J'ai succombé...
mercredi 16 avril 2003 à 16 h 17 - Gastronomie et vins - Lien permanent
Je sais une boulangerie-pâtisserie posée au fond de la presqu'île, derrière les voûtes, comme disent les lyonnais avec cette pointe de sous-entendu un rien dédaigneux. Ce magasin propose les plus gros paris-brest, éclairs, religieuses ou choux à la crème chantilly que je connaisse pour le meilleur prix possible. Ce matin, alors que j'étais dans le quartier pour un rendez-vous professionnel, je me suis arrêté et j'ai craqué pour un chou à la crème chantilly (il n'y avait pas de paris-brest). Imaginez une cassette en papier plissé comme une jupe de petite fille sage, d'un blanc crémeux, enserrant un chou rebondi dont les flancs dilatés écrasent presque le papier. La pâte est dorée, gonflée, parcourue de veines de pâte plus sombres, elle est ferme entre les doigts et sous la langue. Au-dessus trône une énorme couronne de crème immaculée, aux spires blanches et bien dessinées. La hauteur de crème est près du double de celle du chou. La crème abonde et je la sais suffisamment foisonnée pour enserrer en elle les millions de petites bulles d'air qui assurent son maintien tout en la gardant légère. Au-dessus, le toit de ce petit monde, enneigé de sucre glace, une chapeau de pâte surnageant sur la chantilly. Est-ce bien raisonnable ? Voilà comment je déguste cette merveille : je prends le chapeau et je le trempe dans la crème pour le recouvrir à moitié avant de le manger et de faire de même avec le reste. Dans la bouche, s'entremêlent croûte et chantilly, croustillant léger et fondant crémeux. Puis ensuite je plonge la langue dans le cœur ivoire et mousseux : je sens la crème tout autant que je la lape, elle déborde sur les lèvres, j'éprouve alors un plaisir presque aussi intense qu'un orgasme (en passant, je vous conseille d'incorporer dans vos jeux amoureux la chantilly... Imaginez ce que vous pouvez recouvrir de crème avant de le porter en bouche
). Je presse la crème sous mon palais, elle s'échappe dans ma gorge, la vanille pointe le bout de gousse pour caresser mes papilles, la chantilly se liquéfie à la douce chaleur de mon corps et le jus coule doucement. Je ferme les yeux et les images d'un champ vert explosent, l'herbe est inondé de gouttelettes blanches, tout est doux comme le sucre... Il ne faut pas trop laper la crème, il doit rester suffisamment de plaisir pour manger le chou : je conseille d'égaliser la chantilly (avec le doigt par exemple, le vôtre ou un autre...) au niveau du bord supérieur du chou : je prends alors le chou en main et je mords dedans, la pâte est légèrement élastique car le petit-lait de la crème l'a humidifiée (si le chou est mou, c'est qu'il a été fait la veille, il est rassis et moins savoureux). Je mâche la pâte et la crème, c'est un maëlstrom frais qui s'agite dans ma bouche. Il faut au moins quatre bouchées pour venir à bout du chou. Cette perfection se déguste en 5 minutes : en dessous, c'est de la goinfrerie, au dessus, du chipotage.
C'est grave, Docteur ? Comment cela, je n'ai qu'à demander à ma balance ? Juré, ce soir je fais maigre (enfin, je crois).
