Dans un billet daté du 16 août 2005, titré « Criquitude », Sébastien dit qu'il connaît plus de termes anglais que français pour nommer un cours d'eau. Les commentaires de ce billet vont aussi dans ce sens : un certain T précise que la langue anglaise contiendrait entre 500 000 et 1 000 000 de mots alors que la langue française ne serait riche que de 200 000 entrées dans les dictionaires encyclopédiques. Il renvoie à la page de questions courantes du site de l'Académie Française où il est indiqué que « Fondés sur des enquêtes de fréquence, le «français fondamental» et le «français élémentaire» comptent respectivement un peu plus de 1 000 à 3 000 entrées. Les dictionnaires scolaires destinés aux élèves de 8 à 14 ans en comptent de 2 000 à 20 000, le Trésor de la langue française environ 100 000 (non compris les dérivés intégrés aux articles), les grands dictionnaires encyclopédiques environ 200 000 (y compris les noms propres) ». Je crois que la richesse de notre langue réside essentiellement dans l'usage que nous en faisons chaque jour pour communiquer : le français vit au rythme de nos mots dès lors que nous respectons et acceptons l'héritage qu'ils contiennent. Il se renouvelle constamment pour mieux survivre et les mots nouveaux que nous créons sont les signes de sa vitalité. Le langage SMS, ce langage tronqué, économisé, abâtardi, si affectionné par les jeunes, est le ver qui ronge le fruit : généralisé dans les blogues du réseau Skyblog, dans les échanges de messages courts entre mobiles, il n'est qu'un sabir écœurant au pouvoir anihilateur encore trop négligé. Je peux commettre des fautes de français, notamment dans mes billets (je les excuse évidemment par des fautes de frappes) mais je reste fidèle à la langue dans laquelle Molière et Yourcenar ont écrit. Je sais reconnaître des exercices de style (vive Raymond Queneau) mais je pleure de rage devant des phrases où la paresse dispute à la mauvaise volonté (je n'ose dire l'ignorance) l'honneur triste de détruire nos racines. Je reçois régulièrement, dans le cadre de mon activité professionnelle, des courriers truffés de fautes : ces fautes ne sont plus seulement dues au niveau culturel du rédacteur mais à un abus du langage SMS. Ma tolérance pour le premier se meut en aversion pour le second. A cet égard, dans notre civilisation complaisamment qualifiée de « société de l'image », les blogues peuvent devenir le poste avancé de la défense de la langue française. J'ai trouvé des trésors dans ces journaux intimes qui réussissent, malgré la dématérialisation du support, à ramener le curieux à la lecture, préalable fondamental à la maîtrise de la langue. Jouons avec les mots : Entropie le fait douloureusement bien, le vrai parisien, quant à lui, préfère des tourures surannées fort plaisantes tandis que Kouign Aman, blogue d'une lyonnaise récemment découvert et à lire sans tarder, laisse voler les mots entre les touches. Je peux multiplier les exemples à l'envi, chacun des blogues que je lis, notamment ceux que j'ai inclus dans la liste, à droite, recèle des perles dont la cueillette procure une plaisir réel. Jouons avec les mots pour mieux faire vivre notre héritage culturel. La défense du français est un combat qiuotidien, je ne baisserai pas ma garde en plein milieu du marais putride que nous traversons.