On s’était dit rendez-vous dans 10 ans… comme le dit la chanson. Et voilà, 10 ans ont passé, 10 films racontant l’histoire d’Harry Potter ont rempli les salles et je viens de voir le dernier ce soir. J’avais 34 ans lors de la sortie du premier et dans un mois une une nouvelle année tournera (je vous laisse calculer). Je n’ai pas grandi avec le héros mais j’ai vieilli avec lui, c’est un peu différent. Je n’ai pas versé de larmes, bien sûr, mais j’ai quitté le cinéma avec le sentiment d’une plénitude certaine.Je sais que si j’avais un jeune adolescent lors de la parution du premier tome de la saga, Harry Potter aurait été mon héros et je l’aurais accompagné dans son combat contre Celui dont on ne dit pas le nom au fil des pages.
Enfant, j’adorais le Club des Cinq et les Six Compagnons, leurs aventures me permettaient de m’échapper d’un quotidien que je trouvais étouffant. J’avais l’impression d’être un extra-terrestre dans ma famille, il m’arrivait même de penser que j’avais été adopté. En effet, j’étais le seul à aimer lire, non seulement dans le cocon dans lequel je vivais mais aussi au sein de toute ma parentèle. J’étais calme, assez appliqué et solitaire chez moi. Plus tard, je me singularisai encore en poursuivant de longues études (je suis, à ce jour, le plus diplômé). J’ai plongé rapidement dans les univers de la science-fiction et de l’héroïc-fantasy, notamment à partir du lycée et surtout pendant mes études de droit. Je vivais à travers les héros de papier une autre vie. Une autre vie. Certains ont dit une mauvaise vie.
Je suis devenu adulte (enfin je crois) mais ces univers fantastiques sont restés les miens et j’erre avec délectation au sein de ces chimères fantasmagoriques, sans doute de loin en loin mais avec fidélité.
J’ai laissé Harry Potter vieillir en quittant la salle ce soir. J. K. Rowling : il va vivre la vie que ne lui aura pas inventé sa mère de plume, auréolé de la gloire de sa victoire sur Voldemort (ne me dites pas que vous ne saviez pas qu’il avait gagné son combat, je ne vous croirai pas) et moi aussi. J’aurais dû, ce soir, être accompagné de mon frère et sa son amie mais leur mode de vie est maintenant différent du mien, leurs décisions sont prises à deux alors que moi… Elle ne voulait pas voir le film en 3D et moi si. Mon frère a penché pour son amie (heureusement dans un sens) et je me suis retrouvé seul. La pluie tombait encore lorsque je suis sorti dans la petite rue Bellecordière derrière le cinéma. Peu de monde, un café fermait. J’ai longé la palissade métallique élevée le long de l’antique Hôtel-Dieu maintenant déserté et retrouvé un peu d’animation dans la rue de la Barre. Je ne sais pourquoi la place Bellecour était ce soir plongé dans le noir : seuls les auras jupitérienne des éclairs d’un orage lointain jetais quelques lueurs, vers le midi. Le grondement du tonnerre était trop faible pour couvrir la rumeur nocturne. Une pluie fine mouillait goutte après goutte mon blouson malgré mon application à me coller aux façades pour m’abriter sous les minces corniches. L’Ecole des Sorciers a été jeté à terre par les troupes de l’Infâme et chacun de mes pas rythmait une pensée troublante : et si ma vie n’était qu’un champ de ruines ?Contrairement à Harry Potter, je dois affronter plusieurs Voldemort et pour le moment, je n’en ai vaincu aucun. Certains sont tapis en moi, silencieux, semblant attendre leur heure pour me fondre dessus. L’un d’eux me ronge l’âme et m’assaille sans cesse des ses présents empoisonnés qui finissent par laisser dans ma chair ces stigmates que le temps adoucit en séquelles familières. Il me manque un Dumbeldore pour me guider. Non, j’ai déjà un Guide et c’est ma Foi, une foi si souvent salvatrice…
Allez, ce soir, la victoire d’Harry Potter m’emporte loin des tracas comme le fera bientôt mon voyage à Bruxelles, à Berlin et Prague.
Post scriptum : si mon lectorat pouvait me conseiller des restaurants sympathiques à Bruxelles, Gand, Anvers, Bruges, Ostende, Berlin, il en serait vivement remercié dans mes prochaines prières














In Le Littré de la Grand’ Côte, à l’usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement par Nizier du Puitspelu - 1903 (à feuilleter sur le site 













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