Apartés uchroniques

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Théâtre des Célestins 2006-2007

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samedi 23 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Mémoires d'un tricheur » de Sacha GUITRY le samedi 9 juin 2007

Avec Francis Huster, Yves le Moign’

Décor : Nicolas Sire - Lumières : Laurent Castaingt - Costumes : Pascale Bordet - Illustration sonore : Francine Ferrer

Production : Atelier Théâtre Actuel

Les meilleures choses ont une fin. Mais quelle fin ! Le brigadier retentit soudain dans la salle, douze coups puis trois coups. Je les attendais depuis si longtemps ces trois coups. Pourquoi les trois coups ont ils été supprimés aux Célestins ??? La scène présente un le coin bar d'un restaurant :un comptoir à droite, deux fauteuils à gauche, une table basse entre eux, une fenêtre... Le rouge est de mise. Que disent les Célestins pour présenter la pièce ? « Dans un restaurant des années 30, un homme raconte sa vie au barman. Son histoire commence par le vol de huit sous dans la caisse de l’épicerie familiale. À cause de ce vol, il est privé de champignons. À cause de ces champignons, il devient orphelin. Fuyant la famille où on l’a placé, il devient groom dans un grand hôtel, puis croupier à Monaco. Son goût pour les femmes et l’argent, sa verve et son culot, son absence de scrupule et sa chance insolente feront de lui un tricheur et un conteur fabuleux ».

Et Francis Huster déboule sur scène, étincelant de talent. Guitry dans sa verve splendide, acérée, drôle donne à Francis Huster un rôle extraordinaire qui lui permet d'offrir au public sous le charme le phrasé si particulier du maître. Yves le Moign' est aussi génial en serveur rêveur. J'ai ri, franchement, librement, sincèrement. Cette pièce m'a réjoui et m'a fait oublier les errements de la saison écoulée, les mises en scènes obscures, les textes abscons, l'ennui immense qui a pu me saisir parfois. J'ai ri, j'ai été heureux en écoutant Guitry. C'est le plus important. Merci les Célestins et à la rentrée...

Extraits du spectacle

jeudi 21 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Caligula » de Albert CAMUS le samedi 12 mai 2007

Avec :
Charles Berling – Caligula
Gauthier Baillot – Helicon
Vincent Byrd le Sage - L’intendant
Madi Dermé – Le garde
Jean-Charles Fontana – Octavius
Barbara Jacuaniello – La femme de Mucius
Aristide Legrand – Mercia
Eric Prat - Lepidus
Jo Prestia – Mucius
Frédéric Quiring - Cherea
Attila Toth / Andy Gillet – Scipion (en alternance)
Afra Val d’Or - Caesonia

Collaboration artistique : Florence Bosson - Décor : Christian Fenouillat - Costumes : Sylvie Skinazi et Laure Jéger - Lumières : Marie Nicolas - Son : Yohan Progler - Musique : Julien Civange, Siliwood Music

Production : TProduction : Théâtre de l’Atelier

Avant-dernière pièce de la saison : je grimpe les marches de pierre du théâtre pour prendre la même place, au milieu du rang J et m'enfoncer dans le fauteuil. Un décore de cabaret, un piano à gauche, le comptoir du bar à droite. Au centre, la table d'un banquet, des guirlandes électriques, un désordre de fin de service, de fin de fête, un couple danse, quelqu'un joue du piano. Ils attendent. Le rideau n'est toujours pas baissé. Une fin de vie pour un empire romain proche de la chute. Les lumières de la salle disparaissent, les comédiens s'agitent, la fin commence.

Les Célestins racontent la pièce ainsi : « La cour n’en peut plus d’attendre un empereur qui s’est enfui sans laisser de traces depuis la mort de sa bien aimée soeur Drusilla. Caligula revient bientôt, transfiguré. S’il n’a pas trouvé la paix dans le deuil de celle qu’il a follement aimée, c’est empli, obsédé d’impossible qu’il fait son grand retour à la cour. Les sénateurs comprennent mal ses dires ; car Caligula semble fou, incapable désormais de gouverner. Son discours à première vue incohérent ne l’est que trop et les sénateurs autant que le spectateur s’en rendent bientôt compte. Caligula estime que le monde tel qu’il va n’est pas satisfaisant. Il lui faut l’impossible. C’est dans ce but qu’il demande à l’un de ses conseillers la lune « parce que c’est la seule chose qu’il na pas » il se prête alors à l’exercice d’une liberté sans bornes, faisant régner terreur, crime et absurdité sur le royaume. Cette liberté est d’autant plus effrayante qu’elle est d’une logique implacable : Caligula pervertit systématiquement toutes les valeurs estimables. Au fil de la pièce, Caligula comprend que cette liberté et cette logique ne le mènent à rien. Commence alors le combat d’un être qui n’a sa dimension ni dans le monde des hommes ni au delà. »

Disons-le tout de suite : je n'ai pas aimé la mise en scène de Berling. Il a pris le parti du kitsch (la scène où il apparaît en tutu rose est abominable et ennuyeuse) et se perd dans sa recherche des images de la décadence. Je conviens que c'est un bon comédien qui apporte la limpidité de sa diction pour servir le texte et sa jeunesse (sa presque jeunesse) pour camper une folie totale et malheureuse. Malgré cela, je n'ai pas aimé l'habillage qu'il a fait du texte. Un clien d'oeil à Afra Vald'Or qui a joué la femme d'avant dans la première pièce de la saison... Bilan mitigé. Vivement Guitry et Huster.


Le dossier de presse et le dossier pédagogique...

Interview de Charles Berling et extraits du spectacle




Pièce suivante : « Mémoires d'un tricheur» de Sacha GUITRY le samedi 9 juin 2007

vendredi 15 juin 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « A.D.A l'argent des autres » de Jerry STERNER

Avec :
Avec Daniel Benoin, Caroline Tresca, Simon Eine Marc Olinger, Claudine Pelletier
Metteur en scène Mise en scène : Daniel Benoin
Décor : Jean-Pierre Laporte
Costumes : Nathalie Bérard
Lumière : Daniel Benoin
Vidéo : Benoit Galéra et Jean-Pierre Laporte
Assistante à la mise en scène : Emmanuelle Duverger

Production : Théâtre National de Nice – Les Théâtre de la Ville de Luxembourg

ADA, ADA, ADA DA ? Il s'agissait de ne pas louper cette pièce qui n'offrait que 5 représentations. Damnation, le même jour, les aventures d'Alice étaient racontées dans la salle Célestin. Enfer et boule de gomme : je m'étais emmêlé dans mes réservations en cumulant deux pièces pour le même soir. Bon, malgré des efforts, n'étant jamais parvenu à totalement intégrer les règles de la bilocation, je renonçai à la petite Alice et j'offris la place à mon amie Patricia. Pour une fois, j'arrivai suffisamment tôt pour goûter, confortablement enfoncé dans le fauteuil rouge moëlleux, à la délicieuse sonnerie qui bat le rappel des retardataires : je repérai trois hommes élancés dans la trentaine, costumés de gris et cravatés accompagnés d'une jeune femme dynamiquement grise. Sur la scène, un écran blanc sur lequel défilaient des passants. Un gros bonhomme entra et présenta l'histoire qu'il nous était donné de voir ce soir...Un grand bureau gris, une fenêtre sale, une banlieue triste de Rhodes Island... Laissons la place aux Célestins pour l'histoire : « À Wall Street, Larry est connu comme le loup blanc… On l’appelle le liquidateur. Dénicher une entreprise qui rapportera plus d’argent morte que vivante. En prendre le contrôle. La liquider… Et s’il rencontre une résistance, la guerre est ouverte.
Le jargon financier et l’atmosphère ambiante nous plongent vite dans les dessous de Wall Street. L’affrontement commence sans merci, mais sans caricature, entre deux visions économiques. D’une part, la victime des manigances de Larry est un chef d’entreprise vieillissant dont la droiture morale et sociale est battue en brèche par l’air du temps.
Le charisme du comédien Simon Eine lui donne toute sa dignité malmenée. D’autre part, l’avidité sans limite d’un prédateur cynique, que joue Daniel Benoin, déroutant en salaud sûr de lui. Entre eux, Caroline Tresca perd toutes ses certitudes en avocate dévoyée, se croyant dame quand elle n’est que pion.
Le réalisme implacable de cette représentation du monde financier a des allures de film américain. Mais le théâtre ajoute la proximité de l’intrigue qui flambe devant nous. Sous les enjeux financiers transparaissent les drames intimes et plus encore la survivance de valeurs et d’illusions.
»

J'ai retenu le silence profond de la salle lors de l'assemblée générale qui vit le triomphe de l'immonde représentant des actionnaires assoifés de profit emporter le bon vieux directeur d'usine sincèrement préoccupé par le sort de ses employés (la mise en scène avait placé une caméra au fond du décor et l'orchestre du théâtre, dont l'image était projetée sur un grand écran, jouait le rôle de l'assemblée des actionnaires : je me suis vu pile poil au milieu de l'écran !!! Je suis presque passé à la télé... 2 secondes de gloire devant une salle de plusieurs centaines de personnes - elle est belle ma vie, non ?). Il ne pouvait y avoir d'autre fin que cette double mort, les actionnaires ne pouvaient que préférer leur argent à la vie des travailleurs. Cette pièce a résonné curieusement parce que la campagne présidentielle battait son plein. J'ai apprécié le jeu très humain de Simon Eine, ses emportements montraient la douleur et l'incomprégension d'un homme inadapté à l'évolution du monde économique. Je suis plus réservé pour Caroline Tresca qui, buttant sur quelques mots, m'a paru surjouer son personnage. Je n'ai pas pu départager le ton de Daniel Benoin, le liquidateur : entre cynisme et ennui ? Globalement, la pièce a été une heureuse surprise, un bon moment avec des répliques ciselées et la démonstration que face à l'argent, peu de choses résistent, et rarement l'humanité...

En sortant de la salle, je retrouvai les hommes et la femme en gris : ils accompagnaient le minsitre de la justice en sursis, Pascal Clément, encore en fonction pendant quelques heures... J'ai une vie passionnante !

Le dossier de presse et le dossier pédagogique...

Extraits du spectacle




Pièce suivante : « Caligula » de Albert CAMUS le samedi 12 mai 2007

vendredi 18 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Semianyki » du TEATR LICEDEI

Avec :
Olga Eliseeva : La mère
Alexander Gusarov : Le père
Marina Makhaeva : L’aînée des filles
Kasyan Ryvkin : Le fils aîné
Elena Sadkova : Le bébé
Yulia Sergeeva La cadette

Directeurs de l’académie de clown : Anna ORLOVA, Anvar LIBABOV
Scénariste, décorateur et metteur en scène : Boris PETRUSHANSKY
Directeur artistique de la troupe et doyen de l’académie de clown : Victor SOLOVIEV
Producteur et administrateur de la compagnie : Valery MINEEV
Traducteur et accompagnateur : Georges ANDGOULADZE
Découvreur de talent André GINTZBURGER
Sans oublier :
Régie plateau et effets spéciaux : Ravil BAYGELDINOV
Régie lumières : Valery BRUSILOVSKIY
Régie son : Sergey IVANOV
Régie plateau : Nikolay ORLOV
Costumes : Anna MAMONTOVA

Une amie m'avait dit que je serais étonné par ce spectacle, que mon âme d'enfant me ferait apprécier la pièce : je la pressais de questions, en vain. Toujours la même place centrale de la rangée J : la salle est pleine. La scène est cachée derrière une grande toile blanche. La sonnerie retentit, le message annonçant la pièce fait presque taire les conversations puis, quelques instants plus tard, une femme apparaît, enceinte jusqu'aux oreilles et tire sur la toile. Je découvre un véritable capharnaüm, du linge pendu, une table, un vieux piano, des poupées suspendues, en fait l'intérieur d'une habitation kitsch version Emmaüs avant retapage des objets. C'est la mère de la famille déjantée qui va envahir la scène et la salle : père et mère et quatre enfants dont un bébé en couche. La folie débarque sur les planches et va emporter les spectateurs qui deviendront eux-même comédiens. La salle est la scène, la scène est la salle.

Voilà ce que disent les Célestins pour résumer la pièce : « Le père alcoolique, colérique, torturé par ses enfants menace de quitter le foyer ; la mère, énorme, maquillée comme un pot de peinture, tient la maisonnée et menace d’accoucher. Les garnements tortionnaires sont irrécupérables : l’aîné hirsute est un demi-dieu de la mécanique abracadabrante, de la formule mathématique crayonnée un peu partout sur des tableaux qu’il s’invente, des symphonies fantômes qu’il fait jouer sur des harmonicas imaginaires. Les deux cadettes sont folles, tout simplement. Quant au bébé, il tire derrière lui tout ce qu’il peut trouver, surtout un cheval qui pète en rythme et chie des balles de ping-pong ».

Comment parler d'une pièce où tout semble partir dans tous les coins, sans ordre apparent et sans aucune parole ? Le troupe du Théâtre Licedei est une troupe de clowns russes et son jeu me rappelle ces numéros que l'on voyait du temps de l'Ortf de mon enfance, provenant des pays de l'Est. Je n'ai jamais ri devant les grimaces des clowns. Mais là, ce fut différent parce que soufflaient des vents de folie et de poésie sur cette caricature du quotidien d'une famille russe. J'ai aimé rire avec la salle, j'ai aimé la prise à partie des spectateurs, j'ai aimé la connivence qui s'est rapidement établie entre la scène et la salle. J'ai particulièrement apprécié un moment de pure beauté pour moi. J'ai été emporté dans la bousculade générale, par l'énergie du jeu et la mélancolie finale. Un très beau spectacle, un très beau moment, une parcelle précieuse de bonheur...

« Riez, s’il vous plaît, riez, nous attendons vos rires… Mais aussi, de vous, spectateurs d’un pays qui n’est pas le nôtre, peut-être quelque chose de plus… ? D’avance merci ! » - Collectif Licedei

Le dossier de presse et le dossier pédagogique...

Extraits du spectacle


Pièce suivante : « A.D.A l'argent des autres » de Jerry STERNER, le samedi 12 mai 2007

mercredi 16 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Du malheur d'avoir de l'esprit » de Alexandre GRIBOÏEDOV

Avec :
Philippe Torreton : Tchatski
Roland Bertin : Famoussov
Jean-Paul Farré : Répétilov
Ninon Brétécher : Sofia
Chloé Réjon : Liza
Louis-Do de Lencquesaing : Moltchaline
François Cottrelle : Skalozoub
Jean-Marc Roulot Platon : Mikhaïlovitch
Emilie Lafarge Natalia : Dimitrievna
Martine Bertrand : La vieille Khliostova
Suzy Rambaud : La princesse
Jean-Marie Frin : Zagoretski
Louis Merino : Un domestique
Catherine Herold : La comtesse Khrioumina
Jézabel d’Alexis : La petite fi lle de la comtesse
Véronique Dossetto : Une domestique
Dominique Pacitti : Une domestique
Stéphane Bientz : Un domestique
Jacques Dupont : Le prince Tougooukhovski
Marie-Thérèse Boiton Rivoli : Une invitée
Monique Murawsky : Une invitée
Pêche : Une invitée
Michel Barsky : Un invité
Guy Faucher : Un invité
Léon Kolasa : Un invité

Metteur en scène : Jean-Louis Benoit - Assistante à la mise en scène : Raphaëlle Spencer - Traduction : André Markowicz - Lumière : Joël Hourbeigt - Lumière : Joël Hourbeigt - Dramaturgie : Arielle Meyer MacLeod - Costumes : Marie Sartoux, Alain Chambon - Son : Jérémie Tison - Décor : Alain Chambon - Perruques et maquillages : Cécile Kretschmar - Stagiaire à la mise en scène : Kéti Irubetagoyena

Production : Théâtre National de Marseille La Criée en coproduction avec le Théâtre National de Chaillot

La saison touche à sa fin et bientôt, je ferai le bilan des 15 pièces vues. Pour l'heure, il me rattraper le retard dans mes relations des pièces vues. C'était le 21 avril 2007. J'avais noté la présence de Philippe Torreton et mes préjugés m'avait miné le moral : je n'apprécie pas particulièrement le comédien, notamment après l'avoir vu dans le cours de l'automne 2005 dans le rôle-titre de Richard III. J'avais alors détesté le jeu maniéré et la transformation du roi fou en une folle aigrie et désespérée. Je dis bien folle parce que j'avais regretté ses mimiques appuyées et son habitude agaçante de n'agiter qu'une main lorsqu'il est en colère tout engardant l'autre le long du corps. Voulez-vous un dessin ? Partant, j'allais à reculons au théâtre ce soir là. Toujours aussi bien placé, au milieu du rang J, j'eus le loisir d'admirer le décor sobre mais grandiose, faute de rideau : des lambris de bois clair figuraient la richesse d'une demeure princière russe du début du XIXe siècle. Une table, des fauteuils, une horloge complétaient, entre autres, le décor. La lumière s'allumat sur une jeune femme endormie sur la table.

Je laisse la parole aux Célestins pour le résumé de la pièce : « Un matin, Tchatski revient à Moscou après une absence de trois ans, brûlant de retrouver une amie d’enfance, Sofia, fille d’un haut fonctionnaire, Famoussov. On l’accueille froidement. Avec l’impatience – et la naïveté - des amoureux, il doute encore de son malheur et veut aussitôt savoir la vérité : Sofia aime-t-elle un rival ? Serait-ce Skalozoub, cet offi cier bête et avantageux ? Ce ne peut être Moltchaline, ce petit intrigant silencieux et servile ! Pourtant, le spectateur le sait, c’est Moltchaline qui est aimé : Sofi a, blessée par le départ de Tchatski a paré son nouvel amour de vertus imaginaires, et il joue docilement son rôle d’amoureux respectueux, tout en lutinant la servante Liza. Le soir, lors d’un bal chez Famoussov, Tchatski retrouve le tout-Moscou : vieilles dames tyranniques, parasites, tricheurs, filles à marier stupides, maris abrutis. Plaisantant Moltchaline, il provoque la contre-attaque de Sofia qui ne dément pas un bruit absurde : Tchatski serait devenu fou ! Après la réception, voulant à tout prix résoudre l’énigme, Tchaski se cache derrière un pilier et entend des propos sur sa « folie » qui mettent le comble à son exaspération. Mais voici le coup de grâce : une déclaration à Liza de Moltchaline, que surprend aussi Sofia. Tchatski laisse là Sofi a en larmes, et avec elle Moscou, allant « chercher par le monde un refuge pour le sentiment offensé ». « Ma voiture ! Ma voiture ! » seront les derniers mots du voyageur condamné à l’errance ».

Epoustouflant ! J'ai particulièrement apprécié cette pièce. Je ne reviens pas sur le décor sobre et efficace mais sur le jeu de Torreton. Il m'a étonné et charmé. Je laisse de côté sa habitude décrite plus haut pour reconnaître la qualité de ce comédien. Il a campé un Tchatski à l'esprit fort qui est consterné par la l'étroitesse de réflexion de ses contemporains et qui, blessé, trahi par l'amour et rejeté, cache sous la colère et les emportements (une saine colère ? - sic) son amertume et son effroi de l'humanité finalement peu louable. Si le personnage est insupportable parce qu'il nous renvoie à nos propres faiblesses, Torreton livre un homme d'esprit précis, incisif, à la diction claire et précise. Sofia est le contrepoids humble au brillant rôle. Mais la présence de Torreton est telle que je pouvais détacher mon regard de l'homme, fasciné par sa maîtrise. Chapeau à Torreton, pour une fois !

La traduction de André Markowicz restituait la versification d’origine et nous avons pu vraiment apprécier la musicalité du texte.

Le dossier de presse et le dossier pédagogique...

Interview de Philippe Torreton


Au fait, le week-end me combla tout à fait en offrant un dimanche au parfum de victoire prophétique ;-)

Pièce suivante : « Semianyki », par le Teatr Licedei, le samedi 5 mai 2007

lundi 14 mai 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Hedda Gabler » de Enrik IBSEN

Avec :
Lars Eidinger : Jørgen Tesman, enseignant en histoire culturelle
Katharina Schüttler : Hedda Tesman, sa femme
Lore Stefanek : Mademoiselle Juliane Tesman, sa tante
Annedore Bauer : Madame Elvsted
Jörg Hartmann : Monsieur Brack
Kay Bartholomäus Schulze : Eilert Løvborg

Scénographie : Jan Pappelbaum - Dramaturgie : Marius von Mayenburg - Costumes : Nina Wetzel - Lumières : Erich Schneider - Vidéo : Sébastien Dupouey - Musique : Malte Beckenbach

Production : Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin

Hedda Gabler ! Hedda Gabler ! Un ami m'avait dit le plus grand bien de cette pièce d'Ibsen. Je l'ai cru sur parole car cet ami a souvent eu des avis éclairés. Mais une petite prévention s'insinuait petit à petit au fur et à mesure que la date de la réprésentation approchait : le metteur en scène, Thomas Ostermeier est allemand, les comédiens sont allemands, la pièce est jouée en allemand avec surtitres en français. Une pièce d'un écrivain norvégien jouée en allemand dans un théâtre français. Je confesse humblement ne pas être un inconditionnel des versions originales : je ne sais pas apprécier à sa juste valeur un dialogue sous-titré dans une autre langue que la mienne. Faute de connaissance linguistique, faute de curioisté, certains diront faute d'intelligence...

Résumé de la pièce (copié-collé du dossier de presse téléchargeable ci-dessous) : « Hedda Gabler, fille d’un général prestigieux, vient de se marier à l’ambitieux historien Tesman, qui convoite un poste de professeur à l’université. Sûr de cette promotion, il a souscrit un emprunt pour acheter une villa digne des prétentions de son épouse. Son rival Løvborg, plus séduisant et plus doué, a vu autrefois ses avances repoussées par Hedda. Ce brillant esprit qui s’abrutissait dans des clubs malfamés, n’offrait pour elle aucune perspective de sécurité fi nancière et sociale. Revenue dégrisée de sa lune de miel, Hedda apprend aujourd’hui que Løvborg a abandonné sa vie de Bohême. Il a écrit un ouvrage scientifi que qui fait sensation et dont l’écho retentissant met en péril l’attribution du poste de professeur à Tesman. Hedda craint de voir ses projets d’avenir anéantis et sombre dans une folie meurtrière ».

Très bien placé, j'arrive à l'heure, vaguement inquiet... Pas de rideau baissé, la scène présente un appartement avec deux canapés disposés en angle et une baie vitrée. Les canapés sont sympathiques, ils me rappellent ceux de la marque BO Concept. La pièce a été écrite à la fin du XIXe mais le parti pris du metteur en scène est de la rendre actuelle (éternelle discussion déjà abordée dans un précédent billet). Pourquoi pas ? Quelques spectateurs râlent en découvrant les trois écrans pour les surtitres : deux en hauteur et un au raz de la scène. Assis au milieu du rang J, je vais devoir lever sans cesse les yeux. Et je n'ai pas pris mes lunettes : mes lentilles vont me gêner toute la soirée. La pièce commence. Hedda Gabler n'a pas de poitrine du tout. Je ne suis pas obsédé par la poitrine féminine mais bon... Et mes yeux jonglent entre la scène et les surtitres. Et je ne comprends rien à l'allemand. J'essaye de me souvenir de la pièce dont j'ai fini la lecture quelques heures auparavant. Vainement, je guette les scènes confusément embourbé dans les dialogues gutturaux qui me sont étrangers. Une femme, derrière moi éclate régulièrement de rire. Elle doit comprendre la langue de Goethe ou elle a fumé avant d'entrer. Je ne ris pas. Et la pièce dure et mes yeux piquent et je somnole quelques instants et la carcasse du fauteuil me rentre désagréablement dans le fondemement. Je n'en peux plus, j'abandonne une demi-heure avant la fin, je me lève et quitte la salle en remontant la rangée. Dehors, l'air est frais. J'aspire une grande bouffée salvatrice.

Je décide de boire une bière dans un bar de la rue des quatre-chapeaux. Seul assis sur un haut tabouret. Je m'en moque.

Encore une pièce de cette saison dans laquelle une femme se sent frustrée lorsque ses desseins ne se réalisent pas et qu'elle sent la domination qu'elle veut exercer sur son entourage lui échapper totalement. Curieusement, elle aussi se réfugie dans le sang pour régler ses problèmes... Pourquoi toutes les femmes du théâtre ne sont-elles pas comme Antigone : « Je ne suis pas née pour partager la haine, je suis née pour partager l’amour ». Hedda me parait dérisoirement une enfant qui refuse de reconnaître que les autrespeuvent vivre sans elle. Elle n'accepte pas de ne pas être le centre du monde, elle n'accepte pas d'avoir fait le choix de la fortune contre le choix du coeur, elle n'accepte pas son erreur de jugement et préfère tout effacer par la mort. Je n'ai trouvé aucun humour dans la pièce, rien qui prête à rire : tout est tragique, de la volonté de l'héroïne qui veut avoir le pouvoir sur une vie humaine à son refus du scandale lorsqu'elle, dit, par anticipation d'un écho terrible à la dernière phrase de la pièce, « des choses pareilles, on ne fait pas ça ici » en parlant d'un sucide au pistolet. Tout est tragique dans cette obstination à ne pas être la femme de son mari mais la fille de son père, qui joue avec les révolvers qu'il lui a légués. Tout est tragique dans son refus de la féminité, de la séduction qu'elle inspire au conseiller Brack et sur laquelle il va tenter de prendre le contrôle de sa vie. Tout est tragique dans le désamour qu'elle porte finalement à Tessman, son mari, terne professeur en train de rater sa carrière. Cette pièce est tragique. Pourquoi alors cette spectatrice a-t-elle ri si souvent ? Ses rires m'ont déstabilisé : n'aurais-je pas compris la pièce ? « Mais miséricorde... on ne fait pas des choses pareilles ». Rideau !


Le dossier de presse et le dossier pédagogique...

Extraits du spectacle


. Pièce suivante : « Du malheur d'avoir de l'esprit », de Alexandre Griboïedov, le samedi 21 avril 2007

Mise à jour du 16 mai 2007,à la suite du commentaire de Sin : Après y avoir réfléchi cette nuit, je reconnais que la comédienne qui a joué Hedda était très bonne, balançant entre femme-enfant et manipulatrice. J'ai aussi apprécié Løvborg, déterminé puis ensuite perdu.
Que penser en revanche du parti pris de transférer cette critique de la bourgeoisie norvégienne de la fin du XIXe siècle, avec les costumes rigides, reflets de la caste qui les arbore, dans un présent aux formes incertaines et, partant, assez fade car trop passe-partout ? Je me demande si la charge dramatique n'a pas été affaiblie.

samedi 31 mars 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Méphisto rien qu'un acteur » de Mathieu BERTHOLET

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Juan Bilbeny, Felipe Castro, Jeanne De Mont, David Gobet, Christophe Grégoire, Stéphanie Leclercq, Jacques Michel, François Nadin, Yvette Théraulaz et Graziella Torrigiani

Collaboration artistique : Arielle Meyer MacLeod - Scénographie : Anna Popek - Costumes : Paola Mulone - Lumières : Rinaldo Del Boca - Musique : Michel Wintsch - Chorégraphie : Tane Soutter

Production : La Comédie de Genève - Spectacle présenté dans le cadre de La belle voisine - Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture

Il y a quelques semaines, j'avais vu « Les Damnés » de Luchino Visconti (1969), cette chronique horrible d'une riche famille qui se perd dans le nazisme après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933. J'avais été marqué par la fascination qu'exerçèrent l'idéologie et le régime nazis sur les classes privilégiées et par le jeu troublant d'Helmut Berger. J'avais donc pris soin de lire le dossier de présentation de la pièce et avais retenu les astuces de la mise en scène qui titillaient mon impatience.

Un grand cube subdivisés en quatre cubes, est planté sur la scène. Deux escaliers se croisent au fond. Tout au long de la pièce, les comédiens vont jouer dans chacun des quatre cubes. Gründgens, comédien qui excelle dans le rôle de Méphisto, se rallie au nazisme pour sauver sa carrière tandis que Erika et Klaus Mann, les enfants de Thomas Mann, ses anciens compagnons, choisissent la voie de l'exil au moment de la montée en puissance du pouvoir hitlérien. Chacun de leur côté, ils éprouveront la douleur de l'abandon l'un en se faisant le complice de la barbarie nazie, les deux autres en luttant contre la solitude de l'exil. A la fin de la guerre, rien ne sera comme avant.

L'idée des cubes étaient bonne : l'idée de dédoubler les cubes était encore meilleure. L'idée de jouer toute la pièce en circonscrivant les scènes dans l'espace cubique était finalement, mon goût, trop réductrice des mouvements. Cette mise en scène (en espace, pour faire hype) m'a lassé pour finalement me détourner de l'histoire. Je n'ai pas retiré le plaisir que j'escomptais car il fallait sans cesse que je passe d'un cube à l'autre pour suivre les scènes qui s'enchaînaient. Le jeu des acteurs m'a paru bon mais j'ai retenu la prestation de Christophe Grégoire. Le bilan est mitigé au point que je n'ai applaudi que quelques instants. Il n'y eut aucun rappel, la salle était à moitié vide. C'est la dure condition du comédien qui doit jouer devant une salle à peine remplie à moitié.



Le dossier de presse ...

Extraits du spectacle


Vous pourrez voir la mise en scène à la puissance cube.

Pièce suivante : « Hedda Gabler », de Mathieu Bertholet, le samedi 31 mars 2007, à 20 heures, place J-1 ;-)

samedi 17 mars 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Les Barbares » de Maxime GORKY

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Gaëlle Camus, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Gilles Defacque, Alain D’Haeyer, Pascal Dickens, Frédérique Duchêne, David Fauvel, Christophe Grégoire, Stéphane Jais, Eric Lacascade, Christelle Legroux, Daria Lippi, Millaray Lobos, Grégori Miege, Arzela Prunennec, Maud Rayer, Virginie Vaillant

Dramaturgie : Vladimir Petkov - Scénographie : Philippe Marioge - Costumes : Marguerite Bordat - Lumières : Philippe Berthomé - Son : Frédéric Deslias

Production : Centre Dramatique National de Normandie, Comédie de Caen
Coproduction : Festival d’Avignon - Festival Automne en Normandie - Célestins, Théâtre de Lyon
Avec le soutien du Conseil Régional de Basse-Normandie et du Conseil Général du Calvados - Avec la complicité du Prato, Théâtre International de Quartier-Lille et la Compagnie Lacascade

Gorky, Gorky... le nom d'un parc de Moscou, le nom d'un film que je ne connais pas. Mais aussi le nom de l'auteur de la pièce que je devais voir ce samedi 3 mars aux Célestins. Hop, quelques recherches sur Google, pour rafistoler la couche de vernis culturel que je m'efforce de maintenir avenante et me voila avec le livre « Les Barbares » entre les mains (traduction d'André Markowicz). Bon, une vingtaine de personnages, un environnement politique dont je ne raffole pas et cette habitude des russes d'interpeler l'autre par ses deux prénoms, habitude drôle mais éprouvante (le premier qui m'appelle Fabrice Sylvain je l'abandonne dans une steppe d'Asie avec Borodine) et me voilà plongé dans le réalisme social d'avant la grande révolution prolétarienne. Cela promettait pour la pièce...

Aucun retard ce soir là... Une place centrale - merci la jolie et souriante vendeuse des Célestins pour m'avoir si bien placé cette année - je suis partant pour le même placement pour la prochaine saison ;-) et je regarde la scène : une palissade de bois, quelques vagues bicoques, une caisse en bois de bière, un pauvre hère qui chante des chansons américaines en s'accompagnant d'une guitare (une balalaïka me soufflerait Lara et Jivago mais je n'en suis pas certain). 1905 : des ingénieurs du chemin de fer envahissent la vie tranquille d'une petit village perdu au fond d'une Russie encore tsariste, avec ses notables, ses rebelles, ses silences, ses désires inavoués et surtout la volonté farouche de survivre. Au final, les plus perturbés ne seront pas les moujiks mais bien les ingénieurs. Raconter la pièce est impossible mais vomir le spectacle ne nécessite aucun effort.

Dieu que deux heures vingt sont longues dans un fauteuil qui finit par s'ennuyer autant que moi en me rappelant à son bon souvenir avec ses montants en bois qui me rentrent dans le fondement sans vergogne ! J'ai vu des comédiens éructer, jouer des porcs, exposer un torse hirsute ou une poitrine galbée et sensuelle, j'ai regardé une pastèque voler et éclater au sol (curieusement, j'en viens à m'interroger sur la propagation des odeurs depuis la scène car très vite j'ai senti la fraîcheur de la chair rouge titiller mes papilles), des crachats arroser le premier rang et subi tout le reste à l'envi dans le registre de la bêtise. J'avais pris le soin de terminer le livre avant la pièce et de suivre rapidement avec le texte sur les genoux et là, enfer et damnation, j'ai constaté que le metteur en scène avait procédé à des coupes franches dans le texte. Voilà M. Lacascade qui considère que sa mise en scène vaut largement le texte d'un écrivaillon pro révolutionnaire et qui décide de s'affranchir du texte pour mieux servir sa seule gloire. Pourquoi ne pas avoir inscrit sur l'affiche « Les Barbares » vaguement inspiré de Maxime GORKY et modestement réécrit par ERIC LACASCADE ? Non, vraiment, cette pièce fut une épreuve ennuyeuse : la mise en scène met en pièce le livre et rend incompréhensible le propos de Gorky. Pourquoi avoir montré certains villageois comme des gorets immondes et vicieux ? Pourquoi avoir précipité tant de confusion sur scène ? Les comédiens dégueulent leur texte, je ne sais pas qui répond à qui, tout est embrouillé, je suis vite perdu. Quelques rares images touchantes surnagent difficilement dans cette soupe écoeurante. Je n'ai pas applaudi, je n'ai pas été le seul d'ailleurs, aucun rappel n'a salué la pièce. Aucun désir suscité, Claudia, que de l'ennui... Si, un seul désir, celui de partir et d'oublier très vite.

En cherchant sur internet, un petit article sur la pièce présentée à Avignon en 2006 : Exorde Il faut bien rire un peu.

Le dossier de presse ? Rions encore...

Extraits du spectacle

Prochaine pièce : « Méphisto rien qu'un acteur », de Mathieu Bertholet, le samedi 17 février 2007, à 20 heures, place J-3 ;-)

lundi 19 février 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Love letters » de Albert Ramsdell Gurney

Heureusement que mon abonnement au théâtre est là pour m'extirper de la mélancolie dans laquelle je me vautre depuis quelques jours... Huit heures moins le quart, la pluie a cessé en fin d'après-midi mais les pavés sont encore humides tandis que je presse le pas. Le manteau déposé, je m'assois au milieu du rang J, place 3. J'enlève ma veste jette quelques regards sur mes deux voisines, tentant de surprendre leurs conversations avec leurs conjoints respectifs.

Adaptation : Anne Tognetti et Claude Baignères - Décor : Antoine Platteau - Lumières : Marie Nicolas - Son : Frédéric Sanchez

Avec :
Anouk Aimé : Alexa
Jacques Weber : Thomas

Production : Théâtre de la Madeleine, Théâtre de la Porte Saint Martin

La scène est noire. Une grande table, un fauteuil à gauche, une chaise à accoudoirs à droite, un verre d'eau et une pile de feuilles devant chacune d'elle, à gauche, un lustre à pampilles, le décor est sobre. Le rideau du fond de scène livre le passage à Alexa et à Thomas. Je ne sais plus, à l'instant où j'écris ce billet, qui commence à lire une lettre. Alexa et Thomas sont deux enfants, dans la même école, deux camarades de jeu insouciants dans ces années trente que l'on dit folles. Des mots d'enfants pour jouer à dire l'amour. Et les enfants deviennent adolescents, partent étudier et creuser le sillon de leur vie personnelle. Alexa, bohème, plonge dans la peinture. Thomas excelle au barreau, réussit son mariage et se fait élire sénateur au milieu de sa famille forcément aimante et solide. Leur correspondance est rythmée par les vœux de bonne année si formels de Thomas, par la solitude d'Alexa dans sa lutte contre l'alcool. Derrière des mots banals mis bout à bout, quelques aveux timidement cachés dans des phrases de circonstances s'échappent de leur vie respective pour enfin joindre leurs âmes. Leur amour éclate entre deux silences, un amour si fort que Thomas finira par confesser qu'il est unique. Mais le carcan de la société puritaine retient ses élans tandis qu'Alexa comprend qu'elle ne peut plus vivre sans lui. Elle ne veut plus vivre, tout simplement.

La salle a ri, la salle a applaudi, j'ai ri, j'ai applaudi (après avoir piqué du nez plusieurs fois). Anouk Aimé (je n'avais pas relevé son âge avant de lire le programme...) est très convaincante dans ce rôle de femme perdue qui n'a pour seul repère que son amour d'enfance. S'il est vrai qu'elle nous renvoie toujours l'image de la femme amoureuse de Lelouch, une éternité nostalgique qui nous réchauffe le cœur, Anouk Aimé tend à donner de l'épaisseur et de la chair à un texte qui, somme toute, lu sans elle, pourrait être presque banal. Jacques Weber est un peu plus en retrait, semblant parfois plus lire son texte que le vivre (tiens, une question me taraude l'esprit : les comédiens prenant une lettre l'une après l'autre, le texte était-il écrit sur chaque page ?) et son détachement déséquilibrait, à mon goût, le jeu. Anouk Aimé a joué cette pièce avec Philippe Noiret et Jean-Louis Trintignant : comment étaient-ils ?

Une belle soirée mais je finis par me demander, après cette nouvelle pièce qui succède aux autres, cette saison, si les femmes ne peuvent aimer qu'une seule fois...

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Prochaine pièce : « Les barbares », de Maxime Gorki, le samedi 3 mars 2007, à 20 heures, place J-2 ;-)

samedi 27 janvier 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « La version de Brownings » de Terence Rattigan

Collaboration artistique : Laurent Caillon - Assistante à la mise en scène : Dyssia Loubatière - Scénographie : Jean Haas assisté de Julien Tesseraud - Lumières : Dominique Fortin - Costumes : Cidália Da Costa assistée de Anne Yarmola et Hafid Bachiri - Maquillages : Laurence Otteny assitée de Marie-laure Texier - Construction décor : Atelier François Devineau

Avec :
Sébastien Accart : Taplow
David Assaraf : Peter Gilbert
Sylvie Debrun : Millie Crocker-Harris
Claude Lévêque : le directeur
Alain Libolt : Andrew Crocker-Harris
Adeline Moreau : Mme Gilbert
Vincent Winterhalter : Frank Hunter

Production : Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers et Scène Indépendante Contemporaine.
Le texte de la pièce est publié aux Éditions Les Solitaires Intempestifs. La pièce The Browning Version de Terence Rattigan est représentée par l'agence Drama-Suzanne Sarquier (dramaparis@dramaparis.com) en accord avec l'agence ABR à Londres.

Ce spectacle a reçu deux Molières en 2005 : celui de la meilleure mise en scène et celui de la meilleure adaptation d’une pièce étrangère

Hors de question d'être en retard ce soir. Il fallait que j'arrive suffisamment tôt pour gagner ma place (au centre de la rangée) sans perturber les spectateurs arrivés à l'heure. Une fois le chien dégonflé et rangé dans un placard après sa promenade d'après vêpres, je gagnai en hâte le théâtre. Passant devant les cuisines de la brasserie Francotte (l'ancien restaurant de Christian Bourrillot), je humai un fumet dont le souvenir me tracassa l'estomac durant toute la soirée. Las, le soin que je pris à presque courir dans les rues ne me permit que d'être accueilli dans l'atrium par la sonnerie appelant les spectateurs à rejoindre leur fauteuil. Et voilà que je dûs enjamber les pieds de mes futurs voisins de rangée en ânonnant pardons et excuses et tentant d'ôter ma veste discrètement en prévision de la chaleur certaine de la soirée. Un léger sursis m'autorisa à savourer les décors de la salle (dont je finirai par pouvoir réciter le détail par coeur) en écoutant la mâle annonce des dernières consignes. Une femme occupait la loge de gauche, en surplomb de la scène. Quelle vue peut-on avoir de cette place. Pendant quelques instants, mon esprit vagabonda entre des rêves phantasmagoriques, des désires tus et des uchronies qui bousculèrent ma réalit si tangiblement monotone.

Ce soir-là, le rideau de scène se releva et je découvris les bancs disposés en gradins et la chaire vide du professeur qui les sommait. A gauche, un tableau noir présentant en grec l'Odyssée. Au premier rang, Tuplow, blond lunetteux, s'applique à sa version. Le professeur Hunter, vétu de sa robe, entre. En cette fin d'année scolaire, dans une high school anglaise des années cinquante, un étudiant attend son professeur pour rattraper un cours, indispensable à son passage en classe supérieure. Surpris par la présence du jeune homme blond, Hunter engage une conversation qui tourne bientôt autour du redouté Crocker-Harris, le Croco pour les étudiants. Millie, sa femme apparaît et éloigne Tuplow en l'envoyant chercher le médicament indispensable à son cardiaque de mari. Seule avec Hunter, elle se jette dans les bras de son amant avant que Crocker-Harris n'entre aussi. Et la pièce prend son rythme : un professeur, convalescent après un accident cardiaque, est contraint à partir pour une autre école après dix huit années de service seulement préoccupé par la hauteur de sa tâche et la passion de l'enseignement. Hiératique, rigide, ses phrases tombent sèches et coupantes en taillant le portrait d'un professeur rigoureux craint par ses élèves. Mais les évènements vont mettre à mal cette forteresse manifestement inexpugnable : l'amant qui renonce à prendre sa place, le successeur impatient mais totalement inexpérimenté, le refus incompréhensible d'une pension par l'administration et l'étudiant qui offre une traduction d'Agamemnon d'Eschyle dans la version de Browning et fait exploser au visage du vieux professeur une jeunesse désespérément perdue. Jusqu'à la demande du directeur de priver Crocker-Harris de l'honneur qui lui revient en qualité de doyen de prononcer le dernier discours lors de la fête de fin d'année. Toute sa vie s'abime dans un gouffre sans fond et les sanglots qui secouent le vieil homme sont l'aveu terrible de son impuissance devant sa vie d'échecs. Au bord de l'infarctus, Crocker-Harris trouve dans la simplicité du cadeau de Tuplow la raison de se battre et de reprendre en main son destin en envoyant promener sa femme infidèle et le directeur indélicat.

Voilà une très belle pièce dans laquelle l'auteur montre le cheminement d'un homme qui affronte l'inquisition de sa conscience à la lumière des années de dureté et de détestation qu'il a inspiré. L'introspection qu'il subit lui ouvre les yeux sur l'amour de son métier, l'affection qu'il porte à ses élèves, acceptant au fil de jeux de mots lancés comme autant de sourires dissimulés qu'ils le brocardent et partant, découvrent son humanité. Voilà une trèsbelle pièce, jouée avec beaucoup de justesse.

Alain Libolt transforme magistralement un Crocker-Harris sévère et distant en un homme passionné et aimant son métier et les autres. J'ai apprécié le jeu de Sylvie Debrun lorsque Millie Crocker-Harris voit son amant la quitter et son mari s'éloigner, las de dissimuler cette liaison qu'il connaissait depuis si longtemps. Son désarroi est touchant. J'ai trouvé Vincent Winterhalter un peu en retrait dans son rôle de Frank Hunter. Sébastien Accart, déjà vu dans « la femme d 'avant » donne un Taplow à la diction hachée et trop régressive qui tire ses répliques vers un côté enfantin agaçant (d'autant plus que je me souvenais de sa prestation dans la pièce précédente et notamment l'une de ses scènes très sensuelle).

Le public a partagé mon enthousiasme, les comédiens ont été bissés plusieurs fois par des applaudissements nourris et chaleureux. Dans les escaliers, j'ai entendu la satisfaction des autres spectateurs notamment lorsqu'une femme dit à son amie qu'il s'agissait, pour le moment, de la meilleure pièce de la saison.

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Extraits du spectacle

Prochaine pièce : « Love letters », de Albert Ramsdell Gurney, le samedi 10 février 2007, à 20 heures, place J-3 ;-)

jeudi 18 janvier 2007

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Dis à ma fille que je pars en voyage » de Denise Chalem

Décor : Chantal Thomas - Costumes : Cidália Da Costa - Lumières : Gaëlle de Malglaive - Son : Philippe Donnefort
Coproduction : Théâtre de l’œuvre - Compagnie Horus Théâtre - Sofithéa et FLB - avec l’aide du Centre Dramatique National des Alpes

Avec :
Christine Murillo : Dominique
Denise Chalem : Caroline
Christine Guerdon : les surveillantes
Ce spectacle a reçu deux Molières en 2005 : Molière de la meilleure comédienne pour Christine Murillo, Molière du meilleur spectacle de création française

Pendant tout l'après-midi, je me demandai si je devais assister à la représentation de la pièce après avoir appris la mort de ma grand-mère. Honorerais-je plus sûrement sa mémoire en restant chez moi, abimé dans les souvenirs et les pleurs ? Serais-je moins respectueux du deuil familial en allant au théâtre ? Je pesai longuement la décision, en tenant compte du sujet de la pièce, comme je l'avais évoqué précedemment. Et puis je me pressai dans les ruelles sombres pour ne pas arriver en retard. Avec une certaine appréhension, je m'assis à la corbeille, assailli par la sempiternelle chaleur de la salle. Dans le fauteuil de droite prit place une femme à la soixantaine triomphante dont j'appris, au cours d'une courte discussion, qu'elle jonglait entre ses abonnements au théâtre et à l'opéra. Je sautai sur l'occasion (sic) pour lui demander son avis sur la pièce précédente : elle me confia qu'elle avait trouvé la Balibar très mauvaise chanteuse et qu'elle avait cru que sa voix vilaine n'était que passagère et due à un problème de santé. Je la détrompai en lui confirmant que dès la création du spectacle à Aix en Provence, la critique avait raillé son interprétation vocale détestable. Nous convînmes que la pièce avait été tout sauf drôle. Au surplus, elle avait trouvé les décors laids et tristes. Mon malaise était ainsi partagé !

Soudain, la sonnerie appela les retardataires à gagner leur fauteuil.

Une lumière pâle se leva sur une cellule sale, encombrée de deux lits. A droite, une cuvette de WC à l'anglaise, un lavabo, une poubelle. A côté, des étagères vides. Une table au milieu, une télévision à gauche. La porte de la cellule s'ouvrit sur une femme apeurée qui sursauta au claquement de la fermeture. Caroline, parvenue convaincue de faux en écriture, serrait contre elle sa valise. Elle tressaillit lorsque Dominique, sans autre âge que les années d'emprisonnement qui s'étaient abattues sur elle, pénétra dans la cellule. Pas un mot ne fut échangé, pendant de longues minutes, entre ces deux femmes qui ne semblaient avoir en commun que la peine qu'elles avaient reçues. Au fil de l'histoire, les deux femmes comprirent que leur humanité était la seule raison de vivre entre ces quatre murs et, bientôt, Dominique montra sa personnalité tendre et attachante alors que Caroline prit l'assurance qui lui manquait pour devenir la vraie force du tandem. Mais la prochaine libération de Dominique vint rompre les liens qui unissaient les deux compagnes d'infortune. Que ferait-elle rendue à la vie ? Elle ne trouva sa réponse que dans la fuite ultime de son suicide. Rideau sur une femme en pleurs.

Chrisitine Murillo a campé une prisionnière bourrue avec un très grand talent. Elle m'a semblé ne pas jouer seulement un rôle mais être vraiment cette femme délaissée au fond d'une cellule qui ne voulait qu'une seule chose, en tuant son mari ronfleur, être enfin seule ! Je suis réservé sur l'auteur dans les habits de Caroline, bourgeoise déchue qui me rappelait Christine Deviers-Joncourt. Son jeu m'a paru trop appuyé.

Je n'ai sans doute pas vu cette pièce dans les meilleurs circonstances possibles. J'ai souri à certaines bordées d'injures alors que la salle riait aux éclats. Ma voisine a particulierement goûté (si, si - Impératrice), sous ses dehors très "comme il faut", les allusions de salle de garde. Je suis étonné par la capacité de l'auteur à tirer des rires d'une situation qui ne pouvait être que tragique. Je pense qu'elle est parvenue à montrer l'humanité de deux femmes écrasées par l'inhumanité de la prison anihilatrice. Je m'exprime mal, sans aucun doute. J'ai, cependant, été choqué par l'annonce finale du suicide : l'histoire avait-elle besoin de ce désespoir ?

L'habitude qu'avait prise Dominique de regarder sa vie, finalement, à travers la seule fenêtre de la cellule, à guetter l'improbable avion qui la délivrerait de l'exiguité de sa condition, ce geste anodin pour quiconque est libre, m'a touché. Une seule fenêtre pour tout un univers...

A lire : le dossier de presse proposé par le Théâtre des Célestins.

Interview de Denise Chalem et extraits du spectacle

Prochaine pièce : « La version de Browning », de Terence Rattigan, le samedi 20 janvier 2007, à 20 heures, place J-1 ;-)

dimanche 24 décembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - Justement, parlons-en un peu...

Pour le quatrième pièce de la saison, Claudia Stavisky a choisi, une nouvelle fois, de parler des femmes à travers La Périchole. A travers l'amoureuse intransigeante de « la femme d'avant », à travers la veuve fidèle et combattante et la femme manipulatrice dans « Andromaque », Claudia Stavisky abreuve le public d'un féminisme qui finit par lasser par sa monomanie. La prochaine pièce, « Dis à ma fille que je pars en voyage » enfoncera le clou en mettant en scène deux femmes prisonnières qui se découvrent peu à peu pour survivre. Sans aucune mysoginie, je crie « Assez ! ».

A travers cette remarque, je voudrais soulever la question de la programmation du théâtre sous la direction de Claudia Stavisky. Arrivée après le renvoi de Jean-Paul Lucet pour déficit chronique des finances du théâtre (plus de 1 370 00 € en 1999), elle a fait des choix de pièces qui ont dérouté le public lyonnais, fidèle de l'institution. Le théâtre a perdu plus de 30 % de ses abonnés, le nombre de représentations a baissé mais les subventions publiques ont augmenté pour combler le manque à gagner. Sous l'ére Lucet, le théâtre des Célestins assurait son autofinancement (abonnement et partenaires) à hauteur de plus de 60 % de ses recettes. Aujourd'hui, cet autofinancement est tombé à 40 %... Le vide est comblé par les impôts des Lyonnais. Pourquoi persister dans ce choix élitiste qui détourne tant les spectateurs ? Le public a certes rajeuni mais peut-on se priver de la manne des abonnements et des salles remplies en période de restrictions budgétaires et de dette colossale de l'état, simplement pour le plaisir de l'art ?

Dans un article paru sur le web de l'Humanité, Claudia Stavisky dit : « Le théâtre ne doit pas combler le désir, mais plutôt le susciter ». Autrement dit, Claudia Stavisky fait le théâtre qui lui plaît, sans se préocuper aucunement du goût et des désirs des lyonnais. Nous, contribuables lyonnais, sommes réduits à payer pour satisfaire les fantsames d'un metteur en scène qui se complaît dans des pièces aux textes parfois obscures, aux mises en scène souvent hermétiques et dont sourd un ennui soporifique qui écrase les spectateurs déja étouffés par la chaleur de la salle.

Dès lors qu'il s'agit d'argent public, je considère que le moindre des choses est de présenter du théâtre pour le public : j'entends, depuis le début de la saison, des soupirs de découragement à la sortie des représentations. Les gens commencent à se lasser de ne pas comprendre les partis pris présentés à grand renfort de pas grand chose et de n'importe quoi.

A trois cents euros le grand abonnement, je vais m'accrocher mais je redoute de finir par considérer chaque pièce comme une nouvelle épreuve.

Lyon sera toujours jalouse de Paris. Nous payons cher cette jalousie puisque nous n'avons pas le choix de spectacles de la capitale. Dès lors, un théâtre public doit-il se limiter au théâtre expérimental, abscons, couronné seulement par les Molières et souvent boudé par le public ?

Qui aura le volonté, au sein du conseil municipal, de soulever la question ?

Qui aura le courage d'interroger les abonnés pour leur demander ce qu'ils veulent applaudir ?

Signé : un spectateur lambda...

samedi 23 décembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Histoire vraie de la Périchole » d'après Jacques Offenbach

Assistante à la mise en scène : Elise Truchard - Scénographie : Lise Marie Brochen et Julie Terrazzoni - Sculptures : Enrico Baradel - Costumes : Sylvette Dequest - Lumières : Olivier Oudiou - Chargés des études musicales : Françoise Rondeleux et Vincent Leterme - Adaptation musicale et piano : Vincent Leterme - Violoncelle : Fabrice Bihan et François Girard (en alternance) - Clarinette : Carjez Gerretsen
Production : Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence en coproduction avec le Théâtre de l’Aquarium - Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Avec :
Jeanne Balibar : La Périchole
Jean-Toussaint Bernard : Charles Moteux, le geôlier
Frédéric Cacheux : Don Andrès
Marie Desgranges : Inesilia, Cousine, Dame de la Cour
Bernard Gabay : Panatellas
Antoine Gouy : Antonio de Bedoya, 1er notaire, Homme de la Cour
Antoine Hamel : José Estacio, 2enotaire, Homme de la Cour
François Loriquet : Piquillo
Isabelle Mazin : Victoria, Cousine, Dame de la Cour
Judith Morisseau : Josefa, Manuelita (nicèe de Tarapote)
Cécile Péricone : Marianita Belzunce, Cousine, Dame de la Cour
Laurent Rey : Marquis de Tarapote
Sandra Rumolino : Micaela Villegas, Cousine, Dame de la Cour
Lucie Valon : Clown, L'Actrice, Dame de la Cour
Jean-Baptiste Verquin : Don Pedro de Hinoyosa
et Abdul Alafrez : Le magicien, le vieux prisonnier

Ce spectacle a été crée au Festival d'Aix-en-Provence le 4 juillet 2006

Je suis en retard ! Impensable pour moi qui prends toujours le temps d'être à l'heure. Me voilà donc en train de courir dans les ruelles si froides que même les prostituées ont désertées. La place des Célestins est vide, je franchis la première porte vitrée et la seconde est ouverte par un hôte à qui je tends mon billet. Orchestre, à gauche, au premier étage. Une hôtesse garde la contremarque et j'arrive essoufflé dans la salle. Place J-24, une place à l'extrémité de la rangée, mal située, sur la gauche de la scène. Une femme occupe mon siège et je dois me rabattre sur la 26. Je préfère les places au milieu du rang pour une vue complète du plateau. Ce soir, je vois mal le jardin alors que j'ai une perspective superbe sur la cour et ses coulisses... Tant pis. Je n'ai pas eu le temps de passer au vestiaire : je garderai ma parka sur les genoux pendant deux heures dix. Comme s'il ne faisait pas suffisamment chaud dans la salle. Un rapide coup d’œil : si l'orchestre est plein, la corbeille est clairsemée et le paradis aussi dépeuplé qu'un poulailler toucher par la grippe aviaire.

Le rideau de scène n'est pas baissé : le décor présente la cantine des trois Cousines : sur le devant et à droite, des tables et des chaises. A gauche, je devine un piano. Au fond, des placards fermés de portes en bois à claire-voie. Un clown s'agite, réclame à boire puis commence à jouer de la musique en frappant des verres...

Nous sommes quelques années avant l'indépendance du Pérou et le Vice-roi Don Andréas, représentant la couronne espagnole, décide d'enquêter, le jour de sa fête sur sa réputation. Incognito, il sort du palais et parcourt les rues à l'agitation surveillée par les dignitaires de la cour. La Périchole et Piquillo, chanteurs des rues, se donnent en spectacle devant la Cantine des trois Cousines. La vie est rude pour ces artistes sans le sou et le Vice-roi, déguisé en médecin, tombe sous le charme de cette femme qui semble être la seule à se plaindre. Il lui propose de l'emmener au palais mais doit lui trouver un faux mari pour légitimer, aux yeux de la cour, sa présence dans l'un des appartements. La Périchole accepte et écrit une lettre d'adieu à Piquillo. Tous les deux sont ivres lorsque le faux mariage leur est proposé. Ils acceptent. Le réveil est difficile, surtout pour Piquillo qui comprend qu'il a épousé la maîtresse du roi. Il accepte, malgré tout, de sauver les apparences en présentant officiellement sa femme au Vice-roi. Soudain, au cours de la cérémonie, il découvre que sa femme n'est autre que La Périchole. Son dépit et sa colère lui valent d'être jeté au cachot. Abimé dans ses lamentations, Piquillo reçoit la visite de La Périchole qui lui confirme son amour. La corruption des geôliers échoue et le Vice-roi, qui avait prévu cette tentative, emprisonne le couple. Les prisonniers se libèrent de leurs chaînes avec l'aide d'un vieil homme et La Périchole attire le souverain par ses chants. Enfermé à leur place, les amoureux s'échappent. Retrouvés par le Vice-roi et ses troupes, La Périchole et Piquillo plaident leur liberté en chanson. Don Andrès leur pardonne enfin...

Cette pièce fut un beau bordel, passez-moi l'expression. Dans le dossier de presse, on nous présente La Périchole comme l'incarnation de la femme libre : Micaela Villegas, né en 1748, à Lima, descendante d'une grande famille espagnole par sa mère mais fille d'un pauvre musicien par son père, eut un fils de sa liaison avec Don Andres. Le scandale que souleva cette relation la fit surnommer « Perricholli », chienne de métisse. Elle finit ses jours retirée au Carmel de Sainte-Thérèse en 1819. La première version de La Périchole, en 1868, présentée par Offenbach, et ses libretistes Meilhac et Halévy, déçoit les amateurs d'opéra-bouffe : l'héroïne n'est plus qu'une chanteuse de rue pauvre. En 1875, un troisième acte est ajouté et Hortense Schneider triomphe dans le rôle-titre.

Dans sa version, Julie Brochen met en exergue la filiation intime entre le père et la fille qui préfère la chanson de rue à la fortune de sa mère et fera de sa relation avec le vice-roi l'instrument d'une vengeance de classe très orgueilleuse. L'intrigue d'Offenbach permettait au compositeur de critiquer les institutions de l'époque, comme le mariage. La mise en scène, qui a fait sortir les personnages des palais dorés pour les jeter dans un décor de « théâtre sud-américain et de cabaret fin de siècle » pour reprendre une expression d'Agnès Terrier dans un texte de présentation de la pièce au moment de sa création.

C'est là que le bât blesse : la critique limpide d'Offenbach se perd dans les effets de mise en scène, notamment dans cette polyphonie où, à plusieurs reprises, tous les comédiens débitent leur texte en même temps pour, finalement, rendre totalement incompréhensibles les mots prononcés. Le spectateur perd pied rapidement. Le pire, hélas, est la partie chantée. N'est pas Paulette Merval ou Marcel Merkès qui veut ! L'opérette est un genre qui demande une grande maîtrise de la voix pour que les chants rendent audibles les phrases. Jeanne Balibar excelle dans le mauvais ton : sa voix est éraillée, son interprétation cassée et j'avais envie de lui crier de se taire. Le pire, c'est qu'elle semble heureuse et fière de chanter. Non, vraiment, je n'ai pas l'oreille musicale mais les passages infligés par Mademoiselle Balibar ont été affligeants. Un vrai calvaire ! J'ai fini par envier ma voisine et son mari qui ronflaient tout deux à ma droite. Ils sont sans doute les seuls à avoir passé une bonne soirée. Toutefois, deux comédiens tirent leur épingle du jeu, à mon avis : d'une part, Frédéric Cacheux, dans le rôle de Don Andres, dont la voix avait les accents tantôt mâles, tantôt amoureux que réclamait le rôle du vice-roi et d'autre part, Sandra Rumolino, qui incarnait Micaela Villegas à la fin de sa vie et dont j'ai fort goûté la jolie voix claire et vivante. Une pièce à la mise en scène fumeuse, à l'interprétation hasardeuse... voilà qui explique les applaudissements très mous, l'absence de vrai rappel et la déception et l'incompréhension des spectateurs à la sortie du théâtre. J'ai n'ai entendu que des commentaires négatifs autour de moi... Une mauvaise pièce pour Noël. Le cri du coeur : à bas la Balibar ! Et en plus, il faisait encore trop chaud.

A lire : le dossier de presse et le dossier pédagogique proposés par le Théâtre des Célestins.

Interview de Julie Brochen et Françoise Rondeleux

Prochaine pièce : « Dis à ma fille que je pars en voyage », de Denise Chalem, le samedi 13 janvier 2007, à 20 heures, place D-4 ;-)

jeudi 7 décembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « La femme d'avant » de Roland Schimmelpfennig - Re-Fin

Je viens de mettre à jour le billet sur la la pièce « La femme d'avant » en ajoutant une vidéo de l'interview des comédiens trouvée sur le site des Célestins...

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Andromaque » de Jean Racine - Suite et fin

Mise en scène : Philippe Adrien
Décor : Olivier Roset - Costumes : Claire Belloc - Lumières : Pascal Sautelet - Musiques : Ghédalia Tazartès
Production : ARRT/Philippe Adrien - Compagnie subventionnée par le ministère de la Culture et la Ville de Paris - Spectacle créé au Théâtre de la tempête

Avec :
Céphise : Anne Agbadou-Masson
Cléone : Jenny Bellay
Hermone : Christine Braconnier
Pyrrhus : Christophe Casamance
Pylade : Jean-Marc Hérouin
Phoenix : Wolfgang Kleinertz
Andromaque : Catherine Le Hénnan
Oreste : Bruno Ouzeau

Il fait chaud ! Comme pour les deux premières pièces, la salle est trop chauffée et la lutte contre l'endormissement est de tous les instants. Au cours de la pièce, les victimes de la torpeur seront nombreuses, notamment le couple de droite. Je plains les spectateurs de la corbeille et surtout du paradis. Quelques instants pour se rappeler la trame de l'histoire, traitée par Euripide et Virgile : Oreste, fils d'Agamemnon et de Clytemnestre, aime Hermione, fille de Ménélas et d'Hélène (Agamemenon et Ménélas sont les fils d'Atrée et d'Aéropé) qui aime Pyrrhus, fils d'Achille qui aime Andromaque, fille d'un roi de Thébes, qui aime Hector le troyen, son mari tué par Achille lors du siège...

La sonnerie appelant les specateurs surgit soudain dans la rumeur des conversation. Une annonce rappelle l'exposition sur Kantor mais, encore une fois, les coups du brigadier ne retentissent pas : si le Théâtre des Célestins me lit, pourquoi cette disparition du brigadier ???

Je suis à la place J-2, la meilleur car les rangs devant moi sont décalés et mon regard embrasse toute la scène sans que j'ai à bouger la tête.

Le rideau ne se lève pas puisqu'il n'a pas été baissé. Soudain, des bruits mécaniques, métalliques, enflent et la scène noire s'éclaire : de part et d'autre, deux hauts murs gris sombres, à droite quelques ouvertures rectangulaires. Au fond, un portique de pierre grises percé de trois ouvertures. Sur la droite, le morceau de bois, vestige du Cheval de Troie. Oreste et Pylade entrent. Si Oreste est ceint d'un uniforme bleu sombre au revers duquel brille une étoile à huit branche argentée, Pylade ne porte qu'un pantalon de toile et un pull à col roulé et ce qui parait être une paire de santiags. En fait, il n'est pas costumé. Et la pièce est lancée.

Bruno Ouzeau est bon dans cet Oreste qui cède à la demande de meurtre d'Hermione avant de sombrer dans la folie lorsqu'elle lui lance cette tirade si cruelle et si féminine pourtant (je plaisante) : « Ah ! Fallait-il en croire une amante insensée ? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?Et ne voyais-tu pas dans mes emportements Que mon coeur démentait ma bouche à tous moments ? ». Son naufrage m'a fait frémir et j'ai guetté l'allitération fameuse jetée aux Erinyes avec délectation. Christine Braconnier donne une Hermione qui sait se montrer sensuelle pour mieux manipuler l'homme qui l'aime et je vois encore avec un plaisir certain sa robe rouge faire flamber la scène sombre en lui appelant sur elle le sang et la mort. Catherine Le Hénnan offre une Andromaque très retenue dans la première partie de la tragédie avant d'insuffler cette étincelle d'humanité qui raccroche la veuve d'Hector à la survie de son fils. Elle se bat enfin, pourrait-on dire. J'ai apprécié Christophe Casamance drapé dans le manteau de Pyrrhus, rejetant Hermione pour mieux aimer Andromque.

S'agissant des seconds rôles, ils étaient là, simplement. J'ai regretté l'absence de figurants pour les soldats... Je me souviens de cette pièce donnée il y a quelques années dans le cadre des Nuits de Fourvière, au théatre antique : les soldats prenaient fièrement leurs lances à la main. Si l'Andromaque des Célestins était sombre, par contraste, celle des Nuits de Fourvière était trop pâle. Mes préventions sur la question des costumes se sont rapidement envolées parce qu'ils ont su se fondre dans le décor pour que le spectateur se concentre essentiellement sur les alexandrins tragiquement ciselés de Racine. Une belle pièce.

En rentrant chez moi, à la faveur de la timide clarté rougeâtre de l'éclairage public encapuchonné pour la prochaine fête des Lumières (le 8 décembre 2006), je repensais à Andromaque dont la vie, après la mort d'Hector, était guidée par la fidélité à sa mémoire et à son amour tout comme la femme d'avant, la pièce précédente, était enfermée dans la promesse d'amour éternel de son amant de jeunesse. Dans les deux histoires, la fin n'est que mort et sang. Elle marque aussi la victoire de ces deux femmes au détriment des hommes...

Un lien présentant une critique ancienne sur Andromaque sur Google livres : ICI

Prochaine pièce : « Histoire vraie de la Périchole », d'après Jacques Offenbach, le samedi 23 décembre 2006, à 20 heures, place J-27 ;-)

samedi 2 décembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Andromaque » de Jean Racine - Suite

Vingt-deux heures passées, je montai les marches du perron du Théâtre, tenant à la main les dossiers de presse et pédagogiques imprimés dans l'après-midi. Je flânai dans l'atrium, contemplant, avec fascination, le lustre doré qui pend du plafond de pierres pâles. Soudain, les escaliers vomirent, dans un brouhaha tumultueux, les spectateurs qui envahirent l'espace où le silence feutré imposait des chuchotements entre les hôtesses d'accueil et un responsable du théâtre. Vingt-deux heures trente, je montai à l'orchestre et m'assis au troisième rang, devant le rideeau de scène métallique. Au bout de quelques instants, un reponsable nous proposa de gagner le bar L'Etourdi pour rencontrer les comédiens dans une atmosphère moins formaliste. L'Etourdi, bar aménagé dans les sous-sol du théâtre qui propose une restauration légère fournie par L'Amboise, café restaurant tout proche, offrait ses murs tapissés de copies de coupures de presse présentant l'oeuvre de Tadeusz Kantor et sa compagnie Cricot 2 à travers sa pièce La classe morte pour tromper notre attente. Deux roues en bois, vestige de l'ancienne machinerie déposée lors de la rénovation récente du théâtre exposent leur couronne dentée qui servait aux machinistes lors de manoeuvre. Je pris une chaise et tentai de mettre un nom sur les comédiens présents faute d'avoir vu la pièce.

J'ai ainsi appris que le tronc d'arbre (???) à droite représentait le Cheval de Troie. Une spectatrice posa une question sur le choix des costumes : une robe du soir pour Hermione, des uniformes pour les hommes. Elle craignait que la tragédie ne se déplace dans un autre contexte et perde sa cohérence. C'est le débat incessant sur les pièces en costume de l'époque de l'histoire, de l'époque de l'écriture ou de l'époque de la représentation. Selon un membre de l'équipe, Racine, comme toujours au XVIIe siècle, selon lui, faisait jouer sa pièce en costume moderne et ce n'est qu'au XIXe siècle que, par exemple, le costume grec serait apparu dans Andromaque. Les costumes modernes ont été choisis pour que le contexte historique (la guerre de Troie) soit oublié et laisse place à la parole et au temps de l'intrigue. Il faut intégrer l'actualité du thème et effacer les costumes pour que reste qeule la langue sublime qui ouvre vers la poésie. Par ailleurs, ce parti pris du metteur en scène, Philippe Adrien, doit favoriser la compréhension de la fable éternelle par toutes les générations, quel que soit le niveau culturel.

Une autre spectatrice a remis en cause le choix du décor noir, très sombre. L'un des comédiens a justifié cela par l'idée d'emprisonnement, voire de thriller psychologique, que doit ressentir le spectateur. La régisseuse a précisé que le décor installé aux Célestins est incomplet à cause de la présence des trois balcons de part et d'autre de la scène : le toit doré, prévu initialement, n'a pu être installé. Or, il tirait les rôles vers la lumière...

Le moment d'échanges a été agréable, Bruno Ouzeau (Oreste) a été le plus loquace. J'ai apprécié aussi les interventions de Christophe Casamance (Pyrrhus) et de Catherine Le Hénan (Andromaque). Il ne me reste plus qu'à juger par moi-même.

vendredi 1 décembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « Andromaque » de Jean Racine

Troisième pièce de mon abonnement, « Andromaque » de Jean Racine, pour demain, samedi 2 décembre 2006, à 20 heures, place J-2.

Comme pour les précédentes pièces, je prépare ma soirée en lisant le dossier de presse à télécharger et le dossier pédagogique proposés par le Théâtre des Célestins.

J'ai aussi recherché les articles sur la mise en scène de Philippe Adrien, dont un tirage papier était affiché dans l'atrium du théâtre lors de mon dernier passage : L'Humanité, ''un œil neuf sur Racine'' et Le Progrès de Lyon, ''le génie de Racine''...

Mais j'assisterai, après la représentation de ce soir, avant ma soirée du 2, à la rencontre avec l'équipe artistique : j'ai appelé le théâtre et l'on ma confirmé que je devrais pouvoir entrer à l'issue du spectacle. Je vous ferai un billet à mon retour ;-)

samedi 18 novembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « La femme d'avant » de Roland Schimmelpfennig - Suite et fin

Rencontre avec l'auteur, le metteur en scène et le traducteur

Deuxième spectacle... J'avais décidé de préparer la soirée en assistant le 8 novembre à la rencontre avec l'auteur (voir ce billet). A l'heure dite, après avoir quitté précipitamment le bureau par crainte d'un retard insupportable, j'entrai dans la salle Célestine, noire, très noire, chaude, étouffante, aux fauteuils disposés en gradin et, sans réfléchir, gagnai l'avant-dernière rangée (j'allais regretter cette place, très vite accablé par la chaleur qui s'accumulait en haut de la salle) avant de considérer la table de bois, simple, à laquelle se trouvait, de gauche à droite, le traducteur, Bernard Chartreux, le metteur en scène, Claudia Stavisky et l'auteur, Roland Schimmelpfennig. La discussion s'engagea rapidement sur l'organisation de la création théâtrale en France et en Allemagne.

Financement de la création française : j'ai appris qu'en France une commission d'aide à la création dramatique (crée en 1946 par Charles Dullin et Louis Jouvet) distribue un millions d'euros aux auteurs et traducteurs de pièces dramatiques. Bernard Chartreux a découvert Roland Schimmelpfennig dans cette commission.

Biographie de Roland Schimmelpfennig : né en 1967, il est l'auteur de dix-sept pièces et est édité en France par l'Arche. Il a été découvert avec « Les nuits arabes », pièce présentée au Théâtre du Rond-Point en 2002 qui sonna l'ascension médiatique de Roland Schimmelpfennig. Allemand, il a collaboré avec de grand théâtres (Munich, Berlin, Hambourg) en commençant comme « dramaturg », c'est à dire chargé de chercher des pièces, de les présenter aux comités de lecture, d'élaborer le répertoire... Dans le même temps, il tentait de vendre ses propres créations. Il arrêta au bout de six mois ces fonctions de « dramaturg » et réussit à placer « Les nuits arabes » à Stuttgart.
Selon lui, la relation théâtre/auteur dramatique salarié ne peut fonctionner correctement car il existe une relation érotique entre l'auteur et le metteur en scène qui disparaît lorsque l'auteur est salarié par le théâtre. Claudia Staviski nous apprend que les Célestins ont esssayé une collaboration de la sorte avec Enzo Corman mais qu'au bout de trois ou quatre ans, l'auteur a préféré y mettre fin, à la grande tristesse des Célestins : son contrat lui occupait trop l'esprit, il ne disposait plus de temps pour créer, il s'éloignait de sa propre écriture. Il semble que le fondement d'un théâtre est la relation entre l'auteur et les acteurs, le reste n'est que superflu.

Revenus et idées de Roland Schimmelpfennig : à la question de savoir si un auteur allemand peut vivre de ses droits, Roland Schimmelpfennig a précisé qu'il enseignait à l'université et que sa notoriété récente lui avait permis de faire monter le montant de ses cachets pour les commandes qu'il reçoit maintenant. L'ensemble lui permet de subvenir à ses besoins. Actuellement, Hambourg et Stockholm lui ont passé deux commandes pour lesquelles ils se sont simplement entendus sur la date de livraison et la composition de la pièce (nombre de rôles). Pour le reste, l'essentiel donc, l'auteur est libre mais il reconnaît que la connaissance du metteur en scène l'aide grandement Il perçoit un tiers du cachet à la commande, un tiers à la livraison, un tiers au début des répétitions. Les droits éventuels sur les recettes s'ajoutent aux cachets.
Il aimerait, pour un thème sur un « jardin de l'angoisse », partir d'une très douce soirée d'été, autour de grillades et de vins frais, avec une société mélangée où tout le monde ne parlerait que d'angoisses profondes, de peurs, de cauchemars... Il connaît deux ou trois personnes en Allemagne qui pourraient comprendre et mettre cette angoisse en scène.
Il a aussi une idée de thème qu'il appelle « forteresse Europe », où il montrerait la situation d'illégaux qui, en ne parlant pas la même langue (il cite un géorgien, un africain du sud, un vietnamien), seraient enfermés dans une prison. Selon, lui cette pièce fonctionnerait bien en Suède si elle était « épouvantablement comique » comme du Feydeau. Le procureur général pourrait tomber amoureux du géorgien, par exemple... Il est certain d'écrire cette pièce, des amis avocats le poussent mais elle demande une longue maturation.

Ecriture, élaboration et mise en scène de « La femme d 'avant » : cette pièce a mûri pendant une année. Il disposait du matériau, il ne savait pas comment le mettre en forme, il avait à l'esprit l'image d'une spirale : cette image est devenue la structure de la pièce. Claudia Stavisky, lorsqu'elle a lu le manuscrit envoyé par les éditions de l'Arche, l'a trouvée incroyable en regrettant, toutefois la fin, comme elle l'exposa le lendemain au comité de lecture des Célestins.
Il était délicat de travailler sur la « destructuration » du temps : la pièce repose sur la complexité des scènes et des relations avec les personnages, l'ensemble étant servi par une écriture courte et mate.

Pour Roland Schimmelpfennig, le choix des personnages pousse lentement : Franck, par exemple, a dû être un type formidable avec la femme d'avant alors qu'il est, maintenant, ennuyeux. L'auteur est tous les personnages à la fois, il est l'homme et il est la femme qui prend l'homme par le col et lui demande de jeter dehors sa femme actuelle. Il ne ramasse pas l'écume mais essaye de descendre en profondeur. Sa culture personnelle privilégie le fait de ne pas trop en dire. Comme dans le théâtre grec, les phrases courtes sont chargées de conflit. Il cherche à créer un moteur à explosion où la compression des phrases déclenche l'explosion. Il n'y a pas détour, il va rapidement au nœud du conflit.

Selon Bernard Chartreux, il existe une fantaisie poétique chez l'auteur : le personnage de femme d'avant tient de Blanche-Neige et de Médée, il est irréaliste et surprenant. Le moyen de départ provient de ses peurs personnelles : la naissance de son enfant, ses interrogations sur la continuité de sa vie... si une femme d'avant frappait à sa propre porte, que se passerait-il ?

L'auteur est heureux de la mise en scène de Claudia Stavisky car personne, avant elle, n'avait osé le feu (la dernière voit une explosion enflammer le corps de Claudia, l'actuelle femme de Frank). Cette dernière répond que le feu s'était imposé à elle comme une évidence face à la sensualité des personnages. L'auteur précise qu'il a longuement réfléchi au modus operandi du meurtre : un empoisonnement (par du chocolat, par exemple), aurait été trop petit.

Selon le traducteur, si les dialogues sont très courts, l'auteur cultive aussi l'art du récit à travers le personnage de Tina qui tient toute la pièce dans ses interventions. Les metteurs en scènes de la pièce doivent tout faire jouer, les virgules et les points compris. Tout doit être posé.

Dossier de presse à télécharger

La pièce

Mise en scène : Claudia Stavisky
Traduction : Bernard Chartreux
Décor : Christian Fenouillat - Lumières : Franck Thévenon - Sons : Bernard Valléry
Coproduction : Célestins, Théâtre de Lyon, Théâtre de la Madeleine, Paris - Avec la participation du Jeune Théâtre National - Création 2006 aux Célestins, Théâtre de Lyon

Avec :
Franck : Didier Sandre
Romy Vogtländer : Afra Val d'Or
Claudia : Marie Bunel
Pyrrhus : Christophe Casamance
Tina : Félicité Chaton
Andi : Sébastien Accardt

Muni des ces précieux renseignements, je gagne le jour donné ma place J-8 dans la grande salle. En attendant le lever de rideau, je tente d'évacuer les préjugés qui m'habitent avant la pièce, notamment ceux liés à ma méconnaissance et au peu d'intérêt de la culture allemande qui avaient fait leur lit de mes très mauvais résultats de l'apprentissage de l'allemand au collège et au lycée. Soudain, le rideau s'ouvre sur une scène dépouillée, grise, avec des murs d'un clair sale, quelques cartons entassés dans un coin et Frank et Claudia qui les déplacent. Puis Claudia demande qui est derrière la porte, à qui Frank parle-t-il. Frank se tait, bloque la porte mais Claudia l'ouvre et découvre la femme d'avant, Romy Vogtländer. Et la lumière s'éteint, les murs bougent, se déplacent et nous nous retrouvons de l'autre côté de porte, dix minutes avant la scène précédente, comme l'indique un message projeté sur le mur. On entend Frank et Claudia qui parlent et Romy Vogtländer arrive et patiente avant de frapper. Puis la fin de la scène précédente est rejouée. Nous découvrons alors tout le ressort dramatique de la mise en scène, la spirale évoquée plus haut : régulièrement, une scène reviendra en arrière par rapport à la scène qu'elle suit dans le déroulement de la pièce : 10 minutes auparavant, 25 minutes auparavant... les messages annonçant les retours en arrière rythment le déroulement de l'intrigue. Les murs bougent et le spectateur est emporté dans la spirale infernale qui ne prendra fin que dans un feu vengeur. Claudia refuse de se laisser évincer par Romy qui vient pourtant chercher l'homme qui lui a promis il y a vingt-huit ans de l'aimer à jamais. Romy pose un ultimatum à un Frank perdu. Elle ne peut avoir le père ? Elle devient alors la maîtresse du fils, Andi, qui succombe à la sensualité d'une femme sans autre limite que celle de reprendre son homme. Quant à Andi, il vient de quitter sa petite amie, Tina, à cause du déménagement. Romy finira par assassiner Andi en l'étouffant dans un sac imprimé d'une Tour Eiffel, souvenir dérisoire du voyage de noce de Frank et Claudia à Paris, affront insupportable à l'engagement total de Romy d'être aimé par Frank. Ce sac explosera dans les mains de Claudia qui venait de découvrir le corps de son fils mort dans un carton. Je ressens la chaleur de l'explosion, des flammes. La scène est jouée deux fois, en direct puis au cours du récit qu'en fit Tina.

J'avoue que j'ai été très agréablement surpris par la pièce. La mise en scène de Claudia Stavisky était extraordinairement adaptée au rythme. J'ai apprécié les récits de Tina qui recadraient les protagonistes dans un déroulement plus lisse que les à-coups chaotiques des scènes courtes et violentes. Didier Sandre campe un Frank falot et indécis, pris dans ses souvenirs, et prêt à retrouver une luxure sensuellement évocatrice avec Romy. Marie Bunel joue une Claudia désemparée dont le monde s'écroule quand elle découvre la vie d'avant de son mari. Ses certitudes sont enfermées dans les cartons. J'ai trouvé son jeu juste et poignant. Afra Vald'Or offre une Romy très épanouie, sûre d'elle, il ne peut être autrement que ce qu'elle a décidé, elle vient réclamer son dû, c'est tragiquement simple. Frank lui refuse sa promesse ? Elle élimine froidement les obstacles : la femme et le fils. Elle décide pour lui. Afra Val d'Or joue avec souplesse et sensualité. Sébastien Accart est un Andi très jeune, éclatant de blondeur, qui passe de l'adolescent qui jette des pierres à l'homme qui succombe aux appâts de la femme d'avant. L'acteur apporte la touche de lumière au noir dessein de son amante cruelle. Félicité Chaton, dans le rôle de Tina, est terne : elle débite son texte d'un ton monocorde que ne parvient pas à faire oublier sa petite robe charmante.

Mon voisin de droite a dormi pendant toute la pièce, une heure vingt-cinq de sieste. Je pense qu'il a raté une bonne pièce, très bien mise en scène.

Une entrevue des comédiens....

Prochaine pièce : « Andromaque », de Jean Racine, le samedi 2 décembre 2006, à 20 heures, place J-2 ;-)

mercredi 8 novembre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « La femme d'avant » de Roland Schimmelpfennig

Nouvelle pièce de mon abonnement, samedi 11 novembre 2006, place J-8...

Le sujet ? « Autour de leur grand fils et d’une vie pleine de projets, Franck et Claudia forment une famille heureuse. L’arrivée soudaine de Romy Vogtländer pourrait n’être qu’une anecdote, porte ouverte et vite refermée sur un amour d’autrefois. Mais Romy ne l’entend pas ainsi. Vingt-cinq ans auparavant, Franck a juré qu’il l’aimerait toujours. Elle est venue pour faire valoir son droit ». Ce résumé de l'intrigue provient du site des Célestins...

Ce soir, en préambule, je vais assister à une rencontre autour de l'oeuvre de Roland Schimmelpfennig et de la place des auteurs contemporains en Allemagne en présence de l'auteur, de Claudia Stavisky, metteur en scène et de Berbard Chartreux, traducteur. Pourvu que cela ne me rappelle pas mes cours d'allemand et les sorties imposées au Goethe Institut, deux épreuves pour un lamentable germaniste comme moi ;-)

dimanche 1 octobre 2006

Théâtre des Célestins de Lyon, saison 2006-2007 - « L'affaire de la rue de Lourcine » de Eugène Labiche

Comédie en un acte mêlée de couplets par MM. E. Labiche, A. Monnier et E. Martin représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Palais-Royal, le 26 mars 1857

Mise en scène : Jérôme Deschamps, Macha Makeïeff
Décor et costumes : Macha Makeïeff - Lumières : Dominique Bruguière, Roberto Venturi - Scénographie : Cécile Degos - Accessoires : Sylvie Châtillon - Musiques : Oscar Strauss, André Campra, Pascal Le Pennec, Jérôme Deschamps, Philippe Rouèche - Arrangements Pascal Le Pennec
Production : Deschamps & Makeïeff, Théâtre de Nîmes et le Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg

Avec :
Oscar Lenglumé : Luc-Antoine Diquéro
Mistingue : Dominique Parent (ou Arno Feffer, en alternance)
Norine Lenglumé : Lorella Cravotta
Justin : Pascal Ternisien
Potard : Jean-Claude Bolle-Reddat
Madame Potard : Nicole Monestier
Un grouillot / piano et trompette : Philippe Leygnac
Accordéon :Pascal Le Pennec

La place des Célestins était agitée de spectateurs bavards lorsque j'arrivais sur ses dalles dorées par les lumières de la ville. J'embrassai N au téléphone avant de monter les marches et prendre l'escalier gauche réservé aux numéros pairs de l'orchestre. L'ouvreuse me conduisit à ma place et je m'installai confortablement, mon programme à la main. Je profitai de mon avance pour admirer, encore et toujours, le plafond et le lambrequin du rideau de ce théâtre à l'italienne. Cinq grands écrivains président au plaisir du spectateur : les noms de Voltaire, Regnard, Beaumarchais, Desaugiers, Panard s'affichent dans leur cartouche sévère. Je déchiffre sur le phylactère partiellement caché ornant les armes parlantes de Lyon la mise en garde éloquente : « Je suis le lion je ne mords point sinon que l'ennemi me provoque ». La salle se remplissait tandis qu'à ma droite, un groupe de quatre amis bavardait et s'inquiétait du placement d'une retardataire. A ma gauche, la place J-6 ne resta pas longtemps vide : l'attendue arriva puis se pencha par dessus moi, en m'ignorant, pour saluer ses amis et déplorer leur séparation dans le rang. Et soudain, on me demanda de changer de place pour permettre à l'amie de copiner plus longuement. Je m'exécutai, de très mauvaise grâce, en ne montrant aucun sourire ni empressement car je savais que je perdais une vue dégagée de la scène. Je me retrouvais assis derrière deux têtes d'homme penchées à gauche pendant toute la pièce, qui m'obligèrent à des contorsions inconfortables pour embrasser la totalité de la scène. Je crains que ma galanterie reste au vestiaire pour les prochaines pièces.

Le lever de rideau permit à Arno Feffer et Jean-Claude Bolle-Redat d'interpréter « Vingt-six » de Georges Courteline, petite saynète dans laquelle un clochard aviné se vantait de connaître l'adresse de Marabout qui habiterait au 26... S'en suivit un dialogue absurde sur les 26 possibles à Paris et ailleurs... Ce fut une petite mise en bouche sympathique, qui eut le mérite (le seul ?) de faire voyager les amoureux d'un Paris disparu (les Halles, Bercy...).

Le brigadier ne fit pas résonner les trois coups sacramentels mais le rideau s'ouvrit sur une chambre aux murs tapissés de papiers lourdement fleuris et dont les dimensions trapézoïdales, conjuguées à des portes de dimensions réduites (qui obligeaient les comédiens à se tasser pour les franchir ce qui ne manqua pas d'être admirable puisque l'on souvient que le vaudeville recèle force portes claquées) en fond de scène suggéraient une impression de longueur. L'alcôve du lit occupait l'arrière. Nous étions plongés dans un intérieur surchargé comme le réclamait le goût du règne de Napoléon III, quand bien même j'eusse préféré une abondance de velours cramoisi à l'instar du décor de l'appartement du duc de Morny au Louvre...

Voilà la présentation de la pièce selon les Célestins :

« Dans l´appartement second empire des Lenglumé, on se replie dans les étoffes et les tapis brodés, dans l´usure des velours et des passementeries. Mais un matin, deux hommes en habit émergent du lit conjugal. La veille, ils ont copieusement arrosé leurs retrouvailles à la fête du lycée. Au réveil, Lenglumé découvre dans le journal qu´une femme vient d´être trouvée morte rue de Lourcine. On recherche les assassins. Dans le trouble des vapeurs d´alcool, le doute s´empare des deux hommes : et si c´était nous ?

À sa critique acerbe et drôle des petits-bourgeois, Labiche ajoute une intrigue policière haletante et corrosive. Le réveil embrumé des deux acolytes fournit à Labiche une étude délirante des troubles de l´identité. Les personnages sont précipités dans un tourbillon de quiproquos, atteignant des sommets dans l´absurde.

Comme ils avaient reconstitué le monde déglingué des Etourdis, Jérôme Deschamps, Macha Makeïeff et leurs complices ont magnifiquement planté le décor étouffant de cette petite bourgeoisie repliée sur elle-même. Quand meurtres et imprévus apportent un peu d´humanité à cette dérisoire galerie de portraits, elle dévoile sa fragilité. Un acteur tombe ; on entonne une tyrolienne ; l’accordéon retentit. Madame Lenglumé se tord le cou à chaque réplique, la cousine Potard se met à chanter au lieu de parler. Les trouvailles scéniques et le talent des comédiens font corps avec l’ironie de Labiche. Ensemble, ils dépeignent au vitriol des travers intemporels tout en nous faisant rire d´eux, et de nous-mêmes.»


Le texte de la pièce est disponible sur le site de la bibliothèque libre Wikisource ici.

J´avais pris le temps de lire la pièce avant de la voir et j´ai été déçu que l´œuvre de Labiche ne soit pas mieux respectée, notamment pour les couplets chantés. Les metteurs en scènes ont cru bon de les remplacer par des airs poussés par la femme de Potard, personnage ajoutée par eux même, dont la voix me fit indéniablement penser à la Castafiore de Tintin tant, finalement, ses interventions frôlaient l´incongruité. Si l´on se souvient que Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff sont les créateurs de la troupe des Deschiens, on tient là la faiblesse de la représentation qui versa si souvent dans l´univers plébiscité par le public de Canal+ que je finis par être déçu de ne pas voir François Morel et Yolande Moreau surgir par l´une des portes battantes. Je comprends mal qu´un metteur en scène éprouve le besoin irrépressible de se servir d´une pièce qu´il n´a pas écrite pour se mettre seul en valeur en laissant de côté la création originale. Un exemple ? Vers la fin de la pièce, un personnage (Norine ?) presse tout le monde et rappelle qu´il faut aller chez Yolande. Et un autre personnage d'ajouter « Moreau » ... La salle éclata de rire. Nous n´étions plus chez Labiche mais derrière le bar miteux de l´appartement miteux de Mme Yolande. J´avoue ne pas goûter particulièrement l´humour des Deschiens : j´ai été agacé par les traits trop forcés de Lorella Cravotta qui singeait le personnage de Yolande au détriment de Norine.
En revanche,