Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Hedda Gabler » de Enrik IBSEN
lundi 14 mai 2007 à 21 h 36 - Qui suis-je ? - Lien permanent
Avec :
Lars Eidinger : Jørgen Tesman, enseignant en histoire culturelle
Katharina Schüttler : Hedda Tesman, sa femme
Lore Stefanek : Mademoiselle Juliane Tesman, sa tante
Annedore Bauer : Madame Elvsted
Jörg Hartmann : Monsieur Brack
Kay Bartholomäus Schulze : Eilert Løvborg
Scénographie : Jan Pappelbaum - Dramaturgie : Marius von Mayenburg - Costumes : Nina Wetzel - Lumières : Erich Schneider - Vidéo : Sébastien Dupouey - Musique : Malte Beckenbach
Production : Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin
Hedda Gabler ! Hedda Gabler ! Un ami m’avait dit le plus grand bien de cette pièce d’Ibsen. Je l’ai cru sur parole car cet ami a souvent eu des avis éclairés. Mais une petite prévention s’insinuait petit à petit au fur et à mesure que la date de la réprésentation approchait : le metteur en scène, Thomas Ostermeier est allemand, les comédiens sont allemands, la pièce est jouée en allemand avec surtitres en français. Une pièce d’un écrivain norvégien jouée en allemand dans un théâtre français. Je confesse humblement ne pas être un inconditionnel des versions originales : je ne sais pas apprécier à sa juste valeur un dialogue sous-titré dans une autre langue que la mienne. Faute de connaissance linguistique, faute de curioisté, certains diront faute d’intelligence…
Résumé de la pièce (copié-collé du dossier de presse téléchargeable ci-dessous) : « Hedda Gabler, fille d’un général prestigieux, vient de se marier à l’ambitieux historien Tesman, qui convoite un poste de professeur à l’université. Sûr de cette promotion, il a souscrit un emprunt pour acheter une villa digne des prétentions de son épouse. Son rival Løvborg, plus séduisant et plus doué, a vu autrefois ses avances repoussées par Hedda. Ce brillant esprit qui s’abrutissait dans des clubs malfamés, n’offrait pour elle aucune perspective de sécurité fi nancière et sociale. Revenue dégrisée de sa lune de miel, Hedda apprend aujourd’hui que Løvborg a abandonné sa vie de Bohême. Il a écrit un ouvrage scientifi que qui fait sensation et dont l’écho retentissant met en péril l’attribution du poste de professeur à Tesman. Hedda craint de voir ses projets d’avenir anéantis et sombre dans une folie meurtrière ».
Très bien placé, j’arrive à l’heure, vaguement inquiet… Pas de rideau baissé, la scène présente un appartement avec deux canapés disposés en angle et une baie vitrée. Les canapés sont sympathiques, ils me rappellent ceux de la marque BO Concept. La pièce a été écrite à la fin du XIXe mais le parti pris du metteur en scène est de la rendre actuelle (éternelle discussion déjà abordée dans un précédent billet). Pourquoi pas ? Quelques spectateurs râlent en découvrant les trois écrans pour les surtitres : deux en hauteur et un au raz de la scène. Assis au milieu du rang J, je vais devoir lever sans cesse les yeux. Et je n’ai pas pris mes lunettes : mes lentilles vont me gêner toute la soirée. La pièce commence. Hedda Gabler n’a pas de poitrine du tout. Je ne suis pas obsédé par la poitrine féminine mais bon… Et mes yeux jonglent entre la scène et les surtitres. Et je ne comprends rien à l’allemand. J’essaye de me souvenir de la pièce dont j’ai fini la lecture quelques heures auparavant. Vainement, je guette les scènes confusément embourbé dans les dialogues gutturaux qui me sont étrangers. Une femme, derrière moi éclate régulièrement de rire. Elle doit comprendre la langue de Goethe ou elle a fumé avant d’entrer. Je ne ris pas. Et la pièce dure et mes yeux piquent et je somnole quelques instants et la carcasse du fauteuil me rentre désagréablement dans le fondemement. Je n’en peux plus, j’abandonne une demi-heure avant la fin, je me lève et quitte la salle en remontant la rangée. Dehors, l’air est frais. J’aspire une grande bouffée salvatrice.
Je décide de boire une bière dans un bar de la rue des quatre-chapeaux. Seul assis sur un haut tabouret. Je m’en moque.
Encore une pièce de cette saison dans laquelle une femme se sent frustrée lorsque ses desseins ne se réalisent pas et qu’elle sent la domination qu’elle veut exercer sur son entourage lui échapper totalement. Curieusement, elle aussi se réfugie dans le sang pour régler ses problèmes… Pourquoi toutes les femmes du théâtre ne sont-elles pas comme Antigone : « Je ne suis pas née pour partager la haine, je suis née pour partager l’amour ». Hedda me parait dérisoirement une enfant qui refuse de reconnaître que les autrespeuvent vivre sans elle. Elle n’accepte pas de ne pas être le centre du monde, elle n’accepte pas d’avoir fait le choix de la fortune contre le choix du coeur, elle n’accepte pas son erreur de jugement et préfère tout effacer par la mort. Je n’ai trouvé aucun humour dans la pièce, rien qui prête à rire : tout est tragique, de la volonté de l’héroïne qui veut avoir le pouvoir sur une vie humaine à son refus du scandale lorsqu’elle, dit, par anticipation d’un écho terrible à la dernière phrase de la pièce, « des choses pareilles, on ne fait pas ça ici » en parlant d’un sucide au pistolet. Tout est tragique dans cette obstination à ne pas être la femme de son mari mais la fille de son père, qui joue avec les révolvers qu’il lui a légués. Tout est tragique dans son refus de la féminité, de la séduction qu’elle inspire au conseiller Brack et sur laquelle il va tenter de prendre le contrôle de sa vie. Tout est tragique dans le désamour qu’elle porte finalement à Tessman, son mari, terne professeur en train de rater sa carrière. Cette pièce est tragique. Pourquoi alors cette spectatrice a-t-elle ri si souvent ? Ses rires m’ont déstabilisé : n’aurais-je pas compris la pièce ? « Mais miséricorde… on ne fait pas des choses pareilles ». Rideau !
Le dossier de presse et le dossier pédagogique…
Extraits du spectacle
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Pièce suivante : « Du malheur d’avoir de l’esprit », de Alexandre Griboïedov, le samedi 21 avril 2007
Mise à jour du 16 mai 2007,à la suite du commentaire de Sin : Après y avoir réfléchi cette nuit, je reconnais que la comédienne qui a joué Hedda était très bonne, balançant entre femme-enfant et manipulatrice. J’ai aussi apprécié Løvborg, déterminé puis ensuite perdu.
Que penser en revanche du parti pris de transférer cette critique de la bourgeoisie norvégienne de la fin du XIXe siècle, avec les costumes rigides, reflets de la caste qui les arbore, dans un présent aux formes incertaines et, partant, assez fade car trop passe-partout ? Je me demande si la charge dramatique n’a pas été affaiblie.

Commentaires
Hedda Gabler ou la partie d'échec.
Je n'ai pas été contrarié par la mise en scéne, peut être un peu les "interludes musicaux" systématiques, mais néanmoins intéressants (du moins au début)...Non ce soir là c'était le jeu de Brack qui était peut être un peu en deça...
Hedda Gabler...Par contre, excellente...Une héroïne, une femme manipulatrice, une joueuse, une enfant gatée...Tout cela...Du moins je crois...
La question...Peut on (se) jouer des autres...?
Paradis G18 (il ne restait plus que ça).