J'ai reçu le dernier ouvrage de cuisine acheté sur ebay : le Larousse gastronomique de Prosper Montagné (date incertaine mais sans doute légèrement postérieure à 1938, date de l'édition originale). Il fait suite aux autres acquisitions : Cuisine et vins de France de Curnonsky (date incertaine, postérieure à l'édition originale de 1953), l'Art culinaire moderne de Pellaprat et l'Art culinaire français, ouvrage collectif. Ces vieux livres, au dela de leur âge, sont un lien avec une gastronomie encore vierge de toute idée de nouvelle cuisine. Les repas sont encore ordonnancés comme au siècle précédent (entrée, poisson, deux viandes, légumes, fromage, deux desserts, le plus souvent) et les plats dressés dans l'esprit architectural d'Antonin Carême. Les photographies en couleur sont désuettes mais charmantes. J'ai aussi acheté un livre de Raymond Oliver, l'ancien propriétaire du Grand Véfour, à Paris (Guy Martin en est le cuisinier de nos jours) : Art et magie de la cuisine, ouvrage tiré de l'émission de télévision éponyme qu'il présentait avec Catherine Langeais dans les années 50 du siècle dernier. L'ouvrage n'a pas de date mais la dédicace de l'auteur qu'il contient est du 27 décembre 1951. C'est une petite merveille : la gouaille, la faconde de Raymond Oliver ont envahit les pages. Il raconte si bien ses recettes que j'ai du mal à émerger dans le présent lorsque je ferme un chapitre. Il me plonge dans la cuisine d'avant-guerre, encore empreinte d'une nature surannée mais déjà convaincue des bienfaits du modernisme (l'apparition du froid a été une vraie révolution en cuisine, je pense même qu'il s'agit de la plus grande révolution avec celle du feu...). J'aime lire des ouvrages de cuisine : un autre ouvrage, La cuisine lyonnaise, de Délix Benoit et Henri Clos-Jouve, de 1975, me touche particulèrement : écrit bien avant la crise que connut la cuisine moderne dans les années 90 du XXe siècle, il fait revivre les grandes figures disparues de la gastronomie lyonnaise : Bourillot, Nandron, Roucou, Vettard, Vittet et met en lumière les noms de Bocuse, de Lacombe, de Chapel (décédé). J'avais acheté, l'année dernière, chez un libraire de mes clients, éminent expert en livres anciens, Le livre de cuisine de Madame Saint-Ange, dans son édition de 1927 (édition originale) : il fut longtemps regardé comme la bible indispensable et je le feuillette avec gourmandise. C'est un vrai voyage dans le passé. J'ai, enfin, sacrifié au présent avec un ouvrage de Pierre Hermé, Mes desserts préférés Je le tiens, comme beaucoup, pour le meilleur pâtissier de notre temps, digne successeur de Lenôtre, dont il fut l'apprenti : son imagination confine à l'extase sensorielle. J'ai le souvenir d'une dégustation, sur un banc du square de l'église Saint-Sulpice, à Paris, en 2002, un matin, vers dix heures trente, en solitaire, d'un gâteau, un trésor appelé surprise, une coque croustillante révélant un coeur en plusieurs couches, emballée de cellophane. Délicat à déguster mais un pur plaisir à prendre en égoïste. J'avais aussi acheté un macaron à l'huile d'olive. Ses macarons sont divins, supérieurs à ceux de Ladurée. Je regrette de ne pas habiter Paris (mais mon portefeuille un peu moins...).