
In Le Littré de la Grand’ Côte, à l’usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement par Nizier du Puitspelu - 1903 (à feuilleter sur le site GALLICA)
La courge ou la courle, vous connaissez ? Sans doute, parce que si les parisiens tordent le nez devant notre parler lyonnais, une courge est un potiron, une cucurbitacée qui a mûri sous le beau soleil de la première ville du sud. Lyon est une ville de courges et vous trouverez sur les bancs des maraîchers des gros quartiers orangés de courge musquée ou de courge romaine, les deux variétés les plus cultivées dans la région. Parfois, des potimarrons essayent de pointer leur pédoncule pour se hausser du col mais bon, par ici, on préfère la courge au potiron doux d’Hokkaido, le vrai nom du potimarron (quoique ce dernier a l’avantage de pouvoir être dégusté avec sa peau fine). Ma mère n’a jamais cuisiné de potiron lorsque j’étais petit, de mauvais souvenirs liés à l’état très modeste de son enfance (son père adoptif, charbonnier, cultivait un potager dans lequel chaque automne apportait sa sempiternelle récolte de potirons qui finissaient en soupes et en gratins à foison, ad nauseam selon elle) et c’est seulement lorsque j’ai quitté le nid que j’ai pu, enfin, goûter sous toutes ses formes la grande famille des potirons et des courges. Ce légume me fascine par la beauté de ses coloris et par la variété des formes. Je me souviens que lorsque j’habitais un appartement avec balcon, j’avais tenté de la culture de petits potirons décoratifs et ma foi, ma récolte de trois beaux spécimens orange pâle m’avait tout à la fois réjoui pour le succès et attristé pour le fait de ne pas disposer d’un vrai jardin. Si j’avais un jardin, je cultiverai plusieurs variétés telles que celles proposées par le site KOKOPELLI. Au passage, j’aurais aussi une belle collection de tomates anciennes, des roses, beaucoup de bulbes, des lilas, des arbres fruitiers (cerisier, abricotier, prunier, etc.), des fraisiers bref de quoi se faire plaisir… et passer tout mon temps libre penché sur la terre jusqu’à en devenir un esclave aux ongles noircis d’humus… ouaip, bon, et bien, envie de partager ce rêve de jardin avec quelqu’un, biner à deux c’est plus agréable… Mais la réalité est là, j’habite sur une place quasi minérale, en plein cœur d’une ville régulièrement étouffée par la pollution et la seule herbe que je vois chaque jour est celle qui pousse entre les pavés et les morceaux de bitume disjoints ou alors les légumes proposés au marché du quai Saint-Antoine, arrachés de la terre et soigneusement alignés comme les massacres d’une chasse à courre, attendant l’hallali d’un couteau sur une planche en plastique. J’arrête de faire ma bugne comme on dit entre Rhône et Saône, le célibataire que je suis n’a pas les moyens de ses rêves (ni peut être la force) et je reviens à mon copain Iron… mon pote Iron (je ne pouvais pas le rater).
Paul BOCUSE, dans ses livres de cuisine, donne toujours sa recette de la soupe de courge, mettant ainsi, selon lui, en exergue une cuisine simple à mettre en œuvre qui respecte le goût du produit (voir un précédent billet). Dans son livre La bonne chère écrit en collaboration avec Anne VALLAEYS, il rappelle que « Nicolas de BONNEFONS écrivait en 1654, dans Les Délices de la campagne : ” Il faut qu’un potage aux choux sente le chou, aux poireaux le poireau, aux navets le navet, et ainsi de suite. Ce que je dis des potages, j’entends qu’il soit commun et serve de loi pour tout ce qui se mange ». Cette recherche de la simplicité du goût des produits se retrouve dans la carte du Maître de Collonges qui n’hésite pas à proposer, en entrée, un potage aux légumes de saison. Selon les livres, il propose deux manières de cuisiner la courge : dans son « Bocuse dans votre cuisine », c’est une soupe de courge comprenant courge muscade, pommes de terre et poireaux et crème fraîche alors que dans son ouvrage de référence, « La cuisine du marché », c’est une soupe de courge préparée directement dans une grosse courge, avec croûtons et crème fraîche. Sur son site, une variante de cette dernière est proposée : la courge est vidée, les morceaux épépinés sont cuits à la vapeur puis mixés avec du bouillon de volaille, l’ensemble étant ensuite crémé avant d’être versé dans le potiron-soupière.
J’aime associer la douceur de la courge avec, par exemple, des châtaignes, des noix de Saint-Jacques, une tranche de lard grillé, des langoustines… bref, vu son prix modique (entre 1,20 € et 2 € le kilo), il ne faut pas s’en priver et plonger généreusement la louche au fond de la marmite…
Je vais vous livrer trois recettes : la soupe de courge, la soupe de courge et marrons et la soupe de courge de Paul Bocuse, plus spectaculaire.
Naguère, je faisais cuire ma courge dans un bouillon de volaille et j’ajoutais, en fin de cuisson, de la crème fraîche épaisse pour lui donner de l’onctuosité. J’ai essayé un jour la cuisson au lait entier puis au lait cru et j’ai trouvé l’onctuosité recherchée sans la crème. Le lait cru étant bouilli, le risque bactérien est écarté.
Pour les châtaignes, je confesse que les faire cuire puis les éplucher à chaud m’ennuie profondément: j’utilise soit des châtaignes surgelées de Picard soi des marrons sous vide Ponthier. Si les surgelés sont mis à cuire en même temps que la courge, les marrons sous vide sont ajoutés seulement dix minutes avant la fin. Certains pourraient objecter que les marrons sont une spécialité de l’Ardèche et non de Lyon. Oui, certainement (quoique des châtaigniers croissent sans problème dans le massif du Pilat) mais je leur rappelle que Lyon est la confluence de régions de belles productions : fruits des Monts du Lyonnais et de la Vallée du Rhône, volailles et crème de Bresse, fromages des Savoies et du Dauphiné, châtaignes et marrons d’Ardèche, poissons de lacs et de rivière, etc., bref il serait dommage de ne pas profiter de la belle alliance entre la courge et le potiron, tout en douceur dans un mon de brutes. Et les marrons grillés de la Vogue de la Croix-Rousse, ne les oubliez pas…
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Soupe de courge lyonnaise
Pour 6 assiettes
Préparation : 15 min - Cuisson : 30 min
Ingrédients : 1 kg morceaux de courge muscade ou de courge romaine ou de potiron (soit environ 1,3 kg avec l’écorce), 1 l de lait cru environ, 1 tablette de bouillon de volaille (bio par exemple), une pincée de quatre-épices ou de la muscade, sel et poivre du moulin
Éplucher la courge et la couper en morceaux. Verser dans une cocotte en fonte les morceaux, couvrir de lait cru (ou de lait entier), ajouter la tablette de bouillon de volaille et porter à ébullition.
Lorsque le lait bout, baisser le feu à doux pour environ 30 à 40 min. Vérifier la cuisson du potiron en plantant la lame d’un couteau qui doit s’enfoncer sans difficulté.
Enlever 2 ou trois louches de lait en fonction de la texture désirée, si besoin. Utiliser un mixeur plongeant et mixer à convenance en détendant éventuellement avec le lait réservé. Assaisonner avec sel, poivre du moulin et quatre-épices ou muscade.
Servir avec des croûtons de pains dorés dans un peu de beurre, une ou deux pluches de cerfeuil voire une quenelle de crème fraiche de Bresse ou du fromage râpé pour les gourmands.
Soupe de courge et marrons
Pour 6 assiettes
Préparation : 15 min - Cuisson : 30 min
Ingrédients : 1 kg morceaux de courge muscade ou de courge romaine ou de potiron (soit environ 1,3 kg avec l’écorce), 400 g de marrons sous vide, 1 l de lait cru environ, 1 tablette de bouillon de volaille (bio par exemple), une pincée de quatre-épices ou de la muscade, sel et poivre du moulin
Éplucher la courge et la couper en morceaux. Verser dans une cocotte en fonte les morceaux, couvrir de lait cru (ou de lait entier), ajouter la tablette de bouillon de volaille et porter à ébullition.
Lorsque le lait bout, baisser le feu à doux pour environ 30 à 40 min. Au bout de 25 min environ, ajouter les marrons sous vide. Au bout du temps prévu, vérifier la cuisson du potiron en plantant la lame d’un couteau qui doit s’enfoncer sans difficulté.
Enlever 2 ou trois louches de lait en fonction de la texture désirée, si besoin. Réserver 1 marron entier par convive. Utiliser un mixeur plongeant et mixer à convenance en détendant éventuellement avec le lait réservé. Assaisonner avec sel, poivre du moulin et quatre-épices ou muscade.
Servir avec des croûtons de pains dorés dans un peu de beurre, une ou deux pluches de cerfeuil voire une quenelle de crème fraiche de Bresse ou du fromage râpé pour les gourmands et un marron par assiette.
Si vous préférez les marrons surgelés, les ajouter au morceaux de courge avant cuisson.
Soupe de courge Paul Bocuse
Pour 6 à 8 personnes
Préparation : 15 min - Cuisson : 2 h
Ingrédients : une courge muscade de 3 à 4 kg, 3 l de crème fleurette de Bresse, 100 g de fromage râpé, 250 g de croûtons grillés, sel et poivre du moulin
Faire chauffer le four.
Ouvrir la courge au sommet pour la transformer en soupière. Réserver le couvercle.
Éliminer les graines avec une cuillère et ajouter à leur place les croûtons grillés en alternant avec le fromage râpé par couches successives.
Saler, poivrer et verser la crème liquide. Replacer le couvercle de manière la plus hermétique possible. Placer la courge dans le four chaud pendant 2 heures environ.
Présenter la soupière devant les convives, enlever le couvercle. Avec une cuillère, détacher la chair de la courge soigneusement, sans percer la peau. Puis « mitonner » avec une louche pour mélanger et obtenir une préparation onctueuse. Rectifier l’assaisonnement.














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