Samedi ordinaire, après-midi solitaire. La conduite change l'esprit. Lumix est avec moi. Je monte la colline qui prie, je ne sais pas où je vais, je roule. Tassin, Marcy l'Etoile, les Monts du Lyonnais s'annoncent. Les buttes se font collines, les creux se font vallées, le bitume sombre de la route serpente entre les champs jaunis. Des bois verts rythment les paysages. J'évite les routes principales pour préférer les départementales. Le col de la Luère : la pancarte crème pointe sur une image, celle de la Mère Brazier derrière le fourneau de son restaurant, en train de maîtriser le coup de feu du service. Tablier blanc et chignon. Avec elle, les critiques dythirambiques, Curnonsky en tête, la poularde demi-deuil, le fond d'artichaud au foie gras, le gratin de macaronis, la silhouette très ronde d'Edouard Herriot, un entre-deux guerres insouciant, sauf de son assiette... Je continue. Saint Pierre la Palud et son musée de la mine (les mines ne m'ont jamais attiré, Germinal et Zola non plus), Chevinay, Courzieu, Malval. Une croix de chemin. J'aime ces signes de foi planté à la croisée des chemins ou au bord d'une route : in hoc signo, vinces. Constantin vainquit Maxence après avoir fait placer sur les étandards de ses soldats ces mots apparus en lettres de feu sur une croix miraculeusement descendue du ciel avant la bataille du pont Milivius. Dans leur grande majorité, ces croix datent du XIXe siècle, période faste pour les missions pastorales. Pierre ou métal, simple croix ou christ crucifié dans un abime de douleurs et d'espoir, elles n'ont pas toujours résisté au déclin de la ferveur qui les éleva.Elles témoignent pourtant de vies transcendées par la croyance. Elles rassuraient le voyageur perdu. Elles protégeaient du malin. Elles existaient pour rappeler que l'on n'est jamais seul. Mon chemin de croix dans les Monts du Lyonnais. Entre espoir et fatalisme. Altitude 712 mètres. Le col de la Luère. où sont les challets de la Mère Brazier ? J'aurais aimé voir ce qu'ils sont devenus, simple pélerin d'un rêve gastronomico-onirique presque évanoui. Hameau de Saint Bonnet le Froid. L'ancien château des moines de l'abbaye de Savigny, jusqu'au XVIIIe siècle, domine la vallée : ses tours restaurées, sans doute au début du siècle dernier, affichent un moyen-âge de pacotille, grimé par un Viollet-le-Duc de théâtre. Aujourd'hui, les pèlerins ne s'arrêtent plus que pour contenter leur estomac. J'entrevois la plaine lyonnaise entre deux bosquets. De l'autre côté de la route, une croix rouillée émerge d'un tumulus de pierres. Derrière, les vestiges d'une improbable enceinte fortifiée avec ses tours crénelées d'opérette. Le point de vue est admirable. Les champs sont si secs.

La croix de Saint-Pierre-la-PaludLa croix de Saint-Pierre-la-PaludCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-Haut

Je reprends mon errance sans but et avise bientôt la direction d'Yzeron. Nouvelles croix. Nouveaux chemins. Je me perds dans des culs-de-sacs de ferme. On me regarde sans me voir. Je sens la bouse de vache sur la route. La résine des pins aussi. Ascension d'un col, descente de trois cents mètres de dénivelé : les champs sont barrés de serres en plastique, je suis sur le chemin de la fraise. Et des rapaces du parc de Courzieu. Un geai se pose sur une branche. Je ralentis mais ne prends pas la photo. Chapelle du XIe siècle : le panneau m'incite à prendre une route qui monte au dessus d'Yzeron. Quoique que l'on dise, les villages des Monts du Lyonnais n'ont pas de charme : les enduits des maisons sont souvent gris, seuls les paysages attirent l'oeil. C'était un pays de mines (le cuivre à Chevinay) : les habitants étaient-ils donc trop éblouis lorsqu'ils remontaient à la lumière pour ne pas voir la laideur des murs ? La chapelle de Châteauvieux, placé sous le vocable de Saint Jean Baptiste, apparaît, précédée d'une placette plantée de trois platanes pompeusement dits de Sully. Le tronc tourmenté de l'un d'eux laisse toutefois penser que le ministre du bon roi aurait pu les connaître. Evidemment, la chapelle est fermée : je ne verrais pas le double bénitier remarquable signalé par la docte pancarte. Deux pigeons me regardent. Je contemple la vue. Panne de batterie. La voitue ne veut plus démarrer. Je suis à vingt cinq kilomètres de la place Bellecour (seulement...), mon assurance ne peut pas intervenir. Merde. Le garage qu'elle m'indique est d'astreinte d'autoroute et ne peut venir. La communication passe mal. Trahi par le monde moderne, je trouve secours auprès d'aimables habitants du hameau : câblée, la batterie accepte de faire redémarrer le véhicule. Trajet du retour dans la hantise de caler : je prends note que les garages sont fermés le samedi après-midi. Je gare enfin ma voiture près du bureau. Je m'en occuperai lundi matin. Je reviendrai.

Une croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisLes vieux platanes de ChâteauvieuxLa chapelle de ChâteauvieuxLa chapelle de Châteauvieux

En rédigeant ce billet, je pense à Rooxy et à ses escapades en vélo (courageux !) ;-)

Voilà un site consacré à la Chapelle de Châteauvieux par les Amis de la Chapelle.