Apartés uchroniques

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lundi 16 mars 2009

Paris - II

Belleville, Ménilmontant, Bercy, Vaugirard, Grenelle, Auteuil, Passy, les Batignolles, Montmartre, etc., des noms qui chantent avec la voix de Piaf, Fréhel, Chevalier, avec la gouaille de Mistinguett, d’Arletty. Me voilà en train de déambuler la rue de Crimée avec mes amis Olivier et Jean-Michel sous le ciel gris (habituel) de Paris. Un vent coulis me saisit malgré les nombreuses couches de vêtements dont j’ai pris la précaution de m’équiper avant de franchir les limites des terres du Nord, vous savez, juste après la colline de Fourvière, dans les froidures boréales des pays d’au dessus de la Loire…

Le temple de la Sybille nous toise de sa colline alors que nous nous engouffrons dans la grotte de la cascade avec l’espoir d’un grand bonheur : tout le monde sait que marcher dans une grotte (du pied gauche) porte bonheur.

Je n’aime pas l’hiver, les arbres n’ont pas de feuilles, l’herbe n’est pas encore de ce vert éclatant qui marque le retour de la vie. De ci, de là, cahin caha, va chemine va trottine, le picotin te récompensera (allez voir du côté de Colette Renard pour cette récompense de picotin) enfin non, pas de picotin pour moi depuis plusieurs jours, seulement des jonquilles éclatantes d’or offertes aux regards énamourés des impatients des beaux jours. Le canal de l’Ourcq annonce la Seine, entre deux rangées d’immeubles sans grâce particulière. La rotonde de la Villette de Ledoux semble trembler à chaque passage du métro aérien. Le temps n’est plus où les marchands franchissaient son seuil pour acquitter les taxes au fermier général… Nous descendons le canal, des ponts s’arquent au dessus de l’eau foncée. Sur la droite, entre deux arbres, le fantôme de l’hôtel du Nord. Je tends l’oreille : Arletty ne lance pas son « atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère » et seuls les bruits des voitures animent le lieu. L’hôtel n’a jamais existé, c’est aujourd’hui un bar-restaurant. Il n’est qu’une image sans aucune vie, sans aucune âme, devant laquelle je passe. L’enduit gris sale me dit : oublie-moi. Nous poursuivons jusqu’à entrapercevoir la rameau d’olivier de la République triomphante. Il se fait tard, le froid s’abat sur la ville, les loups ne vont pas tarder à partir à la chasse dans les rues de Paris, nous décidons de rebrousser chemin en remontant la colline de Belleville.

La Chine à Belleville... La Chine à Belleville... La Chine à Belleville... La Chine à Belleville...

J’avoue que je ne connaissais pas ce quartier. Olivier me parle de l’importante communauté asiatique qui a colonisé presque toutes les boutiques de la portion basse en quelques années. Je pensais que le XIIIe arrondissement était le quartier de prédilection des immigrants d’extrême-orient… Que nenni, ils ont reconstitué une petite ville dans la ville rue de Belleville, bijouterie, coiffeur, parfumerie, boucherie, traiteur, boulangerie, pâtisserie, librairie, tous (ou presque) arborent des idéogrammes chinois sur les devantures. Entre les vitrines, les murs sont recouverts de petites annonces : que cherchent-ils ? Des logements, du travail, de l’aide ? Une pâtisserie met en avant d’énormes gâteaux couverts de crème : une indigestion gourmande pour moins de 20 €, ça ne vaut pas le coup de s’en passer, non ? Des prostituées attendent de réconforter leurs clients sur le trottoir,la foule s’agite, marche vite, les magasins se vident et se remplissent, les enseignes lumineuses repousseront bientôt la nuit dans les recoins sombres de allées d’immeubles sales. Des amas de fruits trop mûrs, de fruits aux noms inconnus s’offrent à ma curiosité. Des canards laqués pendent à des crochets dans la salle d’un restaurant. Le quartier s’agite, bruisse mais je n’entends rien : les conversations se tiennent dans les boutiques, discrètement. Des petits vieux aux visages ridés entrent et sortent. Soudain, sur le trottoir d’en face, une plaque commémore la naissance de la môme Piaf sur les marches d’un immeuble.

 

Née sur les marches d’un escalier… L’immeuble ne paraît pas avoir trop changé et j’imagine sans mal une femme accouchant dans le dénuement sur la pierre froide et sale, dans l’indifférence, seule. C’est sans doute là le trait principal d’une grande ville, la solitude. Je sais que je vais marcher dans les rues de Paris seul, comme un fantôme, parmi des fantômes, sans aucun contact. Ou presque, comme vous le verrez plus tard.

vendredi 13 mars 2009

Paris - I

J’ai oublié mes mouchoirs. Tous mes mouchoirs, soigneusement repassés et pliés sont restés dans le dressing. Voilà une chose de faite : oublier quelque chose le jour du départ. J’ai passé mes dernières heures de temps libre à nettoyer l’appartement pour permettre à mon frère d’entrer dans un endroit sans trop de poussière, avec un réfrigérateur garni, des paquets de gâteaux dans les placards : il devrait pouvoir jouer son rôle de garde-chien dans d’excellentes conditions. Bien que je me sois levé à 5 heures du matin (la peur de ne pas me réveiller m’a fait avancer l’heure du lever - mais inutilement puisque j’étais éveillé avant le radio-réveil), j’ai dû courir pour me préparer. Dieu qu’il est difficile de caser une bouteille de champagne, une bouteille de Muscat-de-Rivesaltes, un coffret de chocolats, deux bocaux de foie gras maison dans un sac à dos ! Je suis harnaché comme si je partais dans une expédition en pays inconnu. C’est vrai que la capitale de la France manque de tout : vins, chocolat, foie gras… Et puis c’est tellement plus drôle de ahaner comme une bête de somme crevée sous le joug lorsque je me rends compte que je n’ai qu’un quart d’heure pour gagner ma place de TGV. Je ne peux pas courir sur la place Bellecour, je traîne ma valise, je maudis les gens qui ne se poussent pas sur mon passage dans les couloirs du métro, je peste contre l’heure qui passe, j’enrage contre ma procrastination éternelle (avais-je vraiment besoin d’attendre le dernier moment, c’est à dire 6 heures du matin pour passer l’aspirateur sur la mezzanine ?), je maudis mes descendants jusqu’à la quarantième génération (remarquez que, de ce côté-là, je ne prends pas de risque) et je remonte finalement les deux rames de TGV pour trouver ma place dans le dernier wagon, en queue de convoi. Nous ne sommes que deux au départ de Perrache.Paris éternel (je sais, le titre est bateau)Je me penche à la porte pour entendre les annonces habituelles. Je ne me lasse pas de la voix suave de la speakerine qui charme tous les voyageurs (au moins moi) : sa voix annonce l’aventure du voyage en train. Je sais que je me suis épanché à deux reprises au moins sur mon goût pour ce mode de transport. J’aime le train parce qu’il pénètre loin l’intimité des mondes qu’il traverse en se fondant dans les paysages éventrés par ses rails d’acier. Je ressens la même attirance pour les voyages en bateau, rêvant de naviguer, un jour à bord d’un vieux gréement, le Belem par exemple. L’avion m’apparaît trop en dehors du monde pour m’intéresser vraiment.

Qui m’accompagnera pendant les deux heures ? J’ai chargé sur mon mobile une vingtaine de cd : je parcours la liste, tous m’appellent, tiens, The Communards. Pour chanter à tue-tête dans la voiture de première classe “Don’t leave me this way” (dans tes rêves mon vieux !), pour cette voix extraordinaire… Je n’entends plus que les bribes de conversation de mes voisins de voiture. Nous ne sommes que dix dans ce compartiment, presque tout le monde devant son portable. Pourquoi n’ai-je pas pris un dvd ? Parce que je n’ai pas acheté de casque pour écouter le son ? Parce que je n’ai pas pris le temps des trois mois qui ont précédé mon départ depuis l’achat de mon billet pour acheter un casque. Maudite procrastination qui me paralyse parfois.
Je suis parti hier du bureau en sachant pertinemment que certains dossiers auraient mérité un peu plus d’attention de ma part. J’ai bâclé mon départ parce que j’en avais assez. La lassitude m’a gagné depuis quelques temps et ce voyage à Paris est la coupure salvatrice dont j’avais besoin. Je veux vivre ma vie.

Curieusement, ce matin, alors que mon chien me suivanit partout dans l’appartement dans l’espoir de prendre l’un de mes gestes pour un prétexte de jeu, j’ai ressenti une affection profonde pour cet être de poil si différent de moi : j’aime ses grands yeux marrons qui me regardent avec attention lorsque je parle. Au bout de trois ans de conhabitation, je sais que je me suis attaché à lui. Malgré ses défauts, malgré les contraintes que sa possession engendre (le faire garder en mon absence n’est pas la moindre), il n’a pas restreint mon univers, au contraire : j’ai rencontré des amis.

Une sensation curieuse m’a envahit tout à l’heure alors que fermais la valise : la dernière fois que j’ai quitté mon appartement pour une semaine c’était en mars dernier, le lendemain de l’anniversaire de ma filleule, pour entrer à l’hôpital en vue d’une biopsie de la grosseur sous le côté droit de la mâchoire. C’était une valise pour plus de six mois de souffrance, de fatigue, de lutte. Mes cheveux ont repoussé plus drus et viogoureux qu’avant, plus sombres aussi. Si leur nouvelle teinte pouvait être la seule ombre de ma vie à venir.

Encore une heure de voyage. Pourquoi le wifi n’est-il pas disponible dans les trains ?
Paris éternel (je sais, le titre est bateau)

mardi 30 décembre 2008

Paname...

Guide du routard Paris 2009J’ai acheté l’édition 2009. Il me reste à arrêter les dates de mon voyage (en fonction des cours que je dois dispenser et en dehors des vacances scolaires) et à trouver l’hôtel. Tiens, qui connaît un hôtel à Paris, pas trop toc, pas trop cher (80 à 100 € environ la nuit) et dans le centre ? J’ai quelques idées dans le Marais mais je suis preneur de toute suggestion…