Dans la 16e case, encore de la nostalgie…
C’était hier, ou presque, j’étais encore un jeune garçon et Noël approchait. Je me souviens des colères de mon père face aux mauvaises notes de mon frère aîné et de ses menaces de ne pas avoir de cadeaux à Noël s’il ne travaillait pas mieux à l’école. J’avais peur qu’il ne mette ses menaces à exécution, entre deux fessées. Pour ma part, mes résultats étaient satisfaisants et je ne craignais rien. Rétrospectivement, je pense que mon père avait tort de lier Noël, fête des enfants et des cadeaux, aux bonnes notes. Si j’ai appris l’inexistence du Père Noël vers l’âge de sept ans, j’ai longtemps gardé au fond de moi le désir d’obtenir tous les cadeaux que je demandais. Hélas, je connaissais les moyens financiers de mes parents et je savais que certaines demandes ne seraient jamais honorées. Le jeu Merlin, évoqué précédemment, est un symbole.
Toutefois, je me souviens d’un jeu, longtemps demandé et reçu un jour : l’atelier du potier. Je ne sais quel âge j’avais, sans doute une dizaine d’années. J’avais vu ce jeu au Salon de l’enfance, au CNIT, à Paris, un grand salon où l’on présentait des jeux et des activités pour les gosses et que l’on visitaient régulièrement lors de nos passages à Paris. J’avais aussi découvert un jeu où l’on faisait couler de la peinture sur un carton tournant à grande vitesse pour obtenir des dessins psychédéliques sans usage de LSD préalable (quoique, souvenez-vous de la rumeur urbaine des buvards imprégnés de LSD si des étoiles étaient imprimées dessus). Il était hors de question d’espérer obtenir, un jour, ce jeu, bien trop salissant selon le décret de mon père.
J’avais, en revanche, réussi à le fléchir avec cet atelier de potier. Un petit tour en plastique actionné par un moteur à pile et livré avec deux sacs d’argile fourni et des accessoires. J’ai rêvé de ce jouet si longtemps que je n’ai pas cru mes yeux lorsque je le reçus. Le jour de Noël, j’avais déballé avec frénésie le paquet et sauté de joie à sa découverte. Évidemment, il n’était pas question de jouer avec ce jour parce qu’il fallait aller déjeuner chez mes grands-parents. De retour à la maison, il était trop tard. Le lendemain, je ne sais quel prétexte me fut opposé pour que je ne l’utilise pas. Puis les jours suivants non plus : la boîte était ouverte, je triturais les paquets de terre en vain. Puis vint l’argument suprême : ce jeu était salissant. Donc interdit par décision paternelle. Et ma mère n’osa pas braver son mari. Et je n’ai jamais joué avec ce cadeau. Jamais.
Dimanche dernier, chez mes parents, alors que je cherchais avec ma mère les décorations pour leur sapin de Noël, j’ai retrouvé, au fond du placard, la boite magique, cet atelier encore vierge de mes jeux, planqué contre le mur. Je me suis penché vers Maman et je lui ai dit en souriant : « tu te souviens de l’atelier du potier ? Je n’y ai jamais joué… ». J’ai vu dans ces yeux qu’elle regrettait cela et puis nous avons éclaté de rire tous les deux. Je pense que je vais ramener ce jeu chez moi. Je ne pourrais pas y jouer car il me semble que je l’avais, quelques années plus tard, amputé du moteur pour l’utiliser dans un ventilateur. Pour l’anecdote, mon père a une sœur aînée aussi maniaque que lui sur la propreté : ma cousine, d’un an de moins que moi, avait reçu aussi ce jeu l’année suivante de ses parents. Elle aussi n’a jamais pu jouer avec pour la même raison que moi…
L’année suivante, je commandai des livres, pour être certain de pouvoir les lire 
Ding dong merrily on high…
Bing Crosby and Christmas is a-comin’…

Domenico Ghirlandaio - (1449 - 1494).
Georges de la Tour - (1593-1652)












8 décembre, solennité de la Fête de l’Immaculée Conception. En 1854, le Pape Pie IX proclame que « la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ». La ville de Lyon a toujours observé une révération particulière pour la Vierge puisque, dès le XIIe siècle, dans les ruines du forum de Trajan écroulé depuis 840 environ, une église lui était dédiée au sommet de la colline de Fourvière. En 1638, Louis XIII consacre le royaume à la Mère de Jésus, dans l’attente de la naissance du Dauphin. En 1643, le Consulat, corps municipal de Lyon, place la cité sous la protection de la Sainte Vierge afin d’épargner les lyonnais de la peste qui ravage l’Europe. En souvenir, le 8 septembre de chaque année, fête de la Nativité de Marie, les échevins lyonnais montent au sommet de la colline pour offrir un écu d’or et un cierge de sept livres de cire. En 1832, le choléra ne s’abat pas sur Lyon, grâce à l’intercession de Notre Dame de Fourvière. Les lyonnais, pour remercier leur sainte protectrice, décide d’édifier une statue à sa gloire au sommet du clocher de la colline de Fourvière. Le sculpteur Fabisch s’attelle à la tâche et l’inauguration est prévue pour le 8 septembre 1852. Las, une inondation envahit l’atelier obligeant à repousser l’inauguration au 8 décembre, autre fête de la Vierge. L’archevêque annonce des illuminations dans toute la ville et un feu d’artifice mais la pluie a raison de son projet. Soudain, de manière belle et spontanée, les habitants, bravant les cieux peu cléments, posent sur les rebords des fenêtres des petits lumignons et c’est toute une ferveur populaire qui saisit la ville. 
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