Restaurant Le Coq au Vin - JuliénasLa croix de JuliénasJuliénas""Moulin à VentMoulin à VentChenasFleurieLa chapelle de FleurieLa vigne à FleurieLes vignes de ChrioublesChiroublesChiroublesMorgonL'église de Regnié-Durette du dessin de Pierre BossanL'église de Regnié-DuretteL'église de Regnié-DuretteLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLes vignes de Brouilly

Les dix crus du Beaujolais, un chemin bien exotique pour un amateur de bordeaux... Saint-Amour ne fut pas de la virée photographique (car il ne s'est agit que de prendre des clichés des paysages vallonés du Beaujolais et non de butiner d'une cave à l'autre le jus de gamay), cette fois-ci. Julienas nous accueille pour un déjeûner fort goûteux, dans l'ancienne gloire de la région, reprise par Jean-Paul LACOMBE (de Léon de Lyon ), Le Coq au Vin. Le repas, avec son seul menu à 23 €, fut agréable, malgré une chaleur accablante, dans la petite cour, à l'arrière de la grande salle. Conversation badine, bons mots, moqueries des uns et des autres agrémentère notre trio familial et apaisant. Sur l'aire de stationnement, de l'autre côté de la route, la croix de mission en pierre semble rappeler le pêché de gourmandise à l'amateur de bonne chère. Contrition et digestion. Ce n'était que quelques cuisses de grenouilles voilées de beurre fondu mêlé d'ail et de persil...

Un dernier regard à l'église de Juliénas et nous voilà partis pour Moulin-à-Vent, ce cru dont on dit qu'il a la meilleure garde de tous les beaujolais. Je guide mon père au hasard de routes aux bords encépés de vignes, avec pour nous diriger, une carte plus touristique que géographique. Le voilà, ce monument historique perché sur son tertre et gardien des vignes aux grappes encore verte. Le cépage gamay tire son nom d'un hameau de la Côtéd-'Or et son grain à peau noir et jus blanc est le seul admis dans les vins du Beaujolais. Il est encore trop tôt pour faire éclater, sous le palais, ces billes d'un bleu sombre que septembre couvrira d'une pruine blanche et délicate. Le grain est vert et le jus astringent, à grimacer.

Le moulin sans vie, abandonné par le vent, passe et Chenas annonce son cru avec le clocher de son église flanqué de deux petits clochetons accolés. Nous errons, dans notre bulle climatisée, de parcelles en parcelles, et je commence à suer sous la canicule à chaque arrêt pour prendre des photos. Nous rions à chaque erreur de direction, sans doute le pot de macon blanc qui se rappelle à notre bon souvenir. Fleurie apparaît au loin, veillée par sa chapelle esseulée sous le soleil. J'avais gardé le souvenir de vignes beaujolaises désordonnées, presque sauvage en comparaison des rangs biens taillés des parcelles bordelaises : je constate avec plaisir que la sagesse a gagné aussi cette vigne que beaucoup accusent de pisser le vin, notamment le troisième jeudi de novembre, lorsque que le beaujolais nouveau est livré en pâture aux vilipendeurs d'un vin trop jeune. Maintenant, Chiroubles et son cocher à bulbe sommé de la croix terrible par laquelle je ne parviens pas toujours à vaincre mes démons. Contrition et ivresse.

Le village de Morgon se dérobe à mon objectif, je n'entrevois que des vignes émergeant d'une terre rougeâtre. Mais Régnié apparaît, et son église à deux clochers élevée par Pierre Bossan, l'architecte de la basilique de Fourvière. Hiératique, les rangées de vitis vinifera étalées à ses pieds, elle offre une halte fraiche aux explorateurs à la petite semaine d'une campagne jusqu'ici inconnue parce que trop proche de nous.

Brouilly et les Côtes-de-Brouilly closent l'aventure : Notre Dame de Brouilly a ses portes ouvertes sous ses voûtes rouges éclatantes. Deux chefs- d'oeuvre de ferronnerie sont accrochés en ex-voto de part et d'autre de l'autel en pierre dorée. Le bas-relief du devant d'autel présente les remerciements des vignerons à Marie, qui lutta victorieusement contre l'oïdium. Sculpture naïve et touchante. Contrition et prière. Peut-être.

Dehors, mes parents rient ensemble, je prends une photo. Je suis heureux. Au pied d'un contrefort, un pèlerin de 1866 a gravé son nom. Il est passé, nous passerons. Ses lettres qui entaillent la pierre demeurent. Plongeon dans l'éternité.