Décor : Chantal Thomas - Costumes : Cidália Da Costa - Lumières : Gaëlle de Malglaive - Son : Philippe Donnefort
Coproduction : Théâtre de l’œuvre - Compagnie Horus Théâtre - Sofithéa et FLB - avec l’aide du Centre Dramatique National des Alpes

Avec :
Christine Murillo : Dominique
Denise Chalem : Caroline
Christine Guerdon : les surveillantes
Ce spectacle a reçu deux Molières en 2005 : Molière de la meilleure comédienne pour Christine Murillo, Molière du meilleur spectacle de création française

Pendant tout l’après-midi, je me demandai si je devais assister à la représentation de la pièce après avoir appris la mort de ma grand-mère. Honorerais-je plus sûrement sa mémoire en restant chez moi, abimé dans les souvenirs et les pleurs ? Serais-je moins respectueux du deuil familial en allant au théâtre ? Je pesai longuement la décision, en tenant compte du sujet de la pièce, comme je l’avais évoqué précedemment. Et puis je me pressai dans les ruelles sombres pour ne pas arriver en retard. Avec une certaine appréhension, je m’assis à la corbeille, assailli par la sempiternelle chaleur de la salle. Dans le fauteuil de droite prit place une femme à la soixantaine triomphante dont j’appris, au cours d’une courte discussion, qu’elle jonglait entre ses abonnements au théâtre et à l’opéra. Je sautai sur l’occasion (sic) pour lui demander son avis sur la pièce précédente : elle me confia qu’elle avait trouvé la Balibar très mauvaise chanteuse et qu’elle avait cru que sa voix vilaine n’était que passagère et due à un problème de santé. Je la détrompai en lui confirmant que dès la création du spectacle à Aix en Provence, la critique avait raillé son interprétation vocale détestable. Nous convînmes que la pièce avait été tout sauf drôle. Au surplus, elle avait trouvé les décors laids et tristes. Mon malaise était ainsi partagé !

Soudain, la sonnerie appela les retardataires à gagner leur fauteuil.

Une lumière pâle se leva sur une cellule sale, encombrée de deux lits. A droite, une cuvette de WC à l’anglaise, un lavabo, une poubelle. A côté, des étagères vides. Une table au milieu, une télévision à gauche. La porte de la cellule s’ouvrit sur une femme apeurée qui sursauta au claquement de la fermeture. Caroline, parvenue convaincue de faux en écriture, serrait contre elle sa valise. Elle tressaillit lorsque Dominique, sans autre âge que les années d’emprisonnement qui s’étaient abattues sur elle, pénétra dans la cellule. Pas un mot ne fut échangé, pendant de longues minutes, entre ces deux femmes qui ne semblaient avoir en commun que la peine qu’elles avaient reçues. Au fil de l’histoire, les deux femmes comprirent que leur humanité était la seule raison de vivre entre ces quatre murs et, bientôt, Dominique montra sa personnalité tendre et attachante alors que Caroline prit l’assurance qui lui manquait pour devenir la vraie force du tandem. Mais la prochaine libération de Dominique vint rompre les liens qui unissaient les deux compagnes d’infortune. Que ferait-elle rendue à la vie ? Elle ne trouva sa réponse que dans la fuite ultime de son suicide. Rideau sur une femme en pleurs.

Chrisitine Murillo a campé une prisionnière bourrue avec un très grand talent. Elle m’a semblé ne pas jouer seulement un rôle mais être vraiment cette femme délaissée au fond d’une cellule qui ne voulait qu’une seule chose, en tuant son mari ronfleur, être enfin seule ! Je suis réservé sur l’auteur dans les habits de Caroline, bourgeoise déchue qui me rappelait Christine Deviers-Joncourt. Son jeu m’a paru trop appuyé.

Je n’ai sans doute pas vu cette pièce dans les meilleurs circonstances possibles. J’ai souri à certaines bordées d’injures alors que la salle riait aux éclats. Ma voisine a particulierement goûté (si, si - Impératrice), sous ses dehors très “comme il faut”, les allusions de salle de garde. Je suis étonné par la capacité de l’auteur à tirer des rires d’une situation qui ne pouvait être que tragique. Je pense qu’elle est parvenue à montrer l’humanité de deux femmes écrasées par l’inhumanité de la prison anihilatrice. Je m’exprime mal, sans aucun doute. J’ai, cependant, été choqué par l’annonce finale du suicide : l’histoire avait-elle besoin de ce désespoir ?

L’habitude qu’avait prise Dominique de regarder sa vie, finalement, à travers la seule fenêtre de la cellule, à guetter l’improbable avion qui la délivrerait de l’exiguité de sa condition, ce geste anodin pour quiconque est libre, m’a touché. Une seule fenêtre pour tout un univers…

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Interview de Denise Chalem et extraits du spectacle

Prochaine pièce : « La version de Browning », de Terence Rattigan, le samedi 20 janvier 2007, à 20 heures, place J-1 ;-)