La nourriture et moi...
vendredi 29 décembre 2006 à 11 h 00 - Gastronomie et vins - Lien permanent
J'apprécie de recevoir quelques ami(e)s autour d'une table pour passer l'un des ces moments agréables qui parviennent à justifier la solitude des autres jours. J'ai toujours conçu le repas comme une fête voire, à ma modeste mesure, comme un spectacle nécessitant une mise en scène. Par cette image, qui peut paraître prétentieuse, j'entends qu'une table soit belle, bien dressé, garnie de fleurs et de bougies. Elle doit refléter le plaisir que je m'attache à offrir à mes invité(e)s. Il ne s'agit pas, pour moi, d'un effort particulier mais d'une réelle volonté de transcender l'acte animal et vital du nourrissage en une balade apétante, joyeuse et riante. La gêne éventuelle que ressent quelqu'un qui, comme l'Harpagon de Molière considère qu'il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger, m'attriste parce que je considère que tout repas, si modeste soit-il, est une fête de l'âme et du goût. Je pense que ma solitude m'a poussé à trouver dans la dégustation d'une bouchée la sensation d'exister que je n'ai point par ailleurs. Mon cas relève de la psychanalyse, j'en suis certain mais il est financièrement plus intéressant de mordre dans un éclair au chocolat ou de faire fondre un morceau de Saint-Marcellin sous le palais que de s'allonger sur un divan et de raconter (ou d'imaginer, pour ma part) les traumatismes de mon enfance.
Le mois de décembre 2006 aura été particulièrement faste : j'entamai les festivités dès le premier jour, par un déjeuner avec des mais huissiers chez Léon de Lyon, deux étoiles au guide Michelin, table tenue de main de maître par l'épatant Jean-Paul Lacombe. Si je n'ai pu goûter à l'un des deux grands menus, j'ai, en revanche, savouré le menu affaires proposé tous les midis pour 56 €. Tous les avantages d'une grande table pour un pris modique. D'ailleurs, la plupart des tables voisines avait fait le même choix. J'ai le souvenir de truffes au chocolat particulièrement fondantes, que la retenue de mes voisins de table, m'a poussé à terminer pour ne pas les laisser s'ennuyer trop longtemps au fond de leur cassolette en argent. Il y aurait eu crime, sinon... Le 19 décembre, j'enchaînai sur une invitation par un assureur chez Cazenove, le second restaurant de Pierre Orsi, chef honoré d'une étoile. Là encore, un grand moment, notamment avec le Gewurztraminer vendanges tardives choisi par mon hôte pour l'apéritif... Le 21 décembre me permit de célébrer Noël avant l'heure dans le restaurant Les Trois Dômes, qui surplombe le Sofitel et dans lequel le chef Gilles Desvilles propose une cuisine précise, au diapason des produits et d'une grande tenue, conforme à l'étoile attribuée par Michelin. Je remercie encore le peintre qui m'a invité à participer à ce spectacle... Enfin, le 27 décembre, je clôturai ce mois d'agapes par un passage chez Léa, à la Voûte, en compagnie d'une cliente suédoise à qui je pris plaisir à faire découvrir la cuisine lyonnaise.
Chacun des repas dégustés a été un moment de plaisir intense et j'ai savouré toutes les bouches et toutes les gorgées. J'ose dire qu'ils m'ont procuré un orgasme gustatif. Je sidère mes proches en révélant que je fréquente MacDo et Quick, que j'avale parfois un sandwich kébab (notamment à Paris, dans le quartier juif, qui propose des falafels si dépaysants) ou qu'il m'arrive de rechercher la quantité à la qualité dans une pâtisserie, par exemple ici (bien que dans ce cas les deux soient conjuguées) tandis qu'à d'autres moments, je peux traverser Paris pour pousser la porte de Pierre Hermé, à Saint-Germain-des-Prés, ou arpenter les allées bruyantes des expositions des Trois Glorieuses de Bresse pour admirer les chapons et les poulardes serrées dans leur toile de lin écru, ou chercher à Lyon la meilleure boulangerie et savourer le pain de M. Pozzoli, meilleur ouvrier de France. De manière générale, j'ai l'habitude de sélectionner mes fournisseurs, préférant, parce que mon célibat le permet, payer le juste prix d'un produit sur le marché plutôt que de subir la mauvaise qualité, souvent, d'un bas prix proposé dans un supermarché aseptisé. C'est ainsi que le plaisir de recevoir commence assis parmi les nombreux livres et revues de cuisine pour trouver le menu, se poursuit par la recherche du bon produit, puis par la préparation des plats et le dressage de la table. Finalement, je parviens même, par pure gourmandise, à trouver dans la vaisselle et le rangement qui suit ces fêtes et malgré l'heure souvent tardive, en pleine nuit, la dernière petite parcelle de bonheur, dans une ultime cuillère de crème, dans un dernier morceau de gâteau. Je pousse la fascination jusqu'à apprécier le dénuement du yaourt nature qui constitue, souvent, l'essentiel du repas suivant, parce qu'il est l'aboutissement ultime d'un cheminement gustatif et sensoriel minutieusement et passionnément construit au fil de l'assiette.
J'avoue que je ne réussis pas tous mes plats, même si les bonnes manières de mes invités tentent de me persuader du contraire. Cependant, je sais qu'ils ont été préparés avec suffisament de passion pour qu'ils se tranforment en hommage muet à l'amitié, puisque je ne suis pas toujours capable de dire ce que je ressens. La table est aussi une occasion inégalée de vraiment connaître les personnes, à leur façon de se tenir, leur goûts, leur plaisir.
Prochain banquet : le jour de l'An, pour ma famille, avec des coquilles Saint-Jacques au cidre et un coq au vin (réclamé par mon père). Le dessert n'est pas encore choisi. Je proposerai, entre autres, un Hermitage avec le plat principal.
Deux nouvelles recettes à mettre en ligne...

Commentaires
Alors moi je connais bien les "MacDo, Quick et kébab " :)))
(ton lien sur la pâtisserie juive ne fonctionne pas)
Au fait tu m'invites quand ?
Bonsoir. Heu... on vient quand ?
Même si ça a déjà été dit...
Nat > lien sur un précédent billet réparé...
Je te souhaite de ne jamais tomber sur un ami anorexique, ou au régime... Ce serait du gâchis !
Ceci dit, les falafels de la rue des rosiers sont à tomber par terre !!!