La vie de célibataire a quelques vertus notamment la liberté de manger ce que l'on veut... Quant aux vices, je laisse à ceux qui me connaissent le soin de leur donner un nom. Revenons à l'essentiel : la nourriture. Si j'ai évoqué précédemment le plaisir éprouvé à table, je dois néanmoins reconnaître qu'un repas solitaire n'est pas toujours des plus engageants. Un repas ! Que dire des centaines de repas, tous les jours, ou presque, seul devant la télé, compagne insupportable de la solitude ? Bon, comme je ne peux me passer de manger, je fais contre mauvaise fortune bon cœur et je prends appui sur ma passion de la cuisine pour tenter de varier les plaisirs : je dévore les revues et les livres de cuisine, je fais mon marché au moins une fois par semaine, je sélectionne mes fournisseurs, bref, je me fais plaisir.

Paul Bocuse, dans sa préface à son grand livre La cuisine du marché, paru en 1976 chez Flammarion, écrit : « J'ose donc affirmer que, si la préparation du plat le plus prestigieux n'aboutit pas du premier coup à une réussite totale, on n'essuiera pas non plus un échec complet dans la mesure où il y aura, à la base, d'excellents produits. (...) L'ennuyeux, c'est que les contemporains semblent perdre peu à peu le sens du déroulement des saisons, le sens du rite, du cérémonial qu'apporte avec ses particularités propres chaque saison. On veut manger des asperges à Noël, des fraises au Jour de l'An, du gibier à Pâques ! Faut-il rappeler que les bonnes tomates se mangent en août, les meilleures cerises en juin... »
Il poursuit en donnant sa définition de la Nouvelle Cuisine, ce concept porté au pinacle par Gault et Millau dans les années 70 du siècle dernier mais qui donna lieu à tant d'abus (souvenez-vous des portions minuscules perdues au fond d'une assiette immense). « La « Nouvelle Cuisine », au fond, c'est la vraie cuisine. Mais comment la définir plus précisément ? Avant tout — et je l'ai déjà dit — par le souci apporté à la qualité des produits. Dans ce domaine, il ne faut pas tricher mais rechercher toujours ce qu'il y a de mieux comme viande, comme légumes, etc. Qu'il s'agisse d'un petit restaurant routier ou d'une table exceptionnelle, qu'il s'agisse de choisir des merlans ou du saumon, il faut chercher les meilleurs merlans, les meilleurs saumons qui viennent de l'Adour ou de Bretagne et même d'Irlande. Cela vaut aussi pour la ménagère. L'un des principes de la nouvelle cuisine est également qu'il faut laisser aux choses leur propre goût : il s'agit de mettre en valeur la saveur originelle des mets. Dans l'ancienne cuisine, les raisons étaient plus tape-à-l'œil que culinaire. Dans la nouvelle cuisine, tout a une raison d'être »
Il aborde aussi l'amour... « Je n'ai pas oublié une autre maxime de Fernand Point : on ne cuisine bien, disait-il qu'avec amour, dans la mesure où il s'agit par-dessus tout d'instaurer autour d'une table l'amitié et la fraternité entre les hommes. Cela me paraît essentiel : la ménagère, de même que le grand cuisinier, doivent préparer uniquement les plats qu'ils aiment préparer. Quand une ménagère prépare un plat, quand elle fait un poulet rôti et surtout si c'est un Bresse, il faut vraiment qu'elle soit persuadée qu'elle fait quelque chose de bon et avec amour. Je pense que la cuisine est plus facile et bien meilleure quand elle est faite pour des gens que l'on aime ».
Je terminerai ma citation du plus grand cuisinier du siècle (selon ses pairs), en relevant un dernier conseil : « Autre point sur lequel j'aimerai insister : il faut toujours laisser une petite part à l'improvisation, quand on cuisine. Un grand chef d'orchestre disait qu'au moment de l'exécution en public d'une œuvre longtemps travaillée et répétée il accordait une place à l'imagination, à l'improvisation. De même, la ménagère devrait se persuader qu'il ne faut pas suivre une recette à la lettre et que l'on peut, à la dernière minute, pour des raisons de simple approvisionnement, remplacer un produit par un autre... Si notre ménagère a choisi de préparer un coq au vin, par exemple, mais qu'il lui manque les lardons et les petits oignons, qu'elle ne se fasse pas de souci. Si le poulet et le vin sont bons, si le tout est salé et poivré à point, elle peut remplacer les oignons par des échalotes et des poireaux. Elle ne doit surtout pas sentir esclave du livre, mais au contraire, prendre des initiatives et, pourquoi pas ?, des risques. Même si elle prétend ne pas avoir de don, le seul fait de tenter une recette, de faire un plat est le signe qu'elle en a envie. Il est ainsi permis de s'offrir une certaine marge de manœuvre, de fantaisie, à condition, bien sûr, de rester dans le ton et de suivre la mesure... »

Commençons par le marché du quai Saint Antoine, sur les bords de la Saône, dans le deuxième arrondissement : marché forain le lundi, marché de primeurs du mardi au dimanche. Entre le pont du Maréchal Juin et le pont Bonaparte, plus d'une centaine d'étals, de qualité inégale, se partagent en deux catégories : les producteurs et les revendeurs. Parmi les revendeurs, j'avoue que peu trouvent grâce : souvent, ils proposent des lots de produits de mauvaise qualité, peu avenants, tachés ou trop mûrs mais à très bas prix. Chez les producteurs, reconnaissables à leurs fruits et légumes non calibrés (les ardoises portent très souvent la mention « Catégorie II »), j'ai sélectionné ceux qui présentent de beaux produits à des prix raisonnables. En suivant le sens du fleuve, du nord au sud, les voilà :

.Volailles crues et œufs : Maison GIRERD-BUSSAC, depuis 1923 (face à la Commanderie des Antonins, juste avant le bureau de Poste, à gauche) - de très belles volailles, de bonne qualité, poulets de Bresse à 9 €, canards, beaux lapins, coqs formidables sur commande, gibiers à plume (perdrix, faisans, grouse) en saison, pigeons etcailels - petits plus : des abats indispensables pour les fonds et bouillons de volaille, revendeur - A ESSAYER !

.Volailles, produits laitiers et légumes : Les produits de la ferme (quelques mètres après le précédent, à droite) - du lait cru si bon et si dangereux pour la Faculté, fromage frais au lait de vache, viande de porc, volailles, œufs, quelques légumes en saison - producteur

.Charcuteries italienne, portugaises et espagnoles : Christophe IGNACE (presque en face du précédent, à l'aplomb du bureau de poste, à gauche) - toutes les spécialités à base de porc venues d'Italie, d'Espagne et du Portugal, du saucisson français, parmegiano reggiano (26 € le kilo) mais aussi grana padano, pecorino, provolone, olives et préparations diverses à base d'olives et de tomates - revendeur

.Miel : M. RAMBAUD, apiculteur à BETTAND dans l'Ain (quelques mètres après le précédent, à gauche), a eu les honneurs d'un article dans le Progrès Dimanche qui m'a apprit qu'il avait 76 ans et qu'il était passionné par l'ULM - miel d'acacias, miel de sapin, bonbons, bougies, rayons de miel, noix - producteur

.Pain : BOULANGERIE DU PONT (juste après la passerelle du Palais de Justice, à droite) - pain Borsa, pain de campagne, complet, 5 céréales, épautre, aux olives, brioche - producteur

.Volailles et œufs : DANIELLE MONTERRAT (en général en face de la Boulangerie du Pont, à gauche), productrice à BENYdans l'Ain - volailles de fermes (poulet et pintade) un peu chères, oeufs, volailles cuisinées, terrines, sirops divers dont le sirop au sureau et confitures variées

.Poulets rôtis : RÔTISSERIE FRANCK (après la Boulangerie du Pont, à droite), rôtisseur de volailles entières, vente de cuisses de poulet, à moins avis le meilleur rôtisseur du marché, privilégier le poulet de grain à 11,50 € la pièce - revendeur

.Fruits et légumes : SAIGNANT (quelques mètres après le précédent, à droite), producteur maraîcher et fruitier à CHASSELAY, pays de la poire - superbes pommes et poires (notamment la Triomphe de Vienne en début de saison et la Williams) à 1,50 € le kilo, pêches et abricots remarquables, fraises, salades, épinards, potiron, autres légumes - A ESSAYER !

.Fruits et légumes : GAEC DES DEUX CHEMINS (quelques mètres après le précédent, sur la gauche), producteur à LIMAS - très beaux légumes dont des tomates cornues des Andes, tomates-steak, cœur-de- bœuf extraordinairement charnues et goûteuses, belles salades, herbes aromatiques - A ESSAYER !

.Fruits et légumes : JASSERAND (quelques mètres après le précédent, sur la gauche), producteur à THURINS, capitale de la framboise - fruits et légumes sans calibre mais sans produits chimiques, très beaux œufs (mon fournisseur attitré) à 1,20 € les six, jus de fruits dont un très bon mélan,ge pomme-cerise - A ESSAYER !

.Fruits et légumes : pas de nom (sur la droite, après le précédent) mais facilement repérable avec son bel étalage de salades - dont de la roquette - et d'herbes aromatiques - producteur ou revendeur ?

.Fruits : BERNARD GONON (quelques mètres après le précédent, sur la gauche), producteur à SAINT-DIDIER-SOUS-RIVERIE - très belles pommes, des poires, pêches en saison

.Fromages : LE SERTON (souvent sur la gauche, à l'aplomb du théâtre des Célestins), producteur fromager dans la Loire avec son chapeau, sa barbe et son léger accent traînant de la Loire - très beaux fromages de chèvre et de vache, un peu chers

.Huîtres : PHILIPPE DUPUIS (toujours en remontant vers le pont Bonaparte,sur la gauche), producteur ostréicole à PORT-DES-BARQUES en Charente-Maritime - belles huîtres de 3,25 € les N°6 (petites) à 9,55 € les N°2 spéciales - n'est là qu'en hiver et au début du printemps

.Pain : AU FOUR ET AU MOULIN (à gauche, plus haut) : pains du MOULIN DE L'ARCHE, producteur de pains bio

.Epices et olives : CAP EPICES (à droite, plus haut) : marchand d'épices et producteur de diverses préparation, le magasin est rue de Cuire à Caluire - plusieurs mélanges d'épices dont le pizza, napoli, calanques, touareg, dix poivres, pain d'épices, marocain, tunisien, loukoums, tarama, tapenades, olives...

J'ai oublié deux producteurs : l'un de viandes de porc de Gascogne et d'agneau, l'autre de fromages de chèvre et de viande de chèvre. Je vérifie les deux étalages et je vous en dis plus samedi prochain...

A venir : les bonnes adresses de la Presqu'Île et des Halles de Lyon-Paul Bocuse... Si vous en connaissez, n'hésitez pas à me les communiquer !