Voulez-vous devenir célèbre, être admiré dans le monde entier, entendre votre nom voler de lèvres en lèvres (quoique, dans le cas présent, il sauterait plutôt de doigts en doigts au rythme des frappes du clavier), voulez-vous enfin exister aux yeux de la terre entière et sortir définitivement de votre incognito étriqué ? Plus besoin de passer à la télé, de vous laisser enfermer dans une étable avec des colocataires au QI de poulet, de témoigner dans une émission sur les turpitudes de votre existence... Ecrivez un blogue, un carnet, devenez blogueur ! Avec une connexion internet, un ordinateur de base et sans connnaissance particulière d'un langage de programmation abscons, vous pouvez, à peu de frais, accéder à la notoriété comme vous n' aviez jamais osé le rêver.
Depuis quelques temps, les articles sur le phénomène des blogues fleurissent dans les journaux — à croire que les marronniers n'ont plus de saison — et les librairies garnissent leurs rayons d'opuscules savants au prix inversement proportionnel à leur intérêt. Le Monde, Telerama, Madame Figaro, des journalistes se penchent sur cette tendance à l'exhibition et au voyeurisme éproouvée par des internautes, y compris votre serviteur. Phénomène de mode ou nouvelle réalité d'un monde en mouvement, le blogue tient le haut du pavé. Ils affichent leur diversité dans toutes les langues et leur richesse tent, à mon avis, essentiellement aux fenêtres sur d'autres mondes qu'ils ouvrent. Introspection, psychothérapie, témoignage d'un simple bonheur, flatterie d'égo, leurs motivations sont multiples et passionnantes. Laurent Gloaguen, dans son blogue Embruns, fait une analyse sérieuse du carnet web, notamment ICI et ICI, au fil d'articles fouillés. Les commentaires ne doivent pas être laissés de côté. Loïc Le Meur présente défend une autre face des blogues, sans doute parce qu'il est l'auteur et le développeur de typepad, l'un des outils disponibles pour blogueur.
Cette semaine, Madame Figaro publie un article de Camille Le Gall, auteur de La Gazette New-Yorkaise, expatriée à New York mais sur le chemin du retour, dans lequel la journaliste cite, en exemple, Embruns et Sophil de l'eau : je lis des carnets de célébrités
A quand mon tour ?
Maître Eolas, dans son Journal d'un avocat, fait un point passionnant sur la responsabilité des auteurs de blogues, ICI (statut juridique du blogue et responsabilité pénale du blogueur).
Un autre aspect du blogue soulève en moi une question cruciale : commentaire ou absence de commentaire sur un blogue ? Longtemps sans commentaire, j'ai finalement balancé pour l'introduction d'un système de commentaires, après avoir réalisé que ces réactions de lecteurs étaient une source éminente de plaisirs solitaires et que, finalement, ils justifiaient, à eux seuls, l'existence de mon carnet. Leur absence limite le blogue à un monologue sourd. Quand bien même ils représentent une source potentielle de pourriels (spams) voire de polémiques stériles, ils établissent le dialogue nécessaire à l'ouverture au monde qui soustend les carnets. Je sais des réfractaires aux commentaires (un petit clin d'oeil à Rooxy) mais finalement, ils pêchent par ignorance. Tiens, ma foi de charbonnier prend le dessus.