Rester confiné chez moi tandis que le soleil brillait ne me plaisait guère. Je résolu de prendre mon Panasonic Lumix DMC-FZ20 préféré et de m'engouffrer dans le vaste four qu'était devenue la ville sous la chaleur caniculaire. Débouchant sur la place, je restai dans l'incertitude du but de ma promenade. Les chalands défilaiient sur les trottoirs, cherchant souvent la fraicheur des magasins pour supporter le soleil. Les rumeurs de la gay pride m'arrivaient par bribes. J'avisai la cathédrale Saint-Jean et m'engageai dans la rue du Colonel Chambonnet pour franchir le pont Bonaparte et gagner la place Saint-Jean. Les pierres de la façade pâlissaient sous la chaleur. La Manécanterie, seul monument carolingien encore debout à Lyon, accolée à la cathédrale, abrite aujourd'hui le trésor de Saint-Jean. A main gauche, la rue Saint-Jean déversait autant les touristes qu'elle en avalait. J'hésitai à me jeter dans la foule. Je choisis la jardin archélogique, agité par un groupe de jeunes tendance gothique. Je relus, encore une fois, la pierre commémorative enchâssée dans une façade avant de prendre la rue Sainte-Croix, dont le nom perpétue le souvenir de l'église ainsi consacrée dont il ne reste plus que des vestiges et une arcade remontée. Je retrouvai la rue Sain-Jean, artère fameuse du Vieux Lyon. Les terrasses des restaurant n'étaient pas tout à fait vides, des assiettes se finissaient alors que, franchement, aucun restaurant n'est gustativement intéressant dans la rue. Un léger crochet dans la rue de la Bombarde me fit découvrir les traces d'un garage du palais que je n'avais jamais remarquées.
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Revenu dans l'artère principale du Vieux-Lyon, je levai les yeux pour admirer les façades, sautant de la Renaissance aux meneaux ciselés aux XVIIe et XVIIIe siècles au claissicisme un peu roide des fenêtres. Longtemps abandonnés à la crasse, les immeubles, ont, peu à peu, recouvré la blondeur des pierres ou la chaleur d'enduits aux nuances italiennes. Un magasin d'estampes et de gravures offrait la fraîcheur, la porte franchie mais un rapide coup d'œil ne me permit pas de trouver un sujet intéressant ou, plutôt, je trouvai les prix un peu élevés. Je poursuivis pour déboucher sur la place du Change, sur le côté est de laquelle trône la loge éponyme. Bâtie au XVIIe, elle fut remaniée, selon un dessin de Soufflot, en 1748. Elle a abrité la première bourse de commerce lyonnaise avant d'être dévolue, après la révolution, au culte protestant : d'un culte à l'autre, elle a retrouvé, en 2001, son calendrier. Je tournai dans la montée du Change pour rejoindre rapidement la rue Juiverie. Ses façades sont magnifiques, notamment la maison Degas, ou maison des Lions. Les blasons des échevins de la ville rythment les élévations des immeubles. Coincée entre deux allées, la ruelle Punaise ouvre une bouche béant par laquelle dégueulent les eaux lors des pluies. Egoût du Moyen-Âge, elle n'est plus qu'un élément pittoresque du Vieux-Lyon.



Je me promis de revenir bientôt dans cette rue avec mon Lumix. La gare de la place Saint Paul était toujours endormie alors que je bifurquai à gauche vers la Maison Paterin, au pied de la montée Saint-Barthélémy. Les lyonnais appellent cette maison construite par Claude Paterin, sous François et la montéIer, Maison Henri IV parce qu'un buste du bon a été posé dans une niche par la famille de Montbrian. Les escaliers de la montée des Carmes-Déchaussés étaient là, face à moi, avec ses centaines de marches à grimper. La sueur n'avait pas encore trempé ma chemise. En décidant de monter, je ne savais pas que j'allais pénétrer un autre monde et découvrir un quartier que je ne connaissais pas.





Je pris mon courage à deux mains et mis mon Lumix en bandoulière avant de débuter l'ascension. Cette montée mène au couvent des Carmes-Déchaussés, monastère fondé en 1618 par le marquis Philibert de Nerestang, Grand-Maitre de l'ordre du Mont-Carmel, sur l'emplacement d'une ancienne recluserie appelée le Grand Thune. En 7164, les Carmes-Déchaussés inventèrent l'eau-de-mélisse.A main droite, quelques maisons lépreuses, souvenir de l'aspect du Vieux-Lyon avant sa réhabilitation. Derrière les portes, j'imaginai des logis délabrés, occupés par des gens aux petites ressources. Une porte s'entrouvrit pour laisser sortir une grande femme noire. Juste un regard et elle s'éloigna en direction de la Saône. En face, dans une niche, une Vierge à l'enfant veille à perpétuité sur les passants.





Je me retournai pour contempler la perspective de la Presqu'ïle : entre les tours de Saint-Nizier, la tour du Crédit Lyonnais, qui dresse, anachronique, sa verticalité turgescente. Je repris la montée. Je ne croisai que peu de gens, en cet après-midi torride. Chaque visage croisé fit naître des images imprécises qui s'évanouissaient vite comme des nuages improbables d'un ciel bleu asséché. Je humai l'air, enfermant dans mes narines les flaveurs écœurantes des murs humides, l'arôme doucâtre des mousses agrippées aux pierres, l'odeur piquante des enduits salpêtrés. Bientôt, les murs se couronnent de lierre, dissimulant à peine les frondaisons généreusesdes arbres qu'ils abritent. Je ne souffrais pas de la grande chaleur, cheminant tranquillement à l'ombre des parois dépareillées. Toutefois, un manque m'envahissait au fil des marches, se faisant plus présent lorsque je croisais des couples main dans la main. J'essayai de ne pas fixer, dans leurs yeux, leur bonheur. Si j'avais fait d'autres choix, je ne serai, peut-être, pas seul. Si, en ce quatorze février 1989, j'avais dit oui, si , un autre jour, j'avais osé avouer, si, si, si... Le tourbillon des si ne parvint pas à me faire vaciller mais j'affermis mon élan. Apartés uchroniques, je pensai à mon journal de bord qui trouva enfin, dans cette ascension et dans la farandole tristes des regrets amers, la justification de son nom. Une maison à la façade blanche acceptait que son mur soit débordé par le lierre et un rosier. J'étais ailleurs, la ville avait enfanté la campagne : j'entendais le chant des oiseaux, le chant des cigales, la plénitude de ma solitude pénétra mon âme sans douleur. Finirais-je par l'accepter ? Je ne souffrais pas, curieusement. Je crois que la quiétude gagnait peu à peu. Finalement, je marchais heureux.













Une grille empêchait l'accès à la chapelle de l'ancien couvent des Carmes-déchaussés, aujourd'hui siège des archives départementales du Rhône. Je me contentai de capter, à travers les barreaux, le bel ordonnacement de la façade, avec ses colonnes corithiennes. Seul le clocher sommé de la croix rappelle le passé religieux de l'édifice. Je reviendrai. De l'autre côté de la rue, un mur ébréché était raccomodé par une grille de fer rouillé laissant entrevoir la luxuriance d'une végétation sauvage : un terrain formidable pour des jeux imaginaires pour l'enfant que je ne suis plus. Et le chemin de Montauban succéde à la montée des Carmes-déchaussés et je poursuis ma route in terra incognita. De place en place, je profitai des fenêtres de verdure ouvertes sur la ville pour voler des images de la Croix-Rousse. Le dôme de Saint-Bruno assoit son calme sur les toits alentours et ses tuiles vernissées brillent au dessus des tuiles rouges. Au-delà des murs d'enceinte, j'aperçus des demeures secrètes, telle la Villa Mascrani, ancienne maison de plaisance du XVIe siècle de la famille Mascrany, des italiens installés à Lyon. Découpée en trois appartements, elle dresse ses murs rouge sombre sous la toiture pointue de ses deux tours. Des clapotis d'eau trahissaient, sans doute, la présence d'une piscine. Un rêve de baignade fit monter en moi une poussé de chaleur qui n'avait rien à voir avec la canicule, un souvenir ressurgit, j'avais vingt et quelques anées et je connus une volupté indicible échappée d'un paradis que je n'eu pas le temps d'explorer. Je rebroussai chemin pour gagner la montée Nicolas de Lange et joindre la tour métallque de Fourvière dont la silhouette enrubannée de filets de ravalement surveille presque mes promenade.

















La montée Nicolas de Lange n'est qu'un grand escalier ombragé. Je commencai à sentir un échauffement dans les genoux, faute d'entrainement physique. Une ombre, au loin, bougeat imperceptiblement. Je repris l'ascension, comptant sur l'épuisement pour fatiguer une ardeur soudaine. Un cul-de-lampe improbablement bloqué dans un mur laissait deviner une figurine mystérieuse et érodée. La ville était là; derrière les branches des arbres, omniprésence raasurance et familière. Je contournai la tour métallique pour renaître sur le parvis de la basilique de Fourvière, éclatante d'une blancheur divine.


















