je repérai trois hommes élancés dans la trentaine, costumés de gris et cravatés accompagnés d’une jeune femme dynamiquement grise. Sur la scène, un écran blanc sur lequel défilaient des passants. Un gros bonhomme entra et présenta l’histoire qu’il nous était donné de voir ce soir…Un grand bureau gris, une fenêtre sale, une banlieue triste de Rhodes Island… Laissons la place aux Célestins pour l’histoire : « À Wall Street, Larry est connu comme le loup blanc… On l’appelle le liquidateur. Dénicher une entreprise qui rapportera plus d’argent morte que vivante. En prendre le contrôle. La liquider… Et s’il rencontre une résistance, la guerre est ouverte.
Le jargon financier et l’atmosphère ambiante nous plongent vite dans les dessous de Wall Street. L’affrontement commence sans merci, mais sans caricature, entre deux visions économiques. D’une part, la victime des manigances de Larry est un chef d’entreprise vieillissant dont la droiture morale et sociale est battue en brèche par l’air du temps.
Le charisme du comédien Simon Eine lui donne toute sa dignité malmenée. D’autre part, l’avidité sans limite d’un prédateur cynique, que joue Daniel Benoin, déroutant en salaud sûr de lui. Entre eux, Caroline Tresca perd toutes ses certitudes en avocate dévoyée, se croyant dame quand elle n’est que pion.
Le réalisme implacable de cette représentation du monde financier a des allures de film américain. Mais le théâtre ajoute la proximité de l’intrigue qui flambe devant nous. Sous les enjeux financiers transparaissent les drames intimes et plus encore la survivance de valeurs et d’illusions.
»

J’ai retenu le silence profond de la salle lors de l’assemblée générale qui vit le triomphe de l’immonde représentant des actionnaires assoifés de profit emporter le bon vieux directeur d’usine sincèrement préoccupé par le sort de ses employés (la mise en scène avait placé une caméra au fond du décor et l’orchestre du théâtre, dont l’image était projetée sur un grand écran, jouait le rôle de l’assemblée des actionnaires : je me suis vu pile poil au milieu de l’écran !!! Je suis presque passé à la télé… 2 secondes de gloire devant une salle de plusieurs centaines de personnes - elle est belle ma vie, non ?). Il ne pouvait y avoir d’autre fin que cette double mort, les actionnaires ne pouvaient que préférer leur argent à la vie des travailleurs. Cette pièce a résonné curieusement parce que la campagne présidentielle battait son plein. J’ai apprécié le jeu très humain de Simon Eine, ses emportements montraient la douleur et l’incomprégension d’un homme inadapté à l’évolution du monde économique. Je suis plus réservé pour Caroline Tresca qui, buttant sur quelques mots, m’a paru surjouer son personnage. Je n’ai pas pu départager le ton de Daniel Benoin, le liquidateur : entre cynisme et ennui ? Globalement, la pièce a été une heureuse surprise, un bon moment avec des répliques ciselées et la démonstration que face à l’argent, peu de choses résistent, et rarement l’humanité…

En sortant de la salle, je retrouvai les hommes et la femme en gris : ils accompagnaient le minsitre de la justice en sursis, Pascal Clément, encore en fonction pendant quelques heures… J’ai une vie passionnante !

Le dossier de presse et le dossier pédagogique

Extraits du spectacle




Pièce suivante : « Caligula » de Albert CAMUS le samedi 12 mai 2007