Images éparses
lundi 9 mai 2005 à 21 h 43 - Ailleurs - Lien permanent
La route déroule sa monotonie sous la pluie.Le ciel est gris. Nous roulons sous les nuages. Je vole quelques visages dans les voitures que nous croisons ou que nous dépassons. J'essaye d'attacher un souvenir à ces inconnus. Le pare-brise mouillé trouble ma vision au rythme des balais d'essuie-glace. Il ne fait pas très chaud. Rochefort-en-Montagne, en contrebas de l'autoroute, aligne ses toits d'ardoises sombres et des rues encaissées et vides... Bientôt se profilent les arches du viaduc, deux pointes blanches qui hissent vers le ciel sans soleil le tablier gris de la route. Un passage pour animaux, un animauxduc en somme. Halte reposante à l'aire la loutre. La portière ouverte, le froid vif de la brise me saisit. Là, des images se déversent dans ma tête, brusquement, d'un passé presque oublié. L'herbe est verte et humide. Des enfants jouent. Cigarettes, urine, gâteaux : quoi d'autre pour tous ces voyageurs ? Des motards se dégourdissent les jambes, sanglés dans leur combinaison de cuir : ils rient. Monter sur une moto me fait peur. Et eux ?
L'asphalte reprend sa course, un autre animauxduc puis nous entrons dans le Périgord : des panneaux vantent, de manière didactique, les spécialités du pays. Il fait faim : le clown grotesque de l'Amérique conquérante nous ouvre les portes de son restaurant. Choc culinaire : fast-food et Périgord. Je mange les beignets de poulet, le hamburger à la mode mexicaine. Les frites sont chaudes, fait rare. Mes doigts sentent la graisse.
Enfin Terrasson. Je traverse la France depuis longtemps, pour rejoindre l'Atlantique : mes parents ont toujours préféré l'Océan à la mer pour les vacances. Je ne m'étais jamais arrêté à Terrasson, me contentant de saisir au vol, à travers les vitres de la voiture, la vieille ville perchée sur sa butte. Elle s'offre à l'admiration, blottie au pied de son église. La sévérité des ardoises est adoucie par le vert des frondaisons. La cité est simple, calme, au bord d'une rivière qu'elle enjambe d'un vieux pont de pierre aux arches voûtées. Son monument à la gloire des disparus de la Grande Guerre montre une famille éplorée : l'homme a la jambe gauche coupée, il tient son enfant qu'il a retrouvé. La mère, attendrie, les couvre du regard, un regard plein de tristesse et d'amour. Ils sont maintenant réunis. L'esplanade est vide. Je contemple les quais face à moi. La ville est belle, plus belle encore en été lorsque les fleurs habillent ses rues et que les drapeaux colorés claquent fièrement dans le vent. J'aime cette étape entre deux autoroutes. Il faudra, un jour, que je prenne le temps de me promener. Nous repartons bientôt.
Nouveau péage : les panneaux signalant une vitesse limitée à l'approche de la gare s'illuminent. La voiture va trop vite. Je jette un coup d'oeil dans la cabine, la caissière sourit et nous souhaite de bonnes vacances. Bordeaux, le pont d'Aquitaine, la Garonne franchie, nous roulons sur la rocade vers l'océan. Au loin, les tours des églises et de la cathédrale, dressées au dessus des petits immeubles du XVIIIe siècle voulus par le marquis de Tourny. Je reviendrai. La direction de Lacanau s'inscrit sur les panneaux. Nous arrivons, après avoir roulé dans des forêts interminables de pins, d'ajoncs et de genêts. L'océan est là. Bruyant et vivant.

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