J'ai découvert le monde de Patricia au fil de rencontres et de conversations lors des promenades de mon chien. Peu à peu, elle a entrouvert la porte d'un univers qu'elle dissimule précieusement derrière un grand sourire et des petites lunettes rondes. Lorsqu'elle m'a annoncé que son fils créait un site pour présenter sa peinture, je lui ai proposé de lui poser quelques questions pour faire connaissance et permettre de la découvrir...

Marche dans le désert, Patricia Marmier
Marche dans le désert © Patricia Marmier

Le monde de Patricia Marmier...

Quand as-tu commencé à peindre ?

J'ai toujours peint, mais surtout dessiné (ou gribouillé) mais de façon ponctuelle. Petite fille, dans le grenier de ma grand- mère, j'avais mon « atelier ». En 1999, le merveilleux hasard de la vie m'a permis de rencontrer une peintre lyonnaise qui m'a transmis ses connaissances techniques de la peinture à l'huile. J'en rêvais depuis mon départ de Paris et ensuite tout est allé très vite, je me suis sentie tout de suite très à l'aise avec cette matière, j'avais le sentiment d'être une magicienne avec mes brosses, mes pinceaux et ma palette de couleur, créant des mondes, les défaisant ou les transformant.

Pourquoi avoir choisi la peinture comme moyen d'expression ?

- La peinture comme moyen d'expression... je vais dire que c'est un gène familial !!! ( pas loin d'une dizaine de peintres dans la famille proche), notamment une grand- mère détestable qui était aux Beaux-Arts dans les années 30 et qui a vu son rêve d'artiste s'écrouler à cause d'une grossesse... Plus sérieusement, c'est difficile à dire. C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de dessiner ou de peindre, c'est une nourriture, une respiration.

Ton univers est marqué par l'irréalité, par l'onirisme, la vie réelle est-elle si difficile à peindre ?

- Mon univers pictural ressemble à ma réalité, et j'en assume les conséquences. Lorsque, parfois, je suis obligée d'affronter ce que tu nommes la « vie réelle », je plonge en enfer (celui que Dante dépeint dans « La Divine Comédie ») et non seulement c'est absolument effrayant mais je m'interroge sur la capacité des êtres à endurer tant de souffrances. Et surtout pourquoi? cette vie réelle est pour moi une vie de souffrance et je n'en veux pas.

L'accueil des âmes, Patricia Marmier
L'accueil des âmes © Patricia Marmier

Le monde angélique est-il un moyen d'échapper à la pesanteur de la vie ?

- Oui, oui oui et encore oui !!!

L'ange est le médium utilisé par Dieu pour communiquer avec les hommes. En dessinant un ange, veux-tu t'adresser à Dieu ?

- La question de Dieu est en général une question difficile, beaucoup de réponses, mais peu me satisfont. Je dirais qu'à travers le dessin de l'ange, je vois le messager ou le témoin de l'existence de quelque chose de grand, d'une beauté ineffable qui emplit le cœur d'un bonheur indicible. Et cela se manifeste tous les jours, si l'on sait regarder ou écouter...

Tes tableaux présentent des femmes et des enfants mais aucun homme. Pourquoi ?

- J'ai dessiné des hommes (fusain, mine de plomb) mais il est vrai que jamais ils n'ont été mis en couleur sur une toile. Surement une question de temps peut-être en rapport avec l'histoire de ma vie. Je vais y songer sérieusement. Au fait sais-tu que j'ai fait quelques croquis de toi et de ton petit roi de Bellecour, Angus ?

Une grande sérénité se dégage de tes paysages. Quelle place tient la contemplation dans ta vie ?

- La contemplation est liée à jamais a ma vie. contemplation extérieure et contemplation intérieure. Je vais te confier un secret : j'ai reçu un seul don du ciel à ma naissance: la possibilité de voir, l'émerveillement du regard. Alors je regarde le monde, surtout la nature et je vois tant de beauté qui me paraissent en correspondance avec ce que l'on nomme les mondes intérieurs. J'essaie de le transcrire, de le communiquer afin de ne pas oublier.

Que ressens-tu lorsque tu cèdes un tableau ?

- Cela dépend, mais en général après avoir achevé un tableau, j'éprouve une curieuse nécessité à le garder un peu pour moi, le temps varie suivant l'œuvre. Ensuite le sentiment que j'éprouve s'apparente au détachement, comme si je fermais un livre après l'avoir lu et aimé passionnément l'histoire, mais une fois le livre achevé, j'en prends un autre.

Que ne peux-tu pas peindre ?

- Ce que je ne peux pas peindre ? Tout est possible, ce n'est pas tant au sujet du thème qu'il existe une impossibilité en peinture, a mon sens il s'agit plus d'un question d'expression picturale. Par exemple je suis incapable de peindre comme les peintres néo- réalistes dont les œuvres sont si parfaites techniquement que l'on croirait presque regarder une photo. Certains tableaux sont très beaux, d'autres moins intéressants. Mais ce n'est pas le style d'expression que je pratique.

Gao Xingjian a dit : « La peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer ». Crois-tu être mieux comprise en peignant qu'en parlant ?

- Je pense que Gao Xingjian dit tout dans cette phrase « La peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer ». Comment exprimer la beauté et la grâce d'un univers autre, ou différent de celui de la « réalité concrète » pour reprendre tes termes, avec des mots, et je ne parle pas du langage poétique qui lui a ce pouvoir, sans passer pour un fou ou une folle ?As tu une réponse ?

Le pommier, Patricia Marmier
Le Pommier © Patricia Marmier

Toutes les photos sont extraites du site de Patricia Marmier et sont reproduites avec l'aimable autorisation de l'artiste.