La fête du Livre - Le Figaro Magazine - Hôtel de Ville de Lyon
samedi 11 février 2006 à 22 h 50 - Lire, voir, écouter, rire - Lien permanent
La semaine dernière, Le Figmag avait annoncé cette fête et détaillé la liste des cinquante auteurs invités, d'Henri Amourouxà Olivier Weber, en passant par Patrick Besson, Anne-Marie Mitterrand, Ghislaine Ottenheimer et Natahalie Rheims.
Le vélov enfourché, je me suis faufilé entre les voitures avant d'arriver, enfin, à l'Hôtel de Ville. La fête se tenait dans le salon de réception, dégoulinant d'or et de pourpre depuis le passage du Préfet Vaÿsse, au XIXe siècle (notre Haussman lyonnais) et le salon suivant. Décitre, mon libraire préféré, fournissait les livres. Les visiteurs se pressaient, l'âge bien affirmé, les fourrures tressautantes, comme les voix. Quelques touches de jeunesse, dont moi, finalement, faisaient ressortir le poids des ans de lecteurs, des curieux et des auteurs. L'âge de Jean Favier, d'Henri Amouroux, de Christiane Collange, de François Bluche me sauta aux yeux. Le poids des ans n'enlève pas la qualité de la plume, évidemment. Comment résister à tous ces livres qui tendaient leur couvertures souvent glacées, parfois colorées, toujours de la denière édition. Les écrivaines étaient là pour rencontrer leurs lecteurs mais aussi pour vendre leur dernier ouvrage.
Je passai devant Jean Favier, proposant son livre sur Louis XI et sur Philippe Le Bel, sans intérêt pour moi ; Vladimir Fédérovsky semblait peiné faute de succès pour ses histoires de Saint-Petersbourg et du Krémlin, Patrick Besson brillait, non par sa plume si vive, mais par la vacuité de son fauteuil rouge. Dommage. J'aime lire ses chroniques.
Nicole Lambert offrait les bouilles bcbg de ses Triplés, sortis tout droit des pages de Madame Figaro : le visage rond, encadré par ses cheveux, elle dédicaçait d'une main gourmande ses grandes bandes dessinées à une floppée de bonnes-mamans aux joues empoudrées de rose. Quelques jeunes écrivains, collaborateurs du Figaro, Alexis Lacroix, Sébastien Le Fo ou Clémence Boulouque attendaient le chaland.
Je m'étais fixé un budget et, partant, trois auteurs : Yvan Rioufol, Jean Raspail et François Bluche.
Je passai devant Nathalie Rheims, à la crinière savamment explosée, discutait avec quelqu'un : était-ce pour oublier le vide devant elle ? Je n'ai pas vu dans les visiteurs de la fête son lectorat habituel.
Jean Raspail répondait aux souvenirs de la Saxe de son enfance en tentant de ressusciter le nom que la femme lui citait. Un nom de son enfance, dans un pays qu'il quitta à onze ans... "Voilà Monsieur Jean Raspail qui nous fait tant plaisir en écrivant de si belles pages."
La veille dame était venue avec son mari, qui sortit promptement son carnet de chèque métamorphosant l'écrivain en caissière moustachue (quelle joie pour l'auteur de répondre que le paiement se faisait à la sortie...). Elle repartit avec son livre dédicacé de ses noms et prénoms annoncés d'une voix tendrement chevrotantes. Puis l'auteur passa au jeune homme, titré d'un joli nom à particule, célèbre dans la région, très chic, un vrai sujet du Royaume de Patagonie... Puis vint mon tour : je lui dis mon admiration pour trois livres qui ont compté pour moi, "Pêcheur de lune", "Qui se souvient des hommes" et "Le jeu du roi". Les deux premiers m'ont fait rêvé, je me souviens avoir pleuré lorsque Jean Raspail décrit, dans le second, la disparition, dans la pluie et le brouillard, d'un canot avec, à son bord, des indiens Alakalufs, les derniers que l'on vit vivants, sans doute. J'ai plusieurs fois offert ce livre, simplement parce qu'il est beau. Si j'apprécie, généralement, le style de Raspail, je goûte moins ses histoires de fins de race. En revanche, je voulais m'offrir son dernier livre, "En canot sur les chemins d'eau du roi, une aventure en Amérique", dans lequel il raconte sa descente, en 1949, du Saint Laurent à la Nouvelle-Orléans, dans les traces des premiers explorateurs français, Champlain, Cavelier de la Salle, etc. Je suis sûr qu'il sera bon. Sa dédicace me souhaite la "bienvenue en Amérique posthume et bon voyage". Monarchiste, traditionnaliste, réactionnaire, Jean Raspail a gardé l'oeil vif dans sa veste autrichienne.
J'attendis qu'Yvan Rioufol soit libéré par un vieux barbon passéiste pour qui tout était bien mieux de son temps, cet autrefois idéalisé qui rassure ceux qui ne comprennent pas les changements, effrayants parfois, de la société. Ce chroniqueur du vendredi du Figaro propose, régulièrement, de bonnes analyses des faits actuels bien que certaines lignes ne me convainquent pas voire, me hérissent. Je délaissai ses chroniques des années 2003-2004 au profit de "La république des faux gentils", paru en décembre 2004 qui devrait me réjouir, avec toute la "sympathie" de sa dédicace courte.
Il fallait que je finisse le salon (avant de vider mon portefeuille), et je rejoignis prestemment, la table de François Bluche. Professeur émérite de Paris X-Nanterre, Bluche a bousculé l'hagiographie destructrice de Louis XIV, qui atteignait des sommets avec Pierre Goubert et ses vingt millions de français, en publiant un "Louis XIV" magistral, faisant honnêtement la part entre les ombres et la lumière du Soleil, ne cachant rien des échecs, replaçant les victoires dans leur contexte. Son "Dictionnaire du Grand Siècle", ouvrage collectif, a marqué les études historiques du XVIIe siècle par sa richesse et sa précision. Je possède tous les ouvrages de Bluche sur le siècle. Lorsque j'arrivai, il affrontait, dans une joute verbale assez vive, un visiteur qui refusait qu'on lui donne des conseils. Celui-là parti, alors que je présentai le "Richelieu" nouvellement publié, François Bluche terminait pour moi seul la polémique précédente en raillant les éditeurs de merde (sic), notamment Plon, l'accusant d'avoir commis les mémoires de l'Amiral De Gaulle sur son père (que je ne lirais pas), regrettant que plusieurs centaines de milliers de français soient tombés dans le piège d'un écrivaillon infidèle aux vrais sentiments du Général, à l'égard de Weygand par exemple. Je lui dis mon admiration pour son "Louis XIV" et pour son dictionnaire et nous échangeâmes quelques mots très plaisants : il me livra quelques anecdotes, notamment sur son jounal secret de Louis XIV, écrits apocryphe qu'il rédigea en prenant, me dit-il, le soin de n'employer que des termes de l'époque, soigneusement vérifiés dans son Robert mais qui fit sensation puisque beaucoup le crurent de la main du roi, une étudiante en doctorat notamment, qui truffa sa thèse de notes tirées du livre et présentées comme véridiques. Talent de l'écrivain ou naïveté de la doctorante ? J''ai la faiblesse d'incliner pour le premier. Il me fit un court éloge du Cardinal et j'acquiesçai en lui disant que l'on ne pouvait comprendre Louis XIV sans connaître Richelieu, survivant à travers Mazarin. Sa dédicace fut "cette réhabilitation d'un très grand homme d'Etat, trop longtemps méconnu ou calomnié" : relisons ses mémoires pour comprendre l'importance de Richelieu.
Je quittais les salons en passant par la salle des armoiries des anciens échevins de la Ville et quelques salles aux lambris dorés, laissant derrière moi l'escalier aux fresques du XVIIe remarquables. Je repartis, heureusement lesté de trois ouvrages, impatient de les lire.

Commentaires
Hey ! toujours argéablement suprise de lire des billets ibtéressants
qu'esy-ce que tu sous entendais dans cette parenthèse : quelle joie pour l'auteur de repondre que le paiement se faisait a la sortie ?? je te souhaite une bonne cotinuation !