Midi et demi, le Splendid, dans le sixième arrondissement, devant l'ancienne gare des Brotteaux. Papa a retenu une table pour quatre, dans ce restaurant, propriété de Georges Blanc, le grand chef de Vonnas. Nous entrons tous les quatre. La salle est jaune, très jaune, trop jaune : la lumière jaune, elle aussi, écrase le décor. Notre table est placée juste à côté de la cuisine vitrée. Le repas sera bon mais long, près de trois heures, à cause d'un service un peu débordé.

Au mur, au dessus de la cuisine, des photos des mères qui ont fait la renommée de la cuisine lyonnaise et française : la mère Blanc, la mère Fillioux, la mère Brazier (premier chef a recueillir deux fois trois étoiles au guide Michelin dans l'entre-deux guerres), la mère Léa... D'origine modeste, elles se formèrent à l'école de la société bourgeoise et laissèrent comme héritiers Bocuse, Blanc, Lacombe, Orsi, Chavent, Lassausaie, Troisgros, Chapel.. et des plats aussi célèbres que la poularde demi-deuil, les fonds d'artichauds au foie gras, les quenelles sauce Nantua. Leur cuisine atteignait tout naturellement ce « degré suprême de l'art : la simplicité ! » pour Curnonsky ébloui. Fête des mères, fête des mères lyonnaises.

Les grenouilles étaient parfaites, beurrées, aillées, persillées à point ! Seul le dessert m'a un peu déçu. Le repas fut un moment hors du temps, retrouvailles inavouées d'une famille presque complète.

Un bouquet de roses 'avalanche' pour notre mère. Une rose pour se souvenir. Bonne fête Maman.

Pendant ce temps, la France vote encore.