Armes de la ville de Lyon

Pendant de nombreuses années, ma mère a tatonné pour confectionner un gratin dauphinois. Nous avions l'habitude d'aller, pour les vacances d'hiver, à Villard-de-Lans ou Autrans, deux stations réputées pour le ski de fond que je pratiquais alors de manière assidue (heu, non, en fait, je n'aime pas la montagne mais je devais suivre mes parents). Nous allions alors régulièrement déjeuner ou dîner dans un restaurant appelé La Petite Auberge, à Villard et ma mère n'osait pas demander au cuisinier le secret de son gratin si merveilleux que nous regrettions les tentatives qu'elle faisait pour nous régaler en rentrant, tout au long de l'année... Elle avait tout essayé, du lait pour cuire les pommes de terre avant de les faire gratiner, des oeufs, du fromage, bref beaucoup de combinaisons pour des résulats décevants. Puis une amie lui a conseillé de n'utiliser que de la crème fraîche liquide et le miracle fut là, sur la table familiale, un plat de terre rempli d'une gratin fumant, doré, fleurant bon la crème et dont les pommes de terre fondantes à souhait emplissaient nos palais d'une suavité inégalée.

Beaucoup de recettes sur le net, dans des livres ou des revues donnent pour ingrédients le lait, les oeufs et le fromage ! Triple hérésie : les pommes de terre cuites dans le lait forment une masse informe dont les tranches se brisent lamentablement lorsqu'elles passent de la casserole au plat à gratin ; les oeufs, en coagulant lors de la cuisson, parsèment le gratin de petits grains blanchâtres désespérément inesthétiques et insipides ; le fromage rapé absorbe le liquide et assèche le gratin.

En revanche, L'Inventaire du patrimoine culinaire de la France, dans le volume consacré à la région Rhône-Alpes, donne la recette traditionnelle du gratin dauphinois. Dans le Vercors, au pays, comme on dit, il est appelé tatoille, parce que les pommes de terre sont coupées en rondelles,les taillons. Le choix des pommes de terre est primordial : il faut une chaire jaune, la bintje ou la BF15 conviennent. La crème est aussi essentielle : c'est la crème fleurette, crème liquide qui éviter la formation de grumeaux. Faut-il ajouter une râpure de musade ? Pour ma part, je pense que son parfum particulier se marie fort bien avec la douceur du plat (tenez, en passant, saviez-vous que l'ingestion d'une noix de muscade entière est mortelle pour l'homme ?). Sur le net, je l'ai trouvé aussi sous le nom de gratin dauphinois du pays des Quatre Montagnes (les quatre motagnes étant Lans-en-Vercors, Villard de Lans, Autrans et Sassenage. Il est temps de vous révéler la recette...

Gratin dauphinois

Pour 4 personnes

Préparation : 20 min - Cuisson : 50 min

Ingrédients : 1 kg de pommes de terre à chair jaune, 1 gousse d'ail, 1 petit navet frais, 50 g de beurre, de la crème fleurette en quantité suffisante pour recouvrir toutes les pommes de terre (environ 75 cl), muscade, sel et poivre du moulin

Préchauffer le four à 150 ° C, thermostat 5.

Peler les pommes de terre, les couper en tranches régulières d'environ deux millimètres d'épaisseur, les laver, les éponger soigneusement dans un torchon propre.

Frotter le plat à gratin en terre d'une gousse d'ail puis d'une tranche de navet et le beurrer ensuite soigneusement. Etaler les rondelles de pommes de terre. Dans un saladier, assaisonnet la crème liquide de sel, de poivre et de quelques rapures de muscade. Verser la crème dans le plat pour recouvrir entièrement les pommes de terre. Rajouter, au besoin, de la crème. Parsemer la surface de noisettes de beurre.

Enfourner pour au moins 50 minutes à une heure (voire plus) : la lame d'un couteau doit s'enfoncer facilement dans le gratin. Dans le dernier quart d'heure, augmenter la température à 180 °, thermostat 6, pour faire dorer la surface.

Servir très chaud, en accompagnement d'une viande grillée (côte de boeuf, gigot, poulet rôti), et proposer un vin du Jura ou un vin rouge léger d'Anjou ou de la Loire...