Je viens d’acheter le Guide illustré à travers Lyon et l’Exposition Universelle, Internationale et Coloniale en 1894, imprimé par Larousse en 1894.

Nées au XIXè siècle, les expositions étaient l’occasion, pour un pays, de montrer la splendeur de son indsutrie, de ses arts et de sa culture. L’exposition de Paris était encore dans toutes les mémoires. La direction du guide se félicite en constatant que “la seconde ville de France a fait un essai de décentralisation qui est fécond en résultats”. Sa position topographique confère, selon elle, à la ville, le titre de capitale de toute la région sud-est de la France. Elle releve “ses rapports d’affaires avec nos colonies d’Afrique et d’Indo-Chine, comme aussi son commerce séculaire avec la Chine et le Japon”.

L’exposition fut construite dans le Parc de la Tête d’Or, créé en 1856 par le paysagiste Denis Bülher, un immense parc de 117 hectares au cœur du nouveau quartier des Brotteaux, avec, en son centre, un lac de 17 hectares. “Ce parc est unique au monde”.

le palais principal dresse sa masse de 55 mètres de haut sous la coupole sur une surface de 45 751 m². L’architecture de fer lui donne une grande légèreté malgré ses 2 250 tonnes. La rédaction précise que sa surface “est supérieure à celle de la place BEllecour, de telle sorte que tous les monuments de Lyon, avec leurs clochers et leurs campaniles pourraient s’ébattre sous son immense toiture”. La ventilation est assurée par ma partie centrale du dôme qui favorise l’écoulement de l’air vicié par sa forme de cheminée d’appel pouvant atteindre 60 m de haut. Tous les soirs, l’électricité illumine les pavillons et le parc.

le Palais de l'Exposition universelle de Lyon en 1894

Le guide insiste sur les palais coloniaux, répliques de constructionx existantes : le Palais de l’Algérie, inspiré par le palais de Mustapha, résidence d’été du gouverneur de l’Algérie, le Palais de Tunisie, une reproduction “presque à la lettre” de la mosquée de Souk-el-Bey, à Tunis, le Palais du Roi d’Annam, financé par la municipalité d’Hanoï pour abriter les merveilles de l’Annam et du Tonkin. Non loin du palais, un village annamite “avec ses cases en paillotes et son installation la plus authentique. Des familles indigènes y fabriquent sous les yeux des visiteurs, des tissus et objets de leur pays. C’est la vie annamite surprise dans toute sa vérité”. Le fascicule rappelle aussi “l’exhibition d’indigènes, villages sénégalais ou dahoméens”. Un ballon captif permet enfin d’admirer l’exposition à plusieurs centaines de mètres de haut.

Le guide présente ensuite la ville de Lyon, son histoire et ses monuments les plus remarquables. Il précise les tarifs des chemins de fer funiculaires et des voitures de place, énumère toutes les gares de la ville et les initénaires de stramways. Le service des bateaux n’est pas oublié, notamment les bâteaux-mouches (appelé du nom du quartier de Lyon dans lequel ils ont été construits, y compris ceux de Paris)

Un hymne de la paix intitulé “La France !” égrène ses couplets pompeux : amour, travail, indépendance, progrès, paix

Puis le guide détaille les quartiers de Lyon et leurs merveilles avant de conclure par les environs de la ville.

La place Bellecour de Lyon en 1894

Ce petit opuscule est intéressant à plus d’un titre. Il rappelle la fierté de la France pour ses colonies, les liens commerciaux développés par Lyon et l’Asie (la route de la soie, cette industrie si essentielle à Lyon et qui a fait sa réputation internationale) et, en présentant en regard de chaque description une réclame, il nous replonge dans un Lyon disparu. Je n’ai, en effet, sauf erreur, retrouvé aucune des maisons de qualité citées encore en activité… Sic transit gloria mundi.

Toutes les pages du guide peuvent être consultées dans la galerie Exposition Universelle, Internationale et Coloniale de Lyon en 1894, dans la colonne de droite. Je tiens, à votre disposition, les fichiers d’origine…

Addendum du mardi 23 mai 2006 : cette exposition est la vitrine d’une France triomphante et nationaliste, à l’instar de des sentiments qui présidaient aux destinées des grandes nations industrielles en cette fin de XIXe siècle. La fierté du pays, vis à vis de ses colonies, relève plus de la fierté du jardinier devant son beau potager que de l’humanisme telle qu’il est conçu et défendu aujourd’hui. Condamner ce mouvement général me parait précipité même si nous disposons des évènements postérieurs qui montrent l’évolution négative de ce sentiment nationaliste.

En revanche, je suis choqué par le goût immodéré de l’époque pour la mise en scène des indigènes… On retrouve malheureusement ces reconstitutions dans toutes les expositions, l’exotisme attirant les foules.