
Si mon blogue pouvait parler, sans nul doute exhalerait-il, dans un dernier râle, ces quelques mots terribles : Facebook m’a tueR !
Des lecteur(trice)s - voilà pour le politiquement correct - ont pu s’étonner de mes silences entre deux billets. Peut être ont-ils même cru que le blogue se mourrait.
Non point, le quatre avril prochain, je fêterai les sept ans de mon carnet web, sept années d’une vie d’un quadra ordinaire, célibataire, dont la vie a basculé en 2003 avec des problèmes de santé agaçants et répétés. Il y a quelques temps, j’ai parcouru tous les billets et je me suis rendu compte que ma production était inversement proportionnelle à la taille de mon cercle d’amis, à ma santé, à Facebook.
Tout a commencé avec l’arrivée de nouve(lles)aux ami(e)s - ah, ce politiquement correct, il manquerait plus que me sois reprochée une certaine misogynie - qui ont, au fil des mois, repeuplé ma solitude. Ma vie amicale et affective était alors comme une forêt de chênes après la grande tempête Klaus de 1999 : des amis abattus par le vent puissant de l’éloignement et de l’oubli jonchaient ma solitude comme les troncs déracinés les sous-bois dévastés. Au hasard des chablis se dressaient encore quelques arbres d’autant plus précieux pour moi que je les contemplais depuis longtemps. Ils étaient quatre, bien trop peu pour vraiment occuper ma solitude. Ou plus sûrement cinq, le dernier ayant ressurgi du passé. Alors j’ai décidé de replanter, de regarnir les taillis dévastés, de retrouver une futaie touffue dans laquelle des arbres se dresseraient plus haut que les autres comme des sémaphores de l’amitié. J’ai creusé des trous, j’ai ouvert mon monde, j’ai planté de jeunes pousses, j’ai souri… Petit à petit, les plants se sont étoffés, de nouveaux amis ont pris racine dans mon cœur. Nécessairement, tous ne sont pas devenus de beaux arbres, certains ont disparu, sans doute un peu par ma faute mais aujourd’hui, des arbres renaissent… D’une coupe claire est née un nouveau monde, de nouveaux chênes ont transformé mon univers dévasté en une
forêt de Tronçay superbe et réconfortante. Et cette forêt m’écoute, m’entend, elle bruisse des mots que je murmure, elle me rassure, elle est une et multiple, attentionnée et singulière. Mon blogue n’est plus mon seul confident. Je ne lui livre que de loin en loin mes humeurs, mes vertiges, mes peines, mes plaisirs…
Ma santé me préoccupe moins (ou je me force à ne pas trop y penser), elle me laisse tranquille, présentement. Mon blogue se tait aussi parce que mon corps ne s’agite plus…
Mes silences, enfin, sont étouffés par Facebook. Ce réseau social attire vers lui une grande part de mes réflexions. Il flatte l’indigence de ma pensée, l’instantanéité de mes réactions, Facebook est un hoquet dans ma vie, Facebook est un éternuement, un petit orgasme narcissique qui a envahi mon quotidien. Je ris avec lui, je souffre aussi. Mais Facebook n’est finalement qu’une anecdote, une belle anecdote, je le pense, dans la façon que j’ai de l’utiliser : un univers parallèle réservé à quelques initiés…
Facebook m’a tueR ! Non, sans doute pas encore. Mon blogue vit doucement. Je l’entends respirer en moi, j’entends son appel à le nourrir comme un ami affamé. Ou plutôt comme un ami que je régale. Il ne peut pas mourir sans moi. Tous les messages écrits sont autant de bornes miliaires dans ma forêt pour que je ne me perde pas. Je viens d’hier, je suis passé par là, j’avance, plus tout à fait seul. Des ombres amicales sont à mes côtés. Certaines sont très belles et touchantes. D’autres existent, simplement. Pourtant, j’aimerais que l’une d’entre elles me prenne la main et me dise : faisons le chemin ensemble…
Pour l’heure, le vent de la vie fait chuchoter les arbres de ma forêt… Je continue ma route, il le faut. Je sais qu’une clairière m’attend, un grand cercle ensoleillé au sol tapis de mousse épaisse sur lequel nous pourrons nous étendre et contempler le ciel éclatant de joie et d’espoir. Alors les arbres, mes amis, se réjouiront pour nous. Et je serai heureux. Bientôt, je le sais. Laissez moi écouter ce souffle qui parcourt ma solitude, il porte en lui mon avenir.
Texte corrigé le 25 février 2010…
Derniers commentaires