Apartés uchroniques

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Dix ans après, je me souviens...

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Avant le 11  septembre 2001, l’antienne populaire voulait que tout le monde vivant en 1963 se souvienne de ce qu’il faisait au moment de l’assassinat de de John Fitzgerald Kennedy. Je n’étais pas né. 

En ce mardi 11 septembre 2001, j’étais à mon bureau, au calme, un jour comme un autre. Je ne me souviens pas du temps qu’il faisait, sans doute beau, comme à New York. Depuis mes débuts sur le net, mon navigateur s’ouvre sur la page du Figaro. Ce jour là, j’ouvre une fenêtre pour chercher quelques chose sur la toile mondiale et, bien sûr, je vois l’annonce sur le site du journal de l’encastrement d’un avion dans une tour du Wolrd Trade Center. La physionomie du quartier, la skyline de New York, ne m’était pas inconnue : les deux tours faisaient partie des décors des films et séries new-yorkaises, notamment la série « Friends » dont j’étais un spectateur fidèle. Je n’ai jamais visité la ville mais, déjà, ses gratte-ciels peuplaient certains de mes rêves de voyages. J’alerte aussitôt l’ensemble du bureau puis je reprends les tâches routinières. Soudain, j’apprends qu’un second avion a heurté la deuxième tour puis que le Pentagone a été aussi touché et qu’un quatrième avion s’est écrasé en Pennsylvanie. Et tout s’accélère soudain : la seconde tour s’effondre puis la première.. Je suis abasourdi, les informations tombent, les États-Unis sont attaqués, le monde occidental dans lequel je vis est attaqué. Je rentre chez mes parents, je ne peux pas rester seul, je crois que j’ai peur. J’avais téléphoné à ma mère un peu plus tôt pour lui conseiller de regarder la télé. Bientôt, mon père nous rejoint et je suis fasciné par les images qui défilent sur l’écran. Nous ne pouvons pas parler. Je retiens mes larmes. Le monde change sous mes yeux, une certaine idée de l’Amérique se fissure pour, ensuite, dans les jours et les mois qui suivent, s’écrouler. Petit à petit, les informations se précisent, Al Quaida et Ben Laden sont les auteurs de l’attentat. Les « Arabes » se sont révoltés et ont frappé les États-Unis dans leur « cœur » Les jours qui suivent, au bureau, dans la rue, dans les médias, je vais entendre cela : les attentats sont un signe de révolte des arabes contre l’impérialisme américain… Le gouvernement français annonce une minute (ou trois, je ne m’en souviens plus) de silence en mémoire des victimes la semaine suivante je crois. Les drapeaux dans tout le pays sont en berne depuis quelques . Je propose au bureau de respecter aussi cette minute. Ma proposition est accueillie fraîchement, on me montre que l’on s’en moque un peu, l’Amérique, c’est loin et puis les américains ont peut être mérité ce qu’ils ont subi. Le jour dit, je suis dans le hall du bureau, debout et les autres se lèvent difficilement. C’est à partir de ce moment là que j’ai compris le fossé qui s’était creusé entre la France et les États-Unis. Oubliés alliés de 14-18, oubliés nos alliés de 39-45, oubliée l’aide que Louis XVI apportât à la Révolution américaine en 1775-1776, finalement, ils auraient dû s’attendre à ces attaques après leurs guerres dans le Moyen-Orient. Ce sentiment s’est peu à peu répandu dans l’esprit de certains… Et la théorie du complot a surgi et enflé.

2 977 victimes sont mortes deux fois : le jour horrible du 11 septembre 2001 et le jour où certains ont commencé à penser que l’attaque était méritée.

Hélas, le président Bush et son gouvernement, dans leurs actes postérieurs à l’attentat n’ont pas contribué à apaiser les polémiques. Bien que de droite, je me suis éloigné de plus en plus de ces conservateurs américains qui ne semblaient pas avoir pris la mesure totale du malaise que leurs réactions (parfois maladroite) avaient fini par engendrer. Au fil des ans, les études ont fini par mettre au jour l’incurie des services secrets américains, la suffisance des oligarques de Washington et l’irresponsabilité des faucons conservateurs en décidant de porter la guerre sous le fallacieux prétexte de la présence montée de toute pièce d’armes de destruction massive. Les mensonges de l’état américain pour justifier les actions contre l’Irak n’ont pas contribué à apaiser les tensions dans le monde. Loin de moi l’idée que les USA méritaient cette blessure mais nous ne sommes pas plus en sûreté qu’avant le 11 septembre. L’élimination de Ben Laden est-elle le début d’une prise de conscience que l’antagonisme de l’occident et du Proche-Orient islamiste ou non ne mènera qu’à la destruction de l’humanité ? Les printemps arabes seront-ils le terreau fertile pour l’épanouissement d’un sentiment de paix (je ne parle pas de la paix universelle, improbable utopie) ? Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je suis inquiet. Je sais seulement qu’au delà des victimes, ds hommes et des femmes continuent à mourir des suites de l’attentat, la santé massacrée par les poussières et le stress. Dimanche dernier, j’ai regardé l’un des reportages consacrés à l’évènement. Deux moments m’ont profondément touché. Le premier était l’une des causes de l’effondrement rapide : la faiblesse de l’isolation thermique de la structure en acier des tours, l’isolant choisi au moment de la construction par l’Autorité portuaire (l’organisme d’état propriétaire des tours) ayant été le plus mince et le moins cher, aurait causé la mort de nombreuses personnes en limitant le temps de la résistance des tours à la chaleur des incendies. Aucune action en justice n’a été engagée contre le propriétaire des tours. Le second était la présentation de la vie détruite d’un infirmier qui, pendant plusieurs jours, a aidé à rechercher des victimes. Á quarante-quatre ans, il marche avec un déambulateur, il dort avec un masque à oxygène, il a subit plus d’une douzaine d’interventions chirurgicales, il a perdu son travail en 2007 et sa maison, faute d’avoir payé les traites du crédit et il va mourir. Cet homme de mon âge, soutenu par sa femme, pleurait. Jusqu’au vote par le Congrès américain à la fin de l’année 2010 d’une loi prenant en charge les frais de santé des personnes blessées dans l’attentat, il n’a reçu aucune aide, aucune. Cet homme va mourir parce qu’il a pensé qu’il était de son devoir d’aider les sauveteurs. Son visage rond était poignant. Il est l’une de victimes de la folie meurtrière d’idéologues obscurantistes. Il est aussi la victime confiante d’un état qui n’a pas tenu ses promesses de soins et d’aide. Sa vie vaut moins que le courage et l’abnégation dont il a fait preuve. Il est, à mon avis, le symbole de la déliquescence non seulement des États-Unis mais de l’ensemble du monde. Et je ne suis pas rassuré.

Mais pour l’heure, je pense aux 2 977 victimes, je pense aux plus de 6 000 blessés pendant l’attentat, je pense à ceux qui ont été blessés dans les jours qui ont suivi. Ne les oublions pas.

Je pense aussi au Lion du Panshir, Ahmad Shah Massoud, commandant de l’Alliance du Nord afghane, tué le 9 septembre 2011 par Al Quaïda en prélude aux attentats du 11 septembre. Il avait réussi à repousser les Soviétiques, il a été sacrifié par les islamistes parce qu’il avait tenté d’ouvrir les yeux du monde sur le danger représenté par Ben Laden. Ne l’oublions pas.

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C'est la rentrée des classes !

Pour mon ami Philippe

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Aujourd’hui, toutes les écoles rouvrent leurs portes.

Je me souviens qu’à chaque rentrée, Maman nous accompagnait mon frère et moi et je serrais fort sa main en essayant de ne pas pleurer. Je me souviens qu’au CP, Madame ROUCHON m’avait accueilli en me lançant un « Est-ce qu’il va falloir que je t’attache comme ton frère ? ». Et oui, j’ai eu la chance d’avoir un frère plus âgé de trente deux mois un peu turbulent… Je retrouvais chaque année mes amis, rencontrés dès la maternelle, dont Philippe, un garçon sympathique avec son accent du midi. Dans les années 70, le port de la blouse était encore obligatoire en classe ce qui donnait, sur les photos, un patchwork de couleurs psychédéliques. Je me souviens de mon premier cartable, café et écru mais si petit que je ne pouvais pas rentrer un classeur dedans. Merci Papa ! Je me souviens de l’ardoise et du porte-mine, de la petite éponge pour effacer ce que l’on écrivait à la craie et qui finissait par sentir le moisi au bout de quelques temps… J’écrivais avec un stylo Bic® orange, jamais avec un Bic® transparent, qui était interdit par les maîtresses parce que la pointe était trop épaisse ! Et toujours en bleu, rouge ou vert, jamais en noir. La colle s’appelait Cléopâtre® et sentait bon l’amande : elle était dans un petit pot, bien blanche, avec une petite pelle pour l’étaler sur le papier. Elle collait mal, elle faisait des petits tas et le papier gondolait… Mais elle sentait si bon. Et tout le monde la goûtait : j’ai découvert qu’elle ne contenait que des produits naturels et que son ingestion était sans danger. Maman refusait de m’acheter un Bic® 4 couleurs : elle justifiait son refus par le fait que le bleu serait épuisé avant les autres couleurs et que c’était donc du gâchis. En contrepartie, elle m’avait acheté un porte-mine Criterium® , il était plus lourd et plus sombre que la version actuelle. Je me souviens que régulièrement, en fin de journée, au CP et au CE1, nous écoutions des émissions de chants à la radio, sur le service public j’imagine : c’était, comment dirais-je, fort ennuyeux. Jusqu’à ma dernière année de fac, j’ai toujours eu une boule au creux de l’estomac le jour de la rentrée. J’étais assez bon élève, mes résultats ne provoquaient pas d’inquitéude, j’aimais apprendre, surtout l’histoire et le français. Je n’ai pas une vraiment la nostalgie de cette époque mais une petite tendresse pour le gamin sage que j’étais. Car derrière lui, un autre garçon tentait de prendre sa place…

Je rêvais de rois et de reines, de châteaux, de nature, d’un jardin, d’aventures comme celles que vivaient le Club des Cinq d’Enid Blyton et Les Sux Compagnons de Paul-Jacques Bonzon, je voulais devenir vétérinaire ou maître d’école, j’étais déjà gourmand (Maman se souvient de moi toujours attentif à ses préparations de desserts ou planté sur une chaise avec un livre devant la porte du four dans lequel cuisait un gâteau), je rêvais d’un chien, je rêvais de ne plus aller en camping, sous cette tente si peu intime (la corvée de vaisselle en commun, la course vers les toilettes avec le rouleau de papier à la main que je cherchais à dissimuler, les douches alignées les unes à côté des autres desquelles sortaient des grosses allemandes toutes nues…), je rêvais d’être, évidemment (et c’est horrible), un enfant adopté… Derrière mon visage souriant, mes cheveux blonds, mes tâches de rousseur, je n’étais pas Fabrice mais un autre. Toute ma vie future se mettait en place, imperceptiblement…
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J’ai annoncé, en exergue, que je dédicaçais ce billet à mon ami Philippe. Il a été mon plus grand ami entre la maternelle et la fin de l’école primaire. Son départ de Lyon, à la fin de la classe de CM2 a été une grande déchirure. Quelques rares communication téléphoniques (le téléphone coûtait si cher à l’époque), dans les semaines qui ont suivi, n’ont pas comblé le grande vide qu’il avait laissé dans mon cœur. J’étais proche de lui, nous nous chamaillions, bien sûr, comme tous les gamins de notre âge, je l’enviais un peu parce qu’il jouait d’un instrument de musique (une espèce de flûte avec un clavier de piano enfin quelque chose d’approchant), qu’il avait une maison de campagne au bord de la Méditerranée, à Sète (un jour il avait même apporté en classe un crabe vert vivant, comme ceux que je découvrais sous les rochers de l’Océan atlantique, pendant mes vacances d’été). Et le silence a remplacé nos conversations. Un silence de trente ans aussi lourd qu’une pierre tombale jetée sur notre amitié, sur notre fraternité. Un jour, un message sur un site d’anciens camarades de classe. Puis une voix au téléphone : je vis seul avec un chat et moi seul avec un chien. Et le temps de nos retrouvailles advint. En quelques mots, en quelques regards, trente années de silence furent abolies : nous nous retrouvâmes comme au dernier jour de juin 1978, complices et frères dans l’âme. Il n’est pas une semaine sans que nous nous parlions au téléphone pour nous raconter nos vies, nos joies, nos peines, pour nous encourager, pour nous soutenir, pour nous aimer de cette affection naturelle et douce parce que nous sommesn définitivement des amis. Il est souvent dans mes pensées (notamment quand je cuisine) car nous ne nous voyons qu’une fois par an en général. Mais je sais qu’il est là, tout près de moi. Comme je suis auprès de lui. Nous prions l’un pour l’autre, régulièrement. Et je suis heureux de l’avoir pour ami, pour frère.

Qu’aurions nous fait sans ces trente années d’absence ? Beaucoup de choses, sans doute… mais je n’ai pas envie de me lancer dans une uchronie indicible dont le commencerait serait : en septembre 1978, Philippe et Fabrice entrèrent au collège…

Sur la route... IV - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 3

Pouvais-je ne pas passer par Prague ? Non.

J’aurais tant aimé te faire découvrir cette ville dont je suis tombé amoureux un jour d’août 2010… La ville dorée aurait si bien refermé le livre de nos souvenirs. Nous aurions repris la route en un vendredi matin, après le buffet du petit-déjeuner si appétissant, sous un beau soleil. Bientôt, nous aurions franchi la frontière sous un ciel lourd et orageux qui n’aurait pas parvenu à effacer mon sourire à l’idée de retrouver la terre que je chéris seulement dix semaines après l’avoir quittée. Avec les couronnes restantes de mon dernier voyage, j’aurais acheté la vignette autoroutière dans ce petit restaurant situé sur un plateau battu par le vent, devant lequel flotte les drapeaux de l’Allemagne, de l’Europe et de la République tchèque et où la prononciation des bribes de tchèques durement apprises m’aurait empli de joie. Dobry den, Pani. Bonjour Madame. Tu aurais sans doute ri en m’entendant. Et moi aussi finalement. La route nous séparant de Prague aurait été, pour moi, parcourue avec cette joie presque enfantine que l’on pouvait ressentir, naguère, encore enfant, au matin de Noël lorsque l’impatience de l’attente cèdait enfin le pas à la découverte des présents espérés. Nous aurions traversé ces villages serrés autour de leurs églises, avec ces commerces et ces bars où la petite affichette précisant la possibilité d’une connection wi-fi nous aurait fait comprendre que vingt ans, c’est presque une génération d’homme mais c’est surtout suffisant pour qu’un pays rejoigne le concert des nations libres après quarante ans de communisme. Peu à peu, les panneaux de l’autoroute auraient annoncé Praha, le seuil, la ville vue en songe par la princesse Libuse. Praha, Prague, comment l’oublier ? 

Nous serions passés près de l’aéroport de Ruzyne où je touchais pour la première fois le sol tchèque sur le tarmac sombre un vendredi, le 6 août 2010 : combien de pas ai-je fait depuis ce jour sur la terre de Bohème ? Et les immeubles de bureau de la banlieue praguoise nous auraient accueillis : Vítejte v Praze ! Bienvenue à Prague ! me serais-je écrié dans la voiture. En moi-même, je me serais dit « enfin de retour » et je n’aurais sans doute pas réussi à te cacher mon bonheur de revenir.

Malgré la pluie débutante, je t’aurais fait remarquer les monuments que nous aurions aperçus sur la route de l’hôtel… J’aurais réservé une chambre dans un hôtel derrière Staromestske namesti, la place de la Vieille Ville. Nous aurions posé les valises et aurions rejoint cette place si belle : tu aurais pu admirer Notre Dame devant Tyn et son foisonnement de toits pointus sommés d’orbes dorés. Le monument de Jan Hus, le palais Kinsky au balcon duquel le communisme fut proclamé en 1948 par un coup d’état, la maison U Minuty et ses sgraffites, l’église Saint Nicolas, je t’aurais offert toutes ces beautés architecturales. Nous ne serions pas allés saluer le pont Charles, l’heure du départ des touristes ne venant que tard en été et nous aurions remonté Celetna ulice, la rue Celetna pour admirer au bout Prasne brany, la Tour Poudrière qui flanque Obecni Dum, la Maison Municipale, chef d’œuvre de l’Art Nouveau… Pour ce premier soir, nous aurions dîné dans le Restaurant français d’Obecni Dum, pour fêter la fin de notre voyage et sceller le bonheur d’une rencontre.

Le lendemain, nous nous serions éveillés à l’aube (enfin presque) afin de découvrir la splendeur de Karlovi Most, le pont Charles, vierge de touristes braillards : la Vltava n’aurait alors coulé que pour nous sous les vieilles arches de pierre. Tu aurais vu Mala Strana, le Petit Côté et les tours de l’églie Saint Nicolas de Mala Strana. Au sommet de la colline, Hradcany, le quartier du Château, avec la cathédrale Saint Guy enchassée dans le palais royal. Nous serions retournés à l’hôtel pour prendre le petit déjeuner de charcuterie et d’œufs. Je t’aurais proposé, plus tard, de découvrir l’ïle de Kampa avec son vieux moulin à eau, les petites places calmes et joyeusement colorées, le mur de Lennon et, juste en face, le Palais Burquoï qui abrite l’Ambassade de France. Nous serions montés voir le Sancturaire de Lorette, le Monastère de Strahov et sa bibliothèque fameuse avec ses salles etxraordinaires de philosophie et de théologie. Nous aurions bu une bière dans la brasserie du Couvent et une autre U Cerného Vola, Au Bœuf Noir, juste en dessous : il faut boire et reboire de la bière tchèque, elle rend les gens heureux je crois… Nous aurions traversé le château pour redescendre par les jardins baroques et leurs terrasses étagées si belles et calmes en été. Nous aurions dîné de goulash et de bière, de fromage mariné et de soupe, de knedliky et de strudel… Nous aurions fini avec un petit verre de liqueur de bière. Et tu aurais découvert les quais de la Vltava illuminés…

En ce dernier dimanche du voyage, nous aurions flâné dans les rues du vieux quartier juif, détaillant la Synagogue Vieille-Nouvelle, je t’aurais raconté l’histoire du Rabbin Loewe et de son Golem qui reviendra lorsque Prague sera en danger. Nous aurions visité l’Eglise des Saints Cyrille et Méthode dans laquelle périrent les trois aviateurs tchèques, et leur complices, qui assassinèrent le Reichprotektor Heindrich : nous aurions découvert cette crypte à l’atmosphère lourde et poignante où ils préfèrerent se donner la mort plutôt que d’être faits prisonniers… Sous un soleil de plomb, nous aurions rejoint U Zlatého Tygra, Au Tigre d’Or, pour déguster la meilleure bière de Prague. Barácnická Rychta ou U Parlementu aurait sans doute servi notre dernier dîner tchèque… Je n’aurais pas eu envie de rentrer, j’aurais proposé de monter sur la colline de Petrin pour embrasser, du regard, la Mère de toutes les villes, Prague, la cité aux cent tours. Et la nuit aurait avalé nos rêves et nos vies, nos corps et nos âmes à l’unisson des plaisir, pour quelques heures…

Voilà ce que nous aurions pu vivre en m’accompagnant, tout cela et bien d’autres choses encore, je le sais. Mais nous ne nous sommes pas rencontré. Je n’ai pas ton visage sur les photos que j’ai prises. Quoique, je peux imaginer certains traits. Si tu avais été là, tout aurait été différent et identique, différent parce tu aurais enrichi le voyage de ton esprit, de tes désirs, de ta vie et identique parce que nous aurions croisé ces pierres et ces monuments, ces paysages et ces hommes, ces histoires et ces espoirs. Si j’ai rêvé ces trois billets, j’ai vraiment vu ces merveilles, j’ai bu et mangé et éprouvé de grands plaisirs. La solitude a été ma compagne, ma seule compagne, cette fois encore. Puisse-t-elle m’abandonner bientôt. Il ne tient qu’à moi. Et à toi. Et si nous visitions l’Autriche, Vienne et Salzbourg, l’Allemagne, la Bavière et Munich ? Nous pourrions pousser jusqu’à Budapest ou… Voyons ensemble…

Je t’embrasse.

Fabrice

Post scriptum : à bientôt ;-)

Sur la route... III - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 2

Ni toi, ni moi, ne connaissions Berlin avant de prendre la route. Beaucoup de mes amis m’avaient engagé à visiter la ville et leur insistance eut raison de mes préventions (stupides) au moment de préparer mon itinéraire. J’aurais aimé que nous roulassions le pied au plancher sur les autoroutes allemandes, les hauts-parleurs crachant cette musique hypnotisante…



LAURENT WOLF - WALK THE LINE Remix (NEW CLIP) par M6clips

Tu aurais peut être grimacé et j’aurais ri de cette grimace… La voiture aurait avalé les kilomètres, transformée en Canergie Hall et nous aurions atteint notre destination en fin de journée. Nous aurions posé nos valises dans le quartier de Schoenberg, à quelques pas du métro et de l’église du Souvenir de l’Empereur Guillaume sur le Kurfürstendamm, dans cette chambre aux tons tons violet et blancs. Je t’aurais proposé de voir la Porte de Brandebourg et le mémorial à l’Holocauste parce que certaines villes portent en elles la mémoire d’une humanité qui a été torturée, a souffert et s’est relevée.

Soudain, je me demande si tu aurais accepté cette première promenade dans Berlin… T’ai-je dit que j’étais attentif à ces lieux dans lesquels la mémoire des erreurs du passé reste vive ? Et Berlin, doublement frappée par le nazisme et le communisme, est un tel symbole ! Nous aurions vu Unter den Linden et les nouvelles ambassades de France, du Royaume Unis et des Etats Unis, nous aurions descendu l’avenue à l’ombre des Tilleuls, entre deux baraques de currywurst (évidemment, j’aurais croqué l’une de ces saucisses et tu aurais sans doute raillé ma gourmandise) pour ensuite visiter le quartier des anciens ministères nazis et l’emplacement du bunker d’Hitler maintenant disparus. Nous aurions touché un vestige du mur sur l’emplacement de l’ancien siège de la Gestapo, juste derrière l’ancien ministère de l’armée de l’Air toujours debout (voir mon billet du 22 août 2011) et aurions visité l’exposition sur le nazisme. Nous aurions sans doute éprouvé un certain malaise devant les images et les textes. Nous aurions aussi parcouru l’exposition sur la Stasi, dans l’immeuble qui abritât pendant plus de quarante ans cette odieuse police secrète et aurions terminé devant Check Point Charlie reconstitué, au milieu de la horde des touristes en short et tongs.

Nous aurions découvert le grand magasin KaDeWe et son fantastique 6e étage rempli de produits gastronomiques du monde entier (j’aurais, bien sûr, proposé de faire une petite halte dans le coin de salon de thé pour, par exemple, déguster un riz au lait et sa confiture de fruites rouges excellents) et tu aurais assisté à ma fouille du rayon des livres pour trouver des recueils de recettes de cuisine allemande. Tu m’aurais rappelé la question essentielle : où ranger dans mes bibliothèques surchargées ces deux livres supplémentaires ? Nous aurions pris le temps de nous perdre dans le métro berlinois, aux indications très peu commodes, de flâner dans les rues, nous aurions cherché l’Eglise de la Reconciliation pour finir par la découvrir cachée par des échafaudages, nous aurions abandonné le projet de visiter le Bundestag et sa superbe coupole de verre devant la longueur de la queue pour entrer et serions partis à la recherche d’une bière fraîche. Nous aurions aussi, un jour, marché dans les allées d’une brocante avant de grignoter à différents stands d’une fête de clowns dont le nom nous aura vite échappé… Je n’aurais pas voulu visiter Berlin sans saluer la reine Nerfertiti : aurais-tu accepté de passer une journée entière dans les salles des quatre musées de l’Ile des Musées ? Le lendemain, le château de Charlottenburg nous aurais accueillis et nous nous serions émerveillés devant la galerie dorée baroque et l’enfilade des salons, nous nous serions ensuite promenés dans le parc du château jusqu’au Belvédère pour admirer la collection de procelaines… Nos soirées auraient été rythmées par la découverte des bars et clubs, par les balades nocturnes dans cette ville jeune et remuante et par nos têtes à têtes complices et joyeux. A regret, nous aurions quitté Berlin sans visiter Potsdam (et nous nous serions promis de revenir au moins pour cela) et repris la route en direction de Prague.

En chemin, nous nous serions arrêtés pour la nuit à Dresde, si durement touchée par les bombardements anglais de février 1945. Nous aurions goûté la beauté de la ville baroque reconstruite à l’identique (et cet hôtel à la chambre superbe et au service impeccable…), dominée par la Frauenkirche enfin restituée et serions tombé sous le charme des merveilles de la Voûte Verte qui présente les joyaux du trésor de Gustave le Fort et de ses successeurs électeurs de Saxe. Nous aurions délaissé le restaurant étoilé au Michelin de l’hôtel pour lui préférer un dernier repas allemand dans une bierstube à quelques pas. Et ensuite, flâner sur les quais de l’Elbe, dans cette capitale de la Saxe enfin née de ses cendres, rire, admirer, effleurer, toucher la beauté sans cesse renouvelée malgré la barbarie, regarder, sentir, ressentir, aimer, aimer les Hommes et les pierres, aimer ce monde qui nous offre tant de chemins pour le découvrir, seul parfois en espérant d’être plus souvent accompagné…

À suivre

Sur la route... II - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 1

Si le Destin avait été plus aimable avec nous, nous aurions lié connaissance quelques semaines avant ce quatre aôut qui me vit partir seul et nous aurions voyagé ensemble au coeur de la vieille Europe.

J’imagine le départ, les valises posées sur le trottoir devant le coffre béant de la voiture dans l’attente de leur chargement. Trois semaines loin de nos chez nous respectifs pour un périple de plus de trois mille kilomètres : j’ai eu du mal à ne pas trop en prendre, bien sûr. Je souris à l’idée que tu m’aurais gentiment raillé devant la grandeur de mes bagages, à croire que j’avais vidé mon appartement. Tout étant chargé, nous serions montés et aurions commencé le voyage. La veille, nous aurions pris le soin de sélectionner la musique qui nous accompagnerait pendant toute la route, toi proposant Esther Philips, Lavay Smith, Pétula Clarke et Manathan Transfer et moi Paris Combo, Johnny Cash, Caravan Palace et du swing…

Et nous aurions roulé en bavardant jusqu’à Metz où nous aurions déjeuné dans cette brasserie de Flore, non loin de la gare, sous ce ciel menaçant, échafaudant des projets pour les jours à venir en frissonant de plaisir sous le vent qui coulait au pied des façades imposantes et sévères de la ville impériale.

Nous serions arrivés à Bruxelles quelques heures plus tard, au coeur de cette ville sale après maints tunnels gris à l’air âcre, noyés dans la circulation d’une capitale en fin de journée, à l’heure de la sortie des bureaux. Les façades blanches de l’hôtel, en lisière du quartier européen, auraient marqué la première étape et nous aurions pris possession de la chambre aux meubles anglais imités de l’ancien. Il aurait été alors temps de trouver ce restaurant localisé sur le net, AU VIEUX BRUXELLES, à une table duquel nous aurions pris contact avec la cuisine belge en croquant les croquettes de crevettes grises au coeur de béchamel coulant, en nous brûlant les doigts avec les moules-frites très chaudes, en sentant couler dans nos gorges la douceur amère et rafraîchissant d’une bière trappiste. Nous aurions découvert alors ce que je n’ai pas fait seul : la Grand Place et ses façades baroques à la tombée de la nuit… Les jours suivants, nous serions partis explorer la ville. Je t’aurais emmené dans la meilleure friterie, place Eugène Flagey et aussi chez DANDOY, réputé pour ses gaufres extraordinaires (cette liqueur d’Advokat…) et ses biscuits, chez CANTILLON, le dernier brasseur bruxellois (son lambic doux, sa gueuze parfumée et cette kriek à la cerise…), chez JJEF ET FILS, derrière la Bourse, dans une petite baraque à caricoles, pour ses escargots de mer cuits dans un bouillon relevé… Nous aurions bu des bières à L’IMAIGE NOSTRE DAME, à LA BECASSE, en mangeant du kipkap, ce fromage de tête haché. Nous nous serions aussi assis à la terrasse du POECHENELLEKELDER, juste en face du Mannekenpis, le petit avorton incontinent devant lequel tout touriste qui se respecte se fait tirer le portrait, pour siroter encore une autre bière. Nous aurions déambulé dans les rues d’Ixelles, à la recherche des façades Art Nouveau et dans les ruelles autour de la Grand Place. Nous nous serions posés dans un parc, entre deux averses de crachin, sur un banc… J’aurais découvert la ville à travers tes yeux, tes souvenirs.

Nous aurions aussi visité Ostende, au moins pour manger des crevettes grises et des huîtres, Anvers pour admirer ses Rubens et ses Primitifs flamands et Bruges, pour sa dentelle de canaux, serrés au fond de l’une des ces barques à touristes qui sillonnent la rivière… Et nous aurions aussi pris le temps de ces moments complices où les barrières de l’autre s’abolissent à l’unisson de plaisirs partagés.

Fourbus et emplis à satiété de Bruxelles, nous aurions vite rejoint Berlin, cette ville inconnue que j’hésitais à visiter il y a quelques mois encore…

À suivre

In memoriam... Ida SIEKMANN - 23 août 1902 – 22 août 1961



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Le dimanche 13 août 1961, l’Allemagne de l’Est, appuyée par les pays du Pacte de Varsovie, déchire la ville de Berlin en deux parties en commençant à élever un mur pour isoler la partie ouest de la cité, administrée par la France, le Royaume Uni et les Etats Unis. Rapidement, Erich Honecker, chargé de cette mission, donne l’ordre de tirer sur les fugitifs qui tenteront de passer à l’ouest. Si le mur est essentiellement constitué de panneaux préfabriqués et de barbelés, la démarcation entre l’est et l’ouest est aussi matérialisée par des façades d’immeubles, comme dans la Bernaeur strasse : les berlinois de l’est passent alors à l’ouest en enjambant les fenêtres et en descendant les façades au moyen de cordes ou en se jetant dans le vide. Ida SIEKMANN vivait 48 Bernauer Strasse, au 3e étage. Comme d’autres voisins, elle avait décidé, elle aussi, de s’échapper par la fenêtre après avoir jeté sur le sol des édredons pour amortir sa chute. Sans attendre que les pompiers de Berlin ouest puisse tendre une couverture pour la recevoir, elle saute et meurt.

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Elle aurait eu 59 ans le lendemain. Elle est morte six ans avant ma naissance. Je viens de passer quelques jours à Berlin, vingt-deux années après la Chute du Mur de Berlin. Ma première visite a été de voir et toucher un vestige du mur, vers l’ancien ministère de l’armée de l’air nazi (maintenant le Ministère des Finances), le long du terrain sur lequel s’élevait le siège de la Gestapo, non loin de l’immeuble qui abritait la Stasi, à quelques pas du Check Point Charlie.

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Je lui dédie mon quarante-quatrième anniversaire, cinquante ans après sa mort. Je vis. Elle non.

Ida SIEKMANN n’est qu’une des victimes du communisme à travers le monde, un femme parmi plus de quatre-vingt millions de morts, sous tous les régimes qui se sont toujours dits populaires. Puissent ces idées ne plus jamais gouverner l’humanité… Requisecant in pace.

« Désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles. » — Luc 1, 48-49

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Assomption de la Vierge de Rubens - 1625-1626 - Cathédrale Notre-Dame (en néerlandais Onze-Lieve-Vrouwekathedraal) à Anvers (Antwerpen)

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L’Assomption de la vierge de Cornelis Schut. - 1647 - Cathédrale Notre-Dame (en néerlandais Onze-Lieve-Vrouwekathedraal) à Anvers (Antwerpen)




COURONNEE D’ETOILES

Nous te saluons, ô toi Notre Dame
Marie Vierge Sainte que drape le soleil
Couronnée d’étoiles, la lune est sous tes pas.
En toi nous est donnée, l’aurore du salut

1-Marie Eve nouvelle et joie de ton Seigneur
Tu as donné naissance à Jésus le Sauveur.
Par toi nous sont ouvertes les portes du jardin
Guide-nous en chemin, étoile du matin.

2-Tu es restée fidèle mère au pied de la croix
Soutiens notre espérance et garde notre foi
Du côté de ton Fils, tu as puisé pour nous
L’eau et le sang versés qui sauvent du péché.

3-Quelle fut la joie d’Eve lorsque tu es montée
Plus haut que tous les Anges, plus haut les nuées
Et quelle est notre joie, douce Vierge Marie
De contempler en toi, la promesse de vie

4-O Vierge immaculée, préservée du péché,
en ton âme, en ton corps, tu entres dans les cieux.
Emportée dans la gloire, sainte Reine des cieux,
Tu nous accueilleras un jour auprès de Dieu.

Sur la route... I

singegrandsbras.jpgVoilà l’une des gravures placées sur les murs de la chambre de l’hôtel à Bruxelles (quatre singes, deux cheveaux - des tableaux -, deux panthères) : je ne sais pourquoi cette gravure m’a attiré l’œil ? Le regard désespéré du singe ? Le fruit qu’il tient dans la main ? J’ai retrouvé le site sur internet qui propose cette gravure à la vente…. J’ai, comme d’habitude, emporté plusieurs livres avec moi et je lis (je dévore ? oui sans doute) HHhH de Laurent BINET : je réussis à passer au delà de la construction particulière du récit (l’auteur décrit en fait la façon dont il rédige un livre sur Heydrich) parce que l’événement relaté s’est déroulé à Prague en 1942 et que lors de ma prochaine visite, à partir du 18 août, je ne manquerais pas d’aller visiter l’église Saints-Cyrille-et-Méthode où les auteurs de l’attentat ont été assiégés par huit cents nazis). Et oui, je retourne à Prague. Pour le seconde fois en 2011 et pour la quatrième fois en un an. Mais je passe auparavant par Berlin, que beaucoup d’amis m’ont poussé à découvrir : ce sera fait à partir du 13 août. Berlin m’intrigue : j’ai pour elle une fascination-répulsion incompréhensible. J’espère que mon passage me permettra de dire si j’aime ou non cette ville. En attendant, je suis à Bruxelles. En Belgique, ce joli pays qui n’a plus de gouvernement depuis plus de quatre cents jours et dans lequel je goûte tous les jours les joies de la météo du Nord : pluie, soleil, pluie, soleil, pluie… tout évidemment dans la même journée. Entre deux épisodes, le temps est gris. Comme une grande partie de la ville-capitale, cette enclave francophone dans le marais flamand : Bruxelles a été défigurée par ses urbanistes. Les attaques qu’ils ont portées au tissu urbain sont telles que la ville a donné son nom à des bouleversements urbanistiques regrettables, la bruxellisation… Comme cela ne suffisait pas, elle est aussi, hélas, l’archétype de la cité gangrenée par le façadisme. Bruxelles est-elle une jolie ville ? Non. Elle a certains côtés attachants mais elle n’a plus d’unité particulière, plus de cohésion architecturale hormis l’ensemble extraordinaire de la Grand Place.

Sur le chemin, je me suis arrêté à Metz, en premier lieu pour déposer le couple de jeunes lyonnais que j’ai covoituré et prendre à mon bord une jeune messine pour la fin du voyage et en second lieu pour déjeuner (finalement, j’ai échoué dans une brasserie de la rue Gambetta). Je ne connaissais pas Metz sauf à travers un reportage télévisé entrevu quelques semaines plus tôt et je voulais donc découvrir la gare néoromane décidée par l’empereur Guillaume II d’Allemagne, à défaut de pouvoir parcourir toute la vieille ville…

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Pourquoi ce bâtiment de verre installé sur la place et qui rompt la contemplation de la façade ? Pourquoi doit-on toujours subir ces verrues devant les bâtiments anciens sous prétexte que matériau utilisé, le verre, permet de continuer à voir le monument qu’il masque ? Je n’aime pas la pyramide du Louvre qui a détruit la perspective des façades de la cour Napoléon considérée depuis l’Arc de Triomphe du Carrousel : la façade est maintenant illisible avec ses deux ailes prises ensemble. La place devant la gare de Metz n’offre plus le recul suffisant pour contempler toute la façade du bâtiment… Maudits architectes, maudits maires, maudits potentats.

Metz méritait plus que ma halte de quatre-vingt dix minutes et, in petto, je m’écriais, alors que je reprenais le volant en compagnie de ma jeune passagère : je reviendrai, I’ll be back, pour paraphraser une réplique célèbre du cinéma.

Au dernier moment, avant de remonter en voiture j’achetai chez un caviste, deux bouteilles de mirabelle…

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Les légendes de Prague...

Voilà comment a été fondée la ville de Prague, la Mère de toutes les villes, la Ville aux cent clochers.

La Fondation de Prague

La Princesse Libuse - PragueDans la nuit des temps, un château-fort en rondins, entouré d’une palissade fortifiée, se dressait sur la rive droite de la Vltava, sur un rocher élevé, baigné par les vagues agitées de la rivière. Cette demeure, tenace comme la volonté des princes qui y régnaient, reçut plus tard le nom de Vyserhad (la château élevé). C’est là que le prince Premysl, siégeant sur son trône de pierre et assisté de la princesse Libuse, recevait les nouvelles de son pays, c’est là qu’il rendait la justice et tenait conseil.

Sous son égide, le pays se transformait rapidement. Les forêts denses faisaient place à des champs et au milieu de ceux-ci, d’industrieux manouvriers préparaient l’habitat, construisant des enceintes fortifiées. Premysl conseillait bien son peuple. Plus il y avait de fortins et de petits châteaux-forts dans le pays, moins la population avait à craindre les invasions ennemies. En temps de guerre, réfugiés derrière leurs fossés et leurs remparts, où ils avaient stocké les vivres et rassemblé le bétail, les gens pouvaient défendre leur vie et celle de leur famille..

La tribu des Tchèques s’agrandissait, il lui fallait trouver de nouveaux lieux d’implantation. Quand la question se posa de choisir un site nouveau, la princesse - et prophétesse - Libuse déclara :.

“Fixer-vous là où vous trouverez ces quatre éléments en harmonie : une terre fertile, une eau pure, un air vivifiant, et des arbres qui vous offriront leur bois pour vos foyers et la douceur de leur ombre. Si l’harmonie règne entre ces quatre éléments, vous serez à l’abri de la misère.” .

Beaucoup de familles suivirent le conseil de la sage Libuse ; leurs champs portaient des récoltes abondantes, leurs troupeaux se multipliaient et une fumée joyeuse s’échappait des cheminées de leurs nouvelles demeures..

Un jour, Premysl et Libuse visitèrent Libusin - le domaine de la princesse. Entourés de leur suite, ils montèrent à l’endroit le plus élevé du château. L’heure était avancée. Dans la lumière du couchant ils contemplèrent le paysage alentour, marqué par l’empreinte de l’homme. Les champs alternaient avec les habitations et les pâturages, la forêt avait reculé vers l’horizon et s’y dressait comme une garde vigilante. Le soleil incandescent allait s’y coucher, projetant l’ombre du château vers l’Est. La princesse se tourna vers les ombres bleuâtres et tièdes annonçant l’approche de la nuit, et soudain un grand calme règna sur la terre et dans les airs. Les hommes de la suite restèrent muets, le vent retint son souffle, et dans les feuillages, les oiseaux cessèrent leurs chants. La princesse tendit le bras vers l’Est et, comme si elle touchait quelque chose dans les lointaines nues vespérales, elle remua légèrement les doigts et parla:.

“Je vois un grand Château dont la gloire monte jusqu’aux étoiles. Dissimulé dans de profondes forêts, l’endroit est borné au nord par la vallée du ruisseau Brusnice, et au sud par une puissante colline rocheuse. La rivière Vltava se fraie un chemin à ses pieds. C’est là qu’il vous faut aller. Au profond de la forêt, vous trouverez un homme en train de tailler le seuil de sa maison. Voilà où vous édifirez un château que vous nommerez Praha d’après le mot désignant le seuil. Et comme tout seigneur baisse la tête pour franchir le seuil d’une demeure, ainsi les plus grands de ce monde la baisseront-ils devant ce château.” .

Le prince Ptemysl et ses hommes tournèrent leurs regards dans la direction indiquée, mais ils n’y virent que la nuit tombante : l’avenir y était celé comme une pierre précieuse dans la roche. Un moment encore la blanche main de la princesse resta pointée vers les lointains. Puis l’esprit prophétique l’ayant abandonnée, l’éclat de ses yeux s’éteignit. Et ainsi qu’il en va pour les prophètes et les poêtes, lorsque l’exaltation de la princesse faiblit, l’enthousiasme gagna ceux qui l’avaient écoutée. Sans plus tarder, ils s’apprêtèrent à prendre la route. .

Le lendemain dès l’aube, les envoyés s’en allèrent vers l’Est à la recherche de l’endroit que la princesse avait désigné. Ils traversèrent la vallée du ruisseau, se heurtèrent au puissant rocher, puis entrèrent dans la forêt profonde d’où venait le son des coups de hache répétés. C’est ainsi qu’ils trouvèrent l’homme qui taillait le seuil pour sa maison. Sans hésiter, ils se mirent à l’oeuvre : ils abattirent des arbres, construisirent des cabanes en rondins, élevèrent des remblais. Ainsi fut érigé sur la rive gauche de la Vltava le château de Praha, en bois comme celui de Vyserhad, mais plus vaste et plus majestueux. Le nom de Praha courut de bouche en bouche à travers le pays. Et les marchands étrangers le répandirent dans des contrées lointaines.
..

Le Berceau d’Or

La princesse Libuse avait la faculté de prédire l’avenir mais aussi de voir ce qui se passait au sein de la terre. Dans ses prophéties elle indiquait les collines qui renfermaient de l’or et d’autres où l’argent se trouvait à foison. A cette époque-là on découvrit, selon la légende, de l’or aux environs de la bourgade de Jilové et de l’argent à proximité de la ville de Kutna Hora. En ces bons vieux temps d’abondance le sol était si riche en ces métaux précieux que de temps en temps, que ces derniers poussaient comme des tiges de plantes : on n’avait qu’à les couper.

Un homme piochant les champs près de Jilové où il cherchait de l’or en trouva une pépite si grande que son poids dépassait celui du couple princier. L’homme envoya sa trouvaille à Vysehrad pour en faire cadeau au prince Premysl. Celui-ci, après avoir consulté ma princesse, convoqua un sculpteur et lui ordonna d’en faire une statue représentant un homme sur le trône. Ensuite, il fit élever un abri pour permettre au peuple d’y venir adorer l’idole en or nommée Zelu, de lui offrir des sacrifices et de lui témoigner ainsi leur grattitude pour toutes les richesses dont abondait le pays. Les métaux précieux étaient stockés dans les salles souterraines de Vysehrad servant depuis les temps les plus reculés de trésorerie des princes tchèques. Il s’y trouvait aussi le berceau d’or de Nezamysl, fils de Premysl et de Libuse.

Les années s’écoulaient, et comme elles étaient heureuses non seulement pour le pays mais aussi pour le prince et la princesse, elles s’écoulèrent très vite. Le fils du prince s’éssayait déjà à bander la corde de son arc et à brandir l’épée de son père. Libuse éprouvait une fierté maternelle pour Nezamysl, mais aussi du regret à la pensée des ravages du temps auxquels personne ne pouvait échapper. Un jour, elle ordonna à ses compagnes de prendre le berceau d’or et de la suivre. Au pied de Vysehrad, elle s’arrêta à l’endroit où la rivière était la plus profonde.

“Précipitez-y le berceau”, ordonna-t-elle.

Les eaux jaillirent, puis un dernier éclair, et la masse d’or disparut dans les flots. La princesse ne cessait de la suivre de ses yeux, témoin de sa longue chute à travers les eaux et les siècles à parcourir. Elle vit ainsi des lumières dans les profondeurs des âges : tantôt c’était une clarté solaire, tantôt un incendie ; elle entendit également un vacarme et des cris : tantôt des jubilations et des chants, tantôt des pleurs et des lamentations. Le berceau d’or cheminait à travers les flots de larmes, s’enfonçant de plus en plus dans les abysses.

“Cache-toi, cache-toi, s’écria la princesse, le jour viendra où les larmes de ceux qui habitent ce pays te feront remonter à la surface pour que tu puisses accueillir des mains de bonnes gens un enfant qui sauvera la nation et le pays.”

Silencieuse, la princesse prit le chemin de retour vers Vysehrad. Et le berceau, à l’image du trésor mystérieux de Vysehrad, ressemblait à un grain d’or que l’on avait semé pour qu’il germât un jour et donnât à manger à tous les affamés aux moments de la plus grande misère. Mais le grain le plus précieux que l’on sema pour l’avenir, c’étaient les enfants, dont Nezamysl.

Bien des siècles s’écoulèrent avant que la reine Eliska, épouse de Jean l’Aveugle de la dynastie de Luxembourg, mît au monde un fils nommé Vaclav qui adopta plus tard le nom de Charles, pour devenir Charles IV. On dit qu’un miracle se produisit au moment de sa naissance : les eaux de la Vltava s’ouvrirent comme une fleur de rose et livrèrent le trésor ancien enfoui jusque là dans leurs profondeurs. Sous le rocher de Vysehrad apparut le berceau d’or que la princesse Libuse avait confié à la rivière et qui, selon sa prophétie, accueillerait celui qui apporterait au pays la paix et le bonheur. Ayant quitté les abysses de la Vltava, il offrit ses bras d’or au nouveau né.

La légende veut que le jour où Charles IVrendit l’âme, le lit d’or qui avait été au château impérial de Karlstejn disparut. Il se serait transformé de nouveau en berceau d’or qui regagna, sous le rocher de Vysehrad, les profondeurs de la Vltava. De temps en temps, un rayon doré se dégage du berceau, monte vers la surface et effleure les eaux ondoyantes, comme pour s’enquérir si le moment est déjà venu.

On dit qu’un jour, le berceau d’or quittera une fois de plus la Vltava pour qu’une mère puisse y mettre son enfant qui apportera au pays la pays et le bonheur. Mais qui sait ? Il se peut que quelque part en Bohême le berceau remplisse déjà sa mission et qu’il ne soit pas le seul.


J’ai trouvé les légendes ICI, sur une page mise à jour pour la dernière fois en septembre 1998…

On the road... Sur la route...

J’ai grandi à l’époque des Beatniks dont le mouvement fut inspiré du livre Sur la route de Jack KEROUAC mais je n’ai pas les cheveux gras et je ne fume pas de l’herbe… Je me souviens avoir lu ce livre il y a quelques années, vers la fin du XXe siècle, alors que je commençais juste à naviguer sur la toile. Un adepte de la fumette et des cheveux longs m’avait conseillé de le lire alors que nous discutions de voyages et de mon immobilisme chronique à l’époque.  

J’avais été frappé par l’humanité de KEROUAC mais aussi par son désespoir désabusé face à l’homme en pleine révolution. Ses amitiés profondes m’avaient aussi troublées, moi qui pensait alors n’être capable que de sentiments superficiels…

On the road, l’ouvrage emblématique pour une génération perdue qui se cherchait dans un monde en révolution, qui rejettait le carcan suranné de la société d’après-guerre a finalement beaucoup plus de retentissement aujourd’hui qu’au jour de sa lecture. En fait, je n’ai franchi (douloureusement) le pas des voyages qu’en août 2010 parce qu’il fallait vraiment que je quitte Lyon quelques temps pour reprendre mes idées. Je m’étais alors jeté dans les bras de Prague, la mère de toutes les villes, puis, par un long voyage en train, dans ceux de Budapest, cette cité bicéphale qui me semblât plus lointaine.

Prague, Praha en tchèque, c’est à dire le Seuil : je suis tombé amoureux de la ville que la princesse Libuse vit un jour dans un songe. J’ai passé le seuil d’un autre monde, je me suis ouvert à l’étranger, à l’autre culture et j’ai été accueilli avec chaleur et amitié. Ronald, Roman, Masha m’ont fait comprendre que j’étais leur ami et ces rencontres m’ont, je le crois, transformées en me montrant que le partage et la gentillesse sont une grande source de grâce et d’humanité.

Mon road trip a commencé en août 2010… je suis Sur la route depuis cette date, dans ma tête et dans la réalité : après deux voyages à Prague en décembre et en juin, me voilà sur le départ pour un road trip qui me conduira à Bruxelles, Berlin puis encore à Prague, au volant de mon Juke Nissan, ma nouvelle voiture. Je vais rouler près de 3 000 kilomètres, pendant trois semaines…

Carte du road trip été 2011
Je ne veux plus arrêter de voyager, je ne veux plus arrêter de découvrir le monde, je ne veux plus arrêter de rencontrer des hommes et des femmes, j’ai trop attendu, je n’ai plus le temps. Et ma solitude ? Elle vient encore avec moi pendant mon périple mais j’ai décidé que je ne lui ferai qu’une place infime, jusqu’à l’étouffer. Et qui sait, peut-être que…

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