
Avant le 11 septembre 2001, l’antienne populaire voulait que tout le monde vivant en 1963 se souvienne de ce qu’il faisait au moment de l’assassinat de de John Fitzgerald Kennedy. Je n’étais pas né.
En ce mardi 11 septembre 2001, j’étais à mon bureau, au calme, un jour comme un autre. Je ne me souviens pas du temps qu’il faisait, sans doute beau, comme à New York. Depuis mes débuts sur le net, mon navigateur s’ouvre sur la page du Figaro. Ce jour là, j’ouvre une fenêtre pour chercher quelques chose sur la toile mondiale et, bien sûr, je vois l’annonce sur le site du journal de l’encastrement d’un avion dans une tour du Wolrd Trade Center. La physionomie du quartier, la skyline de New York, ne m’était pas inconnue : les deux tours faisaient partie des décors des films et séries new-yorkaises, notamment la série « Friends » dont j’étais un spectateur fidèle. Je n’ai jamais visité la ville mais, déjà, ses gratte-ciels peuplaient certains de mes rêves de voyages. J’alerte aussitôt l’ensemble du bureau puis je reprends les tâches routinières. Soudain, j’apprends qu’un second avion a heurté la deuxième tour puis que le Pentagone a été aussi touché et qu’un quatrième avion s’est écrasé en Pennsylvanie. Et tout s’accélère soudain : la seconde tour s’effondre puis la première.. Je suis abasourdi, les informations tombent, les États-Unis sont attaqués, le monde occidental dans lequel je vis est attaqué. Je rentre chez mes parents, je ne peux pas rester seul, je crois que j’ai peur. J’avais téléphoné à ma mère un peu plus tôt pour lui conseiller de regarder la télé. Bientôt, mon père nous rejoint et je suis fasciné par les images qui défilent sur l’écran. Nous ne pouvons pas parler. Je retiens mes larmes. Le monde change sous mes yeux, une certaine idée de l’Amérique se fissure pour, ensuite, dans les jours et les mois qui suivent, s’écrouler. Petit à petit, les informations se précisent, Al Quaida et Ben Laden sont les auteurs de l’attentat. Les « Arabes » se sont révoltés et ont frappé les États-Unis dans leur « cœur » Les jours qui suivent, au bureau, dans la rue, dans les médias, je vais entendre cela : les attentats sont un signe de révolte des arabes contre l’impérialisme américain… Le gouvernement français annonce une minute (ou trois, je ne m’en souviens plus) de silence en mémoire des victimes la semaine suivante je crois. Les drapeaux dans tout le pays sont en berne depuis quelques . Je propose au bureau de respecter aussi cette minute. Ma proposition est accueillie fraîchement, on me montre que l’on s’en moque un peu, l’Amérique, c’est loin et puis les américains ont peut être mérité ce qu’ils ont subi. Le jour dit, je suis dans le hall du bureau, debout et les autres se lèvent difficilement. C’est à partir de ce moment là que j’ai compris le fossé qui s’était creusé entre la France et les États-Unis. Oubliés alliés de 14-18, oubliés nos alliés de 39-45, oubliée l’aide que Louis XVI apportât à la Révolution américaine en 1775-1776, finalement, ils auraient dû s’attendre à ces attaques après leurs guerres dans le Moyen-Orient. Ce sentiment s’est peu à peu répandu dans l’esprit de certains… Et la théorie du complot a surgi et enflé.
2 977 victimes sont mortes deux fois : le jour horrible du 11 septembre 2001 et le jour où certains ont commencé à penser que l’attaque était méritée.
Hélas, le président Bush et son gouvernement, dans leurs actes postérieurs à l’attentat n’ont pas contribué à apaiser les polémiques. Bien que de droite, je me suis éloigné de plus en plus de ces conservateurs américains qui ne semblaient pas avoir pris la mesure totale du malaise que leurs réactions (parfois maladroite) avaient fini par engendrer. Au fil des ans, les études ont fini par mettre au jour l’incurie des services secrets américains, la suffisance des oligarques de Washington et l’irresponsabilité des faucons conservateurs en décidant de porter la guerre sous le fallacieux prétexte de la présence montée de toute pièce d’armes de destruction massive. Les mensonges de l’état américain pour justifier les actions contre l’Irak n’ont pas contribué à apaiser les tensions dans le monde. Loin de moi l’idée que les USA méritaient cette blessure mais nous ne sommes pas plus en sûreté qu’avant le 11 septembre. L’élimination de Ben Laden est-elle le début d’une prise de conscience que l’antagonisme de l’occident et du Proche-Orient islamiste ou non ne mènera qu’à la destruction de l’humanité ? Les printemps arabes seront-ils le terreau fertile pour l’épanouissement d’un sentiment de paix (je ne parle pas de la paix universelle, improbable utopie) ? Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je suis inquiet. Je sais seulement qu’au delà des victimes, ds hommes et des femmes continuent à mourir des suites de l’attentat, la santé massacrée par les poussières et le stress. Dimanche dernier, j’ai regardé l’un des reportages consacrés à l’évènement. Deux moments m’ont profondément touché. Le premier était l’une des causes de l’effondrement rapide : la faiblesse de l’isolation thermique de la structure en acier des tours, l’isolant choisi au moment de la construction par l’Autorité portuaire (l’organisme d’état propriétaire des tours) ayant été le plus mince et le moins cher, aurait causé la mort de nombreuses personnes en limitant le temps de la résistance des tours à la chaleur des incendies. Aucune action en justice n’a été engagée contre le propriétaire des tours. Le second était la présentation de la vie détruite d’un infirmier qui, pendant plusieurs jours, a aidé à rechercher des victimes. Á quarante-quatre ans, il marche avec un déambulateur, il dort avec un masque à oxygène, il a subit plus d’une douzaine d’interventions chirurgicales, il a perdu son travail en 2007 et sa maison, faute d’avoir payé les traites du crédit et il va mourir. Cet homme de mon âge, soutenu par sa femme, pleurait. Jusqu’au vote par le Congrès américain à la fin de l’année 2010 d’une loi prenant en charge les frais de santé des personnes blessées dans l’attentat, il n’a reçu aucune aide, aucune. Cet homme va mourir parce qu’il a pensé qu’il était de son devoir d’aider les sauveteurs. Son visage rond était poignant. Il est l’une de victimes de la folie meurtrière d’idéologues obscurantistes. Il est aussi la victime confiante d’un état qui n’a pas tenu ses promesses de soins et d’aide. Sa vie vaut moins que le courage et l’abnégation dont il a fait preuve. Il est, à mon avis, le symbole de la déliquescence non seulement des États-Unis mais de l’ensemble du monde. Et je ne suis pas rassuré.
Mais pour l’heure, je pense aux 2 977 victimes, je pense aux plus de 6 000 blessés pendant l’attentat, je pense à ceux qui ont été blessés dans les jours qui ont suivi. Ne les oublions pas.
Je pense aussi au Lion du Panshir, Ahmad Shah Massoud, commandant de l’Alliance du Nord afghane, tué le 9 septembre 2011 par Al Quaïda en prélude aux attentats du 11 septembre. Il avait réussi à repousser les Soviétiques, il a été sacrifié par les islamistes parce qu’il avait tenté d’ouvrir les yeux du monde sur le danger représenté par Ben Laden. Ne l’oublions pas.

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Oui, merci Benoît - je peux t’appeler Benoît, hein ? on a le même âge à deux mois près -, grâce à ta candidature au poste de premier secrétaire du parti du rire, pardon, du parti socialiste, j’ai pu entendre qu’un homme de 41 ans était un jeune, un jeune homme. Bon, c’est vrai, 41 ans, rapportés aux 55 ans et aux 58 ans de tes rivales, tu peux passer pour un perdreau de l’année. Tu m’as rassuré : à 41 ans, ma vie n’est pas fini, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir et je peux entraîner derrière moi au moins trente mille personnes sur ma bonne bouille (je n’ose pas dire sur ma belle bouille, je suis trop modeste). Tiens, rien que pour te remercier, je me suis tâté pour prendre ma carte au PS, juste avant le vote, pour t’apporter mon suffrage : c’est que je suis un gars qui aime se marrer et ma foi, toutes tes idées me font rire. Non, c’est vrai, avoir une tête bien faite comme la tienne, qui fait chavirer tous les cœurs et défendre des idées tellement rétrogrades avec un sourire ultra-brite que même les collègues européeens de ton bord en sont restés comme deux ronds de flan, il fallait le faire. Bon, c’était le seul moyen pour toi d’exister face à une illuminée qui se prend pour une idole en mal de scène et à la fille à papa qui croit encore que la seule idée qu’elle a eu en politique est la panacée pour sortir le monde de la crise.
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