Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Love letters » de Albert Ramsdell Gurney
lundi 19 février 2007 à 22 h 29 - Qui suis-je ? - Lien permanent
Heureusement que mon abonnement au théâtre est là pour m’extirper de la mélancolie dans laquelle je me vautre depuis quelques jours… Huit heures moins le quart, la pluie a cessé en fin d’après-midi mais les pavés sont encore humides tandis que je presse le pas. Le manteau déposé, je m’assois au milieu du rang J, place 3. J’enlève ma veste jette quelques regards sur mes deux voisines, tentant de surprendre leurs conversations avec leurs conjoints respectifs.
Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez
Avec :
Anouk Aimé : Alexa
Jacques Weber : Thomas
Production : Théâtre de la Madeleine, Théâtre de la Porte Saint Martin
La scène est noire. Une grande table, un fauteuil à gauche, une chaise à accoudoirs à droite, un verre d’eau et une pile de feuilles devant chacune d’elle, à gauche, un lustre à pampilles, le décor est sobre. Le rideau du fond de scène livre le passage à Alexa et à Thomas. Je ne sais plus, à l’instant où j’écris ce billet, qui commence à lire une lettre. Alexa et Thomas sont deux enfants, dans la même école, deux camarades de jeu insouciants dans ces années trente que l’on dit folles. Des mots d’enfants pour jouer à dire l’amour. Et les enfants deviennent adolescents, partent étudier et creuser le sillon de leur vie personnelle. Alexa, bohème, plonge dans la peinture. Thomas excelle au barreau, réussit son mariage et se fait élire sénateur au milieu de sa famille forcément aimante et solide. Leur correspondance est rythmée par les vœux de bonne année si formels de Thomas, par la solitude d’Alexa dans sa lutte contre l’alcool. Derrière des mots banals mis bout à bout, quelques aveux timidement cachés dans des phrases de circonstances s’échappent de leur vie respective pour enfin joindre leurs âmes. Leur amour éclate entre deux silences, un amour si fort que Thomas finira par confesser qu’il est unique. Mais le carcan de la société puritaine retient ses élans tandis qu’Alexa comprend qu’elle ne peut plus vivre sans lui. Elle ne veut plus vivre, tout simplement.
La salle a ri, la salle a applaudi, j’ai ri, j’ai applaudi (après avoir piqué du nez plusieurs fois). Anouk Aimé (je n’avais pas relevé son âge avant de lire le programme…) est très convaincante dans ce rôle de femme perdue qui n’a pour seul repère que son amour d’enfance. S’il est vrai qu’elle nous renvoie toujours l’image de la femme amoureuse de Lelouch, une éternité nostalgique qui nous réchauffe le cœur, Anouk Aimé tend à donner de l’épaisseur et de la chair à un texte qui, somme toute, lu sans elle, pourrait être presque banal. Jacques Weber est un peu plus en retrait, semblant parfois plus lire son texte que le vivre (tiens, une question me taraude l’esprit : les comédiens prenant une lettre l’une après l’autre, le texte était-il écrit sur chaque page ?) et son détachement déséquilibrait, à mon goût, le jeu. Anouk Aimé a joué cette pièce avec Philippe Noiret et Jean-Louis Trintignant : comment étaient-ils ?
Une belle soirée mais je finis par me demander, après cette nouvelle pièce qui succède aux autres, cette saison, si les femmes ne peuvent aimer qu’une seule fois…
A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.
Prochaine pièce : « Les barbares », de Maxime Gorki, le samedi 3 mars 2007, à 20 heures, place J-2 

Commentaires
Je vais parler en utilisant le "je"..J'ai aimé passionnément une fois..je l'aime encore mais de loin..et j'ai aimé sincèrement à des degrés variés d'intensité ..L'amour est multiple . Seul l'âge permet de le découvrir .Ma jeunesse me laissait croire que je n'aimerais qu'une fois ..Tout faux :-))))
C'est le jeune garçon qui débute la pièce en répondant à l'invitation de l'anniversaire d'Alexa.
Après avoir vu la pièce je n'arrête pas de me demander on ne s'est pas raté avec mon meilleur ami... Nos rapports ont été les mêmes pendant 10 ans, et je pense qu'inconciencemment on continue à se chercher même si on a chacun quelqu'un dans notre vie.
J'espère vraiment que les hommes ET les femmes peuvent aimer plusieurs fois.
Mais le premier amour (ce qui est le cas dans la pièce et pour moi) est surement le plus pur, et le plus sincère...
Je l'ignore !Je suis tombée " en amour" et passionnément quand j'ai eu 53 ans !J'ai dû attendre 53 ans pour découvrir ce sentiment magique !