Apartés uchroniques

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 30 juillet 2005

Chemins de croix

Samedi ordinaire, après-midi solitaire. La conduite change l'esprit. Lumix est avec moi. Je monte la colline qui prie, je ne sais pas où je vais, je roule. Tassin, Marcy l'Etoile, les Monts du Lyonnais s'annoncent. Les buttes se font collines, les creux se font vallées, le bitume sombre de la route serpente entre les champs jaunis. Des bois verts rythment les paysages. J'évite les routes principales pour préférer les départementales. Le col de la Luère : la pancarte crème pointe sur une image, celle de la Mère Brazier derrière le fourneau de son restaurant, en train de maîtriser le coup de feu du service. Tablier blanc et chignon. Avec elle, les critiques dythirambiques, Curnonsky en tête, la poularde demi-deuil, le fond d'artichaud au foie gras, le gratin de macaronis, la silhouette très ronde d'Edouard Herriot, un entre-deux guerres insouciant, sauf de son assiette... Je continue. Saint Pierre la Palud et son musée de la mine (les mines ne m'ont jamais attiré, Germinal et Zola non plus), Chevinay, Courzieu, Malval. Une croix de chemin. J'aime ces signes de foi planté à la croisée des chemins ou au bord d'une route : in hoc signo, vinces. Constantin vainquit Maxence après avoir fait placer sur les étandards de ses soldats ces mots apparus en lettres de feu sur une croix miraculeusement descendue du ciel avant la bataille du pont Milivius. Dans leur grande majorité, ces croix datent du XIXe siècle, période faste pour les missions pastorales. Pierre ou métal, simple croix ou christ crucifié dans un abime de douleurs et d'espoir, elles n'ont pas toujours résisté au déclin de la ferveur qui les éleva.Elles témoignent pourtant de vies transcendées par la croyance. Elles rassuraient le voyageur perdu. Elles protégeaient du malin. Elles existaient pour rappeler que l'on n'est jamais seul. Mon chemin de croix dans les Monts du Lyonnais. Entre espoir et fatalisme. Altitude 712 mètres. Le col de la Luère. où sont les challets de la Mère Brazier ? J'aurais aimé voir ce qu'ils sont devenus, simple pélerin d'un rêve gastronomico-onirique presque évanoui. Hameau de Saint Bonnet le Froid. L'ancien château des moines de l'abbaye de Savigny, jusqu'au XVIIIe siècle, domine la vallée : ses tours restaurées, sans doute au début du siècle dernier, affichent un moyen-âge de pacotille, grimé par un Viollet-le-Duc de théâtre. Aujourd'hui, les pèlerins ne s'arrêtent plus que pour contenter leur estomac. J'entrevois la plaine lyonnaise entre deux bosquets. De l'autre côté de la route, une croix rouillée émerge d'un tumulus de pierres. Derrière, les vestiges d'une improbable enceinte fortifiée avec ses tours crénelées d'opérette. Le point de vue est admirable. Les champs sont si secs.

La croix de Saint-Pierre-la-PaludLa croix de Saint-Pierre-la-PaludCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-Haut

Je reprends mon errance sans but et avise bientôt la direction d'Yzeron. Nouvelles croix. Nouveaux chemins. Je me perds dans des culs-de-sacs de ferme. On me regarde sans me voir. Je sens la bouse de vache sur la route. La résine des pins aussi. Ascension d'un col, descente de trois cents mètres de dénivelé : les champs sont barrés de serres en plastique, je suis sur le chemin de la fraise. Et des rapaces du parc de Courzieu. Un geai se pose sur une branche. Je ralentis mais ne prends pas la photo. Chapelle du XIe siècle : le panneau m'incite à prendre une route qui monte au dessus d'Yzeron. Quoique que l'on dise, les villages des Monts du Lyonnais n'ont pas de charme : les enduits des maisons sont souvent gris, seuls les paysages attirent l'oeil. C'était un pays de mines (le cuivre à Chevinay) : les habitants étaient-ils donc trop éblouis lorsqu'ils remontaient à la lumière pour ne pas voir la laideur des murs ? La chapelle de Châteauvieux, placé sous le vocable de Saint Jean Baptiste, apparaît, précédée d'une placette plantée de trois platanes pompeusement dits de Sully. Le tronc tourmenté de l'un d'eux laisse toutefois penser que le ministre du bon roi aurait pu les connaître. Evidemment, la chapelle est fermée : je ne verrais pas le double bénitier remarquable signalé par la docte pancarte. Deux pigeons me regardent. Je contemple la vue. Panne de batterie. La voitue ne veut plus démarrer. Je suis à vingt cinq kilomètres de la place Bellecour (seulement...), mon assurance ne peut pas intervenir. Merde. Le garage qu'elle m'indique est d'astreinte d'autoroute et ne peut venir. La communication passe mal. Trahi par le monde moderne, je trouve secours auprès d'aimables habitants du hameau : câblée, la batterie accepte de faire redémarrer le véhicule. Trajet du retour dans la hantise de caler : je prends note que les garages sont fermés le samedi après-midi. Je gare enfin ma voiture près du bureau. Je m'en occuperai lundi matin. Je reviendrai.

Une croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisLes vieux platanes de ChâteauvieuxLa chapelle de ChâteauvieuxLa chapelle de Châteauvieux

En rédigeant ce billet, je pense à Rooxy et à ses escapades en vélo (courageux !) ;-)

Voilà un site consacré à la Chapelle de Châteauvieux par les Amis de la Chapelle.

jeudi 21 juillet 2005

Promenade beaujolaise

Restaurant Le Coq au Vin - JuliénasLa croix de JuliénasJuliénas""Moulin à VentMoulin à VentChenasFleurieLa chapelle de FleurieLa vigne à FleurieLes vignes de ChrioublesChiroublesChiroublesMorgonL'église de Regnié-Durette du dessin de Pierre BossanL'église de Regnié-DuretteL'église de Regnié-DuretteLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLes vignes de Brouilly

Les dix crus du Beaujolais, un chemin bien exotique pour un amateur de bordeaux... Saint-Amour ne fut pas de la virée photographique (car il ne s'est agit que de prendre des clichés des paysages vallonés du Beaujolais et non de butiner d'une cave à l'autre le jus de gamay), cette fois-ci. Julienas nous accueille pour un déjeûner fort goûteux, dans l'ancienne gloire de la région, reprise par Jean-Paul LACOMBE (de Léon de Lyon ), Le Coq au Vin. Le repas, avec son seul menu à 23 €, fut agréable, malgré une chaleur accablante, dans la petite cour, à l'arrière de la grande salle. Conversation badine, bons mots, moqueries des uns et des autres agrémentère notre trio familial et apaisant. Sur l'aire de stationnement, de l'autre côté de la route, la croix de mission en pierre semble rappeler le pêché de gourmandise à l'amateur de bonne chère. Contrition et digestion. Ce n'était que quelques cuisses de grenouilles voilées de beurre fondu mêlé d'ail et de persil...

Un dernier regard à l'église de Juliénas et nous voilà partis pour Moulin-à-Vent, ce cru dont on dit qu'il a la meilleure garde de tous les beaujolais. Je guide mon père au hasard de routes aux bords encépés de vignes, avec pour nous diriger, une carte plus touristique que géographique. Le voilà, ce monument historique perché sur son tertre et gardien des vignes aux grappes encore verte. Le cépage gamay tire son nom d'un hameau de la Côtéd-'Or et son grain à peau noir et jus blanc est le seul admis dans les vins du Beaujolais. Il est encore trop tôt pour faire éclater, sous le palais, ces billes d'un bleu sombre que septembre couvrira d'une pruine blanche et délicate. Le grain est vert et le jus astringent, à grimacer.

Le moulin sans vie, abandonné par le vent, passe et Chenas annonce son cru avec le clocher de son église flanqué de deux petits clochetons accolés. Nous errons, dans notre bulle climatisée, de parcelles en parcelles, et je commence à suer sous la canicule à chaque arrêt pour prendre des photos. Nous rions à chaque erreur de direction, sans doute le pot de macon blanc qui se rappelle à notre bon souvenir. Fleurie apparaît au loin, veillée par sa chapelle esseulée sous le soleil. J'avais gardé le souvenir de vignes beaujolaises désordonnées, presque sauvage en comparaison des rangs biens taillés des parcelles bordelaises : je constate avec plaisir que la sagesse a gagné aussi cette vigne que beaucoup accusent de pisser le vin, notamment le troisième jeudi de novembre, lorsque que le beaujolais nouveau est livré en pâture aux vilipendeurs d'un vin trop jeune. Maintenant, Chiroubles et son cocher à bulbe sommé de la croix terrible par laquelle je ne parviens pas toujours à vaincre mes démons. Contrition et ivresse.

Le village de Morgon se dérobe à mon objectif, je n'entrevois que des vignes émergeant d'une terre rougeâtre. Mais Régnié apparaît, et son église à deux clochers élevée par Pierre Bossan, l'architecte de la basilique de Fourvière. Hiératique, les rangées de vitis vinifera étalées à ses pieds, elle offre une halte fraiche aux explorateurs à la petite semaine d'une campagne jusqu'ici inconnue parce que trop proche de nous.

Brouilly et les Côtes-de-Brouilly closent l'aventure : Notre Dame de Brouilly a ses portes ouvertes sous ses voûtes rouges éclatantes. Deux chefs- d'oeuvre de ferronnerie sont accrochés en ex-voto de part et d'autre de l'autel en pierre dorée. Le bas-relief du devant d'autel présente les remerciements des vignerons à Marie, qui lutta victorieusement contre l'oïdium. Sculpture naïve et touchante. Contrition et prière. Peut-être.

Dehors, mes parents rient ensemble, je prends une photo. Je suis heureux. Au pied d'un contrefort, un pèlerin de 1866 a gravé son nom. Il est passé, nous passerons. Ses lettres qui entaillent la pierre demeurent. Plongeon dans l'éternité.

lundi 20 juin 2005

Les rêveries d'un promeneur solitaire II

Le sanctuaire marial attirait beaucoup de fidèles, de pélerins, de simples touristes ravis de découvrir la ville déroulée à eleurs pieds depuis l'esplanade. C'était l'heure vespérale de la messe anticipée du samedi soir. Un prêtre à l'étole verte du temps ordinaire donnait quelques consignes à l'organiste, dans le choeur, devant le grand dais néo-byzantin abritant Notre Dame de Fourvière. Je ne m'approchai pas, délaissant la basilique pour la chapelle contigüe. Les ors du retable baroque semblaient vibrer sous la foi des orants. La Vierge Noire m'accueillait en posant sur moi le regard d'amour qu'elle porte sur son Fils couronné. Je priai à genoux, tentant de me souvenir des paroles du Salve Regina : Salve Regina, mater misericórdiae, vita, dulcédo et spes nostra, salve... Ma prière franchissait à grande peine mes lèvres, je butai sur les mots en songeant aux prières adressées par les autres fidèles à la première intercetrice. Soudain, l'envol des cloches secoua les murs de la chapelle et mes pensées s'accrochaient à leurs notes célestes dans l'espoir d'être entendues de Dieu. Dieu ne m'entend pas. Ou il veut m'éprouver. Ou me donner ce que je mérite. O clemens, o pia, o dulcis Virgo María. La vieille dame, devant moi, récitait le rosaire. Méditation des mystères Ave Maria, gratia plena, Dominus te cum. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesus. Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus nunc et in hora mortis nostrae. Oui, ora pro nobis, pauvres pêcheurs, nunc et in hora mortis. Hora mortis. Heure de la mort. Mors, mortis. La mort. Les cloches s'étaient tues. Je me saisis de mon appareil, preuve tangible que je vivais encore, ancré dans mon siècle. Une génuflexion, un signe de croix et je sortai en priant Notre Dame du Bon Secours.

dimanche 19 juin 2005

Les rêveries d'un promeneur solitaire I

Rester confiné chez moi tandis que le soleil brillait ne me plaisait guère. Je résolu de prendre mon Panasonic Lumix DMC-FZ20 préféré et de m'engouffrer dans le vaste four qu'était devenue la ville sous la chaleur caniculaire. Débouchant sur la place, je restai dans l'incertitude du but de ma promenade. Les chalands défilaiient sur les trottoirs, cherchant souvent la fraicheur des magasins pour supporter le soleil. Les rumeurs de la gay pride m'arrivaient par bribes. J'avisai la cathédrale Saint-Jean et m'engageai dans la rue du Colonel Chambonnet pour franchir le pont Bonaparte et gagner la place Saint-Jean. Les pierres de la façade pâlissaient sous la chaleur. La Manécanterie, seul monument carolingien encore debout à Lyon, accolée à la cathédrale, abrite aujourd'hui le trésor de Saint-Jean. A main gauche, la rue Saint-Jean déversait autant les touristes qu'elle en avalait. J'hésitai à me jeter dans la foule. Je choisis la jardin archélogique, agité par un groupe de jeunes tendance gothique. Je relus, encore une fois, la pierre commémorative enchâssée dans une façade avant de prendre la rue Sainte-Croix, dont le nom perpétue le souvenir de l'église ainsi consacrée dont il ne reste plus que des vestiges et une arcade remontée. Je retrouvai la rue Sain-Jean, artère fameuse du Vieux Lyon. Les terrasses des restaurant n'étaient pas tout à fait vides, des assiettes se finissaient alors que, franchement, aucun restaurant n'est gustativement intéressant dans la rue. Un léger crochet dans la rue de la Bombarde me fit découvrir les traces d'un garage du palais que je n'avais jamais remarquées.

<Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa manécanterie de la la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonGarage du Palais - Lyon

Revenu dans l'artère principale du Vieux-Lyon, je levai les yeux pour admirer les façades, sautant de la Renaissance aux meneaux ciselés aux XVIIe et XVIIIe siècles au claissicisme un peu roide des fenêtres. Longtemps abandonnés à la crasse, les immeubles, ont, peu à peu, recouvré la blondeur des pierres ou la chaleur d'enduits aux nuances italiennes. Un magasin d'estampes et de gravures offrait la fraîcheur, la porte franchie mais un rapide coup d'œil ne me permit pas de trouver un sujet intéressant ou, plutôt, je trouvai les prix un peu élevés. Je poursuivis pour déboucher sur la place du Change, sur le côté est de laquelle trône la loge éponyme. Bâtie au XVIIe, elle fut remaniée, selon un dessin de Soufflot, en 1748. Elle a abrité la première bourse de commerce lyonnaise avant d'être dévolue, après la révolution, au culte protestant : d'un culte à l'autre, elle a retrouvé, en 2001, son calendrier. Je tournai dans la montée du Change pour rejoindre rapidement la rue Juiverie. Ses façades sont magnifiques, notamment la maison Degas, ou maison des Lions. Les blasons des échevins de la ville rythment les élévations des immeubles. Coincée entre deux allées, la ruelle Punaise ouvre une bouche béant par laquelle dégueulent les eaux lors des pluies. Egoût du Moyen-Âge, elle n'est plus qu'un élément pittoresque du Vieux-Lyon.

La ruelle Punaise - LyonLa ruelle Punaise - Lyon

Je me promis de revenir bientôt dans cette rue avec mon Lumix. La gare de la place Saint Paul était toujours endormie alors que je bifurquai à gauche vers la Maison Paterin, au pied de la montée Saint-Barthélémy. Les lyonnais appellent cette maison construite par Claude Paterin, sous François et la montéIer, Maison Henri IV parce qu'un buste du bon a été posé dans une niche par la famille de Montbrian. Les escaliers de la montée des Carmes-Déchaussés étaient là, face à moi, avec ses centaines de marches à grimper. La sueur n'avait pas encore trempé ma chemise. En décidant de monter, je ne savais pas que j'allais pénétrer un autre monde et découvrir un quartier que je ne connaissais pas.

LA gare Saint-Paul - LyonLa maison Paterin ou Henri IV - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Je pris mon courage à deux mains et mis mon Lumix en bandoulière avant de débuter l'ascension. Cette montée mène au couvent des Carmes-Déchaussés, monastère fondé en 1618 par le marquis Philibert de Nerestang, Grand-Maitre de l'ordre du Mont-Carmel, sur l'emplacement d'une ancienne recluserie appelée le Grand Thune. En 7164, les Carmes-Déchaussés inventèrent l'eau-de-mélisse.A main droite, quelques maisons lépreuses, souvenir de l'aspect du Vieux-Lyon avant sa réhabilitation. Derrière les portes, j'imaginai des logis délabrés, occupés par des gens aux petites ressources. Une porte s'entrouvrit pour laisser sortir une grande femme noire. Juste un regard et elle s'éloigna en direction de la Saône. En face, dans une niche, une Vierge à l'enfant veille à perpétuité sur les passants.

Montée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Je me retournai pour contempler la perspective de la Presqu'ïle : entre les tours de Saint-Nizier, la tour du Crédit Lyonnais, qui dresse, anachronique, sa verticalité turgescente. Je repris la montée. Je ne croisai que peu de gens, en cet après-midi torride. Chaque visage croisé fit naître des images imprécises qui s'évanouissaient vite comme des nuages improbables d'un ciel bleu asséché. Je humai l'air, enfermant dans mes narines les flaveurs écœurantes des murs humides, l'arôme doucâtre des mousses agrippées aux pierres, l'odeur piquante des enduits salpêtrés. Bientôt, les murs se couronnent de lierre, dissimulant à peine les frondaisons généreusesdes arbres qu'ils abritent. Je ne souffrais pas de la grande chaleur, cheminant tranquillement à l'ombre des parois dépareillées. Toutefois, un manque m'envahissait au fil des marches, se faisant plus présent lorsque je croisais des couples main dans la main. J'essayai de ne pas fixer, dans leurs yeux, leur bonheur. Si j'avais fait d'autres choix, je ne serai, peut-être, pas seul. Si, en ce quatorze février 1989, j'avais dit oui, si , un autre jour, j'avais osé avouer, si, si, si... Le tourbillon des si ne parvint pas à me faire vaciller mais j'affermis mon élan. Apartés uchroniques, je pensai à mon journal de bord qui trouva enfin, dans cette ascension et dans la farandole tristes des regrets amers, la justification de son nom. Une maison à la façade blanche acceptait que son mur soit débordé par le lierre et un rosier. J'étais ailleurs, la ville avait enfanté la campagne : j'entendais le chant des oiseaux, le chant des cigales, la plénitude de ma solitude pénétra mon âme sans douleur. Finirais-je par l'accepter ? Je ne souffrais pas, curieusement. Je crois que la quiétude gagnait peu à peu. Finalement, je marchais heureux.

LA tour du Crédit Lyonnais à la Part-Dieu - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Une grille empêchait l'accès à la chapelle de l'ancien couvent des Carmes-déchaussés, aujourd'hui siège des archives départementales du Rhône. Je me contentai de capter, à travers les barreaux, le bel ordonnacement de la façade, avec ses colonnes corithiennes. Seul le clocher sommé de la croix rappelle le passé religieux de l'édifice. Je reviendrai. De l'autre côté de la rue, un mur ébréché était raccomodé par une grille de fer rouillé laissant entrevoir la luxuriance d'une végétation sauvage : un terrain formidable pour des jeux imaginaires pour l'enfant que je ne suis plus. Et le chemin de Montauban succéde à la montée des Carmes-déchaussés et je poursuis ma route in terra incognita. De place en place, je profitai des fenêtres de verdure ouvertes sur la ville pour voler des images de la Croix-Rousse. Le dôme de Saint-Bruno assoit son calme sur les toits alentours et ses tuiles vernissées brillent au dessus des tuiles rouges. Au-delà des murs d'enceinte, j'aperçus des demeures secrètes, telle la Villa Mascrani, ancienne maison de plaisance du XVIe siècle de la famille Mascrany, des italiens installés à Lyon. Découpée en trois appartements, elle dresse ses murs rouge sombre sous la toiture pointue de ses deux tours. Des clapotis d'eau trahissaient, sans doute, la présence d'une piscine. Un rêve de baignade fit monter en moi une poussé de chaleur qui n'avait rien à voir avec la canicule, un souvenir ressurgit, j'avais vingt et quelques anées et je connus une volupté indicible échappée d'un paradis que je n'eu pas le temps d'explorer. Je rebroussai chemin pour gagner la montée Nicolas de Lange et joindre la tour métallque de Fourvière dont la silhouette enrubannée de filets de ravalement surveille presque mes promenade.

Montée des Carmes-Déchaussés - LyonLes archives départementales, ancien couvent des Carmes-Déchaussés - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

La montée Nicolas de Lange n'est qu'un grand escalier ombragé. Je commencai à sentir un échauffement dans les genoux, faute d'entrainement physique. Une ombre, au loin, bougeat imperceptiblement. Je repris l'ascension, comptant sur l'épuisement pour fatiguer une ardeur soudaine. Un cul-de-lampe improbablement bloqué dans un mur laissait deviner une figurine mystérieuse et érodée. La ville était là; derrière les branches des arbres, omniprésence raasurance et familière. Je contournai la tour métallique pour renaître sur le parvis de la basilique de Fourvière, éclatante d'une blancheur divine.

Montée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - Lyon

lundi 30 mai 2005

Souvenirs d'hier

Eglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - Lyon

Le soleil a dépassé son zénith tandis que je monte à Saint Irénée. La chaleur a envahi la voiture, la fenêtre ouverte ne parvient pas à me faire oublier une climatisation que je n'ai pas. L'église Saint Irénée est là, derrière son portail éclatant dans la lumière. Des cyprès bordent le mur, des sarcophages romains abondonnés lui donnent un je ne sais quoi de Toscane. Un groupe d'adolescent discute et refait le monde à l'ombre de la boutique voisine, dans la cour. L'église m'offre sa façade blanchâtre, hiératique, d'une nudité presque trop sévère. Le portail est fermé : je ne goûterai pas à la fraicheur que je devine entre ses murs. Sanctissim... se laisse deviner en lettres romaines sur le pourtour d'un sarcophage. En fermant les yeux, je suis à Arles, dans l'allée des Alyscamps, je chemine sur la voie appienne, vers Rome, notre mère-patrie, je marche ad liminem, pour retrouver mon âme. Aux frontières de mes croyances. A gauche de l'église, le calvaire met en scène la crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'Homme ploie la tête entre les deux larrons. Stabat mater. Sa mère pleure. Les stations de la Passion m'entraînent vers le sacrifice ultime du Fils. Je ne peux aller plus loin. Le grillage censé protéger le monument pendant sa restauration m'empêche d'avancer et de m'abîmer dans la prière que réclame ce lieu sacré. J'ai une pensée pour Saint Irénée, l'un des pères de l'Eglise, en l'honneur de qui ce santcuaire a été élevé au tous premiers temps de la chrétienté. Lyon fut la première cité chrétienne de la Gaule par l'arrivée de Pothin et d'Irénée, disciple des Apôtres. L'air vacille dans le fournaise solaire. Je ne prie pas. Je n'y arrive pas. Et je redescends dans ma ville, dans mon temps. Ou du moins, j'essaye de regagner la réalité, ma réalité, mon monde dépeuplé.

Peu de touristes fréquentent Saint Irénée, lui laissant la tranquillité d'une idée de communion avec l'histoire. Je reviendrai un samedi pour visiter l'église. Pendant ce temps, les français votaient non au référendum.

Les toits de Lyon - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne sculpture place Saint-Jean - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Basilique de Fourvière - LyonLa tour du Crédit Lyonnais - Lyon

Je ne sais pas si toutes les villes sont belles vue d'en haut. Je sais que Lyon est belle vue des hauteurs. Les toits rouges, les façades de pierres ou aux couleurs d'une renaissance italienne si influente, les deux fleuves qui soulignent ses quais, Rhône impétueux et Saône indolente, le vide de la place Bellecour, les clochers qui tendent leur croix vers le ciel, ses artères rectilignes qui déversent leurs flots de voitures empoussiérées, tout concourt à magnifier cette cité quasi bimillénaire.

Je n'avais jamais remarque le personnage noir perché au coin de la terrasse du bâtiment de la MJC. Intrigant. Sympathique, finalement. La Cathédrale Saint Jean dresse sa façade dorée et inachevés et appelle à la contemplation de l'âme humaine. Roman, gothique, gothique flamboyant, les ordres s'emmêlent et se fondent en une douce et attachante harmonie. Un regard pour Notre Dame de Fourvière.

Un clin d'oeil pour les amateurs de footbal (dont je ne suis pas). Ils ont au moins, eux, une victoire à fêter. Ce dimanche, les français ont massivement rejeté le projet de constitution européenne. Je me suis promené. Je tourne la page. Dans deux jours, un autre mois commence.

samedi 30 avril 2005

Balade matutinale

Le ciel bleu se découpe dans la fenêtre, au dessus de mon lit. Entrouverte, elle laisse passer les cris des hirondelles déjà parties chasser et virevolter au dessus des toits. Il est à peine six heures et demi. Je me lève, frissonnant légèrement sous la brise qui penêtre et m'enveloppe doucement. Il fait beau. Je vais pouvoir essayer mon appareil photo, le panasonic Lumix DMC-FZ20. A sept heures et demi, je croise les éboueurs devant l'immeuble. La place Bellecour est encore vide, baignée de la lumière dorée du lever du soleil. Avec le crépuscule, c'est l'une des plus belles lumières qui soit, elle nimbe les paysages d'un or doux si chaud... Voilà les photos que j'ai prises.

A remarquer : la puissance du zoom optique X12 pour les photos de Notre Dame de Fourvière (photos 7 et 8, zoom au maximum), des gargouilles et du canard. Tous les clichés ont été pris avec le préréglages « paysage » proposé dans le menu. Je vais me plonger dans les autres réglages au fur et à mesure de mes explorations photographiques.

Le coteau de Fourvière - LyonLe qui Fulchiron - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUn pigean sur la façade de la bibliothèque du Cinquième arrondissement - LyonLa Basilique de Fourvière - LyonLa statue de Notre-Dame sur le clocher de la Basilique de Fourvière - LyonLe péristyle du Palais de Justice - LyonLa colonnade du  péristyle du Palais de Justice - LyonLa façade de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLe coteau de Saint-Just - LyonUn canard sur le quai de Saône - LyonLa place Bellecour - LyonLa place Bellecour - LyonLes façades de la place Bellecour - LyonLouis XIV par Lemot, sur la place Bellecour - LyonLouis XIV par Lemot, sur la place Bellecour - LyonLe clocher de l'ancien hôpital de la Charité, détruit en 1934 - Lyon

Il est environ onze heures du matin, la lumière a changé...

La colline de la Croix-Rousse - LyonLe quai Saint-Vincent - LyonLe quai Saint-Vincent - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonLa place Gerson, au printemps - LyonLa cour de la maison du Chamarrier, dans le Vieux-Lyon - Lyon

dimanche 6 mars 2005

Images de neige

A défaut d'apprécier le froid, je ne peux que remarquer la beauté de Lyon sous la neige, même si celle-ci, tombée à peine deux heures avant la prise des photos, fond très vite ! J'avoue avoir triché sur deux photos : qui trouvera ?

Le coteau de Fourvière sous la neige - LyonLe coteau de Fourvière sous la neige - LyonLa cathédrale Saint-jean-Baptiste sous la nieige - LyonLa colline de la Croix-Rousse sous la neige - LyonLe quartier Saint-Georges sous la neige - Lyon

mardi 14 décembre 2004

Impressions du 8 décembre

Il fait encore froid, ce soir là. Très froid. J'ai placé les lumignons sur le bord de la fenêtre, en récitant des Ave Maria : Merci Marie, voilà le message simple proclamé par l'Eglise sur l'esplanade de la Basilique de Fourvière. Deux mots simples pour rendre hommage à Marie en ce cent-cinquantième anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception : ils trouent la nuit sombre et rappellent aux lyonnais que la ville est consacrée à Marie. Je suis retourné au bureau pour allumer la centaine de lumignons placés dans les vitrines et sur les bureaux : le sapin de quatre mètres clignote, les petites flammes commencent à faire jaillir la chaleur de leur lueur tremblotante. Des clients s'arrêtent pour féliciter. Petit moment de gloire à ne pas négliger. Puis je pars dans les rues déjà encombrées, les yeux levés vers les balcons pour mieux accrocher les images de ces photophores vacillants. Rue après rue, je rejoins les quais, le froid me transperce. La foule grossit. J'essaye de comprendre les oeuvres lumineuses des artistes placées de-ci, de-là : je ne suis pas suffisamment intelligent pour envisager le sens de la sculpture (???) de la place des Célestins, pour saisir vraiment la beauté des images projetées sur les façades des Terreaux ou de la Cathédrale Saint-Jean. Alors je me contente d'admirer, comme un enfant, les bougies des fenêtres, le vrai sens de ces illuminations. Mais il fait trop froid. Je rentre bientôt. Les bougies continuent de brûler, je récite un nouvel Ave Marie. Merci Marie.

Le lendemain, beaucoup de voix s'élèveront contre le caractère élitiste des oeuvres lumineuses...

mercredi 14 juillet 2004

Les pentes de l'errance

Depuis quelques jours, le temps incertain d'un improbable automne a transformé le ciel en un champ de nuages gris dévoreurs de lumiere. Il fait presque frais et ma chemise est bien légère. Je prends les quais de la Saône, jetant un regard sur les façades de la rive droite aux couleurs disparates. J'aperçois, dans la courbe de la rivière, l'éclat métallique et terne des boîtes à bouquins : elles sont fermées, nous sommes mardi. Je les dépasse bientôt pour tourner à droite, rue des Augustins. La façade de l'immeuble au 1 est rythmée par des arcades qui encadrent les ouvertures du rez-de-chaussée : sont-elles les vestiges du couvent des Augustins, détruit à la Révolution ? La rue est vide, sombre : la rumeur du quai peine à l'animer. Rue Hippolyte Flandrin, je m'avance vers la place Sathonay. Des enfants jouent entre les arbres, des boulistes refont le monde entre deux tirs, des musiciens installent une scène pour le bal populaire du soir. Des deux lions de Lemot, fontaines de fonte au jet régulier, de part et d'autre de l'ancien escalier qui menait au Jardin des Plantes, un seul crache encore un filet hésitant. Le lion de gauche est muet. Je prends à gauche, sous la chaussée, le long du mur de la rue Terme pour rejoindre la rue Burdeau. Puis je commence l'ascension des pentes, zigzagant d'une rue à l'autre pour ne rien oublier. Il y a peu de passants. Je longe les façades, jetant, de temps en temps, un coup d'œil à travers une fenêtre ouverte. J'entrevois du linge qui traîne, un lit défait ou un napperon de dentelle sur une télévision. Les rez-de-chaussée sont souvent fuis par les occupants, faute d'intimité. Mais ils ont pour eux leur faible valeur ou leur commodité. Je ne vois pas les maîtres de lieux, l'ombre les a dévorés et ne les recrachera que la fenêtre fermée. Je franchis des portes d'allées en bois vermoulu, habillées de graffitis, pour me retrouver dans des cours. Là, une cour minuscule, un cloaque à peine sec pour accueillir les poubelles. Ici, une cour avec quelques herbes folles, aux lourds relents de cuisine grasse. J'y entends un enfant qui pleure et sa mère qui tente de la calmer. Pas d'autre bruit ne vient interrompre les cris. Sans eux, le vide inonderait l'immeuble. Et je prends des photos, clichés remplis de l'âme de bâtiments aux intérieurs décharnés : la lèpre des peinture me ramène aux conditions de vie des ouvriers en soie du XIXème siècle, ces canuts révoltés dès 1830. Je m'arrête un moment et je songe au couvent de la Déserte qui occupait une grande partie des Pentes de la Croix-Rousse, dès le XVIIème siècle. A la place des immeubles emmanchés de cinq ou six étages, je veux encore voir les champs entretenus par les Bénédictines, les enclos d'arbres fruitiers qui dévoraient l'espace jusqu'au faubourg de la Croix-Rousse. Il ne reste rien (sauf un pilier du bâtiment conventuel, place de la Paix), même pas un parfum. Pourtant, je trouve une petite allée bordée de roses trémières, une impasse que je n'ose pas emprunter : les hautes herbes, les tiges fleuries agitées par une petite brise, peinent à dissimuler une porte. Qui habite là ? Je reviendrai, par curiosité. Le Lyon que je vois, à travers ces rues à peine propres, est-il celui que j'aime ? Encore une fenêtre et un coup d'œil : un homme est assis sur un vieux canapé, assez jeune, il me jette un regard et moi, je tourne la tête. Une vieille femme longe alors la façade et plonge ses yeux longuement, en tournant la tête : elle scrute la pénombre, elle. Je fuis la vie qui se dégage du lieu. Ma solitude me rattrape.

dimanche 11 juillet 2004

Safari de lions

Une brise fraîche s'engouffre dans la fenêtre de toit avant de tomber sur mon lit. Je frissonne, ouvre les yeux, aussitôt éblouis par le ciel d'un bleu éclatant. Aucun nuage, juste un azur qui blanchit sous le soleil généreux. Il est 6 heures 15, j'entends déjà les hirondelles qui volent au dessus des toits. Leurs cris me tirent de la torpeur. C'est l'heure où la ville s'éveille à peine. A 8 heures, me voilà dehors, l'appareil photo à l'épaule, dans la cour de l'immeuble. Les lourds vantaux en bois de la porte cochère sont encore fermés. Je suis le premier à sortir sur la place Bellecour. La place est vide : les ombres continuent leur fuite et laissent à la cuahde lumière de l'été statues, façades et clocher. Les collectionneurs de timbres sont déjà là, leurs étals déployés sous les marronniers, abrités, ça et là, sous un parasol bricolé. Quelques voitures entament leur tour de la place. Il n'y a pas de bruit. J'ai décidé de commencer à photographier les lions de l'exposition «60 lions, 60 lieux, 60 artistes» organisée par la Ville de Lyon du 4 juin au 4 septembre 2004.

J'ai vu les lions, silhouhettes clonées au pelage interprété par ces artistes invités. Les rues s'animent à peine, je prends des photos de chaque oeuvre : l'orientation du soleil est encore bonne, je dois juste attendre que les passants s'éloignent. Le pas leste, je saute d'un animal à l'autre, ayant repéré ou devinéleur emplacement : pont Bonaparte, Palais Saint-Jean, Palais de Justice, Terreaux, place Louis Pradel, rue de la République, Palais du Commerce. J'évite les lions ttop à l'ombre dont je sais qu'ils seront, bientôt, en pleine lumière. Je reviendrais plus tard. Le passage de l'Argue est vide, totalement désert : les enseignes ovales sont immobiles et la statue du «Mercure volant» de Jean de Bologne, si souvent convoitée, volée, abîmée, se dresse seule dans la rotonde sous l'oeil, aveugle ou indifférent, d'une caméra de garde. Je prends une photo : le lieu est vide et je me rends compte que seul le passage des chalands peut l'animer. Le Passge de l'Argue voit sa vie circonscrite à l'espace contenu entre les deux façades de magasins. Sans passant, ce passage n'est qu'un volume parmi d'autres, à ceci près que la verrière qui l'abrite tend à le rapetisser : il n'est pas une rue, ouverte sur le ciel et, donc, sur l'infini, mais simplement un monde replié sur lui-même. Je regagne maintenant la foule du marché du quai Saint-Antoine avant de rentrer.

J'ai oublié des lions, à portée de marche. Je charge les photos. Il est à peine 10 heures et déjà, une sourde chaleur envahit l'appartement.

- page 2 de 3 -