Apartés uchroniques

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lundi 21 août 2006

Crémieu, une promenade en famille - III et fin

En sortant de la mairie, nous prîmes à gauche, longeant le mur du cloître, ne manquant pas d'admirer la superbe grille en ferronerie de 1715 (à défaut de la photographier). L'église Saint-Jean-Baptiste, ancienne église conventuelle, offrait sa façade triangulaire. Construite au XIVe siècle, elle est adossée au mur d'enceinte qui constitue le chevet de l'édifice. Malheureusement, nous ne pûmes la visiter, des travaux de restauration interdisant son accès et défigurant sa façade d'une magnifique cabane de chantier blanche... La rue menant à la halle du Moyen-Âge est bordée de maisons anciennes, ces maisons à échoppes si caractéristiques de Crémieu et qui rappellent la vocation commerçante de la ville, à la croisée des voies menant à la Savoie, la Suisse et l'Italie. En ce jour de marché, la foule avait envahi la halle au toit pentu couvert de lauzes, l'une des plus vastes de France. Sa charpente en chêne daterait, selon les analyses du bois, de 1434 : divisée en trois nefs, s'appuyant sur es murs-bahut percés de passages piétonnier, elle est en excellent état. Au fond de la halle, des mesures à grains en pierre (une plate-forme et quatre vasques taillées) permettaient de quantifier le bichet (19,50 l), la bichette, l'émine et le setier. Au-dessus de la halle, la colline Saint-Hyppolite veillait sur la ville bruissante du marché hebdomadaire. Nous repartîmes en direction des remparts, pour admirer le chevet de l'église et considérer, avec plaisir, les façades de vieilles maisons restaurées avec élégance. Je me promis de revenir un jour sans marché, sans foule sans oser espérer sans voiture...Il reste tant de rues à arpenter, tant d'immeubles à décrouvrir, tant de détails à savourer... La porte Quirieu, du XIVe siècle, fut, avec lelatour de l'horloge sur la colline Saint-Hippolyte et les vestiges du château delphinal, les dernières images de Crémieu que j'admirais, l'heure du déjeuner approchait et nous fîmes route vers l'Auberge du Vernay, à Charette, à quelques lieues de là. (Nota : j'ai apprécié, avec plaisir, la signalétique très réussie placée sur les façades).

L'église Saint-Jean-Baptiste - Crémieu

L'église Saint-Jean-Baptiste - Crémieu

La Halle du XVe siècle - Crémieu

La Halle du XVe siècle - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

Une maison - Crémieu

L'église Saint-Jean-Baptiste - Crémieu

L'église Saint-Jean-Baptiste - Crémieu

Laporte Quirieu - Crémieu

La colline Saint-Hipplolyte - Crémieu

La château Delphinal - Crémieu

vendredi 18 août 2006

Crémieu, une promenade en famille - II

Le soleil semblait perdre du terrain et la lumière devenait incertaine, obligeant à jongler avec les réglages de l'appareil (que je ne maîtrise pas toujours) mais j'avançais sur la place en maudissant in petto la plaie des sites touristiques (en dehors des voitures et des poubelles), les touristes. Pourquoi choisit-il toujours le moment où je veux prendre une photo pour s'arrêter en plein milieu du champ ? Le rachat du Couvent des Augustins, fondé par le Dauphin Jean II au début du XIVe siècle, en 1792, par la municipalité, au moment de la vente des biens nationaux, a affecté l'ensemble des bâtiments mais j'admirai le cloître si calme (il me rappela le cloître du musée des Beaux-Arts de Lyon, anciennement couvent des Dames de Saint-Pierre) et les quelques salles préservées (la salle du chapitre avec ses stalles du XVIIe et son plafond à caisson à l'italienne du XVIe, la salle du chauffoir, de la fin du XVe, un chef d'oeuvre gothique avec sa cheminée et ses voûtes d'ogives élancées et la salle du réfectoire...

Le Couvent des Augustins - Crémieu

Le cloître du Couvent des Augustins - Crémieu

Le cloître du Couvent des Augustins - Crémieu

Le cloître du Couvent des Augustins - Crémieu

Le cloître du Couvent des Augustins - Crémieu

Le chauffoir du Couvent des Augustins - Crémieu

Le chauffoir du Couvent des Augustins - Crémieu

Le chauffoir du Couvent des Augustins - Crémieu

Le réfectoire du Couvent des Augustins - Crémieu

À suivre...

mercredi 16 août 2006

Crémieu, une promenade en famille - I

Ma mère m'avait demandé de réserver mon mercredi pour l'accompagner, avec mon père, dans une découverte de Crémieu, en Isère.

J'avais rendez-vous chez eux à dix heures et nous partîmes ainsi tous les trois sous un ciel nuageux où le soleil semblait en passe de gagner la bataille contre les nuages. La préoccupation de mon père était de trouver un restaurant, celui qu'il avait envisagé, en préparant "l'excursion", étant fermé. Nous bavardâmes joyeusement dans la voiture. Je ne connaissais pas Crémieu, pourtant si proche de Lyon... En chemin, nous passâmes devant le château de Chamagnieu et je fis alors un bond de trente années en arrière : ce château fut ma seule expérience de classe verte (une manière de mini-colonie) lorsque j'étaits à l'école primaire. Ma mère me rappela, dans un sourire, que je lui dis, en revenant d'un séjour de quinze jours sans ma famille, que je serais bien resté une semaine de plus avec mes camarades. Je ne me souvenais pas de mes paroles qui, selon elle, lui causèrent une certaine peine.

Nous franchîmes la porte de la Loi, vestige de l'enceinte de la ville basse édifiée au début du XIVe siècle, elle fut renforcée au XVe siècle : il faut remarquer le fossé la précédant et les corbeaux en couronnement qui soutenaient, autrefois, un hourd (balcon de bois en saillie dont le plancher était percé d'ouvertures pour permettre le jet de projectiles ou de liquides ou les tirs sur les assaillants). Son toit à quatre pentes est couverts de lauzes, ces pierres calcaires appelées aussi couvrures. La rue Saint-marcel nous plongeât dans ces siècles perdus qui firent de cette ville, au fil des siècles, du XIVe au XIXe, une place importante au croisement du Lyonnais et de la Savoie, un fief delphinal des Comtes de Viennois puis une terre de couvents au temps de la Contre-Réforme avant que de l'abandonner, après des épidémies dévastatrices, à la révolution saguinolente et à l'oubli industriel. Pourtant, elle reste un joyau médiéval à découvrir.

La porte de la Loi - Crémieu

La porte de la Loi - Crémieu

Des maisons à échoppes s'alignent gaiement sur la droite... Elles sont caractéristiques de cette ville et plusieurs, dans la ville neuve, présentent ces petits guichets et ces volets, vestiges d'un commerce qui, finalement, n'a pas beaucoup changé.

La rue Saint-Marcel - Crémieu

Une maison à échoppes de la rue Saint-Marcel - Crémieu

Au dessus de la ville, au sommet de la colline Saint-Laurent, j'aperçus le château delphinal, vestige de la place-forte qu'était Crémieu jusqu'en en 1601 date à laquelle le Traité de Lyon, mettant fin à la lutte qui opposait Henri IV au Duc de Savoie en rattachant à la France la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, dispense la cité et le nord du Dauphiné d'être un pays-frontière. La place-forte perd toute utilité et son rôle militaire disparaît. Quelques années plus tard, le délabrement du château lui épargnera le démantèlement décidé par l'assemblée des notables (des précisions sur le rôle du Traité de Lyon dans la guerre contre la Savoie et le rapport de forces entre la France et l'Espagne sont disponibles, notamment, dans les Cahiers d'histoire, numéro 2001-2). A noter que le titre de Dauphin, donné à l'aîné des rois de France, provient de la cession définitive de la province du Viennois et de la seigneurie d'Albon à la France, en la personne de Philippe VI, par Humbert II, le 1er juillet 1349. La cession eut lieu dans l'église Notre-Dame-de-Confort, à Lyon, dans l'enceinte du couvent des Dominicains dits Jacobins, qui s'élevait à l'emplacement de la place des Jacobins (une plaque commémorative rappelle aussi l'élection, en ce lieu, du pape Jean XXII et du choix de cette église par la nation florentine au moment de son installation à Lyon au XVIe siècle). Le premier Dauphin fut Charles, Duc de Normandie, fils de Jean le Bon et petit-fils de Philippe VI, futur Charles V.

Nous tournâmes à droite, passant par la porte du Clos des Augustins, pour déboucher sur la place de la Nation-Charles De Gaulle.

La porte du clos des Augustins - Crémieu

La place de la nation-Charles De Gaulle- Crémieu

La place de la nation-Charles De Gaulle- Crémieu

Mes parents marchaient devant moi tandis que je prenais le temps d'admirer la perspective de cette place et la façade, à droite, du Couvent des moines de Saint-Augustin, maintenant occupé par l'office du Tourisme et par la mairie depuis sa désaffectation à la Révolution et son rachat par la municipalité en 1792. Chacun de mes regards cherchait N, dont l'absence allait se faire encore plus tendrement sentir un peu plus avant dans la journée. J'aurais tant aimé battre les pavés avec toi, épier tes sourires, frôler ta main et te voler un baiser à la faveur d'un abri désert... Une remarque que je te fis à Chéâtillon-sur-Chalaronne me revint à l'esprit : je déplorai l'omniprésence des antennes et des voitures dans les lieux historiques et tu me répondis que l'on ne pouvait priver les gens du progrès. Mon cœur se serra à l'évocation de notre complicité. Je retrouvai, sur la place, une fontaine à balancier (installée en 1823) comme celles que je croise encore à Lyon dans mes errances solitaires à travers les cours d'immeubles... Le petit guide, fort bien conçu, "Crémieu au fil des siècles", édité et vendu par l'Office du Tourisme (et qui me sert à préciser les points remarquables rencontrés) ajoute que, "selon la délibération du Conseil Municipal de l'époque, le monument est consacré à la cause de la légitimité que vient de faie triompher en Espagne S.A.R. le Duc d'Angoulême, dernier Dauphin de France"... En le lisant, assis devant mon ordinateur, je repense soudain à mes discussions avec N sur la monarchie, à Charles X et à la Restauration, à l'assasinat du Duc de Berry, au Comte de Chambord et à son intransigeance vaine pour imposer le drapeau blanc, à la reconnaissance de la fin de la monarchie dans le sang versé par l'assassinat de Louis XVI. Vive le roi !

À suivre...

vendredi 11 août 2006

Châtillon-sur-Chalaronne

Arrêtez-vous à Châtillon-sur-Chalaronne si vous passez en Dombes...

La porte de Villars - Chatillon-sur-Chalaronne

La halle du XVIIe siècle - Chatillon-sur-Chalaronne

La halle du XVIIe siècle - Chatillon-sur-Chalaronne

La halle du XVIIe siècle - Chatillon-sur-Chalaronne

Maisons à colombages - Chatillon-sur-Chalaronne

L'église Saint André - Chatillon-sur-Chalaronne

L'église Saint André - Chatillon-sur-Chalaronne

L'église Saint André - Chatillon-sur-Chalaronne

Maisons sur la Chalaronne - Chatillon-sur-Chalaronne

Maisons sur la Chalaronn - Chatillon-sur-Chalaronne

Le grenier à sel - Chatillon-sur-Chalaronne

Le vieux château - Chatillon-sur-Chalaronne

Le vieux château - Chatillon-sur-Chalaronne

Les toits - Chatillon-sur-Chalaronne

Les ponts fleuris - Chatillon-sur-Chalaronne

Les ponts fleuris - Chatillon-sur-Chalaronne

Les ponts fleuris - Chatillon-sur-Chalaronne

Les jougs de notre vie - Chatillon-sur-Chalaronne

Fenêtre sur cour - Perouges

La dernière photo, une fenêtre sur cour, a été prise à Pérouge. Il y avait trop de monde pour d'autres clichés. "Je reviendrai", dixit N...

lundi 30 janvier 2006

Lyon sous la neige

La neige étend son manteau blanc et les yeux levés vers le ciel, à genoux, les petits enfants chantent une dernière prière... Petit Papa Noël...

Les dix centimètres de neige tombés sur Lyon vendredi après-midi et dans la nuit ont blanchi la ville et fait ressurgir, en ce début d'années, alors ques les guirlandes électriques des fêtes demeurent éteintes dans les rues, espérant dans leur proche enlèvement le repos tant attendu, la nostalgie des Noëls blancs. Lyon était vraiment superbe lorsque je suis sorti, le matin du samedi 28, vers huit heures trente, pour monter, en funiculaire, jusqu'à la basilique de Fourvière. La cathédrale Saint-Jean m'offrait la beauté de sa façade soulignée de neige. Les bruits étaient étouffés, peu de voitures roulaient malgré des routes dégagées. A chaque pas, mes chaussures faisaient craquer la neige en s'enfonçant. Le ciel gris éteignait à peine la blancheur du décor. En débouchant sur l'esplanade de la basilique, je découvris un manteau immaculé, encore vierge de toute trace. Il semblait attendre la foulée du premier homme. Les toits des immeubles du Vieux Lyon, en contrebas, se serraient bien plus qu'à l'habitude, sous la couche froide et préservée de toute souillure polluée. Je descendis les escaliers pour m'enfoncer dans les taillis alourdis de blanc du Jardin du Rosaire. Je traçais mon chemin dans la neige, aucun bruit ne venait troubler le silence étouffé, seul le crissement de mes pas me ramenait à la réalité. Tout était blanc autour de moi. Quelques bruissements dans les broussailles peinaient à déranger la tranquillité du lieu. Je tâtonnai du bout de la chaussure pour deviner les escaliers étroits et me garder d'une chute. Je levai les yeux pour contempler les murs dorés de la basilique, à travers les branches gainées de neige. J'étais emporté dans le monde de Narnia, guettant, au détour d'un bosquet, Mr Tumnus. Un bruit derrière moi me fit sursauter promptement. Je n'étais plus seul dans ce monde onirique. Un autre promeneur avait eu l'idée de venir photographier le jardin blanc. Je le surveillai du coin de l'oeil ou à travers le viseur, maugréant en moi même lorsqu'il déchira la neige de ses pas, avant moi. L'ailleurs que mon imagination avait fait surgir bascula, peu à peu, dans le quotidien d'une ville paralysée par la neige. L'heure avançait et les promeneurs affluaient. Je n'étais plus seul. Deux jeunes anglaises me demandèrent de les prendre en photo. Je remontai sur l'esplanade pour m'en retourner à Bellecour. La ville était grise.

Place Bellecour sous la neige - LyonLe Jardin du Rosaire - LyonLa Cathédrale Saint-Jean - LyonLe Jardin du Rosaire - LyonLe Jardin du Rosaire - LyonLe Jardin du Rosaire - Lyon

Les photos de Lyon sous la neige sont présentées dans la galerie Lyon enneigée, à droite.

mardi 15 novembre 2005

Un automne en Beaujolais

Les vignes mordorées de Fleuries, blotties au pied de la Chapelle de la Madone, Chiroubles et son clocher bulbeux, les deux fiers clochers de Regnié-Durette, un Beaujolais étincelant en cette fin de dimanche d'automne.

Autour de Fleurie 1 - Beaujolais Autour de Fleurie 2 - Beaujolais Autour de Fleurie 3 - Beaujolais Autour de Fleurie 4 - Beaujolais Autour de Fleurie 5 - Beaujolais Le village de Fleurie - Beaujolais Autour de Fleurie 6 - Beaujolais Autour de Fleurie 7 - Beaujolais Autour de Fleurie 8 - Beaujolais Chiroubles - Beaujolais Régnié-Durette - Beaujolais Au pied des clochers de Regnié-Durette - Beaujolais

dimanche 9 octobre 2005

Baroud d'honneur de l'été en Beaujolais

L'été n'en finit pas de partir. Regrette-t-il de ne pas avoir été généreux en août pour offrir deux magnifiques journées ? Hier et aujourd'hui, le soleil a brillé avec insolence et, sans les feuilles dorées, il semblait que le temps avait rebroussé chemin. L'automne est une saison mélancolique : je me perds dans ses ors et ses pourpres comme pour mieux retenir une douce chaleur qui déjà s'alanguit dans les lacs resserrés d'une fraîcheur presque hivernale. Janus, le gardien des portes, entrouvre janvier et Bacchus frissonne. Aujourd'hui, Bacchus a pu danser avec les nymphes et Silène, couronné de pampres et de lierre, enivré de vie par les satyres et les bacchantes. Je n'ai pas vu Bacchus entre les rangs de la vigne de Saint-Julien. Le Beaujolais alignait ses ceps encore lourds de feuilles presque vertes et de quelques grappes éparses aux grains bleutés : la pruine dessinait un halo mystérieux sur la peau des baies menues du gamay. Quel vin donnera le jus clair que je fais sortir du grain écrasé entre deux doigts ? La chair est à peine rose, les tanins de la peau ne l'ont pas encore rougie. Mon regard se perd dans les alignements, accroché parfois par un feuillage rouge sombre qui envahit tout le plan ou met le feu à un seul sarment. Bientôt, les coteaux s'enflammeront avant de se dépouiller, et comme le phénix, la vigne renaîtra avec le printemps. Il n'est pas encore temps. Je marche entre les rangs, le sol ocre n'est pas lourd de l'eau que le ciel lui refuse toujours. La chienne gratte et lève quelques nuages de poussières, elle joue avec les rayons d'un soleil qui luit et m'éblouit. Je contemple la plénitude du paysage, je voudrais entendre battre le cœur de la terre. Je cueille une autre petite grappe, oubliée des vendanges précoces. Dans le lointain, les détonations des fusils claquent deux par deux, des oiseaux s'envolent en hâte sans savoir s'ils éviteront la chute mortelle. Les chasseurs arpentent les vignes, ils traquent la perdrix ou la grive, petit passereau souvent ivre des raisins qu'il picore avant de migrer. Une maison abandonnée est plantée sur la butte : je pousse la porte et entrevois une souillarde de pierre et une cheminée à l'âtre noircie. Une vieille poêle trouée gît derrière la porte. L'odeur âcre des lieux délaissés me prend à la gorge. Mon imagination vagabonde tandis que j'avance dans la pièce sombre. Finalement, le noir complet m'enveloppe et je ressors en frissonnant. Ma chienne m'accueille en agitant la queue, le soleil me caresse le visage. Je continue à marcher, je m'accroupis pour photographier un cep, des rangs, une église. Sans regarder la montre, je sens le temps qui passe : la lumière prend cette teinte dorée qui précède la fin du jour. Une femme marche dans une parcelle, courbée, serrée dans sa robe bleue. Je vois un fusil, un chasseur, puis un second. La mort se rapproche du gibier. Je regagne la voiture, garée le long du cimetière. Un couple sort de l'enceinte de pierre : ils ont dû fleurir une tombe. Je me faufile entre les deux vantaux du portail blanc et je parcours les allées en déchiffrant les noms sur les pierres tombales. Il fait bon. Une grande quiétude m'envahit. Les sépultures ne sont pas très anciennes, quelques enfants sont enterrés avec les espoirs et l'amour éperdu de leurs parents. Dans un angle, sur deux pans de murs, le granit sombre détaille la généalogie de la famille qui fut longtemps maire du village. L'ancêtre est né au XVIIIe siècle et mort en 1810. Ses cendres reposent sous les galets. En sortant, j'aperçois la vieille dame appuyée contre le mur : elle mange, grain par grain, la grappe de raisin qu'elle a cueillie dans la vigne. Je la regarde et lui souris.

Il faut rentrer, encore une fois heureux mais seul.

Je ne préparerai qu'un chocolat chaud que je savourerai, seul, assis sur le canapé, Delalande et les Soupers du Roy m'envahiront, la chienne dormira à mes pieds.

dimanche 14 août 2005

Vrai promeneur

Pur citadin, j'éprouve certains besoins de campagne, des besoins courts mais réels. Equipé de neuf (chaussures de randonnée, pantalon poches multiples et larges, sac à dos, gourde isotherme), j'ai décidé, vendredi après-midi, de faire le tour de Saint-Germain-au-Mont-d'Or, à une vingtaine de kilomètres de ma place Bellecour. J'avais pris le soin d'acheter un petit livre détaillant les ballades faciles autour de Lyon : tout le trajet était donc détaillé. Me voilà parti, la gourde pleine, le Lumix en bandoulière et le pied droit légèrement comprimé dans la chaussure de randonnée qui me fait regretter mes richelieus ou mes mocassins habituels. Une petite randonnée sans aucune difficulté, d'environ deux heures, qu'y disait l'auteur du livre. Voire... Parce qu'il fallait prendre en considération mon sens de l'orientation assez piteux en dehors des rues d'une ville. Même muni d'une boussole, je n'ai pas été foutu de parcourir l'itinéraire préconisé.

Aux fourches, fallait toujours prendre à droite, qu'y disait l'auteur avant de rejoindre un chemin étroit et grimpant et prendre à gauche. Question essentielle : combien de fourches devais-je passer ? Hein, combien ? Parce que j'en ai vu des chemins, des fourches, des pattes d'oie, des T... mais combien fallait-il que j'en passe avant de rejoindre le chemin étroit ? Nada, aucune indication, rien, balisage bleu, mon oeil ! Et je me suis perdu, j'ai abouti dans des champs, dans une maison vide, puis derrière un tas d'ordures, puis près d'un enclos de veaux meuglants qui voulaient à tout prix me suivre et pleuraient de me voir partir (bien que je les ai rassurés en leur promettant de les revoir une prochaine fois sur l'étal du boucher) et je n'ai jamais vu la tour Risler qui annonçe l'entrée de Pollionay ni l'aire de repas trois étoiles chantée dans la description de la promenade. J'ai ahané sous la charge de mon sac à dos (rempli de barres aux céréales, d'un livre, d'un rouleau de pq - la cmapagne a souvent un effet accélérateur du transit chez mon frère et chez moi aussi d'ailleurs - et de mon portefeuille), vidant à tire-larigot la gourde de moins en moins pleine, essuyant la sueur qui faisait virer ma chemisette du bleu au blanc, butant dans les souches vicieuses et priant de ne pas laisser tomber mon Lumix. J'ai avancé, reculé, tourné, maudit vingt fois le livre. Bon, j'en ai aussi profité pour jouir du paysage, remplir mes poumons des odeurs forestières, admirer le vol extraordinaire de deux rapaces glapissant (ce n'était pas des aigles, moi non plus d'ailleurs), faire la conversation avec des veaux, être confronté au Sacré-Cœur de Jésus si accueillant, détailler le château de Saint-Germain-au-Mont-d'Or se détachant sur un fond de bâtiment industriel, grappiller des mûres, regarder le travail d'un maréchal-ferrant intinérant (une première)... Finalement, j'ai bouclé ma promenade au bout de deux heures, sans voir aucun écureuil (contrairement à Sébastien que je vais finir par soupçonner d'en faire l'élevage pour mieux lâcher ces petites bêtes devant son objectif), devant le symbole de notre belle civilisation mondiale, un coca glacé. Je ne suis pas très dégourdi pour l'orientation, je manque sans doute d'expérience. On va dire cela, pour éviter de trop me faire de peine.

Petite annonce : qui veut se promener en ma compagnie (toujours agréable, souriant, plein d'humour, un vrai broute-en-train) ?

samedi 30 juillet 2005

Chemins de croix

Samedi ordinaire, après-midi solitaire. La conduite change l'esprit. Lumix est avec moi. Je monte la colline qui prie, je ne sais pas où je vais, je roule. Tassin, Marcy l'Etoile, les Monts du Lyonnais s'annoncent. Les buttes se font collines, les creux se font vallées, le bitume sombre de la route serpente entre les champs jaunis. Des bois verts rythment les paysages. J'évite les routes principales pour préférer les départementales. Le col de la Luère : la pancarte crème pointe sur une image, celle de la Mère Brazier derrière le fourneau de son restaurant, en train de maîtriser le coup de feu du service. Tablier blanc et chignon. Avec elle, les critiques dythirambiques, Curnonsky en tête, la poularde demi-deuil, le fond d'artichaud au foie gras, le gratin de macaronis, la silhouette très ronde d'Edouard Herriot, un entre-deux guerres insouciant, sauf de son assiette... Je continue. Saint Pierre la Palud et son musée de la mine (les mines ne m'ont jamais attiré, Germinal et Zola non plus), Chevinay, Courzieu, Malval. Une croix de chemin. J'aime ces signes de foi planté à la croisée des chemins ou au bord d'une route : in hoc signo, vinces. Constantin vainquit Maxence après avoir fait placer sur les étandards de ses soldats ces mots apparus en lettres de feu sur une croix miraculeusement descendue du ciel avant la bataille du pont Milivius. Dans leur grande majorité, ces croix datent du XIXe siècle, période faste pour les missions pastorales. Pierre ou métal, simple croix ou christ crucifié dans un abime de douleurs et d'espoir, elles n'ont pas toujours résisté au déclin de la ferveur qui les éleva.Elles témoignent pourtant de vies transcendées par la croyance. Elles rassuraient le voyageur perdu. Elles protégeaient du malin. Elles existaient pour rappeler que l'on n'est jamais seul. Mon chemin de croix dans les Monts du Lyonnais. Entre espoir et fatalisme. Altitude 712 mètres. Le col de la Luère. où sont les challets de la Mère Brazier ? J'aurais aimé voir ce qu'ils sont devenus, simple pélerin d'un rêve gastronomico-onirique presque évanoui. Hameau de Saint Bonnet le Froid. L'ancien château des moines de l'abbaye de Savigny, jusqu'au XVIIIe siècle, domine la vallée : ses tours restaurées, sans doute au début du siècle dernier, affichent un moyen-âge de pacotille, grimé par un Viollet-le-Duc de théâtre. Aujourd'hui, les pèlerins ne s'arrêtent plus que pour contenter leur estomac. J'entrevois la plaine lyonnaise entre deux bosquets. De l'autre côté de la route, une croix rouillée émerge d'un tumulus de pierres. Derrière, les vestiges d'une improbable enceinte fortifiée avec ses tours crénelées d'opérette. Le point de vue est admirable. Les champs sont si secs.

La croix de Saint-Pierre-la-PaludLa croix de Saint-Pierre-la-PaludCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - La croix de Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Une tour à Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-HautCol de la Luère - Saint-Bonnet-le-Haut

Je reprends mon errance sans but et avise bientôt la direction d'Yzeron. Nouvelles croix. Nouveaux chemins. Je me perds dans des culs-de-sacs de ferme. On me regarde sans me voir. Je sens la bouse de vache sur la route. La résine des pins aussi. Ascension d'un col, descente de trois cents mètres de dénivelé : les champs sont barrés de serres en plastique, je suis sur le chemin de la fraise. Et des rapaces du parc de Courzieu. Un geai se pose sur une branche. Je ralentis mais ne prends pas la photo. Chapelle du XIe siècle : le panneau m'incite à prendre une route qui monte au dessus d'Yzeron. Quoique que l'on dise, les villages des Monts du Lyonnais n'ont pas de charme : les enduits des maisons sont souvent gris, seuls les paysages attirent l'oeil. C'était un pays de mines (le cuivre à Chevinay) : les habitants étaient-ils donc trop éblouis lorsqu'ils remontaient à la lumière pour ne pas voir la laideur des murs ? La chapelle de Châteauvieux, placé sous le vocable de Saint Jean Baptiste, apparaît, précédée d'une placette plantée de trois platanes pompeusement dits de Sully. Le tronc tourmenté de l'un d'eux laisse toutefois penser que le ministre du bon roi aurait pu les connaître. Evidemment, la chapelle est fermée : je ne verrais pas le double bénitier remarquable signalé par la docte pancarte. Deux pigeons me regardent. Je contemple la vue. Panne de batterie. La voitue ne veut plus démarrer. Je suis à vingt cinq kilomètres de la place Bellecour (seulement...), mon assurance ne peut pas intervenir. Merde. Le garage qu'elle m'indique est d'astreinte d'autoroute et ne peut venir. La communication passe mal. Trahi par le monde moderne, je trouve secours auprès d'aimables habitants du hameau : câblée, la batterie accepte de faire redémarrer le véhicule. Trajet du retour dans la hantise de caler : je prends note que les garages sont fermés le samedi après-midi. Je gare enfin ma voiture près du bureau. Je m'en occuperai lundi matin. Je reviendrai.

Une croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisUne croix dans les Monts du LyonnaisLes vieux platanes de ChâteauvieuxLa chapelle de ChâteauvieuxLa chapelle de Châteauvieux

En rédigeant ce billet, je pense à Rooxy et à ses escapades en vélo (courageux !) ;-)

Voilà un site consacré à la Chapelle de Châteauvieux par les Amis de la Chapelle.

jeudi 21 juillet 2005

Promenade beaujolaise

Restaurant Le Coq au Vin - JuliénasLa croix de JuliénasJuliénas""Moulin à VentMoulin à VentChenasFleurieLa chapelle de FleurieLa vigne à FleurieLes vignes de ChrioublesChiroublesChiroublesMorgonL'église de Regnié-Durette du dessin de Pierre BossanL'église de Regnié-DuretteL'église de Regnié-DuretteLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLa chapelle de Notre-Dame-de-BrouillyLes vignes de Brouilly

Les dix crus du Beaujolais, un chemin bien exotique pour un amateur de bordeaux... Saint-Amour ne fut pas de la virée photographique (car il ne s'est agit que de prendre des clichés des paysages vallonés du Beaujolais et non de butiner d'une cave à l'autre le jus de gamay), cette fois-ci. Julienas nous accueille pour un déjeûner fort goûteux, dans l'ancienne gloire de la région, reprise par Jean-Paul LACOMBE (de Léon de Lyon ), Le Coq au Vin. Le repas, avec son seul menu à 23 €, fut agréable, malgré une chaleur accablante, dans la petite cour, à l'arrière de la grande salle. Conversation badine, bons mots, moqueries des uns et des autres agrémentère notre trio familial et apaisant. Sur l'aire de stationnement, de l'autre côté de la route, la croix de mission en pierre semble rappeler le pêché de gourmandise à l'amateur de bonne chère. Contrition et digestion. Ce n'était que quelques cuisses de grenouilles voilées de beurre fondu mêlé d'ail et de persil...

Un dernier regard à l'église de Juliénas et nous voilà partis pour Moulin-à-Vent, ce cru dont on dit qu'il a la meilleure garde de tous les beaujolais. Je guide mon père au hasard de routes aux bords encépés de vignes, avec pour nous diriger, une carte plus touristique que géographique. Le voilà, ce monument historique perché sur son tertre et gardien des vignes aux grappes encore verte. Le cépage gamay tire son nom d'un hameau de la Côtéd-'Or et son grain à peau noir et jus blanc est le seul admis dans les vins du Beaujolais. Il est encore trop tôt pour faire éclater, sous le palais, ces billes d'un bleu sombre que septembre couvrira d'une pruine blanche et délicate. Le grain est vert et le jus astringent, à grimacer.

Le moulin sans vie, abandonné par le vent, passe et Chenas annonce son cru avec le clocher de son église flanqué de deux petits clochetons accolés. Nous errons, dans notre bulle climatisée, de parcelles en parcelles, et je commence à suer sous la canicule à chaque arrêt pour prendre des photos. Nous rions à chaque erreur de direction, sans doute le pot de macon blanc qui se rappelle à notre bon souvenir. Fleurie apparaît au loin, veillée par sa chapelle esseulée sous le soleil. J'avais gardé le souvenir de vignes beaujolaises désordonnées, presque sauvage en comparaison des rangs biens taillés des parcelles bordelaises : je constate avec plaisir que la sagesse a gagné aussi cette vigne que beaucoup accusent de pisser le vin, notamment le troisième jeudi de novembre, lorsque que le beaujolais nouveau est livré en pâture aux vilipendeurs d'un vin trop jeune. Maintenant, Chiroubles et son cocher à bulbe sommé de la croix terrible par laquelle je ne parviens pas toujours à vaincre mes démons. Contrition et ivresse.

Le village de Morgon se dérobe à mon objectif, je n'entrevois que des vignes émergeant d'une terre rougeâtre. Mais Régnié apparaît, et son église à deux clochers élevée par Pierre Bossan, l'architecte de la basilique de Fourvière. Hiératique, les rangées de vitis vinifera étalées à ses pieds, elle offre une halte fraiche aux explorateurs à la petite semaine d'une campagne jusqu'ici inconnue parce que trop proche de nous.

Brouilly et les Côtes-de-Brouilly closent l'aventure : Notre Dame de Brouilly a ses portes ouvertes sous ses voûtes rouges éclatantes. Deux chefs- d'oeuvre de ferronnerie sont accrochés en ex-voto de part et d'autre de l'autel en pierre dorée. Le bas-relief du devant d'autel présente les remerciements des vignerons à Marie, qui lutta victorieusement contre l'oïdium. Sculpture naïve et touchante. Contrition et prière. Peut-être.

Dehors, mes parents rient ensemble, je prends une photo. Je suis heureux. Au pied d'un contrefort, un pèlerin de 1866 a gravé son nom. Il est passé, nous passerons. Ses lettres qui entaillent la pierre demeurent. Plongeon dans l'éternité.

lundi 20 juin 2005

Les rêveries d'un promeneur solitaire II

Le sanctuaire marial attirait beaucoup de fidèles, de pélerins, de simples touristes ravis de découvrir la ville déroulée à eleurs pieds depuis l'esplanade. C'était l'heure vespérale de la messe anticipée du samedi soir. Un prêtre à l'étole verte du temps ordinaire donnait quelques consignes à l'organiste, dans le choeur, devant le grand dais néo-byzantin abritant Notre Dame de Fourvière. Je ne m'approchai pas, délaissant la basilique pour la chapelle contigüe. Les ors du retable baroque semblaient vibrer sous la foi des orants. La Vierge Noire m'accueillait en posant sur moi le regard d'amour qu'elle porte sur son Fils couronné. Je priai à genoux, tentant de me souvenir des paroles du Salve Regina : Salve Regina, mater misericórdiae, vita, dulcédo et spes nostra, salve... Ma prière franchissait à grande peine mes lèvres, je butai sur les mots en songeant aux prières adressées par les autres fidèles à la première intercetrice. Soudain, l'envol des cloches secoua les murs de la chapelle et mes pensées s'accrochaient à leurs notes célestes dans l'espoir d'être entendues de Dieu. Dieu ne m'entend pas. Ou il veut m'éprouver. Ou me donner ce que je mérite. O clemens, o pia, o dulcis Virgo María. La vieille dame, devant moi, récitait le rosaire. Méditation des mystères Ave Maria, gratia plena, Dominus te cum. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesus. Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus nunc et in hora mortis nostrae. Oui, ora pro nobis, pauvres pêcheurs, nunc et in hora mortis. Hora mortis. Heure de la mort. Mors, mortis. La mort. Les cloches s'étaient tues. Je me saisis de mon appareil, preuve tangible que je vivais encore, ancré dans mon siècle. Une génuflexion, un signe de croix et je sortai en priant Notre Dame du Bon Secours.

dimanche 19 juin 2005

Les rêveries d'un promeneur solitaire I

Rester confiné chez moi tandis que le soleil brillait ne me plaisait guère. Je résolu de prendre mon Panasonic Lumix DMC-FZ20 préféré et de m'engouffrer dans le vaste four qu'était devenue la ville sous la chaleur caniculaire. Débouchant sur la place, je restai dans l'incertitude du but de ma promenade. Les chalands défilaiient sur les trottoirs, cherchant souvent la fraicheur des magasins pour supporter le soleil. Les rumeurs de la gay pride m'arrivaient par bribes. J'avisai la cathédrale Saint-Jean et m'engageai dans la rue du Colonel Chambonnet pour franchir le pont Bonaparte et gagner la place Saint-Jean. Les pierres de la façade pâlissaient sous la chaleur. La Manécanterie, seul monument carolingien encore debout à Lyon, accolée à la cathédrale, abrite aujourd'hui le trésor de Saint-Jean. A main gauche, la rue Saint-Jean déversait autant les touristes qu'elle en avalait. J'hésitai à me jeter dans la foule. Je choisis la jardin archélogique, agité par un groupe de jeunes tendance gothique. Je relus, encore une fois, la pierre commémorative enchâssée dans une façade avant de prendre la rue Sainte-Croix, dont le nom perpétue le souvenir de l'église ainsi consacrée dont il ne reste plus que des vestiges et une arcade remontée. Je retrouvai la rue Sain-Jean, artère fameuse du Vieux Lyon. Les terrasses des restaurant n'étaient pas tout à fait vides, des assiettes se finissaient alors que, franchement, aucun restaurant n'est gustativement intéressant dans la rue. Un léger crochet dans la rue de la Bombarde me fit découvrir les traces d'un garage du palais que je n'avais jamais remarquées.

<Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa manécanterie de la la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonGarage du Palais - Lyon

Revenu dans l'artère principale du Vieux-Lyon, je levai les yeux pour admirer les façades, sautant de la Renaissance aux meneaux ciselés aux XVIIe et XVIIIe siècles au claissicisme un peu roide des fenêtres. Longtemps abandonnés à la crasse, les immeubles, ont, peu à peu, recouvré la blondeur des pierres ou la chaleur d'enduits aux nuances italiennes. Un magasin d'estampes et de gravures offrait la fraîcheur, la porte franchie mais un rapide coup d'œil ne me permit pas de trouver un sujet intéressant ou, plutôt, je trouvai les prix un peu élevés. Je poursuivis pour déboucher sur la place du Change, sur le côté est de laquelle trône la loge éponyme. Bâtie au XVIIe, elle fut remaniée, selon un dessin de Soufflot, en 1748. Elle a abrité la première bourse de commerce lyonnaise avant d'être dévolue, après la révolution, au culte protestant : d'un culte à l'autre, elle a retrouvé, en 2001, son calendrier. Je tournai dans la montée du Change pour rejoindre rapidement la rue Juiverie. Ses façades sont magnifiques, notamment la maison Degas, ou maison des Lions. Les blasons des échevins de la ville rythment les élévations des immeubles. Coincée entre deux allées, la ruelle Punaise ouvre une bouche béant par laquelle dégueulent les eaux lors des pluies. Egoût du Moyen-Âge, elle n'est plus qu'un élément pittoresque du Vieux-Lyon.

La ruelle Punaise - LyonLa ruelle Punaise - Lyon

Je me promis de revenir bientôt dans cette rue avec mon Lumix. La gare de la place Saint Paul était toujours endormie alors que je bifurquai à gauche vers la Maison Paterin, au pied de la montée Saint-Barthélémy. Les lyonnais appellent cette maison construite par Claude Paterin, sous François et la montéIer, Maison Henri IV parce qu'un buste du bon a été posé dans une niche par la famille de Montbrian. Les escaliers de la montée des Carmes-Déchaussés étaient là, face à moi, avec ses centaines de marches à grimper. La sueur n'avait pas encore trempé ma chemise. En décidant de monter, je ne savais pas que j'allais pénétrer un autre monde et découvrir un quartier que je ne connaissais pas.

LA gare Saint-Paul - LyonLa maison Paterin ou Henri IV - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Je pris mon courage à deux mains et mis mon Lumix en bandoulière avant de débuter l'ascension. Cette montée mène au couvent des Carmes-Déchaussés, monastère fondé en 1618 par le marquis Philibert de Nerestang, Grand-Maitre de l'ordre du Mont-Carmel, sur l'emplacement d'une ancienne recluserie appelée le Grand Thune. En 7164, les Carmes-Déchaussés inventèrent l'eau-de-mélisse.A main droite, quelques maisons lépreuses, souvenir de l'aspect du Vieux-Lyon avant sa réhabilitation. Derrière les portes, j'imaginai des logis délabrés, occupés par des gens aux petites ressources. Une porte s'entrouvrit pour laisser sortir une grande femme noire. Juste un regard et elle s'éloigna en direction de la Saône. En face, dans une niche, une Vierge à l'enfant veille à perpétuité sur les passants.

Montée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Je me retournai pour contempler la perspective de la Presqu'ïle : entre les tours de Saint-Nizier, la tour du Crédit Lyonnais, qui dresse, anachronique, sa verticalité turgescente. Je repris la montée. Je ne croisai que peu de gens, en cet après-midi torride. Chaque visage croisé fit naître des images imprécises qui s'évanouissaient vite comme des nuages improbables d'un ciel bleu asséché. Je humai l'air, enfermant dans mes narines les flaveurs écœurantes des murs humides, l'arôme doucâtre des mousses agrippées aux pierres, l'odeur piquante des enduits salpêtrés. Bientôt, les murs se couronnent de lierre, dissimulant à peine les frondaisons généreusesdes arbres qu'ils abritent. Je ne souffrais pas de la grande chaleur, cheminant tranquillement à l'ombre des parois dépareillées. Toutefois, un manque m'envahissait au fil des marches, se faisant plus présent lorsque je croisais des couples main dans la main. J'essayai de ne pas fixer, dans leurs yeux, leur bonheur. Si j'avais fait d'autres choix, je ne serai, peut-être, pas seul. Si, en ce quatorze février 1989, j'avais dit oui, si , un autre jour, j'avais osé avouer, si, si, si... Le tourbillon des si ne parvint pas à me faire vaciller mais j'affermis mon élan. Apartés uchroniques, je pensai à mon journal de bord qui trouva enfin, dans cette ascension et dans la farandole tristes des regrets amers, la justification de son nom. Une maison à la façade blanche acceptait que son mur soit débordé par le lierre et un rosier. J'étais ailleurs, la ville avait enfanté la campagne : j'entendais le chant des oiseaux, le chant des cigales, la plénitude de ma solitude pénétra mon âme sans douleur. Finirais-je par l'accepter ? Je ne souffrais pas, curieusement. Je crois que la quiétude gagnait peu à peu. Finalement, je marchais heureux.

LA tour du Crédit Lyonnais à la Part-Dieu - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

Une grille empêchait l'accès à la chapelle de l'ancien couvent des Carmes-déchaussés, aujourd'hui siège des archives départementales du Rhône. Je me contentai de capter, à travers les barreaux, le bel ordonnacement de la façade, avec ses colonnes corithiennes. Seul le clocher sommé de la croix rappelle le passé religieux de l'édifice. Je reviendrai. De l'autre côté de la rue, un mur ébréché était raccomodé par une grille de fer rouillé laissant entrevoir la luxuriance d'une végétation sauvage : un terrain formidable pour des jeux imaginaires pour l'enfant que je ne suis plus. Et le chemin de Montauban succéde à la montée des Carmes-déchaussés et je poursuis ma route in terra incognita. De place en place, je profitai des fenêtres de verdure ouvertes sur la ville pour voler des images de la Croix-Rousse. Le dôme de Saint-Bruno assoit son calme sur les toits alentours et ses tuiles vernissées brillent au dessus des tuiles rouges. Au-delà des murs d'enceinte, j'aperçus des demeures secrètes, telle la Villa Mascrani, ancienne maison de plaisance du XVIe siècle de la famille Mascrany, des italiens installés à Lyon. Découpée en trois appartements, elle dresse ses murs rouge sombre sous la toiture pointue de ses deux tours. Des clapotis d'eau trahissaient, sans doute, la présence d'une piscine. Un rêve de baignade fit monter en moi une poussé de chaleur qui n'avait rien à voir avec la canicule, un souvenir ressurgit, j'avais vingt et quelques anées et je connus une volupté indicible échappée d'un paradis que je n'eu pas le temps d'explorer. Je rebroussai chemin pour gagner la montée Nicolas de Lange et joindre la tour métallque de Fourvière dont la silhouette enrubannée de filets de ravalement surveille presque mes promenade.

Montée des Carmes-Déchaussés - LyonLes archives départementales, ancien couvent des Carmes-Déchaussés - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonChemin de Montauban - LyonMontée des Carmes-Déchaussés - Lyon

La montée Nicolas de Lange n'est qu'un grand escalier ombragé. Je commencai à sentir un échauffement dans les genoux, faute d'entrainement physique. Une ombre, au loin, bougeat imperceptiblement. Je repris l'ascension, comptant sur l'épuisement pour fatiguer une ardeur soudaine. Un cul-de-lampe improbablement bloqué dans un mur laissait deviner une figurine mystérieuse et érodée. La ville était là; derrière les branches des arbres, omniprésence raasurance et familière. Je contournai la tour métallique pour renaître sur le parvis de la basilique de Fourvière, éclatante d'une blancheur divine.

Montée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - LyonMontée Nicolas de Lange - Lyon

lundi 30 mai 2005

Souvenirs d'hier

Eglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - LyonEglise Saint-Irénée - Lyon

Le soleil a dépassé son zénith tandis que je monte à Saint Irénée. La chaleur a envahi la voiture, la fenêtre ouverte ne parvient pas à me faire oublier une climatisation que je n'ai pas. L'église Saint Irénée est là, derrière son portail éclatant dans la lumière. Des cyprès bordent le mur, des sarcophages romains abondonnés lui donnent un je ne sais quoi de Toscane. Un groupe d'adolescent discute et refait le monde à l'ombre de la boutique voisine, dans la cour. L'église m'offre sa façade blanchâtre, hiératique, d'une nudité presque trop sévère. Le portail est fermé : je ne goûterai pas à la fraicheur que je devine entre ses murs. Sanctissim... se laisse deviner en lettres romaines sur le pourtour d'un sarcophage. En fermant les yeux, je suis à Arles, dans l'allée des Alyscamps, je chemine sur la voie appienne, vers Rome, notre mère-patrie, je marche ad liminem, pour retrouver mon âme. Aux frontières de mes croyances. A gauche de l'église, le calvaire met en scène la crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'Homme ploie la tête entre les deux larrons. Stabat mater. Sa mère pleure. Les stations de la Passion m'entraînent vers le sacrifice ultime du Fils. Je ne peux aller plus loin. Le grillage censé protéger le monument pendant sa restauration m'empêche d'avancer et de m'abîmer dans la prière que réclame ce lieu sacré. J'ai une pensée pour Saint Irénée, l'un des pères de l'Eglise, en l'honneur de qui ce santcuaire a été élevé au tous premiers temps de la chrétienté. Lyon fut la première cité chrétienne de la Gaule par l'arrivée de Pothin et d'Irénée, disciple des Apôtres. L'air vacille dans le fournaise solaire. Je ne prie pas. Je n'y arrive pas. Et je redescends dans ma ville, dans mon temps. Ou du moins, j'essaye de regagner la réalité, ma réalité, mon monde dépeuplé.

Peu de touristes fréquentent Saint Irénée, lui laissant la tranquillité d'une idée de communion avec l'histoire. Je reviendrai un samedi pour visiter l'église. Pendant ce temps, les français votaient non au référendum.

Les toits de Lyon - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne sculpture place Saint-Jean - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLa Basilique de Fourvière - LyonLa tour du Crédit Lyonnais - Lyon

Je ne sais pas si toutes les villes sont belles vue d'en haut. Je sais que Lyon est belle vue des hauteurs. Les toits rouges, les façades de pierres ou aux couleurs d'une renaissance italienne si influente, les deux fleuves qui soulignent ses quais, Rhône impétueux et Saône indolente, le vide de la place Bellecour, les clochers qui tendent leur croix vers le ciel, ses artères rectilignes qui déversent leurs flots de voitures empoussiérées, tout concourt à magnifier cette cité quasi bimillénaire.

Je n'avais jamais remarque le personnage noir perché au coin de la terrasse du bâtiment de la MJC. Intrigant. Sympathique, finalement. La Cathédrale Saint Jean dresse sa façade dorée et inachevés et appelle à la contemplation de l'âme humaine. Roman, gothique, gothique flamboyant, les ordres s'emmêlent et se fondent en une douce et attachante harmonie. Un regard pour Notre Dame de Fourvière.

Un clin d'oeil pour les amateurs de footbal (dont je ne suis pas). Ils ont au moins, eux, une victoire à fêter. Ce dimanche, les français ont massivement rejeté le projet de constitution européenne. Je me suis promené. Je tourne la page. Dans deux jours, un autre mois commence.

samedi 30 avril 2005

Balade matutinale

Le ciel bleu se découpe dans la fenêtre, au dessus de mon lit. Entrouverte, elle laisse passer les cris des hirondelles déjà parties chasser et virevolter au dessus des toits. Il est à peine six heures et demi. Je me lève, frissonnant légèrement sous la brise qui penêtre et m'enveloppe doucement. Il fait beau. Je vais pouvoir essayer mon appareil photo, le panasonic Lumix DMC-FZ20. A sept heures et demi, je croise les éboueurs devant l'immeuble. La place Bellecour est encore vide, baignée de la lumière dorée du lever du soleil. Avec le crépuscule, c'est l'une des plus belles lumières qui soit, elle nimbe les paysages d'un or doux si chaud... Voilà les photos que j'ai prises.

A remarquer : la puissance du zoom optique X12 pour les photos de Notre Dame de Fourvière (photos 7 et 8, zoom au maximum), des gargouilles et du canard. Tous les clichés ont été pris avec le préréglages « paysage » proposé dans le menu. Je vais me plonger dans les autres réglages au fur et à mesure de mes explorations photographiques.

Le coteau de Fourvière - LyonLe qui Fulchiron - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUne gargouille de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonUn pigean sur la façade de la bibliothèque du Cinquième arrondissement - LyonLa Basilique de Fourvière - LyonLa statue de Notre-Dame sur le clocher de la Basilique de Fourvière - LyonLe péristyle du Palais de Justice - LyonLa colonnade du  péristyle du Palais de Justice - LyonLa façade de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste - LyonLe coteau de Saint-Just - LyonUn canard sur le quai de Saône - LyonLa place Bellecour - LyonLa place Bellecour - LyonLes façades de la place Bellecour - LyonLouis XIV par Lemot, sur la place Bellecour - LyonLouis XIV par Lemot, sur la place Bellecour - LyonLe clocher de l'ancien hôpital de la Charité, détruit en 1934 - Lyon

Il est environ onze heures du matin, la lumière a changé...

La colline de la Croix-Rousse - LyonLe quai Saint-Vincent - LyonLe quai Saint-Vincent - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonL'église Saint-Paul - LyonLa place Gerson, au printemps - LyonLa cour de la maison du Chamarrier, dans le Vieux-Lyon - Lyon

dimanche 6 mars 2005

Images de neige

A défaut d'apprécier le froid, je ne peux que remarquer la beauté de Lyon sous la neige, même si celle-ci, tombée à peine deux heures avant la prise des photos, fond très vite ! J'avoue avoir triché sur deux photos : qui trouvera ?

Le coteau de Fourvière sous la neige - LyonLe coteau de Fourvière sous la neige - LyonLa cathédrale Saint-jean-Baptiste sous la nieige - LyonLa colline de la Croix-Rousse sous la neige - LyonLe quartier Saint-Georges sous la neige - Lyon

mardi 14 décembre 2004

Impressions du 8 décembre

Il fait encore froid, ce soir là. Très froid. J'ai placé les lumignons sur le bord de la fenêtre, en récitant des Ave Maria : Merci Marie, voilà le message simple proclamé par l'Eglise sur l'esplanade de la Basilique de Fourvière. Deux mots simples pour rendre hommage à Marie en ce cent-cinquantième anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception : ils trouent la nuit sombre et rappellent aux lyonnais que la ville est consacrée à Marie. Je suis retourné au bureau pour allumer la centaine de lumignons placés dans les vitrines et sur les bureaux : le sapin de quatre mètres clignote, les petites flammes commencent à faire jaillir la chaleur de leur lueur tremblotante. Des clients s'arrêtent pour féliciter. Petit moment de gloire à ne pas négliger. Puis je pars dans les rues déjà encombrées, les yeux levés vers les balcons pour mieux accrocher les images de ces photophores vacillants. Rue après rue, je rejoins les quais, le froid me transperce. La foule grossit. J'essaye de comprendre les oeuvres lumineuses des artistes placées de-ci, de-là : je ne suis pas suffisamment intelligent pour envisager le sens de la sculpture (???) de la place des Célestins, pour saisir vraiment la beauté des images projetées sur les façades des Terreaux ou de la Cathédrale Saint-Jean. Alors je me contente d'admirer, comme un enfant, les bougies des fenêtres, le vrai sens de ces illuminations. Mais il fait trop froid. Je rentre bientôt. Les bougies continuent de brûler, je récite un nouvel Ave Marie. Merci Marie.

Le lendemain, beaucoup de voix s'élèveront contre le caractère élitiste des oeuvres lumineuses...

mercredi 14 juillet 2004

Les pentes de l'errance

Depuis quelques jours, le temps incertain d'un improbable automne a transformé le ciel en un champ de nuages gris dévoreurs de lumiere. Il fait presque frais et ma chemise est bien légère. Je prends les quais de la Saône, jetant un regard sur les façades de la rive droite aux couleurs disparates. J'aperçois, dans la courbe de la rivière, l'éclat métallique et terne des boîtes à bouquins : elles sont fermées, nous sommes mardi. Je les dépasse bientôt pour tourner à droite, rue des Augustins. La façade de l'immeuble au 1 est rythmée par des arcades qui encadrent les ouvertures du rez-de-chaussée : sont-elles les vestiges du couvent des Augustins, détruit à la Révolution ? La rue est vide, sombre : la rumeur du quai peine à l'animer. Rue Hippolyte Flandrin, je m'avance vers la place Sathonay. Des enfants jouent entre les arbres, des boulistes refont le monde entre deux tirs, des musiciens installent une scène pour le bal populaire du soir. Des deux lions de Lemot, fontaines de fonte au jet régulier, de part et d'autre de l'ancien escalier qui menait au Jardin des Plantes, un seul crache encore un filet hésitant. Le lion de gauche est muet. Je prends à gauche, sous la chaussée, le long du mur de la rue Terme pour rejoindre la rue Burdeau. Puis je commence l'ascension des pentes, zigzagant d'une rue à l'autre pour ne rien oublier. Il y a peu de passants. Je longe les façades, jetant, de temps en temps, un coup d'œil à travers une fenêtre ouverte. J'entrevois du linge qui traîne, un lit défait ou un napperon de dentelle sur une télévision. Les rez-de-chaussée sont souvent fuis par les occupants, faute d'intimité. Mais ils ont pour eux leur faible valeur ou leur commodité. Je ne vois pas les maîtres de lieux, l'ombre les a dévorés et ne les recrachera que la fenêtre fermée. Je franchis des portes d'allées en bois vermoulu, habillées de graffitis, pour me retrouver dans des cours. Là, une cour minuscule, un cloaque à peine sec pour accueillir les poubelles. Ici, une cour avec quelques herbes folles, aux lourds relents de cuisine grasse. J'y entends un enfant qui pleure et sa mère qui tente de la calmer. Pas d'autre bruit ne vient interrompre les cris. Sans eux, le vide inonderait l'immeuble. Et je prends des photos, clichés remplis de l'âme de bâtiments aux intérieurs décharnés : la lèpre des peinture me ramène aux conditions de vie des ouvriers en soie du XIXème siècle, ces canuts révoltés dès 1830. Je m'arrête un moment et je songe au couvent de la Déserte qui occupait une grande partie des Pentes de la Croix-Rousse, dès le XVIIème siècle. A la place des immeubles emmanchés de cinq ou six étages, je veux encore voir les champs entretenus par les Bénédictines, les enclos d'arbres fruitiers qui dévoraient l'espace jusqu'au faubourg de la Croix-Rousse. Il ne reste rien (sauf un pilier du bâtiment conventuel, place de la Paix), même pas un parfum. Pourtant, je trouve une petite allée bordée de roses trémières, une impasse que je n'ose pas emprunter : les hautes herbes, les tiges fleuries agitées par une petite brise, peinent à dissimuler une porte. Qui habite là ? Je reviendrai, par curiosité. Le Lyon que je vois, à travers ces rues à peine propres, est-il celui que j'aime ? Encore une fenêtre et un coup d'œil : un homme est assis sur un vieux canapé, assez jeune, il me jette un regard et moi, je tourne la tête. Une vieille femme longe alors la façade et plonge ses yeux longuement, en tournant la tête : elle scrute la pénombre, elle. Je fuis la vie qui se dégage du lieu. Ma solitude me rattrape.

dimanche 11 juillet 2004

Safari de lions

Une brise fraîche s'engouffre dans la fenêtre de toit avant de tomber sur mon lit. Je frissonne, ouvre les yeux, aussitôt éblouis par le ciel d'un bleu éclatant. Aucun nuage, juste un azur qui blanchit sous le soleil généreux. Il est 6 heures 15, j'entends déjà les hirondelles qui volent au dessus des toits. Leurs cris me tirent de la torpeur. C'est l'heure où la ville s'éveille à peine. A 8 heures, me voilà dehors, l'appareil photo à l'épaule, dans la cour de l'immeuble. Les lourds vantaux en bois de la porte cochère sont encore fermés. Je suis le premier à sortir sur la place Bellecour. La place est vide : les ombres continuent leur fuite et laissent à la cuahde lumière de l'été statues, façades et clocher. Les collectionneurs de timbres sont déjà là, leurs étals déployés sous les marronniers, abrités, ça et là, sous un parasol bricolé. Quelques voitures entament leur tour de la place. Il n'y a pas de bruit. J'ai décidé de commencer à photographier les lions de l'exposition «60 lions, 60 lieux, 60 artistes» organisée par la Ville de Lyon du 4 juin au 4 septembre 2004.

J'ai vu les lions, silhouhettes clonées au pelage interprété par ces artistes invités. Les rues s'animent à peine, je prends des photos de chaque oeuvre : l'orientation du soleil est encore bonne, je dois juste attendre que les passants s'éloignent. Le pas leste, je saute d'un animal à l'autre, ayant repéré ou devinéleur emplacement : pont Bonaparte, Palais Saint-Jean, Palais de Justice, Terreaux, place Louis Pradel, rue de la République, Palais du Commerce. J'évite les lions ttop à l'ombre dont je sais qu'ils seront, bientôt, en pleine lumière. Je reviendrais plus tard. Le passage de l'Argue est vide, totalement désert : les enseignes ovales sont immobiles et la statue du «Mercure volant» de Jean de Bologne, si souvent convoitée, volée, abîmée, se dresse seule dans la rotonde sous l'oeil, aveugle ou indifférent, d'une caméra de garde. Je prends une photo : le lieu est vide et je me rends compte que seul le passage des chalands peut l'animer. Le Passge de l'Argue voit sa vie circonscrite à l'espace contenu entre les deux façades de magasins. Sans passant, ce passage n'est qu'un volume parmi d'autres, à ceci près que la verrière qui l'abrite tend à le rapetisser : il n'est pas une rue, ouverte sur le ciel et, donc, sur l'infini, mais simplement un monde replié sur lui-même. Je regagne maintenant la foule du marché du quai Saint-Antoine avant de rentrer.

J'ai oublié des lions, à portée de marche. Je charge les photos. Il est à peine 10 heures et déjà, une sourde chaleur envahit l'appartement.

mardi 27 avril 2004

Un ange

jeudi 4 mars 2004

Retiré dans un cloître

J'aime cette photo parce qu'aujourd'hui le lieu a changé, défiguré en parc de stationnement. Lyon était, avant la Révolution, une ville profondément religieuse, les églises rythmaient de leurs flèches les quartiers aux façades hautes (spécificité lyonnaise que ces immeubles hauts de cinq ou six étages dès la Renaissance) et les couvents et monastères, peu à peu, remplissaient les tènements libres entre les Terreaux et le plateau de la Croix-Rousse. C'est ainsi que la rive gauche de la Saône vit s'installer, peu à peu, des congrégations religieuses. Si le couvent de Sainte-Marie-aux-chaînes est parvenu jusqu'à nous, enchassé dans le bâtiment des Subsistances - voir les photos ICI (ce couvent avait été édifié à l'emplacement où, la nuit, des chaînes métalliques étaient tendues entre les deux rives de la Saône pour empêcher tout activité fluviale nocturne incontrôlée), les autres bâtiments conventuels ont disparus, souvent enchassés dans des immeubles de rapport à partir du XIXe siècle. Il en a été ainsi pour le Couvent Saint-Benoît.

J'ai découvert ce cloître par hasard, un jour, en flânant sur le quai Saint-Vincent. Une plaque de rue indiquait «rue Saint-Benoît» : j'ai tourné dans cette ruelle sombre en tentant de découvrir les restes du bâtiment dont seul le nom subsistait. Au fond de la rue, à gauche, l'entrée d'un chantier annoncé par un panneau municipal comme le futur jardin Saint-Benoît. Les grilles franchies, je me suis retrouvé face aux restes du cloître, surmonté d'un immeuble. Les arcades ont encore fière allure, malgré les pierres déchaussées et l'enduit soufflé. Une majesté spirituelle se dégage des piliers élancés : combien de silhouette abîmées dans la prière ont arpenté les dalles de cette enceinte ? Lors de ma découverte, l'espace devant le cloître avait été aménagé en jardin, planté de pieds d'artichauts dont les dentelures rappellent tant la grâce des feuilles d'acanthe chères à l'art corinthien, de plantes aromatiques comme le fenouil, le soleil des tournesols illuminait les massifs. En fait, j'avais devant l'impression d'un jardin de simples qu'aucun dirait de curé. Il n'y avait pas de bruit, le chantier était désert, personne aux fenêtres des façades alentours pour me ramener dans le siècle. J'étais au milieu de ruines de verdure, seul avec l'histoire du lieu. J'ai pris deux photos. Voilà l'une d'elle. J'aime cet endroit parce qu'il n'existe plus, un sol gravillonné a remplacé les plantes. Il me reste cette photo. RIP.

dimanche 1 février 2004

Eternité silencieuse

Bacchus, Palais Saint-Pierre - LyonL'indien, Palais Saint-Pierre - Lyon

Ces deux statues de bronze sont dressées dans le Jardin du cloître du Palais Saint-Pierre, actuellement Musée des Beaux-Arts. Ce palais est l'ancienne Abbaye bénédictine des Dames de Saint-Pierre, reconstruite au XVIIe siècle par le voyer de la ville de Lyon, Royer de la Valfenière, à la demande de la Révérende-Mère Anne d'Ailly de Chaulnes. Monastère royal, l'abbesse était nommée par le roi. En 1803, après avoir été désaffecté à la Révolution, les bâtiments sont attribués au Musée des Beaux-Arts et, partiellement, à la Faculté de Droit.

Le cloître est un havre de silence : il faut en franchir la lourde porte de bois de la place des Terreaux (sans oublier de jeter un coup d'œil, chaste, sur le bas-relief de l'imposte représentant une femme en extase) pour alors apprécier d'être immergé dans un concert de chants d'oiseaux si incongru au milieu du fracas des autobus et des voitures sur le dallage gris et branlant de la place. Le visiteur est happé par la quiétude du lieu et pour peu qu'il prenne le temps de s'asseoir sur un banc et s'abandonne aux joutes ailées et aux trilles joyeuses, il touche, sans doute, du doigt, un peu du Paradis perdu. J'aime à venir déjeûner dans ce jardin, en pleine semaine pour vivre encore un peu.

A droite, Bacchus danse et offre en souriant le vin de son amphore : les vendanges ont été bonnes, les corps vont s'ennivrer pour mieux s'étourdir dans une sarabande primale. A gauche, le jeune indien est perdu dans les affres de sa solitude, loin de la terre qui l'a vue naître, désabusé, résigné à un sort dont il n'est pas certain que ses dieux le connaissent, sinon...

Je vais retourner dans ce jaridin pour de nouvelles photos et retrouver les nom des sculpteurs...

mardi 11 novembre 2003

Les jardins du Rosaire

En contrebas de la Basilique de Fourvière existe un jardin très calme, appelé « Jardin du Rosaire » parce qu'avant sa restauration, sur une esplanade, se dressaient les stations d'un Chemin de Croix. Ce jardin rejoint le quartier Saint-Jean, à travers les roses et les hortensias. Il offre plusieurs points de vue intéressants sur Lyon. Devinez quoi ? J'ai quelques photos... Maist si, appelez-moi Paic, car avec moi quand y'en a plus, y'en a encore...

Les jardins du Rosaire au printemps - LyonLes jardins du Rosaire en automne - LyonLes jardins du Rosaire en hiver - LyonLes jardins du Rosaire en automne - LyonLes jardins du Rosaire en automne - LyonLes jardins du Rosaire en automne - LyonLe jardin de l'Archevêché en automne - LyonLe jardin de l'Archevêché en automne - Lyon

dimanche 9 novembre 2003

Nocturnales

Le clapotis de la pluie sur mes fenêtres de toit s'était estompé et je décidai de faire quelques photos nocturnes. Les voilà, prises sous quelques gouttes de pluie, ce soir.

Le pont Bonaparte la nuit- LyonLe pont Bonaparte la nuit- LyonLe pont Bonaparte la nuit- Lyon

Les deux premières photos ont été prises avec un réglage différent de l'appareil : pour la première, j'ai utilisé la position « night scene » avec des préréglages définis ; pour la deuxième, j'ai effectué des réglages manuels (sensibilité de 400 ISO, + 0,6 EV, balance des blancs automatique...). Les teintes naturelles sont respectées dans la deuxièle photo, la première arbore des teintes plus chaudes, plus jaunes, sans doute dues, entre autre, à la vitesse d'obturation plus lente. La troisème photo resulte du traitement de la première à laquelle j'ai enlevé les couches colorées au profit de niveaux de gris. Ces trois photos me laissent perplexe : chacune est intéressante, quelle formule choisir ?

La passerelle Abbé Couturier la nuit - LyonLa passerelle Abbé Couturier la nuit - LyonLa passerelle Abbé Couturier la nuit - LyonLa passerelle Abbé Couturier la nuit - LyonLa passerelle Abbé Couturier la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonUne arche du pont Bonaparte la nuit - LyonLe pont Bonaparte la nuit - LyonLe pont Bonaparte la nuit - LyonLa cathdérale Saint-Jean-Baptiste la nuit - LyonLa tour métallique la nuit - LyonLa basilique de Fourvière la nuit - LyonLa Vierge Marie la nuit - Lyon

dimanche 14 septembre 2003

Reflets d'un quartiers

Lyon n'est pas une ville de gratte-ciel, loin s'en faut. Elle possède pourtant un quartier d'affaires avec quelques bâtiments de verre, construits dans les années 70-80. Béton sale, métal oxydé, verre anti-reflets fatigués, quelques végétaux essayent d'animer les dalles vides... Le quartier a vieilli, sans âme, seul. Les passants baissent la tête sous les agaceries des vents coulis qui serpentent entre les façades démodées. Je n'aime pas ce quartier. Pourtant, en octobre 2002, je me suis arrêté, j'ai pris des photos. Et j'ai découvert autre chose...

La tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - LyonLa tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - LyonLa tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - LyonLa tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - LyonLa tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - LyonLa tour du Crédit Lyonnais, quartier de la Part-Dieu - Lyon

L'intérêt de ces constructions réside dans l'accumulation de différents volumes. A la verticalité de la tour répondent les parallélépipèdes massifs et les aplats des allées qui tracent les lignes de fuite du regard.

Immeuble de bureau, quartier de la Part-Dieu - LyonImmeuble de bureau, quartier de la Part-Dieu - Lyon

La Cité administrative d'Etat : nom pompeux pour un bâtiment q