Bordeaux se découvre par son quai des Chartrons, interminable, long alignement de façades épousant la courbe de la Garonne. Voulu par le marquis de Tourny au XVIIIe siècle, ce quai plonge le promeneur vers 1750. Bordeaux est belle dans cet écrin de pierre blonde. La perfection de la place de la Bourse me laisse admiratif. Je détaille les mascarons des façades, emblêmes de la ville, passant d'un visage grimaçant à un oeil coquin pour relever ces deux visages de femmes noires, souvenirs d'un esclavage qui marqua la ville et contribua, indirectement, à sa fortune d'hier. Elles esquissent presque un sourire. Ou alors sont-elles résignées. La silouhette désséchée d'un arbre mort a été habillée de métal et haubannée, peut être pour rappeler les cordages des vieux gréments. Les docks des quais, datant du XIXe, ont été aménagés après le ravalement de leurs façades, sous l'impulsion de la mairie actuelle. Bordeaux est sorti de la noirceur de sa torpeur pour assumer son histoire et s'offrir un bel avenir.
Le tramway vient chatouiller les façades : mécanique insolite, exotique, dans un décor de Comedia dell'arte. Ses rames rejouent constamment l'opéra d'une ville qui ne voulait pas mourir. La résille argentée des nouveaux lampadaires de la Garonne varie avec la lumière. Les bittes d'amarrage sont orphelines de leurs rêves passés. Le fantôme du croiseur Colbert, vestige d'un autre temps aux larmes de rouille, n'en finit pas d'attendre les visiteurs. On dit que Bordeaux est devenue une étape pour les grands paquebots de croisière depuis le réaménagement des quais. Ils n'ont pas encore regagné l'animation qu'ils connurent du temps de la splendeur marchande de la ville : les flâneurs ne remplacent pas les négociants, les tonneaux de vin claret partant pour l'Angleterre manquent toujours à la rivière. Alors je tourne mon regard vers les façades. Juste pour fermer les yeux et penser à ce siècle lumineux désespérement disparu dans le sang.

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Je rentre dans la vieille ville par la porte Cailhau, élevée à la fin du XVe siècle : comme dans toute la ville, les immeubles sont bas, trois étages au plus sur un entresol. Les rues étroites gardent encore la fraicheur. Les façades sont souvent décorées de mascarons ou de pilastres et c'est un jeu de chercher à découvrir les visages les plus droles. J'aime la place du Parlement, avec sa fontaine joyeuse. La monotonie apparente des bâtiments est adoucie par ces mascarons omniprésents. S'arrêter et prendre un verre à l'une des terrasses tandis que le soleil décline... Les cafés sont, à mon avis, les meilleurs endroits pour comprendre une ville : écouter les conversations des autres tables, regarder les passants, la ville se dévoile petit à petit. Ici, je suis dane le sud qui chante mai sans les exagérations provençales : accent plus doux et soleil moins lourd. Je connais la Provence, je préfère le Bordelais. La Cathédrale Saint-André et la tour Pey-Berland m'arrêtent quelques instants. Puis je poursuis en passant devant le palais de Rohan et la port Dijeaux. La place Gambetta est occupée par un charmant petit square, très fleuri, et dont un peintre essaye de figer les nuances sur une toile. Enfin le grand thétre et^la place des Quinconces. Une foire à la brocante l'anime aujourd'hui. Mickey sur son trône. A quoi pense-t-il ? Suis-je à ma place ?

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