Heureusement que mon abonnement au théâtre est là pour m'extirper de la mélancolie dans laquelle je me vautre depuis quelques jours... Huit heures moins le quart, la pluie a cessé en fin d'après-midi mais les pavés sont encore humides tandis que je presse le pas. Le manteau déposé, je m'assois au milieu du rang J, place 3. J'enlève ma veste jette quelques regards sur mes deux voisines, tentant de surprendre leurs conversations avec leurs conjoints respectifs.

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Anouk Aimé : Alexa
Jacques Weber : Thomas

Production : Théâtre de la Madeleine, Théâtre de la Porte Saint Martin

La scène est noire. Une grande table, un fauteuil à gauche, une chaise à accoudoirs à droite, un verre d'eau et une pile de feuilles devant chacune d'elle, à gauche, un lustre à pampilles, le décor est sobre. Le rideau du fond de scène livre le passage à Alexa et à Thomas. Je ne sais plus, à l'instant où j'écris ce billet, qui commence à lire une lettre. Alexa et Thomas sont deux enfants, dans la même école, deux camarades de jeu insouciants dans ces années trente que l'on dit folles. Des mots d'enfants pour jouer à dire l'amour. Et les enfants deviennent adolescents, partent étudier et creuser le sillon de leur vie personnelle. Alexa, bohème, plonge dans la peinture. Thomas excelle au barreau, réussit son mariage et se fait élire sénateur au milieu de sa famille forcément aimante et solide. Leur correspondance est rythmée par les vœux de bonne année si formels de Thomas, par la solitude d'Alexa dans sa lutte contre l'alcool. Derrière des mots banals mis bout à bout, quelques aveux timidement cachés dans des phrases de circonstances s'échappent de leur vie respective pour enfin joindre leurs âmes. Leur amour éclate entre deux silences, un amour si fort que Thomas finira par confesser qu'il est unique. Mais le carcan de la société puritaine retient ses élans tandis qu'Alexa comprend qu'elle ne peut plus vivre sans lui. Elle ne veut plus vivre, tout simplement.

La salle a ri, la salle a applaudi, j'ai ri, j'ai applaudi (après avoir piqué du nez plusieurs fois). Anouk Aimé (je n'avais pas relevé son âge avant de lire le programme...) est très convaincante dans ce rôle de femme perdue qui n'a pour seul repère que son amour d'enfance. S'il est vrai qu'elle nous renvoie toujours l'image de la femme amoureuse de Lelouch, une éternité nostalgique qui nous réchauffe le cœur, Anouk Aimé tend à donner de l'épaisseur et de la chair à un texte qui, somme toute, lu sans elle, pourrait être presque banal. Jacques Weber est un peu plus en retrait, semblant parfois plus lire son texte que le vivre (tiens, une question me taraude l'esprit : les comédiens prenant une lettre l'une après l'autre, le texte était-il écrit sur chaque page ?) et son détachement déséquilibrait, à mon goût, le jeu. Anouk Aimé a joué cette pièce avec Philippe Noiret et Jean-Louis Trintignant : comment étaient-ils ?

Une belle soirée mais je finis par me demander, après cette nouvelle pièce qui succède aux autres, cette saison, si les femmes ne peuvent aimer qu'une seule fois...

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Prochaine pièce : « Les barbares », de Maxime Gorki, le samedi 3 mars 2007, à 20 heures, place J-2 ;-)