Apartés uchroniques

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Bruxelles-Berlin-Prague


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jeudi 1 septembre 2011

Sur la route... IV - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 3

Pouvais-je ne pas passer par Prague ? Non.

J’aurais tant aimé te faire découvrir cette ville dont je suis tombé amoureux un jour d’août 2010… La ville dorée aurait si bien refermé le livre de nos souvenirs. Nous aurions repris la route en un vendredi matin, après le buffet du petit-déjeuner si appétissant, sous un beau soleil. Bientôt, nous aurions franchi la frontière sous un ciel lourd et orageux qui n’aurait pas parvenu à effacer mon sourire à l’idée de retrouver la terre que je chéris seulement dix semaines après l’avoir quittée. Avec les couronnes restantes de mon dernier voyage, j’aurais acheté la vignette autoroutière dans ce petit restaurant situé sur un plateau battu par le vent, devant lequel flotte les drapeaux de l’Allemagne, de l’Europe et de la République tchèque et où la prononciation des bribes de tchèques durement apprises m’aurait empli de joie. Dobry den, Pani. Bonjour Madame. Tu aurais sans doute ri en m’entendant. Et moi aussi finalement. La route nous séparant de Prague aurait été, pour moi, parcourue avec cette joie presque enfantine que l’on pouvait ressentir, naguère, encore enfant, au matin de Noël lorsque l’impatience de l’attente cèdait enfin le pas à la découverte des présents espérés. Nous aurions traversé ces villages serrés autour de leurs églises, avec ces commerces et ces bars où la petite affichette précisant la possibilité d’une connection wi-fi nous aurait fait comprendre que vingt ans, c’est presque une génération d’homme mais c’est surtout suffisant pour qu’un pays rejoigne le concert des nations libres après quarante ans de communisme. Peu à peu, les panneaux de l’autoroute auraient annoncé Praha, le seuil, la ville vue en songe par la princesse Libuse. Praha, Prague, comment l’oublier ? 

Nous serions passés près de l’aéroport de Ruzyne où je touchais pour la première fois le sol tchèque sur le tarmac sombre un vendredi, le 6 août 2010 : combien de pas ai-je fait depuis ce jour sur la terre de Bohème ? Et les immeubles de bureau de la banlieue praguoise nous auraient accueillis : Vítejte v Praze ! Bienvenue à Prague ! me serais-je écrié dans la voiture. En moi-même, je me serais dit « enfin de retour » et je n’aurais sans doute pas réussi à te cacher mon bonheur de revenir.

Malgré la pluie débutante, je t’aurais fait remarquer les monuments que nous aurions aperçus sur la route de l’hôtel… J’aurais réservé une chambre dans un hôtel derrière Staromestske namesti, la place de la Vieille Ville. Nous aurions posé les valises et aurions rejoint cette place si belle : tu aurais pu admirer Notre Dame devant Tyn et son foisonnement de toits pointus sommés d’orbes dorés. Le monument de Jan Hus, le palais Kinsky au balcon duquel le communisme fut proclamé en 1948 par un coup d’état, la maison U Minuty et ses sgraffites, l’église Saint Nicolas, je t’aurais offert toutes ces beautés architecturales. Nous ne serions pas allés saluer le pont Charles, l’heure du départ des touristes ne venant que tard en été et nous aurions remonté Celetna ulice, la rue Celetna pour admirer au bout Prasne brany, la Tour Poudrière qui flanque Obecni Dum, la Maison Municipale, chef d’œuvre de l’Art Nouveau… Pour ce premier soir, nous aurions dîné dans le Restaurant français d’Obecni Dum, pour fêter la fin de notre voyage et sceller le bonheur d’une rencontre.

Le lendemain, nous nous serions éveillés à l’aube (enfin presque) afin de découvrir la splendeur de Karlovi Most, le pont Charles, vierge de touristes braillards : la Vltava n’aurait alors coulé que pour nous sous les vieilles arches de pierre. Tu aurais vu Mala Strana, le Petit Côté et les tours de l’églie Saint Nicolas de Mala Strana. Au sommet de la colline, Hradcany, le quartier du Château, avec la cathédrale Saint Guy enchassée dans le palais royal. Nous serions retournés à l’hôtel pour prendre le petit déjeuner de charcuterie et d’œufs. Je t’aurais proposé, plus tard, de découvrir l’ïle de Kampa avec son vieux moulin à eau, les petites places calmes et joyeusement colorées, le mur de Lennon et, juste en face, le Palais Burquoï qui abrite l’Ambassade de France. Nous serions montés voir le Sancturaire de Lorette, le Monastère de Strahov et sa bibliothèque fameuse avec ses salles etxraordinaires de philosophie et de théologie. Nous aurions bu une bière dans la brasserie du Couvent et une autre U Cerného Vola, Au Bœuf Noir, juste en dessous : il faut boire et reboire de la bière tchèque, elle rend les gens heureux je crois… Nous aurions traversé le château pour redescendre par les jardins baroques et leurs terrasses étagées si belles et calmes en été. Nous aurions dîné de goulash et de bière, de fromage mariné et de soupe, de knedliky et de strudel… Nous aurions fini avec un petit verre de liqueur de bière. Et tu aurais découvert les quais de la Vltava illuminés…

En ce dernier dimanche du voyage, nous aurions flâné dans les rues du vieux quartier juif, détaillant la Synagogue Vieille-Nouvelle, je t’aurais raconté l’histoire du Rabbin Loewe et de son Golem qui reviendra lorsque Prague sera en danger. Nous aurions visité l’Eglise des Saints Cyrille et Méthode dans laquelle périrent les trois aviateurs tchèques, et leur complices, qui assassinèrent le Reichprotektor Heindrich : nous aurions découvert cette crypte à l’atmosphère lourde et poignante où ils préfèrerent se donner la mort plutôt que d’être faits prisonniers… Sous un soleil de plomb, nous aurions rejoint U Zlatého Tygra, Au Tigre d’Or, pour déguster la meilleure bière de Prague. Barácnická Rychta ou U Parlementu aurait sans doute servi notre dernier dîner tchèque… Je n’aurais pas eu envie de rentrer, j’aurais proposé de monter sur la colline de Petrin pour embrasser, du regard, la Mère de toutes les villes, Prague, la cité aux cent tours. Et la nuit aurait avalé nos rêves et nos vies, nos corps et nos âmes à l’unisson des plaisir, pour quelques heures…

Voilà ce que nous aurions pu vivre en m’accompagnant, tout cela et bien d’autres choses encore, je le sais. Mais nous ne nous sommes pas rencontré. Je n’ai pas ton visage sur les photos que j’ai prises. Quoique, je peux imaginer certains traits. Si tu avais été là, tout aurait été différent et identique, différent parce tu aurais enrichi le voyage de ton esprit, de tes désirs, de ta vie et identique parce que nous aurions croisé ces pierres et ces monuments, ces paysages et ces hommes, ces histoires et ces espoirs. Si j’ai rêvé ces trois billets, j’ai vraiment vu ces merveilles, j’ai bu et mangé et éprouvé de grands plaisirs. La solitude a été ma compagne, ma seule compagne, cette fois encore. Puisse-t-elle m’abandonner bientôt. Il ne tient qu’à moi. Et à toi. Et si nous visitions l’Autriche, Vienne et Salzbourg, l’Allemagne, la Bavière et Munich ? Nous pourrions pousser jusqu’à Budapest ou… Voyons ensemble…

Je t’embrasse.

Fabrice

Post scriptum : à bientôt ;-)

mercredi 31 août 2011

Sur la route... III - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 2

Ni toi, ni moi, ne connaissions Berlin avant de prendre la route. Beaucoup de mes amis m’avaient engagé à visiter la ville et leur insistance eut raison de mes préventions (stupides) au moment de préparer mon itinéraire. J’aurais aimé que nous roulassions le pied au plancher sur les autoroutes allemandes, les hauts-parleurs crachant cette musique hypnotisante…



LAURENT WOLF - WALK THE LINE Remix (NEW CLIP) par M6clips

Tu aurais peut être grimacé et j’aurais ri de cette grimace… La voiture aurait avalé les kilomètres, transformée en Canergie Hall et nous aurions atteint notre destination en fin de journée. Nous aurions posé nos valises dans le quartier de Schoenberg, à quelques pas du métro et de l’église du Souvenir de l’Empereur Guillaume sur le Kurfürstendamm, dans cette chambre aux tons tons violet et blancs. Je t’aurais proposé de voir la Porte de Brandebourg et le mémorial à l’Holocauste parce que certaines villes portent en elles la mémoire d’une humanité qui a été torturée, a souffert et s’est relevée.

Soudain, je me demande si tu aurais accepté cette première promenade dans Berlin… T’ai-je dit que j’étais attentif à ces lieux dans lesquels la mémoire des erreurs du passé reste vive ? Et Berlin, doublement frappée par le nazisme et le communisme, est un tel symbole ! Nous aurions vu Unter den Linden et les nouvelles ambassades de France, du Royaume Unis et des Etats Unis, nous aurions descendu l’avenue à l’ombre des Tilleuls, entre deux baraques de currywurst (évidemment, j’aurais croqué l’une de ces saucisses et tu aurais sans doute raillé ma gourmandise) pour ensuite visiter le quartier des anciens ministères nazis et l’emplacement du bunker d’Hitler maintenant disparus. Nous aurions touché un vestige du mur sur l’emplacement de l’ancien siège de la Gestapo, juste derrière l’ancien ministère de l’armée de l’Air toujours debout (voir mon billet du 22 août 2011) et aurions visité l’exposition sur le nazisme. Nous aurions sans doute éprouvé un certain malaise devant les images et les textes. Nous aurions aussi parcouru l’exposition sur la Stasi, dans l’immeuble qui abritât pendant plus de quarante ans cette odieuse police secrète et aurions terminé devant Check Point Charlie reconstitué, au milieu de la horde des touristes en short et tongs.

Nous aurions découvert le grand magasin KaDeWe et son fantastique 6e étage rempli de produits gastronomiques du monde entier (j’aurais, bien sûr, proposé de faire une petite halte dans le coin de salon de thé pour, par exemple, déguster un riz au lait et sa confiture de fruites rouges excellents) et tu aurais assisté à ma fouille du rayon des livres pour trouver des recueils de recettes de cuisine allemande. Tu m’aurais rappelé la question essentielle : où ranger dans mes bibliothèques surchargées ces deux livres supplémentaires ? Nous aurions pris le temps de nous perdre dans le métro berlinois, aux indications très peu commodes, de flâner dans les rues, nous aurions cherché l’Eglise de la Reconciliation pour finir par la découvrir cachée par des échafaudages, nous aurions abandonné le projet de visiter le Bundestag et sa superbe coupole de verre devant la longueur de la queue pour entrer et serions partis à la recherche d’une bière fraîche. Nous aurions aussi, un jour, marché dans les allées d’une brocante avant de grignoter à différents stands d’une fête de clowns dont le nom nous aura vite échappé… Je n’aurais pas voulu visiter Berlin sans saluer la reine Nerfertiti : aurais-tu accepté de passer une journée entière dans les salles des quatre musées de l’Ile des Musées ? Le lendemain, le château de Charlottenburg nous aurais accueillis et nous nous serions émerveillés devant la galerie dorée baroque et l’enfilade des salons, nous nous serions ensuite promenés dans le parc du château jusqu’au Belvédère pour admirer la collection de procelaines… Nos soirées auraient été rythmées par la découverte des bars et clubs, par les balades nocturnes dans cette ville jeune et remuante et par nos têtes à têtes complices et joyeux. A regret, nous aurions quitté Berlin sans visiter Potsdam (et nous nous serions promis de revenir au moins pour cela) et repris la route en direction de Prague.

En chemin, nous nous serions arrêtés pour la nuit à Dresde, si durement touchée par les bombardements anglais de février 1945. Nous aurions goûté la beauté de la ville baroque reconstruite à l’identique (et cet hôtel à la chambre superbe et au service impeccable…), dominée par la Frauenkirche enfin restituée et serions tombé sous le charme des merveilles de la Voûte Verte qui présente les joyaux du trésor de Gustave le Fort et de ses successeurs électeurs de Saxe. Nous aurions délaissé le restaurant étoilé au Michelin de l’hôtel pour lui préférer un dernier repas allemand dans une bierstube à quelques pas. Et ensuite, flâner sur les quais de l’Elbe, dans cette capitale de la Saxe enfin née de ses cendres, rire, admirer, effleurer, toucher la beauté sans cesse renouvelée malgré la barbarie, regarder, sentir, ressentir, aimer, aimer les Hommes et les pierres, aimer ce monde qui nous offre tant de chemins pour le découvrir, seul parfois en espérant d’être plus souvent accompagné…

À suivre

mardi 30 août 2011

Sur la route... II - Lettre à toi qui ne m’a pas accompagné 1

Si le Destin avait été plus aimable avec nous, nous aurions lié connaissance quelques semaines avant ce quatre aôut qui me vit partir seul et nous aurions voyagé ensemble au coeur de la vieille Europe.

J’imagine le départ, les valises posées sur le trottoir devant le coffre béant de la voiture dans l’attente de leur chargement. Trois semaines loin de nos chez nous respectifs pour un périple de plus de trois mille kilomètres : j’ai eu du mal à ne pas trop en prendre, bien sûr. Je souris à l’idée que tu m’aurais gentiment raillé devant la grandeur de mes bagages, à croire que j’avais vidé mon appartement. Tout étant chargé, nous serions montés et aurions commencé le voyage. La veille, nous aurions pris le soin de sélectionner la musique qui nous accompagnerait pendant toute la route, toi proposant Esther Philips, Lavay Smith, Pétula Clarke et Manathan Transfer et moi Paris Combo, Johnny Cash, Caravan Palace et du swing…

Et nous aurions roulé en bavardant jusqu’à Metz où nous aurions déjeuné dans cette brasserie de Flore, non loin de la gare, sous ce ciel menaçant, échafaudant des projets pour les jours à venir en frissonant de plaisir sous le vent qui coulait au pied des façades imposantes et sévères de la ville impériale.

Nous serions arrivés à Bruxelles quelques heures plus tard, au coeur de cette ville sale après maints tunnels gris à l’air âcre, noyés dans la circulation d’une capitale en fin de journée, à l’heure de la sortie des bureaux. Les façades blanches de l’hôtel, en lisière du quartier européen, auraient marqué la première étape et nous aurions pris possession de la chambre aux meubles anglais imités de l’ancien. Il aurait été alors temps de trouver ce restaurant localisé sur le net, AU VIEUX BRUXELLES, à une table duquel nous aurions pris contact avec la cuisine belge en croquant les croquettes de crevettes grises au coeur de béchamel coulant, en nous brûlant les doigts avec les moules-frites très chaudes, en sentant couler dans nos gorges la douceur amère et rafraîchissant d’une bière trappiste. Nous aurions découvert alors ce que je n’ai pas fait seul : la Grand Place et ses façades baroques à la tombée de la nuit… Les jours suivants, nous serions partis explorer la ville. Je t’aurais emmené dans la meilleure friterie, place Eugène Flagey et aussi chez DANDOY, réputé pour ses gaufres extraordinaires (cette liqueur d’Advokat…) et ses biscuits, chez CANTILLON, le dernier brasseur bruxellois (son lambic doux, sa gueuze parfumée et cette kriek à la cerise…), chez JJEF ET FILS, derrière la Bourse, dans une petite baraque à caricoles, pour ses escargots de mer cuits dans un bouillon relevé… Nous aurions bu des bières à L’IMAIGE NOSTRE DAME, à LA BECASSE, en mangeant du kipkap, ce fromage de tête haché. Nous nous serions aussi assis à la terrasse du POECHENELLEKELDER, juste en face du Mannekenpis, le petit avorton incontinent devant lequel tout touriste qui se respecte se fait tirer le portrait, pour siroter encore une autre bière. Nous aurions déambulé dans les rues d’Ixelles, à la recherche des façades Art Nouveau et dans les ruelles autour de la Grand Place. Nous nous serions posés dans un parc, entre deux averses de crachin, sur un banc… J’aurais découvert la ville à travers tes yeux, tes souvenirs.

Nous aurions aussi visité Ostende, au moins pour manger des crevettes grises et des huîtres, Anvers pour admirer ses Rubens et ses Primitifs flamands et Bruges, pour sa dentelle de canaux, serrés au fond de l’une des ces barques à touristes qui sillonnent la rivière… Et nous aurions aussi pris le temps de ces moments complices où les barrières de l’autre s’abolissent à l’unisson de plaisirs partagés.

Fourbus et emplis à satiété de Bruxelles, nous aurions vite rejoint Berlin, cette ville inconnue que j’hésitais à visiter il y a quelques mois encore…

À suivre