22 heures 15 passées... Si je n'ai pas voulu rejoindre à 19 heures la péniche louée par l'UMP pour fêter la victoire, je me dis qu'il est peut être temps de faire un tour en ville.

Alors que j'ouvre la porte cochère massive sur la place, je vois des centaines de personnes scandant « Sarko ! Facho ! Le peuple aura ta peau ! » s'engouffrer sur la place en provenance de la rue du Colonel Chambonnet (côté Saône). Des drapeaux noirs, des drapeaux rouges frappés d'étoiles jaunes sont agités par des manifestants jeunes (moins de trente ans pour la plupart). Je m'éloigne vers le Rectangle pour observer de loin cette masse hurlante et entendre abasourdi les appels de haine. Je pense qu'il y a deux à trois mille personnes.

Au bout de quelques minutes, je vois des policiers se déployer vers la rue de la République et barrer la rue de la Barre. Je me dirige vers l'enclos de France Télévision, en face de la librairie Privat-Flammarion. Deux femmes, l'une de France 2 et l'autre de France 3 attendent un feu vert pour commenter. La foule continue de crier, les policiers s'agitent. Soudain, du côté de la rue de la Barre, des fusées rouges déchirent la nuit. Bientôt, je vois feux d'artifice dorés se déployer et atterrir sur le sol : les premiers gaz lacrymogènes viennent d'être lancés par les forces de l'ordre. La foule se déchire, reflue, braille, applaudit les téméraires qui piétinent les projectiles irritants.

Des feux sont allumés dans les poubelles qui s'embrasent. Je vois, au loin, des objets voler : sans doute des morceaux de mobilier urbain. Je suis plongé dans une émeute. J'observe, hagard, les courbes des projectiles gazeux se diriger vesr la foule, j'entends les insultes proférées contre les forces de l'orde : Sarkozy est responsable de tout ! Je reste dans mon coin.

Deux jeunes sont assis sur un bac à fleurs. A peine 20 ans. L'un roule soigneusement un joint. Je leur demande s'ils croient vraiement que Nicolas Sarkozy est un facho. Ils annonent que non, que c'est une façon de parler. Je leur demande si le prétendu fascisme qu'il lui reproche n'est pas plutôt dans ces émeutiers qui nient le vote démocratique qui a rendu Nicolas Sarkozy victorieux. Ils avouent que la manifestation ne devait pas se dérouler comme cela. Que les slogans sont exagérés. Mais que c'est la faute de Sarkozy, évidemment. Nous parlons ensuite des 35 heures et de la difficulté d'application dans les entreprises de moins de 20 salariés comme la mienne. Nous parlons de la proposition « travailler plus pour gagner plus ». La discussion est hésitante de leur part et je me rends compte que leur jeunesse et leur méconnaissance de la vie professionnelle est l'une des causes de leurs erreurs de jugement à mon avis. Ils s'éloignent, sans doute lassés de parler à un vieux de quarante ans... Le mot « Résistantce » est clamé par ces manifestants d'extrême gauche.

Le long des façades est des immeubles de la place Bellecour, j'aperçois Azouz Begag, l'ancien ministre rallié à François Bayrou, accompagné d'une jeune femme blonde (fausse). Je l'abord en lui demandant si Sarkozy est vraiment un fasciste comme il l'a dit dans son livre. J'aurais mis un euro dans la machine qu'il n'aurait pas été plus rapide à déverser son fiel sur l'élu. J'entends tout son livre (enfin, les extraits que j'ai lus dans la presse). Vraiment, il hait Sarkozy. Selon lui, le candidat a monté une moitié de la France contre l'autre avec un discours raciste et haineux. Il a chassé sur les terres du Front National pour être élu. Je lui demande s'il est plus glorieux de prendre les voix de l'extrême-gauche que celle des électeurs ayant voté pour l'extrême-droite. Il répond que l'extrême-gauche n'existe plus (mince, à près de 10 % au premier tour...), que le PC n'existe plus, que les Verts vont disparaître... Je lui dit que le vote des français est un vote d'adhésion au programme de Sarkozy. Il me dit que c'est faux, que c'est un vote de rejet de Ségolène Royal. Je lui demande s'il pense vraiment que Bayrou serait le plus apte à gouverner. Il me répond que oui. Je retorque que le centre est souvent le centre mou, le vivier de l'immobilisme... Il marmonné quelques mots de désaccord en guise de réponse avant de me saluer et de trouner les talons... Je n'éprouve plus de sympathie pour lui depuis longtemps.

Des jeunes hommes ont inscrit sur leur torse « Sarkosy fasciste ». La même haine s'étale dans leur dos nu aussi. Une femme s'approche des journalistes et annonce que les ponts Wilson et de la Guillotière sont fermés. Près du pont Wilson, la péniche louée par l'UMP est amarrée : des échauffourrées ont opposé partisans du vainqueur et des jeunes socialistes décus.

Les cris continuent, des groupes courrent dans tous les sens pour fuir les assauts. Les gaz se rapprochent. Les flash balls tonnent. Je n'avais jamais goûté la saveur piquante de la formule chimique : un arrière-goût âcre envahit ma bouche. Mes yeux piquent. Pendant près de deux heures, je vais assister à une émeute. Le sol est jonché de morceaux de verre, de poubelles brûlées, des gens crient. Je me replie vers mon immeuble. La foule se divise. Des cris « dans le Vieux Lyon !» sont lâchés. Ils me suivent. Soudain, des véhicules de police barrent le pont Bonaparte. La foule court dans ma direction. Ma voisine japonaise, descendue pour saleur deux amies qui la quittent, est interloquée. Je lui explique les raisons de la manifestation. Devant les manifestants qui s'approchent de plus en plus de nous, je lui propose de rentrer dans l'immeuble. J'ouvre la lourde porte, nous entrons et alors que je la referme, j'entends que l'on me demande de la rouvrir. Je la claque : des coups de rage retentissent alors.

Je publie les photos prises avec mon photophone. Désolé pour le flou. Azouz Bégag est sur la 8e photo, le visage protégé par une écharpe... Je publie aussi deux petites séquences, à lire avec Quick Time ou Real Player.

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Lyon, place Bellecour, émeute du 6 mai 2007

Première vidéo

Seconde vidéo

De quel côté est la peur ? Pourquoi cette violence ? Qui a décrété que Nicolas Sarkozy devait être écharpé ? Qui conduit la démocratie ? le vote de 53 % des français ou les perdants extrémistes ?