Le Calvaire - Châtel-Guyon

Mes amis d'Auvergne réclamaient ma venue depuis plus d'une année. J'ai donc cédé à leurs sollicitations affecteuses et suis parti trois jours, le chien sous le bras, pour Châtel-Guyon... Ville de cure, réputée pour ses eaux facilitant les flux intestinaux, Châtel-Guyon est hérissée de vieilles maisons de la fin du XIXe ou du début du XXe et de grands hôtels endormis qui rêvent encore de leurs splendeurs amidonnées. Il est plaisant de se promener dans les rues désertées de ce dimanche d'Assomption en espérant voir surgir, au détour de la porte d'une pension de famille, le corset raide et sombre d'une belle femme au sourire pincé dont le déhanchement discret du faux-cul entraînerait beaucoup dans des fantasmes d'étoffes de jais au parfum suranné.

La vieille ville domine les thermes et le Christ du Calvaire rappelle qu'il a connu la souffrance terrestre pour la rémission de nos péchés. La nuit, un savant éclairage illumine la croix et la métamorphose en phare d'éspérance, planté au sommet d'une butte battue par les vents. A ses pieds, l'église en pierre de Volvic, aumurs enduits de blanc, se désespère d'être désertée par ses fidèles et ses désservants. Pourtant, elle recèle un magnifique autel du XVIIIe en bois doré et des fresques récentes (de la fin des années 80) présentant l'Evangile. Pendant ces trois jours, je me suis souvent promené sur la butte du calvaire, flanque du chien, jetant un regard circulaire sur cette Auvergne humide et sombre à laquelle j'ai du mal à me faire. Mes pensées se perdaient alors dans la chaîne des puys et je renoncai à retenir les dizaines de noms des ces élévations volcaniques. Rome est à 1400 kilomètres, selon la table d'orientation. Aucune précision pour Lyon ou Le Havre : seuls de tendres souvenirs me projettent vers elles.

Le retable du XVIIIe de l'église - Châtel-Guyon

J'aime mes amis et j'envie l'harmonie de leur famille. Je découvre avec une joie bien douloureuse (parce qu'elle me confronte à un amour que je ne soupçonnais pas) qu'elle a, parmi les clichés de ses enfants et de son mari, inclut la dernière photo qu'elle avait prise de moi, en décembre 2004. Je ne savais pas que je comptais autant pour elle, elle avec qui je refusais d'approfondir la relation amoureuse qui était née il y a vingt ans cette année et que je manquais d'épouser. Et ce qui me touche encore plus, c'est l'amitié que me porte son mari et ses enfants...

A suivre avec Tournöel et Clermont-Ferrand